POLITIQUE INTÉRIEURE 1. Nervosité à Pékin face au mouvement « anticorruption » à Taïwan 2. Les manifestations de masse, une réalité qui inquiète 3. La fin de l’anonymat des blogs en Chine 4. La Chine se dote d'une nouvelle loi sur les faillites ÉCONOMIE 5. Les entreprises chinoises, bientôt socialement responsables ? 6. Le PIB vert, si proche et si loin 7. Pourquoi la consommation chinoise tarde-t-elle tant à décoller ? POLITIQUE EXTÉRIEURE 8. Ce que la Chine chuchote à propos de la Corée du nord 9. Coopération nucléaire civile Inde-Etats-Unis : un mauvais accord 10. La Chine n’est pas une puissance néocolonialiste PRESSE TAIWANAISE 11. Qui va capter les déçus de Chen Shui-bian et du PDP ? 12. Ingérence américaine ou coup de pouce ?
Information - inscription : chinaanalysis@centreasia.org
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°9, oct. 2006, pp. 2-4
Synthèse commentée de Mathieu Duchâtel à partir de :
- Luo Bing, « L’agitation à Taïwan choque la Chine continentale », Zhengming, n° 348, octobre 2006, pp. 9-10
À Taïwan, le mouvement demandant la démission du président Chen Shui-bian a occupé le devant de la scène politico-médiatique pendant tout le mois de septembre[1]. Alors que l’on pouvait imaginer que les dirigeants communistes auraient observé avec délectation la vindicte populaire envers un homme d’État qu’ils abhorrent, la réaction chinoise a été en réalité plus nuancée. Cet article de Zhengming apporte un éclairage intéressant sur les mécanismes de prise de décision en Chine quant à la question taïwanaise. Surtout, il confirme l’inquiétude des Chinois d’une contagion de la Chine populaire à partir de Taïwan, sous la forme d’une extension de la lutte anticorruption et des manifestations appelant à la démission de dirigeants politiques[2].
Le 5 septembre 2006, le bureau politique du comité central a annoncé la création d’un « groupe d’observation de la situation taïwanaise » (中央台灣局勢觀察組), directement responsable devant le bureau politique. Cette structure temporaire a pour mission d’analyser en détail l’évolution des troubles intérieurs à Taïwan, afin d’ajuster la politique taïwanaise de la Chine en conséquence, mais aussi de conserver « l’initiative » (主動性) dans les relations interdétroit. Dans la composition du groupe, dirigé par Zeng Qinghong[3], on retrouve trois membres du bureau politique : Wang Zhaoguo (vice-président du comité permanent de l’ANP), Zhang Dejiang (secrétaire général du Parti dans la province de Canton), et Cao Gangchuan (vice-président du comité des affaires militaires et ministre de la Défense). À leurs côtés sont également présents deux hauts responsables militaires de l’APL : son chef d’état-major, Liang Guanglie, et Zhang Hetian (membre du commandement de la région militaire du Fujian). Tang Jiaxuan, Chen Yunlin (directeur du bureau des affaires taïwanaises du Conseil d’État et du comité central) et Wang Gang[4] (directeur du secrétariat du comité central) complètent cette structure ad hoc. À Shanghai, Fuzhou et Shenzhen, le bureau politique a annoncé la création de trois groupes régionaux de suivi de la situation taïwanaise.
Pendant le mois de septembre, le groupe d’observation a été à l’origine de cinq directives, émises par le Conseil d’État, le comité central du Parti, le département de la Propagande et le ministère de la Sécurité publique, et portant sur des mesures préventives afin de faire face à l’évolution de la situation à Taïwan et à ses possibles conséquences sur l’ordre social en Chine. Les événements taïwanais ont été à l’origine d’un relèvement du niveau d’alerte de l’appareil en charge des relations avec Taïwan, mais aussi de toutes les structures en charge de la sécurité intérieure de la Chine continentale.
Le 5 septembre, le Conseil d’État a publié une première directive à l’intention des instances provinciales du Parti mais aussi des structures de propagande et de sécurité publique de l’État. Cette directive demandait à ses destinataires d’augmenter leur niveau de vigilance et de compréhension envers la situation politique sur l’île, mais aussi de protéger à tout prix la sécurité et les « droits » des Taïwanais résidant ou voyageant en Chine. Elle leur interdisait de prononcer des commentaires sur la situation à Taïwan susceptibles d’être interprétés comme une évolution de la ligne du gouvernement central envers Taïwan. Enfin, quant à l’influence que la situation taïwanaise pourrait exercer sur les provinces chinoises, le document appelle à la préparation, à la vigilance et à l’action rapide envers tout « bourgeonnement » d’agitation inspiré du mouvement anticorruption sur l’île.
