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Asia Centre - Centre Etudes Asie
Les points de rencontre de l'Asie avec les grands problèmes du monde
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China_Analysis_no_1POLITIQUE INTÉRIEURE 1. Réhabilitation de Hu Yaobang à l’horizon ? 2. Préparatifs pour le 17ème CC 3.Menace nucléaire chinoise – L' « avis » de Zhu Chenghu représente-t-il celui du groupe dirigeant chinois ? 4. Quelques précisions concernant les investissements dans l'industrie de la culture ÉCONOMIE 5. Réforme de Baogang : le J’accuse de Shan Weijian 6. L'affaire Unocal et le développement des multinationales chinoises 7. Le fonds de stabilisation, fantôme de la Bourse chinoise POLITIQUE EXTÉRIEURE 8. Perspectives chinoises sur la crise nucléaire iranienne 9. Les divergences sino-américaines sont gérables 10. Europe : Le désenchantement chinois AFFAIRES STRATEGIQUES 11. Perspective économique sur les affaires militaires américaines 12. Redéploiement américain en Asie Pacifique – les conséquences pour la Chine 13. La puissance militaire aujourd’hui PRESSE TAIWANAISE 14. La prise de pouvoir de Ma Yingjiu au Kuomintang : un destin présidentiel ? 15. Le financement des investissements taiwanais en Chine populaire

 

Information - inscription : chinaanalysis@centreasia.org

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°1,  sept.-oct. 2005, pp. 2-4

 

Synthèse commentée de Michal Meidan d'après :

 

-   Guan Xie "Li Changchun déclare qu'il démissionne du Bureau politique", Zhengming, numéro 7, juillet 2005, pp. 15-16

-   Luo Bing, "Le comité préparatoire pour le 17ème CC heurte à des problèmes", Zhengming, numéro 8, août 2005, pp. 8-9

-   Luo Bing, "la liste des membres du groupe dirigeant du 17ème CC a été divulguée", Zhengming, numéro 9, septembre 2005, pp. 8-9

-   Guan Xie, "Wu Guanzheng, secrétaire de la Commission de Discipline et Inspection du parti, pose sa démission", Zhengming, numéro 9, septembre 2005, pp.19-20

Les évolutions politiques des mois d'été ont été suivies de près par le mensuel hongkongais Zhengming qui fait état des préparatifs du 17ème Comité central de 2007.
 
Au mois de juillet en effet, la mise en place du comité préparatoire se heurtait à des difficultés en raison de l'incapacité du groupe dirigeant à le constituer. Au mois de septembre, bien que la solution à cette question ne soit pas évoquée et ne semble pas plus être trouvée, des thèmes moins contentieux sont abordés.

A l'occasion des réunions du comité permanent du Bureau politique tenus au mois de juin, une première proposition aurait été soumise pour que le groupe de préparation du 17ème CC soit composé des membres du secrétariat actuel (sous l'égide de Zeng Qinghong), mais cette proposition aurait été rejetée. Ensuite, on aurait proposé (l'identité des initiateurs n'est pas précisée), que Hu Jintao se mette à la tête de ce groupe de travail avec Zeng Qinghong et Wu Guanzheng comme vice présidents, mais Hu Jintao aurait refusé "faute de temps" (meiyou shijian).
 
Or, au 5ème plénum du 16ème CC, la décision a été prise pour que le groupe préparatoire entame ses activités au mois de novembre 2005. Le temps presse et la décision semble loin d'être prise. Le Comité permanent du Bureau politique aurait donc invité Jiang Zemin, Song Ping, Wei Jianxing, Zhang Wannian, Li Peng, Zhu Rongji et Qiao Shi à assister à une réunion supplémentaire en vue de trancher sur la question (les trois derniers auraient refusé)
 
Aucun progrès n'étant enregistré sur ce front, le groupe dirigeant chinois se serait-il concentré sur d'autres priorités concernant la composition du 17ème Comité central ?

Certaines exigences ont été mises en avant pour les membres du nouveau comité central: être capable de s'aligner  sur la ligne politique, sociale et économique du Parti, avoir un bon dossier politique (zhengji), être honnête et être apprécié aussi bien au sein du Parti qu'à l'extérieur.
 
Quant à la composition du Comité central, le nombre de membres s'élèverait à 220, le nombre de membres suppléants à 185. 65% des membres permanents et 55% des membres suppléants seraient des membres permanents ou suppléants du 16ème CC. Si les conditions se réunissent (tiaojian chengshu), entre 20% et 40% des membres permanents et entre 40% et 50% des membres suppléants seront élus par vote. Enfin, le nombre de femmes devrait augmenter à entre 40% et 50% des membres et la proportion de militaires devrait se maintenir à son niveau actuel.
 
Le Bureau politique serait composé d'entre sept et neuf personnes et les "hommes forts" seraient Hu Jintao, Wu Bangguo, Wen Jiabao et Zeng Qinghong. Huang Ju, Luo Gan et Wu Guanzheng compteraient prendre leur retraite, ce dernier, toujours d'après Zhengming, en raison de son incapacité de serrer la bride de la corruption rampante au sein du Parti. Jia Qinglin et Li Changcun auraient également annoncé leur intention de se retirer en raison des fortes pressions exercées sur eux et suite à leur reconnaissance des erreurs commises dans le passé[1]. Cependant, il se peut que Li Changchun exerce une fonction au sein de la conférence consultative politique du peuple chinois.
 
Parmi les autres candidats qui seraient considérés par le comité permanent du bureau politique pour occuper des positions au sein du bureau politique, du conseil d'état et de la commission militaire centrale sont : Li Keqiang (secrétaire du Parti de la province de Liaoning)[2], Li Yuanchao (secrétaire du Parti de la province de Jiangsu), Wang Qishan (maire de Pékin), Zhang Dejiang (secrétaire du Parti de la province de Guangdong), Li Yunshan (membre du secrétariat et du bureau politique), Liu Yandong (Liu Yandong, vice-présidente de la Conférence consultative politique du peuple chinois et directrice du Département du travail du front uni du Comité central), Liu Qibao (secrétaire adjoint de la province du Guizhou), Wei Liqun (directeur du bureau de recherche du Conseil d'état), Xi Jinping (secrétaire de la province du Zhejiang), Wang Lequan (secrétaire du Parti au Xinjiang), Chen Liangyu (secrétaire du Parti à Shanghai), Han Zheng (maire de Shanghai), Zhou Qiang (membre du 16ème CC et secrétaire de la ligue de la jeunesse communiste).
 
Ces dernières livraisons de Zhengming restent toutefois assez floues sur certains points et laissent de nombreuses questions sans réponse. Comment Zeng Qinghong pourrait-il être réélu au Bureau politique à l'âge de 68 ans? Pourquoi Hu Jintao aurait-il refusé de se mettre à la tête du groupe de travail pour la préparation du 17ème CC?

La base de soutien de Hu au sein de l'appareil central du Parti semble limité à l'heure actuelle[3], les candidats cités ci haut, si admis à la direction du parti, pourraient renforcer cette base de soutien au détriment de Jiang Zemin et Zeng Qinghong et consolider la faction de la ligue de la jeunesse communiste, (tuanpai)[4]. Reste à voir à la fois si et comment Hu Jintao œuvre pour les promouvoir.

