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China_Analysis_no_8POLITIQUE INTÉRIEURE 1. Purge à Shanghai : lutte anticorruption et jeu des factions 2. Les ONG étrangères en Chine : un impact positif, selon la revue du Parti 3. Hongkong: le gouvernement interviendrait trop dans l’économie ÉCONOMIE 4. Pékin à sec sera-t-elle sauvée par le nouveau Grand Canal? 5. L’objectif de réduction de 20 % de l’intensité énergétique ne sera pas atteint 6. L’économie chinoise est trop vulnérable aux risques internationaux POLITIQUE EXTÉRIEURE 7. La sécurité énergétique ressort surtout du bon fonctionnement du marché 8. Crise iranienne : logique de l’Iran, mais hésitation sur le risque de conflit armé 9. « Insolent » Pyongyang PRESSE TAÏWANAISE 10. Shinzo Abe, un Premier ministre protaïwanais ? 11. Essai nucléaire nord-coréen : le point de vue d’un officiel du DPP

 

Information - inscription : chinaanalysis@centreasia.org

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°8,  sept. 2006, pp. 2-3

 

Synthèse commentée de Michal Meidan d’après :

-   Liu Tong, « Hu Jintao remanie les troupes », Kaifang, n° 6, 2006

-   « Chen Liangyu amené devant la justice, Han Zheng prend sa place », Takungpao, 29 septembre 2006

-   Mark Lee, Patrick Cheung « Jiang ally held over role in fund scandal », The Standard, 26 septembre 2006

-  Chen Fang, « La lutte contre la corruption à Shanghai passe par une nouvelle étape », 21 Shiji Jingji Baodao (21st Century Economic Herald), 21 octobre 2006

Le 24 septembre, le numéro un du Parti communiste chinois à Shanghai, Chen Liangyu, a été limogé à la suite d’un scandale lié au fonds de pension de la ville.

 

« Le cas du camarade Chen Liangyu est lié à la violation des règlements dans l'utilisation des fonds du département de la Sécurité sociale et du Travail de Shanghai, afin d'en faire bénéficier des chefs d'entreprises illégales et de protéger des gens autour de lui qui ont gravement enfreint la discipline et la loi », a déclaré l’agence de presse Xinhua.

 

Le scandale de corruption du fonds de pension de Shanghai avait déjà conduit au limogeage de deux autres responsables politiques de la ville, le responsable du fonds, Zhu Junyi, directeur du dépar­tement, et Qin Yu, responsable d'un district de Shanghai et ancien secrétaire du maire de la ville, ainsi qu'à la démission de trois dirigeants d'une grande entreprise. L’enquête sur cette affaire a ensuite entraîné une nouvelle série de démissions avec l'annonce de l'implication possible de l'ancien chef du Bureau national des statistiques Qiu Xiaohua. Le patron de la Formule 1 en Chine, Yu Zhifei, directeur du circuit de Shanghai, hôte du Grand Prix de Chine le 1er octobre, a également été interrogé sur l'existence d'opérations illégales autour du circuit. Enfin, Zhang Rongkun, 33 ans, président du fonds d'investissement privé Fuxi (classé 16e fortune du pays par le magazine Forbes), a également été interpellé au cours de cette enquête.

Ce fonds de pension, créé en 1998 et gérant plus de 10 milliards de yuans, aurait conduit à un détournement de fonds publics pour un montant de 3,2 milliards de yuans (400 millions de dollars).
Trois hauts dirigeants de Shanghai Electric Group, le principal producteur de matériel électrique chinois, ont été mis en cause dans cette affaire.

 

À peine un mois avant la réunion du 6e plénum du comité central du PCC (du 8 au 11 octobre), la vraie motivation de Hu Jintao fait l’objet de spéculations dans la presse hongkongaise et internationale. Fait-il ainsi la preuve de son engagement ferme au sujet de la lutte contre la corruption ? Tenterait-il de donner plus de cohérence à sa politique de « société harmonieuse » ? Ou bien cette opération vise-t-elle à affaiblir la faction de Shanghai de Jiang Zemin ?

 

Si le Takungpao adopte la première hypothèse, le Standard opte assez natu­rellement pour cette dernière interprétation. La presse internationale attribue égale­ment cette offensive politique aux remaniements qui seraient en cours au sommet du pouvoir. Seule l’agence de presse Reuters relate un déroulement un peu différent, selon lequel Zeng Qinghong (allié de Jiang Zemin) aurait coordonné l’affaire entre Hu et Jiang[1]. Selon les sour­ces citées par Reuters, Zeng aurait servi de médiateur pour Jiang, permettant à ce dernier de protéger quelques personnes clés et de participer à la décision des limogeages, intervenant ainsi indirec­tement dans la décision finale. Le poids de Zeng serait toléré par Hu, Zeng étant devenu un personnage politique incontour­nable, comme le démontre la décision de lui confier la préparation du 17e CC de 2007 (recommandations de personnes à promouvoir et rôle dans la formulation des textes officiels). La revue hongkongaise indépendante Kaifang estime que « c’est seulement en s’alliant que Hu et Zeng peuvent émerger [tous les deux] en gagnants lors du 17e CC, sinon, tous deux risquent de perdre ».