Le lendemain, le département de la Propagande a envoyé une directive d’urgence aux unités en charge de la propagande, aux maisons d’édition, aux différents médias, mais aussi aux académies des sciences sociales et aux structures de recherches des différentes provinces. La directive leur enjoint de couvrir l’agitation à Taïwan dans le cadre des règles d’usage sur l’information relative à Taïwan et d’envoyer tout document relatif à celui-ci au bureau provincial de la propagande pour examen, tout en annonçant qu’après publication ou émission, leurs auteurs seraient responsables quant au contenu de leurs textes. Elle leur interdit également de faire des commentaires d’ordre politique sur les événements à Taïwan, afin de ne pas provoquer d’effets contre-productifs. Enfin, elle insiste sur l’extrême prudence à observer devant toute information sur les événements à Taïwan si ceux-ci deviennent « violents » et rappelle le rôle essentiel du bureau de la propagande pour la sélection des informations et des images. Dans les provinces de Canton, du Hunan, du Jiangxi et du Jiangsu, les autorités de la propagande ont dû sévir devant la publication d’informations dépassant le cadre fixé par les autorités chinoises.
Le 8 septembre, c’est au tour du département de la Sécurité publique d’émettre « trois avertissements ». Le premier insiste sur la nécessité d’éviter tout mouvement social anticorruption prenant modèle sur le mouvement « anticorruption contre Chen Shui-bian » (反貪倒扁). Il précise le risque « d’encerclement » de bâtiments du gouvernement ou du PCC[5]. Le second et le troisième sont dirigés contre les « forces étrangères hostiles », qu’elles résident à l’intérieur ou en dehors de la Chine, et appellent à la vigilance contre toute tentative de propagande utilisée pour diviser les Chinois en instrumentalisant les événements taïwanais.
Le 18 septembre, les bureaux généraux du comité central et du Conseil d’État émettent une directive relative au « travail de sécurité pendant la période de congés » de la fête nationale. Elle est destinée aux hauts responsables provinciaux de la Police armée du peuple, de la Sécurité publique et des autorités militaires. Elle leur demande expressément de redoubler de vigilance à la veille de la fête nationale et du 6e plénum du 16e comité central, car les « forces hostiles » à la Chine pourraient prendre prétexte de l’agitation à Taïwan pour augmenter l’intensité de leurs activités. Le 20 septembre, le Conseil d’État et le comité central des affaires militaires annulent purement et simplement les vacances de tous les responsables de premier rang de la Police armée du peuple et de la Sécurité publique, leur intimant de relever le niveau d’alerte (執勤等級).
Lors d’une réunion du groupe d’observation, Zeng Qinghong a synthétisé les préoccupations chinoises face au mouvement anti-Chen Shui-bian à Taïwan, sans préciser les réponses envisagées par Pékin en cas d’évolution jugée inacceptable par les autorités communistes. Elles se résument en cinq grandes directions :
- Observer attentivement la situation si elle évolue vers des troubles sociaux importants et vers une perte de contrôle de la part des autorités taïwanaises.
- Redoubler d’attention face aux réactions de Chen Shui-bian, en particulier face à l’éventualité qu’il cherche à créer une diversion en accélérant son agenda indépendantiste, en prenant par exemple prétexte de la réforme constitutionnelle (ce qu’il a fait depuis, mais sans conséquence majeure).
- Observer la réponse américaine, mais aussi son « degré d’implication » (介入程度) dans les événements sur l’île.
- Observer l’évolution du niveau d’imbrication entre le gouvernement japonais et les forces indépendantistes à Taïwan, et le niveau d’implication de Tokyo.
- Rester sur ses gardes quant aux conséquences possibles de la situation taïwanaise sur les équilibres sociopolitiques du continent.