[1] M. Meidan, "Reclassements au sommet après le départ de Jiang", Les Nouvelles de Chine, numéro 20, octobre 2004

[2] Au sujet de l'avenir politique de Li voir également M. Meidan, "La cinquième génération : l'émergence de la ligue de la jeunesse communiste", Les Nouvelles de Chine, numéro 24, février –mars 2005

[3] Pour plus de détails sur cette question ainsi que des détails sur certains des personnages cités ci haut, cf. L. Miller, "Hu Jintao and the Central Party Apparatus", China Leadership Monitor, numéro 15

[4]Voir L. Cheng, "Hu’s Policy Shift and the Tuanpai’s Coming-of-age", China Leadership Monitor, numéro 15.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°1,  sept.-oct. 2005, pp. 6-7

  

Synthèse commentée de Thibaud Voïta d'après:

-   Shan Weijian, « Pourquoi j’ai voté contre », Caijing, 08/08/05, n°139.

 

 

La Bourse chinoise est organisée selon le principe de « répartition des actions » (guquan fenzhi). Environ deux tiers des actions ne peuvent circuler : ce sont les « actions non échangeables », feiliutong gu. Elles appartiennent aux pouvoirs publics (une partie aux établissements publics qui peuvent les échanger entre eux, une autre à l’Etat en tant tel). Seul le troisième tiers peut être échangé librement par des acteurs privés.

Or, depuis l’été 2001, le marché boursier chinois est bearish. Selon Bloomberg, les Shanghai Stock Exchange (SSE) et Shenzhen Stock Exchange (SZSE) ont connu les plus mauvais résultats de la planète en 2004, devant la Bourse nigériane L’idée –certes discutable et discutée- est répandue parmi les économistes et les autorités que ces médiocres performances sont dues à ce système de répartition des actions. Pékin a déjà lancé plusieurs plans pour transférer les actions non échangeables à des acteurs privés. Chaque fois, ces réformes se sont soldées par une chute des actions et les autorités ont été obligées de retirer leur programme. Pourtant, au printemps 2005, a été lancé un plan de vente des actions, d’abord limité à quatre entreprises puis étendu par paliers à 1300 firmes publiques cotées.

Ce plan concerne entre autres des fleurons de l’industrie chinoise, parmi lesquels Baogang, plus grosse entreprise d’acier du pays et cinquième mondiale dans ce secteur. L’organisation de la vente de ses actions a été annoncée le 28 juin 2005, après qu’un premier programme a été refusé. Le 12 août, les actionnaires de l’entreprise ont massivement voté pour ce nouveau plan.

La vente des actions non échangeables va provoquer un afflux de nouvelles actions Baogang sur le marché qui devrait entraîner les prix à la baisse. Les actionnaires risquent donc de connaître des pertes. Pour amortir cette baisse de prix, le plan de transfert des actions non échangeables de l’entreprise Baogang consiste, en plus de la vente de ces dernières, à proposer une compensation aux actionnaires. Pour dix actions détenues, ils se verront offrir 2,2 actions Baogang ainsi qu’un warrant pour une action.

En cas de chute du prix des actions, l’entreprise s’est engagée à racheter ses actions.Enfin, dans les trois ans, les pouvoirs publics devraient rester propriétaires de 67% des actions[1].  

   

Cet article de Shan Weijian, de Newbridge Capital et membre indépendant du Conseil d’Administration de Baogang a déjà fait couler beaucoup d’encre[2]. L’auteur y explique son vote contre le plan concernant Baogang au sein du Conseil d’Administration. Le style choisi par Shan est très littéraire et engagé (les références citées vont de A Q de Lu Xun à Peng Dehuai) donnant à cet article des allures de pamphlet.

 

Certes, Shan est favorable à une réforme de la répartition des actions et plus particulièrement à celle des actions de Baogang mais pour lui, le plan contre lequel il a voté consiste en une spoliation du peuple chinois, à qui appartiennent en principe les actions qui vont être offertes. Cette réforme serait donc inégalitaire et injuste. En outre, elle irait à l’encontre des principes de gouvernement par la loi, de la contrainte exercée par la règle de droit ainsi que de protection de développement du marché.

 

Ce plan est d’abord injuste à cause des indemnisations qu’il offre aux actionnaires. Les titres changent de mains toutes les secondes, pourquoi donc choisir d’offrir des actions et des warrants à ceux qui détiennent actuellement des titres ? Les investisseurs ayant subi des pertes auparavant et ayant alors vendu leurs actions Baogang pourraient légitimement se sentir lésés. Cette idée manquerait de bon sens (daoli). Les propos de Shan sont violents à l’égard de ce plan d’indemnisation : il aurait pour conséquence de « brouiller les choses de manière radicale » (chedi luan le tao) et ne tiendrait pas debout (zhan bu zhu tui). Il remarque que le NASDAQ est passé de 4700 points en 2000 à 1170 en 2002 (soit une chute de 75%) avant de remonter aujourd’hui à 2200 (soit plus de 50% en moins par rapport à 2000). Or, aucune indemnité n’a été proposée par les autorités américaines. De même, le cours des actions H du marché de Hong Kong a chuté de 30% en 10 ans, sans qu’encore une fois ne soit discutée une éventuelle compensation.

Pire, offrir ainsi des actions pourrait avoir des conséquences néfastes sur le prix de ces dernières en incitant les actionnaires à se débarrasser des leurs et donc en réprimant la demande. En outre, un tel plan pourrait favoriser les pratiques de manipulations des prix.

 

Les autres acteurs qui devraient selon Shan se sentir lésés sont les établissements publics possédant des actions. Ceux-ci sont privés de leur bien[3]. Dans le cas de Baogang, les actions des établissements publics (faren gu) appartiennent à Baoshan, société mère de Baogang, et à la Commission de Gestion des Actifs de l’Etat (CGAE). Ces actions étant la propriété des pouvoirs publics, le propriétaire en est en principe le peuple chinois. Or, cette « majorité silencieuse » (chenmo duoda shu) n’a aucun droit de regard sur ces actions censées lui appartenir mais que l’Etat s’apprête à distribuer à des acteurs privés. Si on leur laissait le choix, il est à peu près certain qu’aucun établissement public n’accepterait de se débarrasser de ses actions d’une manière aussi peu rationnelle. Mais les établissements publics n’ont justement pas le choix. Donner 2,2 actions pour 10 actions détenues reviendrait ainsi à distribuer 3,8 milliards de yuans, soit à taxer chaque Chinois de 3 yuans ; sans compter les warrants dont le total approche les 4 milliards de yuans. Le prix à payer pour les citoyens chinois risque d’être lourd si les autorités adoptent le même type de plan pour d’autres entreprises.

Pire, Shan remarque que 9% des actionnaires de Baogang sont des étrangers. Il se défend de toute xénophobie (paiwai) mais ses propos sont violents. Il remarque que les Qualified Foreign Institutional Investors (QFII, les investisseurs autorisés à investir sur le compartiment de marché à l’origine réservé aux Chinois[4]) devraient être ceux qui vont le plus profiter de la réforme. Il rapporte les propos d’un directeur chinois de QFII : « nos étrangers (laowai) font preuve d’une joie malsaine, ils réagissent comme si un gâteau leur était tombé du ciel ». Donner ces actions aux QFII, reviendrait  à dépouiller le peuple chinois de son argent et de son droit de vote pour les distribuer à des étrangers. Si un jour le peuple s’en rend compte, il demandera des explications aux autorités.