 

Dans la presse chinoise, ces questions ne sont toutefois pas évoquées de la même manière. Les détails de l’affaire Chen Liangyu sont rapportés mais ne sont expliqués que sous l’angle de l’engagement de l’équipe gouvernante à « nettoyer » les instances dirigeantes du Parti et du gouvernement. Le cas de Chen Liangyu n’a toutefois pas été évoqué lors du 6e plénum, même si Hu y a fait référence implicitement en appelant le Parti à rester unifié[2]

 

Le 21 Shiji Jingji Baodao, journal indépendant du groupe du Nanfang Ribao (sud de la Chine), révèle également qu’un groupe dirigeant d’investigation, subor­donné à la commission municipale pour l’Inspection de la discipline, a été mis en place pour poursuivre le travail à Shanghai. Sous la direction de Luo Shiqian (secrétaire adjoint du PCC de Shanghai) et sous la gestion directe de Teng Yilong, président de la haute cour municipale de Shanghai, ce groupe de travail serait composé de 30 à 40 fonctionnaires issus des instances politiques et juridiques de la ville. Ces derniers auraient été formés avant la fête nationale du 1er octobre et auraient entamé leur travail dès la fin des festivités.

 

Le cas de Shanghai serait-il en effet un compromis entre factions pour faire avancer une ligne politique commune ?


[1] Benjamin Kang Lim, « Hu puts rival in key China Congress role: sources », Reuters, 10 octobre 2006.
[2] Voir le texte du communiqué du 6e plénum disponible sur http://news.xinhuanet.com/­english/2006/10/11/content_5190592.htm.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°8,  sept. 2006, pp. 3-4

 

Synthèse commentée de Michal Meidan d’après :

-   Zhao Liqing, « Évaluer les activités des ONG étrangères en Chine », Xuexi Shibao (Study Times), 22 août 2006

Dans la revue de l’école centrale du Parti communiste chinois, Zhao Liqing offre un point de vue rare sur l’état de la réflexion au sujet des organisations non-gouver­nementales (ONG) étrangères en Chine.

 

Souvent perçues comme des vecteurs de changement politique (par exemple dans le cas des révolutions dans les répu­bliques d’Asie centrale[1]), les ONG sont regardées avec méfiance par les dirigeants politiques du pays. Or, dans son article, Zhao estime qu’il faudrait effectuer une étude « compréhensive, objective et impartiale » de leurs activités dans le pays afin de pouvoir ensuite formuler une politique adéquate à ce sujet.

 

L’auteur admet qu’en Chine on tend trop facilement à « démoniser » (妖魔化, yaomohua) ou à « glorifier » (天使化, tianshihua) ces acteurs : ou bien on considère qu’ils sont une force déstabilisatrice et menaçante, et donc on nie tout rôle positif qu’ils pourraient avoir, ou, alors, on estime qu’ils sont d’un altruisme absolu et opèrent avec le seul objectif de représenter les besoins de la société civile (民间社会, minjian shehui). Pour pouvoir formuler un avis plus nuancé, Zhao estime qu’il faudrait procéder à une évaluation des impacts positifs et négatifs des ONG, même si, admet l’auteur, il reste difficile d’évaluer l’étendue de leur travail par manque de chiffres et de données.

 

Estimant qu’il y a à présent environ 1 000 ONG bien établies et reconnues en Chine, ayant des programmes en cours et des partenaires chinois de longue date, Zhao avance, en terme de capital investi par ces organisations dans le pays, un chiffre compris entre 100 et 200 millions de dollars.

 

Sur cette base, Zhao dénombre les aspects positifs et négatifs de l’activité des ONG étrangères en Chine et de leurs résultats. Du côté positif, l’auteur met en avant les points suivants :

1.       Entrée de capital en Chine : même si les investissements des ONG ne s’élèvent qu’à 100 millions de dollars, ceci n’est en aucun cas une somme négligeable, d’autant plus que ce capital est destiné aux populations les plus démunies et que, parfois, l’entrée de ces fonds arrive à déclencher plus facilement un complément de la part du gouvernement pour certains projets.

2.       Introduction d'expériences : informa­tions, personnel et modes de fonc­tionnement étrangers.

3.       Contribution au développement social du pays : programmes de développe­ment rural, réduction de la pauvreté, soutien médical et prévention du SIDA, protection de l’environnement, aide aux plus faibles (femmes et enfants), etc.

4.       Construction de nouvelles institutions sociales et notamment dans les organisations qui travaillent à la base.

5.       Aide à l’amélioration des processus de formulation des politiques publiques : les ONG ont accompagné la trans­formation d’un processus fermé, unilatéral et vertical vers un processus multilatéral, ouvert et bénéficiant de plus de coordination horizontale. Cette action a touché l’administration du Parti et du gouvernement, les insti­tutions académiques et les instituts de recherche par le biais de financements de programmes de recherche, de séminaires et d’échanges.

6.       Renforcement de l’État de droit par la contribution à l’éducation et par le travail de terrain des associations de soutien légal.

 

L’action des ONG est jugée par l’auteur comme un apport à la fois « bon, positif et actif » au développement social et économique du pays. Mais quelques problèmes existent, ou du moins, pourraient survenir à terme. En effet, les points négatifs que soulève l’auteur sont, selon ses propres mots, « rares » en réalité mais constituent « une éventualité qu’il ne faudrait nier ou ignorer ».