Enfin, lors de cette réunion, Zeng Qinghong a estimé que les autorités de l’État et du Parti devaient tirer un enseignement et méditer sur les causes du mouvement anti-Chen Shui-bian à Taïwan. Alors que le Parti communiste a souvent cherché à imiter certaines des politiques qui ont été à l’origine du miracle économique taïwanais – tout en noircissant l’acquis démocratique de Taïwan –, il doit se prémunir contre les dommages collatéraux que pourrait produire en Chine une meilleure connaissance d’un autre aspect de la vie sur l’île : la liberté d’expression et la liberté de manifester contre ses dirigeants et de s’indigner publiquement de la corruption.
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°9, oct. 2006, pp. 4-5
Article non attribué, « China strives to handle mass incidents », Xinhua, 9 décembre 2006
The Communist Party of China (CPC) is exerting efforts to actively prevent and handle mass incidents, and such a move shows the Party's clear recognition of China's current social and economic development and its courage to confront realities.
The Resolution of the CPC Central Committee on Major Issues Regarding the Building of a Harmonious Socialist Society, adopted at the Sixth Plenary Session of the 16th Central Committee of the CPC on Oct. 11, is the first major Party document that addresses the issue of mass incidents and makes it an important task in the process of building a harmonious society.
China is harmonious and stable in general, but it is undergoing profound changes in social and economic structures with many destabilizing factors. The number and scope of mass incidents have become the most outstanding problem that seriously disturbs social stability.
The mass incidents reflect the various social conflicts and problems popping up at the crucial stage of China's reforms.
The prevention and proper handling of mass incidents is a major test for the CPC's governing ability.
China's booming economic development has largely improved people's living standard, but in the meantime the gaps between the rich and poor, urban and rural have been widened. Against this background, major mass incidents have been increasing and having wider impact. Among these incidents, some economic disputes had been politicized, and violent confrontation has increased so much that any inappropriate dealing would cause bloodshed.
Meanwhile, hostile forces inside and outside China are trying all means to intervene and take advantage of mass incidents to instigate and create turbulence.
The Party should put priority to solving the problems and difficulties of laid-off workers, land-lost farmers, emigrants from the Three Gorges Dam area, migrant workers, and the poor in both urban and rural areas.
The Ministry of Public Security reported 87,000 mass incidents in 2005, up 6.6 percent over that 2004 and 50 percent over 2003.
Local governments and CPC committees should stay cautious in deploying police force, using weapons and exercising forceful measures in handling mass incidents, to avoid improper force use that will intensify conflicts and aggravate the situation.
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°9, oct. 2006, pp. 8-11
Synthèse commentée de Thibaud Voïta, d’après :
- Wang Kequn : « La SA 8000 : une lame à double tranchant qu’il faut considérer sérieusement », Zhongguo Jingji Zhoukan, 5 juin 2006Les autorités chinoises cherchent depuis peu à promouvoir le développement durable dans leur pays. On a déjà pu le voir au niveau de l’environnement. Le présent article met l’accent sur l’importance de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE).
La Social Accountability 8000 (SA 8000) est une norme mise en place par l’organisation américaine Social Accountability International (SAI). Elle a été adoptée par diverses entreprises et ONG américaines et européennes, et est comparable aux normes de type ISO 9000 ou ISO 14000[1].
Elle vise à développer la RSE en améliorant les conditions de travail ainsi que les droits des travailleurs. Par exemple, elle interdit à l’entreprise d’employer des enfants, d’utiliser des contraintes envers ses employés, de confisquer des papiers d’identité ou de l’argent aux travailleurs, d’empêcher la formation d’associations de salariés, de ne pas respecter les religions et coutumes de ses employés, de les faire travailler plus de 48 heures par semaine, de leur laisser moins d’un jour de repos par semaine, etc.
Les spécialistes chinois ont énuméré 20 problèmes majeurs liés aux conditions de travail dans les entreprises chinoises. Voici les principaux : l’emploi illégal de mineurs ; la confiscation d’une partie du salaire, des papiers de l’employé ; les séquestrations et les atteintes aux droits des travailleurs ; l’ajout d’heures de travail en sus des horaires normaux ; les salaires inférieurs au salaire minimum garanti ainsi que les frais illégaux imposés au travailleur ; les arriérés de salaires (en particulier pour les mingong[2]) ; une couverture sociale misérable et l’absence de traitements prévus par la loi ; les mauvaises conditions de logement (en matière d’hygiène, de sécurité, etc.) ; le non-respect des normes de sécurité (absence d’extincteurs, manque de formation du personnel sur la conduite à suivre en cas d’incendie, etc.) ; l’utilisation de produits chimiques ou de poisons non conformes aux normes de sécurité ; l’absence de matériel de sécurité pour chaque employé ; l’absence de syndicat ou d’associations de travailleurs ; les discriminations liées au sexe, aux origines sociales ou géographiques, aux études, à l’âge ; le non-respect des congés maternité, et enfin le harcèlement. À titre de comparaison, l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises fait état des problèmes suivants : les conditions d’hygiène ; les lacunes de la protection sociale ; l’absence de contrat de travail ; les violations des normes en matière de salaire minimum et les impayés ; le travail forcé ; l’exploitation des mingong ; les carences en matière de droit de grève ; le travail des enfants ; l’absence de liberté syndicale.