 

Enfin, Shan estime que la réforme est anticonstitutionnelle et antilibérale car elle viole le droit de propriété. La Constitution chinoise affirme ainsi l’inviolabilité de ce dernier et la protection de la propriété privée. De plus, le caractère sacré de la propriété ainsi que sa claire délimitation est une des bases de l’économie de marché. Or, pour Shan, une des plus grandes faiblesses de l’économie chinoise est justement l’absence de protection suffisante de la propriété du peuple. Redistribuer ainsi les actions publiques consiste en une nouvelle atteinte. Encore une fois, Shan emploie une gradation dans ses termes pour désigner cette spoliation, caractérisée par les mensonges et la duperie du marché boursier[5] : « jialieweimao » et « kangmengguapian ».

 

Au contraire, la réforme nécessaire consisterait pour lui à définir clairement les droits de propriété et à les réaffirmer comme base du marché. Alors, seulement la Bourse chinoise pourra guérir de ses maux.

 

Le point de vue de Shan est-il partagé ? Il faut croire que non, du moins parmi les actionnaires qui ont voté à 96,5% en faveur du plan. Au Conseil d’Administration, l’auteur est le seul sur 11 membres à avoir voter contre.  De même, le marché semble avoir accueilli très favorablement le plan, la Bourse ayant gagné environ 9 points pendant l’été 2005.

Cette voix reste pour l’instant isolée, elle pourrait l’être moins au fur et à mesure que la réforme avance. De plus, elle pourrait être une incitation pour les autorités à accélérer les réformes[6].


[1] International Herald Tribune,  29/06/05 et 15/08/05, ainsi que Caijing, 27/06/05.
[2] Voir, dans la presse internationale, The Economist, 13/08/05, p. 61 et IHT, 15/08/05.
[3] A noter que les autorités se défendent de qualifier leur plan de transfert des actions non échangeables de « privatisation ». En outre, les pouvoirs publics devraient rester propriétaires majoritaires des actions des entreprises publiques pendant encore une période indéterminée. Ces ambiguïtés participent au flou qui entoure la manière dont les autorités pilotent cette réforme.
[4] Sur les QFII, voir Les Nouvelles de Chine, octobre 2004, n°20.
[5] Il est difficile de savoir ce qu’il entend par « marché boursier » : l’institution avec l’ensemble de ses acteurs ? les autorités boursières ? ou tout simplement l’Etat par ses interventions ?
[6] IHT, 15/08/05.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°1,  sept.-oct. 2005, pp. 9-11

 

Synthèse commentée de Michal Meidan d'après:

- Wang Xiaobing, « L'évolution de la politique de 'sortir' », Caijing, numéro 142, septembre 2005

- Dai Qing, « Des choix pour l'énergie: la recherche d'une nouvelle voie », Caijing, numéro 140, 20 août 2005

 

L'affaire Unocal a fait couler d'encre aussi bien aux Etats-Unis qu'en Chine cet été. L'offre d'achat de la compagnie américaine lancée par CNOOC (18.5 milliards de dollars) a été bloquée par le Congrès américain qui y a vu une atteinte à la sécurité des Etats-Unis. Le bimensuel libéral de Pékin, Caijing, a traité longuement de cette question au croisement de deux thèmes: l' « offensive internationale » des entreprises chinoises d'une part et les choix de la politique énergétique du pays d'autre part.

En 2000, le gouvernement chinois a officiellement lancé la politique de « sortie du pays » (zouchuqu) qui encourage les entreprises chinoises  à développer leurs activités à l’étranger. Lancée d’abord comme une politique expérimentale dans 24 provinces et municipalités, elle a permis à de nombreuses entreprises chinoises d’accéder aux marchés internationaux, les exemples les plus connus en sont Haier, TCL, Lianxiang, et plus récemment CNOOC.

Dans le cadre de cette initiative, la procédure administrative et l'accès aux devises ont été simplifiés et les taux des prêts pour le financement de ces projets abaissés. Ces conditions préférentielles ont été destinées prioritairement à quatre types d'activités: 1. projets de développement de ressources naturelles à l'étranger; 2. projets favorisant l'exportation de technologies, équipements et main d'œuvre chinoise; 3. les investissements dans les centres de R&D capables d'attirer des hautes technologies et modèles de gestion étrangers et enfin - une catégorie assez large – 4. projets capables de renforcer la compétitivité des entreprises chinoises.

Un objectif supplémentaire était, d’après Wang Jiguang, directeur adjoint du département de la coopération économique au sein du ministère du commerce chinois, de réorienter les devises accumulées en Chine vers des projets à l’étranger. Ce dernier objectif est toutefois jugé irréaliste et irrationnel par Wang Jun, analyste à la Banque mondiale, car la gestion des réserves en devises ne devrait pas être assurée de façon administrative mais en laissant fonctionner librement les mécanismes de taux de change.

Quoi qu’il en soit, les projets rendus possibles par cette politique ont suscité un élan d'investissements à l'étranger dont la valeur a connu une hausse de 28% par an pour passer de 1.8 milliards de dollars en 2000 à 6.2 milliards en 2004. Dans la première moitié de 2005, la banque import-export de Chine a accordé 30% de ses prêts (soit 28 milliards de yuans, environ 3 milliards de dollars) à des projets à l'étranger.

Or ces conditions avantageuses, octroyées aux entreprises désireuses de faire leur entrée sur le marché international, sont à l’origine des appréhensions des autres multinationales face à l’arrivée des entreprises chinoises sur les marchés. Cette politique de « sortir » est ainsi qualifiée par les analystes cités par Caijing d’arme à double tranchant : tout d’abord, comme ces entreprises sont vues comme des outils du gouvernement, leurs activités internationales sont interprétées comme le fait du gouvernement chinois en vue de réaliser ses propres fins stratégiques ;  ensuite, ces quasi subventions nuiront à terme au développement de ces entreprises. Wang Jun estime qu’elles devraient être soumises à des conditions financières plus contraignantes afin de leur donner une meilleure chance de survie face à la concurrence. Ces prêts à faible coût sont en réalité fort coûteux, aussi bien pour l'administration financière que pour les entreprises.

Ainsi, bien que l’initiative de « sortir » provienne de l’entreprise elle-même, et que la démarche ait été lancée sans intervention administrative, l'autonomie de prise de décision des entreprises chinoises est loin d'être acquise. Les projets sont soumis à une procédure d’approbation administrative qui, en dépit des simplifications, reste très complexe. Qui plus est, les projets peuvent être soumis au Département du commerce ou bien à la commission pour le développement et la réforme, sans pour autant qu'il y ait une division rationnelle du travail entre les deux. Les règlements et normes de ratification ne sont pas harmonisés et souvent les entreprises préfèrent recevoir l’approbation des deux instances.