 

Les aspects négatifs (potentiels) se résument donc aux points suivants : d’abord, une menace pour la sécurité du pays, car il n’est pas impossible, même si cela n’a pas été le cas en Chine, que les ONG procèdent à des collectes d’infor­mations ou se livrent à de l’espionnage ; deuxièmement, elles pourraient porter atteinte à la stabilité politique du pays, bien que la grande majorité des ONG actives dans le domaine politique se soient retirées du pays après 1989. Les ONG encore présentes en Chine « concentrent leur travail aux activités sociales, économiques et juridiques, et envisagent avec prudence le travail lié aux domaines politiques sensibles » ; troisièmement, les ONG encouragent la corruption. Sur ce plan, « elles ont une responsabilité indéniable (nanciqijiu) », car elles déboursent parfois trop rapidement leurs fonds. Ayant une « connaissance limitée » de la société chinoise, elles entament des projets, selon l’auteur, sans avoir la capacité de veille et de gestion nécessaire pour vérifier que les fonds sont utilisés pour les fins auxquels ils sont destinés. Enfin, les ONG sont également critiquables pour leurs modes de travail importés de l’Occident qu’ils adaptent rarement et difficilement à la réalité chinoise. Au lieu d’encourager un mode de fonctionnement proprement chinois, ou du moins respecter les modes de fonctionnement de leurs partenaires chinois, les ONG « qui détiennent le capital » forcent leurs partenaires chinois à des modes d’action qui leurs sont inappropriés.

 

L’auteur évite de donner ses recom­mandations et se contente de mettre en avant la nécessité de procéder à une évaluation plus impartiale et complète des ONG avant de formuler une politique à ce sujet. S’il répète l’influence potentielle des activités sociales et juridiques sur le système politique, le bilan largement positif des ONG, publié dans une revue du Parti, laisse entendre que le débat à ce sujet ne vient que d’être lancé.

 


[1]Cf. Michal Meidan, « Les ONG américaines, vecteur de la démocratie politique en Asie centrale », China Analysis n° 2, novembre-décembre 2005, www.centreasia.org.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°8,  sept. 2006, pp. 9-10

 

Synthèse commentée de Michal Meidan d’après :

-          Li Lunjie, « Réguler la consommation énergétique par l’arbitrage de la production », 21 Shiji Jingji Baodao, 3 août 2006

-          Ding Jun, Wang Shiling, « Réduire l’intensité énergétique de 20 % : les objectifs ne seront pas atteints », 21 Shiji Jingji Baodao, 14 septembre 2006

-          Liu Jun, « La Chine fait face à quatre défis énergétiques », Zhongguo Guoqing Guoli, n° 164, septembre 2006, pp. 4-6

L’objectif de réduire l’intensité énergétique du pays de 20 %, mis en avant dans le cadre du 11e plan quinquennal il y a à peine un an, ne sera pas atteint.

 

Le 21 Shiji Jingji Baodao a publié plusieurs articles cet été citant des officiels de l’Académie chinoise des sciences sociales et des chercheurs du Centre de recherche sur l’énergie subordonné à la NDRC qui estiment peu probable que cet objectif soit atteint.

 

Ils estiment que même si le secteur tertiaire atteint une part du PIB compa­rable à sa part en 2000, l’intensité énergétique du pays ne pourra être réduite que de 13 % environ, soit 10 % par les efforts de conservation d’énergie et entre 3 et 4 % dus à l’intégration de nouvelles technologies. Or, la structure économique (et notamment la part du secteur tertiaire par rapport à la part de l’industrie dans le PIB) n’évolue pas aussi rapidement que prévu. Les objectifs du 11e plan quinquennal se basaient en effet sur une croissance économique à conditions optimales (sans que celles-ci soient détaillées), mais prenant toutefois en compte une réduction de la part de l’industrie dans le PIB en faveur des services. De plus, la croissance économique ne ralentit pas et les objectifs de 20 % auraient été calculés sur la base d’une croissance économique de 8,5 % par an. L’objectif pourrait être réalisable avec une croissance de 9 % mais est impossible si la croissance du PIB se maintient à plus de 10 % par an.

 

Or, ces dernières années, le pays continue à connaître une croissance effrénée et a vu une hausse des investissements dans les biens immo­biliers (une croissance de 31 %), notam­ment dans le centre et le nord du pays. Les secteurs énergivores, étant souvent plus lucratifs, attirent une part importante des investissements, mais sans incitation à consommer ou arbitrage entre les produits, la production ne fait que s’accumuler. Cette tendance est exa­cerbée par les gouvernements locaux qui accordent des licences pour des projets fort consommateurs d’énergie, en violation des règlements.

 

Le gouvernement central manque de mécanismes qui lui permettraient d’appliquer ces règlements, soulignent les auteurs du 21 Shiji Jingji Baodao, et les gouvernements locaux continuent à encourager une croissance extensive, motivée par leurs objectifs à court terme. L’insuffisance du système des statistiques et l’introduction de mesures adminis­tratives supplémentaires ne fait que renforcer les lacunes de ce système.

 

L’analyse faite par le Bureau des statistiques de l’État met en avant les mêmes « défis » (structures de consom­mation et de production inefficaces et polluantes), mais il passe sous silence le rôle des gouvernements locaux. Le décalage entre les analyses est patent sur ces points : le Bureau des statistiques estime que la Chine est dans une étape inévitable de sa croissance, une étape durant laquelle on ne peut refuser à la population l’achat de voitures ou la construction de nouvelles maisons pour accueillir les paysans venus en ville. Les autres analyses reconnaissent toutefois que d’autres choix existent : on peut promouvoir l’achat de petites voitures, la fabrication de voitures hybrides, ou encore développer les transports en commun. (De plus, la grande majorité des maisons construites sont des résidences que les paysans venus en ville peuvent diffici­lement se permettre de payer.)