Ce problème des conditions de travail déplorables concerne aussi bien les entreprises chinoises qu’étrangères (cf. encadré). La Chine est à l’heure actuelle le premier pays au monde en matière de risques, maladies et décès liés au travail. D’après les statistiques officielles (dont la fiabilité est naturellement douteuse), 1,6 million d’entreprises auraient des lieux de travail dangereux et 200 millions d’employés chinois seraient exposés à des risques divers sur leur lieu de travail. Un rapport paru en 2003 recensait 10 647 maladies liées au travail.
L’article cite l’exemple d’une entreprise textile de la province du Hebei, Ningfang, qui a adopté la SA 8000. Avant, les conditions de travail étaient lamentables : les employés étaient logés dans des chambres d’environ 4 mètres carrés, les apprentis devaient grimper sur des lustres pour les épousseter et, surtout – pour le magazine –, le plus incroyable était qu’il fallait passer par les toilettes des hommes pour avoir accès à celles des femmes. « On n’avait pas le droit de négocier, pas le droit de manger ; il fallait quémander nos salaires, vérifier les charges fiscales, et il n’y avait en tout et pour tout qu’un seul sanitaire ! », se plaint un employé. Depuis l’adoption de la SA 8000 par l’entreprise, de nouveaux sanitaires ont été construits ; ils sont désormais au nombre de cinq. De gros efforts ont été faits concernant l’hygiène et la sécurité du personnel. Plus d’un million de yuans a été investi pour remplacer l’ancien restaurant d’entreprise par trois nouvelles cantines. Un étage a été rajouté à l’immeuble servant à loger les employés, avec une sortie de secours et des trousses pour les premiers soins dans les chambres. Quelque 100 000 yuans ont été investis dans ces dortoirs.
Wang Kequn reconnaît que la norme SA 8000 risque d’être difficile à appliquer, en particulier dans les industries à forte concentration de main-d’œuvre telles que l’électronique, le textile et l’habillement, le cuir, les jouets, l’artisanat. Dans ces secteurs, les accidents sont fréquents, les employés utilisent des produits toxiques et les droits des travailleurs sont souvent bafoués.
À noter cependant qu’il existe d’ores et déjà une norme chinoise en matière de RSE : la China Social Compliance 9000 (CSC 9000), norme de management s’appliquant dans les secteurs du textile et de l’habillement. Curieusement, elle n’est pas citée dans l’article.
La généralisation de cette norme risque donc d’être difficile à obtenir. Wang énumère des propositions pour la faciliter. Il faut 1) sensibiliser la population, lui faire comprendre que l’amélioration des conditions de travail est un défi ; 2) appliquer plus rigoureusement la loi sur le travail (劳动法, adoptée en 1994 mais très irrégulièrement appliquée) ; 3) demander au gouvernement de prendre des mesures pour que les entreprises se disciplinent ; 4) adapter les structures de production du pays pour faciliter l’adoption de ces normes par les entreprises exportatrices et, enfin, 5) créer des méthodes de contrôle efficaces.
L’amélioration des conditions de travail est indispensable, selon Wang. La Chine reste un pays socialiste, et il n’est pas envisageable qu’en tant que tel elle ne cherche pas à améliorer la condition de ses travailleurs.
Mais la principale motivation qui semble pousser les entreprises à adopter ces normes n’est pas morale. Les entreprises appliquant la SA 8000 espèrent faciliter leurs exportations vers les États-Unis et vers l’Europe. Les mesures de rétention des produits chinois par les douanes occidentales restent en effet une préoccupation majeure pour les entreprises du pays (la valeur totale des produits chinois arrêtés par les douanes aurait atteint 1,79 milliard de dollars en 2005). L’article estime que l’Union européenne abaisse de 5 % les droits de douane sur les produits d’entreprises ayant adopté la SA 8000.