En dépit de ces difficultés, posées paradoxalement par un système destiné à encourager les investissements, le nombre de projets à l'étranger ne cesse de croître et a vu un élan particulièrement fort en 2005. D’après les analystes cités, ceci est du au fait que les entreprises chinoises sont arrivées à une nouvelle étape et sont désormais en mesure d'offrir à la fois « value »  et « manufacturing expertise » (en anglais dans le texte) à leurs partenaires étrangers. L'activité à l'international est donc une étape logique dans l'évolution de ces entreprises. L'étude de Caijing démontre toutefois que la grande majorité des investissements sont le fait des entreprises publiques aussi bien en raison de leur taille que d’une  certaine facilité auprès de l’administration. Toutefois, soulignent les auteurs, la décision d’approuver un projet à l’international est prise de façon indépendante et en fonction de sa viabilité économique.

Or, le problème sur le plan international est loin d’être résolu. La résistance à l’entrée des entreprises chinoises reste très forte, dans tous les domaines, et surtout dans le secteur pétrolier.

L’offre d’achat de Unocal aurait donc été lancée par CNOOC indépendamment du gouvernement chinois, mais la forte opposition à cet achat semble être représentative d’une tendance plus générale et d’une appréhension face à l’influence de la Chine sur les marchés mondiaux en général et des matières premières en particulier.

D’après Chen Qingtai, directeur adjoint du bureau de recherche pour le développement subordonné au conseil d'Etat, Zhou Dadi, directeur de l'institut de recherche sur l’énergie dans la commission pour le développement et la réforme et Cao Xiaoxi, Ingénieur à l’institut  de recherche technique et économique de Sinopec, la grande problématique du marché pétrolier mondial est justement l’intervention d’éléments « hors marché » (fei shichang ganyu) qui nuisent à l’efficacité de celui-ci, faisant ici référence non pas au gouvernement chinois mais au gouvernement américain.

Prenant la hausse des prix pétroliers comme exemple, ils expliquent que la demande pétrolière est en hausse et l’offre serrée mais que la capacité de réserve existe, le problème provient non pas de l’incapacité du marché à signaler la nécessité d’accroître la production, mais de facteurs politiques qui la limitent (et ils citent l’Iran, l’Iraq et le Venezuela comme exemples…). 

D’ailleurs, Chen Qingtai, directeur adjoint du bureau de recherche pour le développement subordonné au conseil d'Etat estime que l’opposition à l’acquisition de Unocal par CNOOC est due au fait que les Américains considèrent que le pétrole est réservé à un « club des riches » (furen jielebu). Ainsi, selon son interprétation de la vision américaine, la Chine peut très bien acquérir des multinationales dans le textile et l’électroménager, mais il ne faudrait pas jouer dans la cour des grands.

Or, pour devenir une multinationale, il faut avoir des opérations proportionnelles  à ce statut. Cependant, les possibilités dans l’amont international sont limitées. Cette acquisition, était une occasion rare qui, se lamentent-ils, aurait contribué à transformer CNOOC en une véritable multinationale en augmentant ses réserves et sa valeur.

Ce n’est toutefois pas le seul facteur inhibant la transformation des compagnies pétrolières chinoises en multinationales. Elles font en effet face à deux problèmes majeurs : leur retard en matière technologique et en matière de gestion. « Du point de vue de la gestion globale - de l’amont à l’aval, du développement technologique et jusqu’à la gestion - nous ne sommes pas comparables aux autres [multinationales]. Les compagnies pétrolières chinoises sont faibles au niveau de la gestion financière. Comment serait-il possible de faire la transition à partir d'entreprises d’exploitation hautement spécialisées à des sociétés de portefeuille ? ».

Ainsi, d’un point de vue d’économistes, (et non pas de stratèges), la priorité de la sécurité énergétique est la sécurité économique, à savoir, un approvisionnement continu à des prix soutenables pour l’économie du pays.  A l’instar des pays occidentaux donc, « l’objectif des entreprises chinoises lorsqu’elles vont à l’étranger est d’augmenter l'approvisionnement pétrolier mondial. La Chine, étant un grand consommateur, elle devrait contribuer à l'approvisionnement mondial ». Mais le statut de producteur peut aussi réduire le risque associé au statut de simple consommateur, qui, « en temps de crise, se trouve dans une situation passive ».

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°1,  sept.-oct. 2005, pp. 12-13

 

Synthèse commentée de Michal Meidan d’après:

-   Zhao Weiming, Yang Mingxing, « Une analyse constructiviste du jeu nucléaire entre les Etats-Unis et l’Iran », Xiandai guoji guanxi, numéro 7, juillet 2005, pp. 20-27

-   Tang Zhichao, Li Rong, « Les tendances de la politique nationale et internationale après les élections présidentielles en Iran », Xiandai guoji guanxi, numéro 7, juillet 2005, pp. 39-42

-   Yao Kuangyi, « Réformes du monde arabe et le développement des relations sino-arabes », Guoji Wenti yanjiu, numéro 4, août 2005.

Les récentes évolutions en Iran, aussi bien sur le plan national (les élections présidentielles remportées par le candidat conservateur Mahmoud Ahmadinejad en juin) que sur le plan international (les pourparlers concernant le programme nucléaire iranien) ont été suivies de près en Chine.

Les analyses publiées dans cette presse spécialisée étudient les implications du nouveau paysage politique en Iran pour l’avenir des négociations entre Téhéran et la communauté internationale au sujet de sa capacité nucléaire.

 

Alors que l’article de Tang Zhichao et Li Rong analyse les priorités du nouveau président pour en déduire que la situation risque de s’envenimer suite à un durcissement des positions, Zhao Weiming et Yang Mingxing adoptent une approche constructiviste qui leur permet de prévoir les possibilités d’un compromis entre l’Iran et les Etats-Unis.

 

L’analyse constructiviste que font Zhao et Yang se fonde sur les travaux d’Alexandre Wendt[1], et adopte une lecture de la crise nucléaire à partir de la notion de l’identité (shenfen)  et de la vision de l’autre comme « ennemi » (diren). Contrairement aux théories de choc des civilisations et des conflits d’intérêts, la théorie constructiviste permet d’envisager des évolutions dans le système international liées au développement des idées et des cultures. La politique internationale n’est donc pas condamnée à deux issues, notamment la paix ou la guerre.

 

Il faudrait souligner que dans ces analyses  les évolutions internes en Iran ne sont pas abordées dans les détails, seules les grandes lignes de l’histoire des relations irano – américains et les priorités pour le nouveau président sont sommairement exposées. L’Union européenne occupe dans ces études le rôle d’acteur subordonné aux Etats-Unis pour les uns (Zhao et Yang) et d’acteur quasi insignifiant pour les autres (Yao, Tang et Li) car le véritable « jeu d’échecs » (boyi) se joue entre l’Iran et les Etats-Unis. Les acteurs tiers (dont l’Union européenne et la Russie) sont des pions entre les mains des deux parties. La Chine est remarquablement absente de ce jeu.

 

Ainsi, d’après la lecture constructiviste, qui s’attache à l’analyse des origines du conflit actuel, ce qui est contestable pour les Etats-Unis n’est pas la détention de l’arme nucléaire en soi (car l’Israël a pu développer une capacité nucléaire sans être scrutée par les Etats-Unis) mais l’identité iranienne et les valeurs sous-jacentes à la création de la république islamique. La véritable opposition entre les deux n’est donc pas liée au choc entre les valeurs libérales – démocratiques et les valeurs islamiques mais à la perception de l’un et de l’autre comme « ennemi » ainsi qu’à la perception du risque que ce système de valeurs pose pour les intérêts de l’autre dans la région. Or, la qualification d’un pays comme « ennemi » engendre la possibilité d’un conflit armé. Est-ce une possibilité réelle en cas d’échec des pourparlers ?