 

La solution proposée par le Bureau des statistiques est de réduire l’intensité « car il y a une marge ». Celle-ci n’est pas détaillée, alors que Li, Ding et Wang citent des experts selon lesquels l’industrie chinoise n’a pas énormément de marge par rapport à la moyenne internationale. Ils citent pour exemple les cinq grandes entreprises génératrices d’énergie thermique (sans pour autant expliquer les modes d’évaluation ou donner plus d’indications), mais l’examen secteur par secteur montre que les gains possibles d’efficacité peuvent aller de 5 % à 8 %, loin des 20 % souhaités.

 

Il y aurait donc une limite aux gains d’efficacité qui peuvent être acquis, même par l’introduction de nouvelles techno­logies, et une réévaluation des stratégies serait donc en cours.

 

Que préconisent les experts ? Certains estiment qu’il faut une restructuration des industries, surtout des industries manufacturières. Il faudrait renforcer la composante des hautes technologies et encourager des produits à haute valeur ajoutée et à faible consommation énergétique car, soulignent-ils, les 40 industries qui consomment 70 % de l’énergie industrielle ne représentent que 20 % de la valeur ajoutée industrielle. Il y a là une vraie marge.

 

D’autres croient que la solution est à trouver dans les marchés : ceux-ci devraient endosser le rôle d’arbitre entre la production et la consommation et limiter les productions inefficaces. Ce faisant, le gouvernement pourrait veiller à l’intro­duction de mesures efficaces pour la promotion de la conservation énergétique et la protection de l’environnement, et disposer des outils pour les appliquer.

 

L’intervention étatique dans la formulation des prix est un des défis mis en avant également par le Bureau des statistiques, auxquels s’ajoutent l’insuffisance des marchés financiers. Le partage des ressources entre les gouvernements locaux et le gouvernement central fait que les caisses centrales sont vidées, alors que les fonds locaux sont utilisés pour des projets lucratifs, sans souci d’un développement durable sur le long terme.

 

Les financements privés dans le secteur énergétique, quant à eux, sont comme « un loup enfermé ». Il est temps de les libérer à présent, sous l’égide du gouvernement, qui devrait toutefois les orienter.

Ce dernier pourrait par exemple encourager les investissements dans les transports publics (et notamment les systèmes de métro), mais, sur ce point, le poids de l’industrie automobile reste un obstacle.

 

L’analyse des problèmes et des défis fait l’unanimité. C’est sur les solutions que les analystes semblent incapables de se mettre d’accord.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°8,  sept. 2006, pp. 14-15

 

Synthèse commentée de Michal Meidan d’après :

-          Zhao Hongtu, « Coopération et dialogue pour la sécurité énergétique mondiale : choix stratégiques pour une ère d’interdépendance en énergie », Xiandai Guoji Guanxi, n° 5, 2006, pp. 38-44

-          Chen Fengying, « La nouvelle tendance de la sécurité énergétique internationale », Xiandai Guoji Guanxi, n° 6, 2006, pp. 41-46

-          Liu Jianfei, « Assurer la sécurité énergétique à travers la coopération », Le Quotidien du Peuple, 19 août 2006

Autour du sommet du G8 qui s’est réuni à Saint-Pétersbourg en juillet 2006, des analyses stratégiques chinoises envi­sagent à nouveau les questions de sécurité énergétique.

 

Contrairement aux analyses imprégnées de réalisme et de théories néomercan­tilistes prévoyant des guerres liées aux ressources énergétiques qui dominaient autrefois ces analyses stratégiques[1], les études de ces der­niers mois adoptent une vision d’inspiration libérale des questions énergétiques. Plus question de pénurie de pétrole ou de gaz, au contraire, affirment les auteurs, citant notamment Daniel Yergin[2], les ressources naturelles mon­diales suffisent pour satisfaire la demande. De ce fait, la hausse des cours mondiaux est due à plusieurs raisons (dont la consommation chinoise n’en est pas une !) : au déséquilibre entre offre et demande, aux activités spéculatrices sur les marchés, aux limites de capacité des raffineries mondiales, etc. Le problème n’est donc clairement pas « sous le sol mais sur la terre » (Zhao).

   

Un grand nombre de facteurs, tels que les conflits régionaux, l’instabilité politique dans les pays producteurs, les actes terroristes et les menaces pesant sur les infrastructures énergétiques (pipelines, ports, raffineries, centrales, etc.), font que la sécurité énergétique est désormais une préoccupation internationale, et « aucun pays peut ne compter que sur lui-même pour sa sécurité énergétique ».

 

Zhao tâche toutefois d’identifier les trois éléments qui engendrent des conflits géopolitiques à propos de l’énergie :

1.       La concurrence pour la production des ressources à l’étranger et pour les bénéfices issus de l’exploration (les zones qu’il identifie sont le Moyen- Orient, les bords de la mer Caspienne et la Sibérie).

2.       L’emploi de l’énergie comme outil politique par les pays producteurs. L’Iran, le Soudan et le Venezuela en sont des exemples contemporains[3]. Cette tactique peut engendrer des frictions entre partenaires énergé­tiques (comme la Chine, l’Inde, le Japon et l’Europe dans leurs liens énergétiques avec les États-Unis), mais peut conduire les États à rechercher de nouvelles solutions et de nouveaux partenaires, ce qui est le cas par exemple de la vision euro­péenne de ses approvision­nements en provenance de la Russie.

3.       Enfin, la question énergétique peut être liée à des questions territoriales et envenimer des litiges territoriaux comme c’est le cas autour de la mer Caspienne ou de la mer de Chine orientale.

 

« Si ces conflits et frictions s’enveni­mement, ils pourront influencer non seulement la sécurité du pays mais aussi celle de la région et du monde. » La réponse devrait donc être une réponse commune, par les voies du dialogue[4].