De manière plus générale, cette publicité faite autour de la SA 8000 est à remettre dans le contexte de l’amélioration de la condition des travailleurs, dans le cadre de l’édification de la « société d’aisance moyenne » (小康社会). Elle vient compléter les plans d’amélioration des conditions de vie des campagnes et les programmes d’augmentation des salaires. La RSE pourrait ainsi devenir un élément important du discours à tendance populiste du tandem Hu Jintao-Wen Jiabao, au même titre que la protection de l’environnement[3].
La question est de savoir quel succès ces normes vont rencontrer auprès des entreprises, surtout au niveau local. Si le développement durable est devenu un objectif officiel au niveau du Centre, c’est encore loin d’être le cas dans de nombreuses localités.
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°9, oct. 2006, pp. 11-12
Synthèse commentée de Thibaud Voïta, d’après :
- Wang Yichao, Xu Ke, « le PIB vert : son image se précise, son application reste lointaine », Caijing, n° 168, 18 septembre 2006Grande nouvelle dans l’actualité de la lutte pour l’environnement : le 7 septembre dernier, la SEPA (State Environmental Protection Administration) et le BNS (Bureau national des statistiques) ont publié un « Rapport de recherche 2004 sur le calcul d’un PIB vert[1] » qui, comme son nom l’indique, comprend une évaluation du PIB vert de l’année 2004[2]. Cette nouvelle coupe court aux rumeurs ayant annoncé l’abandon de ce projet il y a quelques mois[3].
Le PIB vert (绿色, GDP) correspond au PIB traditionnel, auquel sont soustraites les atteintes à l’environnement. Le principe est de calculer le coût de la pollution sur la croissance.
Le rapport conclut que les dommages causés par la pollution ont atteint 511,8 milliards de yuans en 2004, soit 3,05 % du PIB, tandis que les « coûts fictifs » (虚拟成本, soit le montant nécessaire des dépenses de « nettoyage » pour les énergies renouvelables) représentent 1,8 % du PIB.
Ces résultats sont, sans surprise, inquiétants. Reste que le calcul d’un PIB vert est une première et que la publication de ce rapport dénote une réelle volonté de défense de l’environnement de la part des autorités.
Au-delà de cette réussite, il faut savoir que ce projet est l’aboutissement de presque dix ans de lutte, et qu’il reste, à bien des égards, insatisfaisant, malgré les éloges des experts étrangers.
Tout commence en 1996 quand le BNS met en place un service d’évaluation de la production et des ressources naturelles. En 2002, les moyens mis à la disposition du BNS sont une première fois renforcés, en même temps que ce dernier lance des estimations des ressources en eau et en forêt dans les provinces du Heilongjiang et de Hainan, ainsi qu’à Chongqing.
Mais la situation environnementale chinoise ne cessant de se dégrader, la pression se fait de plus en plus forte sur les autorités. La SEPA souffre cependant toujours d’un manque de pouvoir, et il devient de plus en plus urgent de la renforcer.
Le tournant a lieu le 3 octobre 2004, quand Hu Jintao évoque pour la première fois le PIB vert. Il souligne alors « la nécessité de rechercher une méthode pour calculer l’économie populaire verte ». Le projet est repris par le BNS et la SEPA, qui fixent à entre trois et cinq ans la durée de sa réalisation. Le calcul de cet indice doit se fonder sur les rapports des Nations unies publiés dans les années 1970 à propos du Integrated Environmental and Economic Account system (IEEA). Il faut noter que le projet a été mené à terme avec au moins un an d’avance.
À l’heure actuelle, d’autres travaux dans ce sens sont également en route, la SEPA et le BNS préparant actuellement un rapport en collaboration avec l’Administration nationale des forêts et le bureau de l’Eau. Ce rapport, dont Caijing espère qu’il sera rendu public, concernera les forêts, les minerais, l’eau, etc.
La Chine fait figure de pionnière dans ce domaine. Certes, des travaux du même genre ont déjà été menés dans des pays tels que le Japon, la Chine, l’Indonésie, le Mexique et les pays d’Europe du Nord. Cependant, de l’avis des experts, ces études n’ont pas dépassé le stade d’essai.