La réponse est unanime, aucun de nos auteurs n’estime que les Etats-Unis seraient prêts à se lancer dans une offensive militaire contre l’Iran.

 

Tang et Li estiment toutefois que la situation risque de devenir plus tendue et plus complexe suite à l’arrivée au pouvoir de l’ancien maire de Téhéran, Mahmoud Ahmadinejad. La priorité du président élu n’est pas l’amélioration des rapports avec les Etats-Unis mais la consolidation des liens avec le monde arabe. Or, indirectement, cette priorité pourrait aboutir à une modération des positions vis-à-vis des Etats-Unis car les déclarations intransigeantes d’Ahmadinejad portent à une inquiétude croissante au sein du monde arabe, ce qui risque de compromettre le rapprochement difficilement acquis par son prédécesseur. Toutefois, pour Tang et Li, le problème se pose également du côté américain car même si officiellement les Etats-Unis se sont déclarés prêts à donner une chance à la nouvelle direction iranienne, il semblerait que Washington ait perdu confiance en Téhéran. Cette attitude, préviennent les auteurs, risque d’envoyer un message « erroné et dangereux » à Téhéran. Les auteurs estiment néanmoins qu’aussi bien aux Etats-Unis qu’en Iran des courants pragmatiques (wushizhe) œuvrent pour modérer les positions des dirigeants.

 

Le risque de conflit militaire semble ainsi écarté. Le coût pour les Etats-Unis serait trop élevé car tant que le front irakien n’est pas apaisé, Washington ne peut s’aventurer seul dans une offensive militaire. Dans une telle éventualité, Washington verrait le monde arabe se retourner contre lui et non seulement ne jouirait-il pas du soutien de l’Europe, il perdrait cet allié. Toutefois, dans ce dernier cas,, s’opposer aux Etats-Unis ne veut pas non plus dire se ranger aux côtés de l’Iran, car l’Union européenne n’est pas non plus convaincue, d’après nos auteurs, de l’engagement de l’Iran dans un processus de négociation et auraient perdu confiance en Téhéran.

Ainsi, ni l’Iran ni les Etats-Unis ne risqueraient de transformer la relation antagonique en guerre. Qui plus est, sur le plan politique, l’un comme l’autre font preuve de souplesse et se laissent une marge de manœuvre. Mais le rapport des forces étant inégal, chacune des parties joue les cartes dont elle dispose pour réaliser ses objectifs.

 

D’après Zhao et Yang, les Etats-Unis manient en effet la carotte et le bâton – les négociations avec l’UE-3 (la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne) étant la carotte et le transfert du dossier devant le Conseil de sécurité de l’ONU et les sanctions, voire même la menace militaire qui s’ensuivent étant le bâton – le tout à une fin dont les analystes ne sont pas certains : changement de régime à l’irakienne ou isolation internationale à la libyenne ?

 

L’Iran, quant à lui, étant le protagoniste le plus faible, manie les divergences internes au camp occidental. L’Iran se permet d’engager un jeu de chat et souris avec les Etats-Unis, d’abord car la probabilité de guerre est faible, ensuite car « les Etats-Unis n’ont aucune preuve » concernant les capacités nucléaires iraniennes et enfin, car ils arrivent à tirer avantage économique et politique des divergences entre les Etats-Unis et l’Union européenne d’une part et entre ces derniers et la Russie d’autre part.

 

Toutefois, Tang et Li préviennent de façon assez paradoxale que si l’Iran ne fait aucune concession prochainement, elle risque de se retrouver isolée sur la scène internationale. L’intransigeance du président iranien risque de réduire, sinon d’effacer, les divergences entre les Etats-Unis et l’Europe sur ce point et de rendre le transfert du dossier au Conseil de sécurité à l’ONU plus probable. Or les auteurs passent sous silence la position russe et chinoise, qui a finalement bloqué le transfert du dossier au Conseil de sécurité – ce qui rend peu valable cet argument. A moins, bien sûr, que cette position ne soit éternellement maintenue…

 

Afin dénouer cette crise, Tang et Li préconisent une attitude plus coopérative de la part des deux côtés, Zhao et Yang, quant à eux, recommandent une amorce de communication. En effet, si l’approche constructiviste permet une évolution des situations et un retournement des jugements, il y a encore une possibilité pour que les deux pays entament un processus de rapprochement, « comparable aux processus entre la Chine et les Etats-Unis ». Les auteurs évoquent, de façon assez surprenante, une exposition très simpliste de la position américaine vis-à-vis de la Chine qui est passée de d’hostilité à l’amitié suite à une décision politique. Or, inversement « si l’on décide de voir la Chine comme l’ennemi, elle le deviendra ».  Il en est de même pour l’Iran. Si Washington et Téhéran décident de promouvoir la communication entre les deux pays, le fossé culturel pourrait être réduit. Et les auteurs de souligner : « Si la révolution iranienne n’avait pas eu lieu, l’Iran aurait à présent une capacité nucléaire avancée, acquise avec l’aide des Etats-Unis ».


[1] Et essentiellement sur son ouvrage Social Theory of International Relations, Cambridge University Press, 1999, 449 p.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°1,  sept.-oct. 2005, pp. 16-18

 

Synthèse commentée de Michal Meidan d’après :

 

- Huo Zhengde, « Quelques réflexions concernant la relation stratégique sino européenne », Guoji Wenti yanjiu, numéro 2, avril 2005

- Hong Yousheng, « Une comparaison des politiques chinoises de l’Union européenne et des Etats-Unis », Xiandai guoji guanxi, numéro 8, août 2005, pp. 1-7

Après une série de rencontres et sommets, l’annonce de la « volonté politique » de l’Europe de lever l’embargo d’armes sur la Chine et la résolution des litiges commerciaux entre la Chine et l’Union européenne, les relations entre les deux partenaires semblent se consolider et se renforcer.

Or deux analyses, publiées au printemps et à l’été 2005 présentent une vision beaucoup plus désenchantée de l’Union européenne et de sa relation avec la Chine. Les deux analyses citées ci haut divergent dans leurs lectures de la situation et surtout des intentions qu’ils attribuent à  l’Europe dans la poursuite du rapprochement avec la Chine. Mais elles convergent entre elles sur certains points fondamentaux, notamment la perception que l’Europe n’est pas un acteur uni sur le plan international, et deuxièmement, que la relation sino européenne restera subordonnée  aux aléas des liens respectifs de la Chine et de l’Union européenne avec les Etats-Unis, et enfin, que dans une relation triangulaire Chine – Union européenne – Etats-Unis, la Chine reste sujette aux évolutions de la relation transatlantique.