 

Toutefois, dans une situation de ressources énergétiques suffisantes et de reconnaissance du nécessaire recours à une réponse régionale voire internationale, pourquoi la géopolitique reste-t-elle un facteur d’une telle importance ?

   

D’abord, dit Chen Fengying, en raison de la concentration géographique inégale des ressources (couplé au fait que les pays riches en ressources sont pour la majorité politiquement instables et que les pays consommateurs sont pauvres en ressources). Ensuite – et là le raisonne­ment traditionnel mercantiliste refait surface – car les conflits régionaux et les tensions entre consommateurs et produc­teurs tournent toujours autour des ressources naturelles. « Les pays produc­teurs sont de ce fait, poursuit-il, entraînés dans un tourbillon de conflits » (engendrés, implicitement, par les puissances en quête de ressources) Enfin, la spéculation effrénée du capital flottant, exacerbée par les tensions régionales et les actes terroristes.

 

En dépit de ce nouveau discours, certains éléments de continuité persistent dans ces analyses et notamment l’effet déstabi­lisateur des États-Unis, mais, cette fois-ci, cet effet n’est pas dû aux tendances hégémoniques américaines ou à la volonté du pays de contrôler les ressources énergétiques mondiales, mais aux bénéfices qu’il peut (et sait) tirer des marchés volatiles. Le gouvernement américain, sous pression des lobbies pétroliers, agit à sa guise sur le plan international, sachant bel et bien que ses actions ont des répercussions sur les marchés et sur les prix. Si l’on considère que l’économie américaine est « sur la bonne voie » et que les cours élevés du pétrole ont de moins en moins d’impact sur elle, « voici, sans doute, la raison pour laquelle le président Bush a décidé de remplir sa réserve stratégique en temps de prix aussi élevés ».

 

Néanmoins, la conclusion qui en est tirée est que « de toute situation difficile, de nouvelles solutions positives peuvent émerger » et que les réponses à l’insé­curité énergétique peuvent désormais relever des domaines de la gestion de la demande, de la réduction de l’intensité et de l’introduction de nouvelles technologies et ressources énergétiques. De plus, une coopération internationale dans ce domaine serait également bénéfique : transferts de technologies et accélération d’une plus importante intégration des marchés car, « en encourageant plus de transparence entre producteurs et consommateurs et en renforçant l’inter­dépendance, les facteurs qui peuvent influencer les marchés et les prix se multiplient de sorte qu’aucune partie ne peut, de façon unilatérale, contrôler à long terme les marchés et les prix pétroliers ». L’interdépendance est donc prônée pour, entre autre, affaiblir ce qui est perçu comme la nouvelle menace américaine : le contrôle des marchés et des prix.

 

Les premières priorités pour sécuriser l’énergie mondiale sont donc l’interna­tionalisation des compagnies pétrolières – car celles-ci permettent de nouer un lien pratique entre acteurs industriels et entre pays producteurs et consommateurs –, la gestion commune des marchés et le dialogue au sujet de la sécurité énergétique.

Il en reste toutefois que les Etat Unis continuent à jouer le rôle central, car paradoxalement ils sont à la fois le premier facteur de distorsion des marchés et le principal administrateur de ce bien commun.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°8,  sept. 2006, pp. 15-18

 

Synthèse commentée de Michal Meidan d’après :

-          Tao Wenzhao[1] « La question iranienne doit être résolue par des négociations », Le Quotidien du Peuple, 30 août 2006

-          Wang Enxue, Zhang Jinping[2], « Une analyse de la politique nucléaire iranienne », Xiandai Guoji Guanxi, n° 4, 2006

-          Zuo Jianxiao, « La crise iranienne dans l’impasse, les navires américains en route vers le golfe Persique », Huanqiu Shibao, 4 mai 2006

-          Yin Chengde[3], « L’influence de la crise iranienne sur la situation internationale », analyse du China Institute of International Studies, juin 2006

-          Meng Yangqing, « L’Iran ne cède pas, les États-Unis devront frapper », Shijie Zhishi (World Affairs), n° 11, 1er juin 2006, pp. 30-32

-          Li Guofu[4], « L’impasse dans la crise nucléaire iranienne », Guoji Wenti Yanjiu, n° 5, octobre 2006, pp. 46-50


[1] Tao Wenzhao est chercheur à l’Institut d’études américaines de l’Académie chinoise des sciences sociales.
[2] Wang Enxue est doctorant au département des Relations internationales à l’université du Yunnan, Zhang Jinping est professeur à l’université des minorités ethniques du Yunnan où il travaille sur l’analyse du Moyen-Orient.
[3] Chercheur rattaché à l’Institut chinois des études internationales (China Institute of International Studies).
[4] Chercheur du China Institue of International Studies, spécialisé sur le Moyen-Orient.

La crise nucléaire iranienne est suivie de près par la presse chinoise. Souvent, les articles se limitent à relater les dernières évolutions ou à mettre en avant la position chinoise, qui consiste essentiellement à poursuivre l’affaire par la voie diplo­matique des négociations (Tao et Li).

 

Peu d’analyses essaient de replacer la diplomatie nucléaire iranienne dans le contexte de la politique interne de l’Iran ou d’offrir une perspective plus large sur la question, les articles cités dans ce numéro de China Analysis ont donc été choisis en raison de la diversité des positions et des analyses qu’ils offrent.