D’après Caijing, la nouvelle de ce PIB vert a donc été accueillie avec enthousiasme par les spécialistes internationaux de l’environnement. Le magazine cite les éloges de personnalités internationales diverses et prestigieuses telles que Herman Daly, un ancien senior economist de la Banque mondiale, aujourd’hui professeur à l’université du Maryland, Thomas Lyon, codirecteur du Erb Institute of Global Sustainable Enterprise, Gernot Wagner de Harvard ou encore Bindu Lohani de l’Asian Development Bank. Globalement, ils félicitent tous la Chine pour cette réussite et espèrent que les pays occidentaux vont suivre ce modèle.
Pourtant, comme à son habitude, Caijing porte un regard très critique sur ce PIB vert, qu’il accuse d’être « vert pâle » (浅绿色, GDP).
Le premier problème vient du fait qu’il n’existe pas encore de définition du PIB vert qui fasse l’unanimité. Par exemple, certains soutiennent que son calcul doit se faire en intégrant toutes les traces que laissent les comportements humains.
Cependant, de manière plus générale, il existe un consensus autour d’une vingtaine de coûts reconnus comme polluants. Or, sur ces 20 types de coûts, le PIB vert chinois n’en retiendrait que dix. Seraient par exemple exclus les atteintes aux réserves d’eau souterraines ou encore la pollution des sols. Wang Jinan, chef du groupe chargé du calcul de ce PIB vert, reconnaît les limites de son travail. Certains dommages causés à l’environnement ne peuvent se traduire en coût, admet-il. Au niveau de la santé, il est ainsi extrêmement difficile d’évaluer les liens entre les atteintes à l’environnement et le taux de mortalité. Comment déterminer si certaines maladies sont liées à l’environnement ou non ? Et, quand bien même un lien serait démontré, comment le traduire dans le PIB ? Par exemple, comment exprimer dans le PIB le fait que la pollution puisse réduire l’espérance de vie de dix ans ?
Autre problème concernant le calcul de ce PIB vert, l’évaluation des coûts fictifs. Hu Tao, responsable du Centre de recherche politique pour l’environnement et l’économie de la SEPA, estime que ceux-ci sont impossibles à déterminer de manière précise. Comment calculer des coûts quand ceux-ci ne sont pas le résultat d’échanges ?
En outre, le découpage des coûts par année, de la même manière que la croissance du PIB, peut paraître arbitraire : les dommages causés à l’environnement doivent être considérés comme cumulatifs.
L’article semble également sous-entendre que la mise en place du PIB vert est handicapée par des facteurs purement institutionnels. D’abord, la SEPA manque de pouvoir. Ensuite, les ministères et les départements que concerne le PIB vert sont nombreux. Outre la SEPA, on compte le BNS, le ministère de l’Agriculture, le ministère des Ressources hydrauliques, le bureau des Forêts, le bureau des Mers et des Océans, etc. Caijing appelle à un renforcement des outils de ces structures. Il semblerait aussi qu’il existe des problèmes de coordination entre elles.
Au-delà de ces questions administratives, Lei Ming, de l’Institut de management Guanghua de l’université de Pékin, souligne que les ressources naturelles chinoises sont généralement d’autant plus difficiles à évaluer qu’elles restent très difficiles d’accès.
Enfin, se pose la question des répercussions concrètes de ces avancées. Le PIB vert reste une norme « abstraite ». « L’esprit PIB vert » («绿色GDP » 这个概念) ne devrait pas se répandre dans la population d’ici de longues années. Et cet indice ne sera de toute façon pas suffisant pour rendre la croissance chinoise plus écologiquement responsable, comme le déplore Pan Yue, directeur de la SEPA. Dans le même temps, Qiu Xiaohua, nouveau directeur du BNS, estime qu’il faut aller jusqu’à changer les structures de gouvernance, sinon la Chine ne réussira pas à améliorer sa situation environnementale. Le pessimisme relatif de ces hauts dirigeants a de quoi laisser perplexe.