Si Hong Yousheng voit dans l’Europe un acteur passif, dont la dépendance stratégique des Etats-Unis témoigne de l’incapacité à s’en émanciper, Huo Zhengde, au contraire, estime que sur le fond, les différences entre l’Union européenne et les Etats-Unis ne sont pas profondes et que l’Union européenne est en désaccord avec les Etats-Unis sur la façon de faire, mais non sur les objectifs. Les différences de systèmes politiques (entre d’une part les valeurs démocratiques et libérales occidentales et le système politique chinois – qui ne fait l’objet d’aucun qualificatif ni définition dans chacun des articles) restent un obstacle fondamental à l’approfondissement réel des relations sino européennes.

Ce qu’il faudrait, d’après Huo Zhengde, c’est plus de pragmatisme, voire même de cynisme, dans certains aspects de la politique chinoise de l’Union européenne, et moins de dualité sur d’autres. D’une part, l’Europe joue la carte de la démocratie et de  l’action humanitaire pour au fond, soutenir les politiques américaines, et tout en s’abstenant de faire grand cas de la question des droits de l’homme en Chine, tente de déclencher des transformations sociales par le biais de l’intégration économique de la Chine. Or, si le modus operandi est différent, les intentions européennes vis-à-vis de la Chine, à savoir, « l’occidentaliser et amener à sa désintégration », divergent de très peu des intentions américaines. Les conflits latents d’idéologie et de valeurs existent bel et bien.

Contrairement à cette analyse, assez singulière dans le paysage académique chinois,  Hong Yousheng voit précisément dans cette différence de modus operandi la force de la politique chinoise de l’Union européenne. Concernant les droits de l’homme, l’Europe a compris, selon M. Hong, qu’il ne faut pas exercer trop de pressions sur la Chine et que la voie du dialogue et des échanges entre les deux parties est plus susceptible d’accélérer le développement du système légal chinois. Les Européens auraient compris, d’après M. Hong, à la différence des Américains, qu’il ne faut pas juger la Chine par ses propres normes. Ainsi, si l’approche européenne est constructive, l’approche américaine est plus intransigeante.

Sur la question de Taiwan, il en est également ainsi. L’Union européenne, n’ayant aucun intérêt stratégique en Asie du Nord-est, n’intervient pas dans les « affaires internes de la Chine » et préfère ne pas se mêler de la question. M. Huo est, sur ce point également, en désaccord avec son collègue. Certes, l’Europe n’a aucun intérêt stratégique en Asie, mais sa neutralité sur la question taiwanaise relève non pas d’une idéologie de non interventionnisme mais du fait qu’elle ne voudrait pas se ranger aux côtés de la Chine et nuire à sa relations avec les Etats-Unis. De fait, pour consolider sa relation avec la Chine et afin de devenir un acteur cohérent, l’Union européenne doit assumer un rôle plus conséquent dans les questions régionales. Faute d’un véritable engagement -  et donc un enjeu - en Asie, la relation sino européenne reste limitée. « La relation sino européenne ne comporte pas de volet militaire – c’est leur plus grand avantage, mais aussi leur plus grand désavantage ».

Les litiges commerciaux ne sont pas non plus absents de ces deux analyses. Les échanges commerciaux, en l’absence d’échanges stratégiques, sont au cœur de la relation bilatérale, mais tandis que Hong Yousheng est optimiste quant à la capacité des deux partenaires de surmonter ces problèmes, (en raison de la volonté de l’Union européenne de soutenir l’intégration de la Chine dans le système international), Huo Zhengde estime que la solution de ces litiges deviendra de plus en plus complexe. Premièrement, les Etats membres de l’Union exploitent pleinement l’ambiguïté institutionnelle – ils promeuvent les liens commerciaux sur la base des accords bilatéraux relevant de l’Etat mais se tournent vers les instances européennes pour résoudre les litiges. Deuxièmement, l’Union européenne se range derrière les Etats-Unis dès que cela peut servir sa propre cause ; ainsi l’Europe laisse les Etats-Unis faire pression sur la Chine dans la question monétaire tout en attendant d’en tirer les bénéfices.

Les deux auteurs reviennent ensuite à la relation triangulaire Chine – Etats-Unis – Europe. Quelle est l’influence de cette relation triangulaire sur le système mondial ? Est-ce un élément de stabilité ou l’amorce d’une nouvelle structure internationale ?

Sur ce point, ils s’accordent à dire que ce triangle stratégique ne sera pas en mesure de régir les relations internationales en raison de ses faiblesses internes. Pour Huo Zhengde, la faiblesse essentielle est en fait la puissance américaine et la nécessité pour la Chine et l’Europe de maintenir la stabilité de leurs propres relations bilatérales avec la super puissance. Même si une confrontation entre les trois, ou une alliance entre deux parties contre la troisième, ne sont plus envisageables, l’inégalité entre les parties (la Chine étant le partenaire le plus faible) est à l’origine de l’incapacité de ce triangle stratégique à façonner un nouveau système. Pour Hong Yousheng toutefois, la fragilité de ce triangle réside plutôt dans la faiblesse de l’Union européenne – les divergences internes et le manque de position commune sur les questions internationales, ainsi que sa dépendance des Etats-Unis. M. Hong résume la relation transatlantique de la façon suivante : les Etats-Unis veulent un allié fort capable de soutenir et légitimer leurs initiatives internationales tandis que l’Europe, afin de promouvoir sa vision du système multipolaire voudrait privilégier la coopération avec la Chine. Néanmoins, les valeurs idéologiques communes aux deux alliés transatlantiques font que cette relation est plus forte que l’alliance sino européenne. L’incapacité de l’Europe à lever l’embargo sur les armes en est une des manifestations. Or, pour conclure, M. Hong n’écarte toutefois pas l’hypothèse selon laquelle l’Union européenne ne se positionne pas autrement vis-à-vis de la Chine car elle croit, au fond, dans les objectifs ainsi que dans les moyens américains.

Face à cette perception, quelle est la meilleure politique à adopter ?

D’abord, concrétiser et renforcer la relation sino européenne par le biais des liens stratégiques. Au-delà du simple appel à la levée de l’embargo, il y là une volonté de voir l’Europe s’impliquer réellement dans les questions régionales, peut être dans l’espoir qu’un véritable investissement puisse amener l’Europe à mettre en pratique le potentiel que lui attribuent ces analystes,  à savoir, devenir un contrepoids aux Etats-Unis. 

Ensuite, renforcer les liens à la fois avec Bruxelles et les Etats membre, et fonder ainsi la relation multilatérale avec l’Europe sur une série de relations bilatérales.

Enfin, Huo Zhengde estime qu’une meilleure entente sino-américaine favoriserait le bon développement du triangle stratégique et pourrait même être le cadre dans lequel la levée de l’embargo pourrait être négociée.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°1,  sept.-oct. 2005, pp. 18-19

 

Synthèse commentée de Mathieu Duchâtel à partir de :

-   He Xin, He Zhengpin[1] : « Une analyse de la stratégie militaire américaine à partir de son économie », Guoji Wenti yanjiu, numéro 7, juillet 2005.


[1] Professeur et étudiant de troisième cycle au Collège des sciences humaines et sociales de l’Université des Technologies de Défense (guofang keji daxue).