 

Les auteurs offrent différentes explications aussi bien des causes que des consé­quences de la crise : Yin Chengde voit la question nucléaire comme une crise entre les États-Unis et l’Iran dans laquelle la Chine, la Russie et l’Union européenne représentent « la communauté interna­tionale » et assument la tâche difficile de médiateurs. Wang et Zhang, toutefois, replacent la politique nucléaire iranienne dans le contexte de la politique interne du pays et de la situation internationale. Ahmadinejad, dès son arrivée au pouvoir, suit la tendance conservatrice que prend son pays et stimule le sentiment de « fierté nationale » (民族自豪 minzu zihao[1]) qu’il représente pour son électorat. Pour Li Guofu, ce sentiment est plutôt celui d’une « renaissance nationale » (振兴民族zhenxing minzu). Encouragé par le désenchantement général à l’égard de l’Ouest parmi les jeunes Iraniens et la cassure perçue dans le monde occidental, le nouveau président iranien choisit de durcir sa position lorsque le moment lui semble opportun.

 

Quelle est la revendication iranienne ? Tous les analystes citent la capacité nucléaire à usage civil (tout en disant que, de prime abord, un pays riche en pétrole et en gaz n’a pas forcément besoin de l’énergie nucléaire), mais Wang et Zhang expliquent que « l'arme nucléaire est le pouvoir de veto ultime dans la politique internationale, surtout pour les pays faibles ». Si l’Iran doit présenter ses objectifs comme relevant du domaine civil, « l'accès du Pakistan et de l'Inde au statut de puissances nucléaires, le fait que l'Irak voulait développer sa capacité nucléaire et les accords sécuritaires entre les États-Unis et Israël » ont fait que « l'Iran a intensifié le développement de son propre programme ».

 

Telle qu’elle est présentée par nos auteurs, la politique nucléaire iranienne est un concours de circonstances : les besoins internes, cités ci-dessus, et la perception que la communauté internationale (Zhang et Wang incluent les États-Unis dans cette définition) serait incapable d’agir de façon unifiée et cohérente. Les Iraniens voudraient, selon cette analyse, saisir cette occasion pour accomplir, en citant Lénine, « deux pas en avant, un pas en arrière […] », se mettant ainsi en position de force dans les négociations. Qui plus est, Téhéran tenterait ainsi de se positionner entre l’Est et l’Ouest et d’introduire de nouveaux acteurs dans l’équation, notamment la Chine, la Russie, l’Inde et le Japon. Chacun de ces pays pourrait être amené à se ranger aux côtés de Téhéran selon la lecture iranienne de la situation : la Russie estimant que l’Iran fait partie de sa sphère d’influence, le Japon « ayant besoin de se démarquer des États-Unis en dépit de leur alliance ferme pour ses besoins en énergie », la Chine « en raison de ses liens énergétiques et militaires avec le pays[2] » et l’Inde « avide de ressources naturelles ». Les auteurs affirment cependant que ce ne sera pas le cas, même si l’Iran essaie de se positionner plus fermement sur le plan régional et de nouer des alliances en devenant un observateur de l’Organisation de coopération de Shanghai et en ouvrant ses gisements pétroliers à des acteurs asiatiques…

 

Le rôle de l’Union européenne diffère selon les analyses. Ne s’étant jamais rangée tout à fait aux côtés des États-Unis, l’Union européenne, pour Li Guofu, a tenté de servir de médiateur et a échoué. La politique iranienne cherchant à « tourner vers l’Est » en est le résultat. Alors que Wang et Zhang soulignent le rôle indépendant de l’UE, son incapacité à faire valoir ce rôle constitue la faiblesse du camp « international », dont l’Iran se sert pleinement. Yin et Li attribuent à l’Union européenne une véritable volonté de par­venir à un accord par voies diplomatiques, mais tous s’accordent à dire que l’UE manque de l’autorité nécessaire et qu’elle n’a plus qu’à s’aligner sur la position des États-Unis…

 

Les analystes ne doutent toutefois pas que l’Iran a encore une marge de manœuvre, Zhang et Wang allant jusqu’à dire que Téhéran finira par infléchir sa position. Yin Chengde part également du principe que les dirigeants iraniens et américains sont des acteurs rationnels qui opèrent dans l’intérêt de leurs pays, et comme les deux parties seraient perdantes en cas de guerre, aucune partie n’optera pour ce choix. En dernière instance, l’Iran et les États-Unis finiront par modérer leurs positions. Étant donné que la politique étrangère iranienne « a toujours été pragmatique » et qu’Ahmadinejad est un « jeune conser­vateur pragmatique », cette impasse finira bien par se débloquer. Li Guofu ne voit pas la situation ainsi ; pour lui, cette position tient, au contraire, à l’idéologie du président iranien, sans qu’il explique toutefois en quoi consiste cette idéologie.

 

Aucune analyse n’écarte cependant la possibilité d’un conflit armé entre les deux parties, les revues généralistes (Huanqiu Shibao, Shijie Zhishi) allant même jusqu’à estimer que la guerre est proche ; les navires américains se positionnent déjà dans le golfe Persique, des troupes spécialisées américaines chargées de la collecte d’informations et de la coor­dination avec des groupes de l’opposition iranienne entrent sur le territoire iranien ; en clair, les États-Unis s’apprêteraient à tous les scénarios possibles, et si l’Iran ne fléchit pas, ils n’auront pas d’autre choix que de lancer une offensive. Si certains estiment que la guerre est une hypothèse peu bénéfique, d’autres y voyant une fin inévitable, il n’en reste pas moins que la possibilité de cette guerre est étudiée par tous.