L’article de Guoji Wenti Yanjiu propose une analyse prospective de la « stratégie militaire unilatérale » (danbian junshi zhanlue) des Etats-Unis, dans une perspective d’économie de la guerre. L’article se fonde sur la théorie, consensuelle pour de nombreux stratèges américains, que la guerre doit permettre aux Etats-Unis de s’enrichir (zhanzheng zengjia caifu lun). Se fondant sur l’idée que « les bénéfices de la guerre doivent en dépasser les coûts » (zhanzheng xiaoyi da yu zhanzheng chengben) et que les intérêts économiques sont le véritable nerf de la guerre, les deux auteurs examinent la pratique stratégique américaine, pour en conclure que la domination du système international par la guerre est de plus en plus intenable dans le monde contemporain. Derrière cette réflexion, la préoccupation majeure des auteurs est clairement de prévoir les degrés relatifs de coopération et de containment dans la politique chinoise des Etats-Unis, si la Chine poursuit sa montée en puissance.

 

Pour que la stratégie militaire américaine soit efficace, il ne suffit pas de l’ajuster aux capacités de dépenses de l’économie des Etats-Unis. La guerre et le maintien d’une armée de plus en plus chère doivent contribuer à la croissance américaine, selon trois modes. Tout d’abord, dans une approche keynésienne, les dépenses militaires stimulent la croissance. Ensuite, le contrôle des ressources et des marchés mondiaux permet aux Etats-Unis d’assurer leur croissance à long terme. Par exemple, selon les auteurs, des experts américains estiment que les 170 milliards de dollars nécessaires à la campagne d’Irak représentent une dépense rationnelle, dans la mesure où la valeur des champs de pétrole en Irak est comprise entre 3000 et 4000 milliards de dollars. Enfin, les guerres américaines couronnées de succès renforcent le prestige américain dans le monde et encouragent les Etats et les investisseurs privés à acheter du dollar et des bons du Trésor américain, un cercle vertueux qui permet aux Etats-Unis de poursuivre leurs campagnes militaires.

 

Pour les deux auteurs, il existe une disproportion entre la part du PIB américain dans le PIB mondial (30%) et la part des dépenses militaires américaines dans les dépenses militaires mondiales (plus de la moitié). Ils citent Joseph Nye et sa théorie de « l’échiquier en trois dimensions » (san wei qipan lun), selon laquelle la stratégie militaire américaine est en décalage avec les capacités économiques réelles des Etats-Unis. Au premier niveau, militaire, de l’échiquier, la répartition de la puissance mondiale est unipolaire puisque les capacités militaires américaines dépassent de loin celles de toutes les autres puissances régionales ou à vocation globale. Au deuxième niveau, celui des capacités économiques, la répartition de la puissance est multipolaire (duoji) ; les Etats-Unis, l’Europe et le Japon contrôlent ensemble 2/3 des richesses mondiales. Au troisième niveau, celui des relations transnationales entre acteurs non-étatiques, qui par définition échappent au contrôle des Etats, la puissance est très dispersée.

 

Sur le plan intérieur, l’exagération (kuozhang) des dépenses militaires sera probablement difficile à maintenir à un tel niveau. Washington est confronté à une balance commerciale déficitaire (550 milliards de dollars en 2004) et à un déficit des finances publiques de l’ordre de 4% du PIB (400 milliards de dollars). Ce sont des déficits structurels, qui ont tendance plus à s’aggraver qu’à se réduire. D’autre part, les effets macroéconomiques de la relance par les politiques fédérales sont réduits. Enfin, la consommation très élevée a entraîné une véritable crise de l’endettement. Aujourd’hui, l’endettement moyen des ménages aux Etats-Unis est proche de leur salaire annuel. Si les coûts des interventions américaines semblent de plus en plus difficiles à assumer, la dernière campagne d’Iraq sème le doute sur les capacités de Washington à retirer des bénéfices de la guerre. Alors que pour l’heure, les dépenses de guerre et de reconstruction sont un « puits sans fond » (wu di tong), les Etats-Unis seront-ils réellement capables de sécuriser le contrôle des ressources pétrolières du pays ? Et d’autre part, la base morale de l’intervention américaine est mise en doute partout dans le monde.

 

Alors que les bénéfices économiques de la stratégie militaire américaine sont marqués par l’incertitude, l’augmentation des dépenses militaires constitue au contraire une tendance stable. Cette contradiction est de plus en plus évidente. Elle est renforcée par l’implication financière déclinante des alliés américains dans les guerres de Washington, et par le coût de plus en plus élevé du travail de reconstruction. Aujourd’hui, la stratégie militaire américaine est donc confrontée a un défi : diminuer son coût de revient et augmenter, voire sécuriser ses bénéfices.

 

Selon les auteurs, la stratégie américaine vise avant tout à construire une hégémonie sans rival (duyi wu er de baquan), ce qui suppose de décourager toute tentative subversive de la part de pays tiers. Le Moyen-Orient, centre névralgique de l’action stratégique américaine aujourd’hui, ne constitue pas une force capable d’empêcher les Etats-Unis d’atteindre cet objectif: conflits intérieurs, puissance économique et militaire trop peu importante, très peu d’influence politique a l’échelle mondiale, les pays de la région ne peuvent pas menacer de manière crédible la prétention américaine à l’hégémonie mondiale. Dans ce sens, l’action américaine en Irak permet peut-être de dissuader certains Etats de chercher à contrebalancer la puissance américaine : pour les deux auteurs, c’est l’une de ses dimensions centrales (genben yuanyin suozai).

 

Sur les modalités de mise en œuvre de sa stratégie militaire, Washington dispose de trois méthodes de contrôle, rigide (yingxing), moyen (zhongxing) ou souple (ruanxing). Par rigide, les deux auteurs entendent les alliances militaires multilatérales de sécurité collective ou les alliances bilatérales, qui selon eux, ont pour objectif de prévenir la montée en puissance de compétiteurs stratégiques. Par moyen, ils entendent un contrôle politico-économique appuyé par une menace militaire : sanctions économiques, embargo, gel des avoirs financiers, comme contre l’Irak, la Libye, la Corée du Nord ou Cuba. Le contrôle souple est au contraire fondé sur des avantages économiques et l’acceptation de la culture américaine ; il s’agit d’un contrôle volontaire. En termes de ratio dépenses militaires/avantages économiques pour les Etats-Unis, ce troisième mode de contrôle est le plus rationnel. Dans ces conditions, les auteurs prévoient qu’à l’avenir, pour faire face à leurs compétiteurs stratégiques potentiels, les Etats-Unis privilégieront ce troisième mode, en mettant en œuvre un mode souple de containment (ruan ezhi) en coopération étroite avec ses alliés.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°1,  sept.-oct. 2005, pp. 23-24

 

Synthèse commentée de Hubert Kilian à partir de :

 

- Tong Qing-feng « La génération Ma Yingjiu s’élève et le nouveau Kuomintang naît », Yazhou Zhoukan, n°966, 31 juillet 2005, p 24-27

- Chu Xi-ting « La guerre de Ma Yingjiu vient juste de commencer », Taiwan News 21 juillet 2005, p16-19

- Huang Chuang-xia « La stratégie de l’océan bleu de Ma Yingjiu » XinXin Wen, 18-24 aout 2005, 21-25

Si l’on excepte la visite historique de Lien Chan en Chine continentale en mars 2005, l’accession de Ma Yingjiu, le très populaire maire de Taipei, à la présidence du Kuomintang représente l’un des évènements majeurs dans le paysage politique taiwanais. La course à la présidence[1] à laquelle Ma Yingjiu et son rival Wang Jingping se sont livrés a été très commentée par la presse taiwanaise mais aussi hongkongaise. Les différentes analyses se rejoignent toutes sur un point : Ma Yingjiu dispose de tous les atouts pour gagner l’élection présidentielle de 2008, malgré un certain nombre d’obstacles qui sont appréciés de manière divergente.
 
Pour le Yazhou zhoukan, hebdomadaire de Hong Kong, la victoire de Ma Yingjiu est un triomphe. L'auteur considère de manière très enthousiaste ses retombées sur l’ensemble du monde chinois, y voyant une source d’espoir pour le peuple chinois et souligne à quel point celui-ci a été ébranlé par cet exercice démocratique. L’article relève également la transformation de la culture politique de l’île à travers cette élection et souhaite très ouvertement que son influence amène le Parti Communiste Chinois à considérer le même type d’évolution politique. 

Pour le Taiwan News, beaucoup moins enthousiaste, la victoire de Ma Yingjiu reste entachée de quelques faiblesses dans la mesure où Ma Yingjiu n’a guère réussi à s’entendre avec les trois hommes - Lien Chan, Wang Jinping et Song Chuyu, soulignant ainsi le risque de luttes internes susceptibles d’affaiblir l’opposition qui pourra difficilement s’unir derrière un candidat unique pour l’élection présidentielle de 2008.

En ce qui concerne la stratégie employée par Ma Yingjiu, les trois articles se rejoignent dans un même constat. Le Yazhou Zhoukan souligne que l’esprit de réforme de Ma Yingjiu l’a emporté sur les manœuvres de Wang Jinping, qui a livré une guerre d’apparatchik (da lao zhanji) s’appuyant sur la vielle garde et utilisant les ressources financières du parti pour inviter, offrir des banquets et influencer… A l’inverse, Ma Yingjiu et son profil très occidental, a joué la carte de la transparence, de la moralité et de la réforme. En outre, les trois articles reprennent tous les analyses de la presse taiwanaise du mois de juin 2005 à propos des luttes de courants internes et selon lesquelles « Ma Yingjiu n’a pas d’amis tandis que Wang Jinping n’a pas d’ennemis au sein du Parti »[2] (Ma mei you peng you, Wang mei you diren) pour souligner la différence des styles de campagnes.

Pour le Taiwan News, Ma Yingjiu a su jouer, dans les dernières heures de la campagne, la carte du climat de l’urgence (gao jipai) et de crise (weiji gan) abandonnant ainsi la guerre des Princes (junzi zhi zhan) à laquelle se livraient les deux candidats - ce qui a constitué un mouvement stratégique décisif dans la victoire de Ma Yingjiu. Selon l’article, le Maire de Taipei était conscient qu’une large victoire (da ying) était impérative pour lui apporter la crédibilité nécessaire en vue des élections présidentielles. L’absence d’une victoire incontestable eut porté le doute sur la réelle volonté de l’électorat d’entamer les réformes. L’article pose cependant la question de savoir si la victoire de Ma est plus liée à une volonté réelle de réforme ou au climat de crise généré en dernier lieu tout en soulignant les inconvénients d’une telle victoire dans le renforcement d’une alliance de Lien Chan, Wang Jinping et Soong Chuyu dont l’influence dans la parti est encore très forte. Enfin, le Taiwan News considère que les défis les plus importants pour Ma Yingjiu ne résident pas dans la gestion des affaires du Parti, comme notamment le dossier sensible des avoirs financiers ou les échéances électorales (municipales et de districts) de fin d’année mais au contraire dans sa capacité à dégager un véritable esprit de réforme. Il conclut enfin, sur la nécessité pour Ma Yingjiu d’être très prudent, rappelant que sa route vers une victoire présidentielle est encore très longue.

Dans un autre article très détaillé du Xinxin Wen la stratégie de Ma Yingjiu pour les trois prochaines années est analysée. Selon l’article, Ma Yingjiu s’inspirerait d’une théorie de gestion stratégique intitulée « Strategic Blue Ocean[3] » (lan hai zhelue) pour conduire ses stratégies électorales à la manière des grandes entreprises. Pour appuyer sa démonstration, l’article cite la stratégie employée par Ma Yingjiu durant l’élection municipale de 1998 qui l’a vu battre Chen Shuibian. Très critiquée à l’époque, Ma Yingjiu avait choisi de ne pas répondre aux attaques virulentes du Maire sortant, tout en appliquant une doctrine visant à faire semblant se battre (luan qiang da niao). Or, pendant la course à la présidence du Kuomintang, Ma Yingjiu a employé la même stratégie qui consistait à ne pas répondre aux attaques de Wang Jinping.

L’article expose ensuite les principes stratégiques auxquels Ma Yingjiu attache une certaine importance et cite notamment Jiang Jieshi (Chiang Kai-shek) qui, durant la guerre de résistance japonaise, « s’appuyait sur le temps pour gagner l’espace » (yi shijian huangqu kongjian). Ma Yingjiu compterait appliquer une stratégie inverse : « s’appuyer sur l’espace pour gagner du temps » (yi kongjian huangqu shijian). En effet, selon Ma Yingjiu, le temps serait une ressource plus importante que le nombre de ses adversaires, et la volonté du peuple serait plus forte que celle du Parti (shijian bi duishou chong yu, min yizhi guo tang yi zhi). Sur ces fondements, Ma Yingjiu projette d’utiliser les trois années prochaines pour parcourir toute l’île et se désintéresser des luttes internes au Parti qu’il compte laisser à l’autorité de Lien Chan. (Lian gui Ma sui)

Enfin et à propos des relations inter détroit, Ma Yingjiu, toujours en fonction des principes énoncés plus haut, prévoirait d’attendre 2007 avant de prendre une quelconque position, laissant s’affronter Lien Chan et Chen Shuibian. Le raisonnement de Ma Yingjiu serait le suivant : si Chen Shuibian parvient à trouver un espace politique pour ouvrir Taiwan sur la Chine (kaifang dalu guang), normaliser les liens aériens directes et construire une légitimité historique avec la mise en place des trois liaisons (san tong kai zhuang zhe), il n’est pas nécessaire pour Ma Yingjiu de rentrer dans la course ni de s’opposer à Lien Chan. Quelle que soit la configuration que prenne l’établissement de relations avec la Chine - un accord pour la paix entre les deux rives (liang'an heping xieyi) ou un marché commun des deux rives (liang'an gongtong shichang) - ou qu’il s’agisse d’une question plus complexe encore comme celle de la participation de Taiwan aux jeux Olympiques de 2008, l’article prête à Ma Yingjiu la volonté de laisser au temps le temps. Cependant, pour conclure et à l’image du Taiwan News, le Xinxin Wen finit par mettre Ma en garde contre les dangers politiques d’une inaction trop prolongée.


[1] Il s’agit de la première élection démocratique du président du Kuomintang dont le scrutin à bulletin secret s’est tenu le 16 juillet 2005. Ma Yingjiu remporte 72,4% des bulletins, exprimé par les 524 488 membres du Parti votants, soit un taux de participation de 51,17 %. Wang Jinping, Président du Yuan Législatif et soutenu par le Président sortant, Lien Chan est battu avec 27,6 %.