Les analystes s’accordent tous à dire que Téhéran se prépare également à cette éventualité et que l’Iran est tout de même un adversaire qu’il ne faut pas sous-estimer, d’autant plus que l’armée américaine est déjà très dispersée entre l’Afghanistan et l’Irak. En dépit de ces difficultés, rappellent les auteurs, l’armée américaine reste très au-dessus des forces iraniennes et son déploiement au Moyen-Orient est déjà une forme d’encerclement de l’Iran.

 

Toutefois, argumentent-ils, les États-Unis n’ont aucun soutien « moral » pour cette guerre : non seulement l’Iran a le droit d’acquérir une capacité nucléaire civile, mais il n’y a aucune preuve de l’existence d’un programme militaire. Ce dernier point revient souvent dans ces analyses : la communauté internationale et l’AIEA manquent de preuves, un argument qui sert aux analystes chinois pour justifier la poursuite de la voie diplomatique.

 

Li Guofu, un des experts les plus cités sur les questions moyen-orientales, s’écarte peu de la position officielle chinoise. Son analyse se limite aux calculs iraniens, vus à travers les nécessités de la politique interne iranienne et des opportunités qui se sont présentées sur le plan interna­tional. L’arme nucléaire ne servira qu’à des fins pacifiques (même si la situation sécuritaire de l’Iran est évoquée comme une raison de vouloir détenir une capacité nucléaire) et, de façon un peu contra­dictoire, il estime que l’Iran cherche à imiter le Japon, « un pays qui en possède la capacité technique mais qui n’en produit pas. Cette capacité sert à renforcer la sécurité du pays et sert de force de dissuasion efficace ».

 

La raison du durcissement des positions est à chercher toutefois pour lui dans l’incompréhension américaine de la situation : d’abord, les Américains ne com­prennent pas le sentiment d’insécurité de l’Iran (notamment en raison de ses voisins nucléaires), et donc la nécessité d’apaiser ce sentiment ; mais surtout Washington n’a pas su profiter du clivage entre modérés et conservateurs au sein du gouvernement iranien et n’a pas su répondre aux gestes de rapprochement que les modérés ont fait à leur égard, affaiblissant de la sorte la position des modérés.

 

Les auteurs évoquent certaines « cartes » supplémentaires que détiennent les Iraniens dans ces négociations : d’abord, l’arme pétrolière, qui revient dans toutes les analyses. Une rupture des exportations iraniennes nuirait aux États-Unis et à « tous ses alliés » et est une des « cartes » fortes de l’Iran. Ensuite, l’Iran a une capacité de nuisance qui s’étend au-delà de ses frontières. Les analyses sont plus ou moins vagues sur ce sujet, Zhang et Wang évoquant « des groupes armés » s’entraînant à l’étranger qui peuvent atteindre des cibles américaines, alors que Chen ne mentionne que la capacité de nuisance iranienne en Irak. Des allusions sont également faites aux liens entre l’Iran et des groupes terroristes, mais ces rapports ne sont jamais décrits de façon explicite.

 

Zhang et Wang poursuivent leur analyse pragmatique de la politique iranienne : Ahmadinejad aurait surestimé la marge de manœuvre dont il dispose, mais vu la levée de voix modératrices au sein de l’Iran et la fermeté (relative) de la communauté internationale, l’Iran finira par trouver un moyen de sortir de l’impasse.

 

Une des analyses les plus récentes, celle de Tao, est moins optimiste quant à l’issue de cette impasse et n’offre pas de prévisions. Li Guofu, quant à lui, prend à son compte la position iranienne ; il estime que l’Iran est prêt à négocier et que ce sont les États-Unis qui font preuve d’intransigeance. Il termine son analyse sans tout à fait conclure, en disant que la guerre reste peu probable même si une telle éventualité ne doit pas être écartée.

 

Il semblerait que plus la situation devient complexe moins les analystes sont prêts à livrer des pronostics.

 


[1] À noter que ce terme ne signifie pas « nationalisme ».
[2] Notons la mention des liens militaires : la Chine aurait vendu des armes à l’Iran dans les années 1980 mais nie aujourd’hui tout lien dans  ce domaine. Sur l’ensemble des relations sino-iraniennes, voir le compte-rendu de l’Observatoire géopolitique sur la Chine sur www.centreasia.org.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°8,  sept. 2006, pp. 25-27

 

Synthèse commentée de Mathieu Duchâtel d’après :

-   Chang Mao-lin, « Abe prend le pouvoir, une chance pour les relations nippo-taïwanaises », Ziyou Shibao (Liberty Times), 20 septembre 2006, p. 6

-   Chiu Jing-wen, « Abe apprécie Taïwan : l’évolution des relations nippo-taïwanaises fait naître des attentes », Ziyou Shibao, 21 septembre 2006, édition électronique

-   Wang Ping-yu, « La coopération stratégique nippo-taïwanaise peut être encore améliorée », Ziyou Shibao, 21 septembre 2006, édition électronique

-   Huang Shi-zhuo, « Les relations nippo-taïwanaises à l’époque d’Abe », Ziyou Shibao, 22 septembre 2006, édition électronique

Le nouveau Premier ministre japonais mènera-t-il une politique extérieure plus favorable à Taïwan ? Le Ziyou Shibao, très marqué dans sa position pro-indépendantiste, répond par l’affirmative à cette question importante pour les équilibres régionaux en Asie orientale. On peut relever dans les articles retenus deux arguments majeurs pour étayer cette affirmation. Tout d’abord, l’argument de « l’affectivité », selon lequel Abe Shinzo est protaïwanais par éducation, et qu’il a déjà développé, ainsi que ses proches, de solides réseaux d’amitié avec de nombreux politiciens taïwanais. Deuxiè­mement, un argument stratégique, selon lequel les conservateurs japonais auraient intérêt à s’opposer à l’unification des deux rives. Ces articles n’évoquent pas le fait que la volonté affichée par Abe – jusqu’à présent – d’améliorer ses rela­tions avec la Chine pourrait avoir un coût pour Taïwan, en empêchant le nouveau Premier ministre d’adopter certaines mesures ou d’encourager des échanges trop visibles avec l’île.

 

Les articles du Ziyou Shibao recensent les éléments tendant à prouver la sensibilité protaïwanaise du nouveau Premier ministre. Ils rappellent que lorsqu’il était vice-secrétaire général du cabinet de Yoshirô Mori (2000-2001), Abe avait personnellement géré l’affaire du visa accordé le 22 avril 2001 à l’ex-président pro-indépendantiste taïwanais, Lee Teng‑hui, malgré les protestations chinoises[1]. Ils relèvent une phrase consa­crée à Taïwan dans le chapitre sur la politique extérieure de son livre de campagne, Vers un pays splendide : « Il est nécessaire d’intégrer Taïwan dans notre champ de vision. » Ils insistent sur le fait que l’épouse d’Abe a déclaré adorer le groupe de musique pop taïwanais F4, sans relever que c’est plutôt son intérêt pour certaines séries télévisées coréennes qui a fait parler d’elle dans la presse internationale.

 

Sur le plan de ses réseaux personnels, Abe est proche de plusieurs personnalités conservatrices connues pour être pro­taïwanaises : le maire de Tokyo Ishihara Shintarô, personnage clé des relations politiques nippo-taïwanaises, son fils Ishihara Nobuteru, candidat possible à la succession d’Abe et impliqué aussi dans les relations bilatérales, et Sakurai Yoshiko, une commentatrice politique et présentatrice de télévision, qui préconise le passage par la Diète d’un Taïwan Relations Act sur le modèle américain et estime que l’unification de Taïwan avec la Chine serait un cauchemar pour le Japon[2].

 

D’autre part, la préférence d’Abe dans le monde politique taïwanais irait clairement aux leaders du mouvement indépen­dantiste, à savoir Lee Teng-hui et Chen Shui-bian. Selon le quotidien taïwanais, ces deux derniers auraient identifié Abe comme un allié de premier ordre en vue de faciliter le développement des relations nippo-taïwanaises. Au pouvoir, Lee Teng-hui, attiré par le pedigree familial de l’actuel Premier ministre, aurait développé des efforts particuliers pour le rallier à la cause taïwanaise. Pour l’ancien chef d’État, connu autant pour sa nippophilie que pour sa nippophonie, le petit fils de Nobusuke Kishi, très anticommuniste, et le petit neveu de Eisaku Sato, dernier Premier ministre japonais à avoir visité Taïwan, seraient génétiquement pro-taïwanais. Un épisode révèle selon le Ziyou Shibao les affinités politiques d’Abe : après la visite de Ma Ying-jeou au Japon en juin 2006, le quotidien d’opposition Zhongguo Shibao avait révélé à tort que le président du Kuomintang s’était entretenu avec Shinzo Abe, et que ce dernier avait ouvertement critiqué Lee Teng-hui en sa présence. Abe a par la suite fait savoir qu’il n’avait pas rencontré Ma Ying-jeou, et qu’il éprouvait au contraire un profond respect pour Lee Teng-hui.

 

Après sa victoire lors des présidentielles de 2000, Chen Shui-bian a poursuivi ses efforts pour renforcer l’amitié d’Abe envers Taïwan. Il s’est appuyé pour cela sur Chiu I-ren, secrétaire général du conseil pour la Sécurité nationale, agissant avec le « groupe de travail sur le Japon » (日本工作小組) du conseil. Ce groupe a mis en œuvre avec ses interlocuteurs japonais un véritable échange au niveau des hauts responsables des deux gouvernements, destiné à renforcer « l’alliance » géopo­litique nippo-taïwanaise, avec la partici­pation bienveillante de Mori, chef de la faction conservatrice du PLD dont est issu Abe. Chen Shui-bian a même déclaré publiquement lors d’une conférence de presse qu’il attendait beaucoup de l’arrivée au pouvoir d’Abe, une prise de position étonnante avant l’élection interne du PLD.

 

Dans ces conditions, Huang Shi-zhuo estime que Taïwan doit saisir l’opportunité présentée par le nouveau gouvernement Abe, en fondant son analyse sur ses interactions personnelles avec des politiciens japonais protaïwanais. Huang, un député du Taïwan Solidarity Union, le parti indépendantiste fondamentaliste dont le père spirituel est Lee Teng-hui, vient de rencontrer au Japon, à l’occasion de la deuxième édition du forum nippo-taïwanais sur l’avenir de l’Asie-Pacifique (台日亞太未來交流論壇), les sénateurs PLD Hagiuda Kôichi[3] et Kenichi Mizuno, ce dernier ayant été vice-ministre en charge des questions politiques au ministère des Affaires étrangères. Kenichi Mizuno a démissionné en août 2002 du Gaimushô après que le ministre des Affaires étrangères Kawaguchi l’eut empêché de visiter Taïwan en sa qualité de vice-ministre[4], à l’occasion du trentième anni­versaire de la rupture des relations diplomatiques entre le Japon et la République de Chine[5]