Le PIB vert constitue donc un pas dans la bonne direction, mais le chemin à parcourir reste très long…
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°9, oct. 2006, pp. 16-18
Synthèse commentée de François Godement d’après :
- Cui Liru, « Le rôle de la Chine dans les questions de sécurité de la péninsule coréenne », Xiandai Guoji Guanxi, n° 8, août 2006
- Lin Limin, « La gestion de la crise nucléaire coréenne et les choix de la politique étrangère chinoise », Xiandai Guoji Guanxi, n° 8, août 2006Ces deux articles sont parus après les tirs balistiques nord-coréens du 4 juillet, mais avant l’essai nucléaire du 9 octobre, dans la revue du China Institutes of Contemporary International Relations (CICIR), le plus important institut chinois de relations internationales. Rédigés l’un par le président du CICIR, l’autre par le directeur de son centre de recherche stratégique, ils sont plus complémentaires que réellement divergents[1]. Pourtant, en dépit des nombreux points communs, l’accent n’est pas toujours le même d’un article à l’autre. M. Cui relève d’ailleurs qu’à propos des relations entre la Chine et la Corée du Nord, marquées à la fois par des facteurs historiques et par des considérations réalistes, il existe des avis divers chez les experts chinois ; toutefois, « le courant dominant chez les dirigeants [chinois] estime qu’il faut protéger les relations traditionnelles Chine-Corée du Nord afin de sauvegarder la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne ».
M. Cui Liru met en avant cette tendance de la politique extérieure chinoise – qui amène la Chine a jouer un rôle de balancier stratégique par rapport à l’affaiblissement de la Corée du Nord depuis la chute de l’URSS. C’est cette dernière évolution qui a fait sortir la Chine d’une stricte politique de non-intervention à laquelle elle se tenait depuis la fin de la guerre de Corée. Militairement, la confrontation se déroulait entre les États-Unis et la Corée du Nord, stratégiquement, entre les États-Unis et l’Union soviétique. Avec la chute de celle-ci, mais aussi avec le changement politique en Corée du Sud, c’est l’affrontement entre Corée du Nord et États-Unis qui est devenu la caractéristique principale de la situation géopolitique dans la région. La Chine a alors dû s’impliquer, pour « éviter le pire », c’est-à-dire un conflit militaire, et pour préparer un changement positif dans la péninsule. La Chine joue depuis un rôle de « balancier stratégique » (战略平衡角色, zhanlue pingheng juese), rôle que le président sud-coréen Roh Moo-hyun s’est également assigné, mentionne par ailleurs M. Cui.
Il relève, par-delà la fraternité d’armes de la guerre de Corée, des besoins politiques et de sécurité qui sont devenus différents dans les deux pays en raison de leur écart économique grandissant. Mais il importe de comprendre que l’attitude la Corée du Nord « n’est absolument pas irrationnelle » ; elle se déduit du système de « guerre froide » qui perdure dans la péninsule et dans lequel la Corée du Nord se trouve en position défavorable, ce qui entraîne une « logique singulière de comportement ». La ruine économique et l’écroulement du Nord sont un danger pour le voisinage et pour l’ensemble de la région, alors que celle-ci bénéficie du rééquilibrage stratégique qu’ont amené les relations de la Chine avec la Corée du Nord. La sensibilité de la Corée du Nord sur les questions de souveraineté dicte d’autre part à la Chine une attitude prudente ; l’influence chinoise, héritée des liens traditionnels, est limitée, même si elle est mythifiée par nombre d’analystes étrangers.
Certes, la Corée du Sud a développé d’intenses relations avec la Chine, dont M. Cui fait un bilan chiffré et optimiste, y compris pour les échanges humains (2 millions de visiteurs en 2003, 180 000 résidents sud-coréens de longue durée en Chine en 2005, dont 35 000 étudiants). C’est là le résultat de la « politique d’indépendance » de Roh Moo-hyun, quoique la Chine « n’entretienne pas l’illusion que la Corée du Sud placerait [leurs] relations au-dessus de celles avec les États-Unis ». Ces derniers cultivent avec la Chine une relation double, faite de coopération mais aussi de compétition et de conflit : c’est vrai en ce qui concerne la Corée du Nord, et particulièrement dans les pourparlers à six où les Américains demandaient à la Corée du Nord « d’expier le péché originel » du nucléaire (赦免的原罪, shimian de yuanzui) sans reconnaître sa souveraineté ni ses préoccupations légitimes.
Tout en se voulant un « honnête intermédiaire » (terme repris en chinois du honest broker américain), la Chine poursuit d’autres objectifs que ceux des États-Unis : elle veut la paix et la stabilité dans la péninsule, alors que les Américains, fidèles à la tradition du big stick, donnent la priorité à la dénucléarisation.
M. Lin Limin reprend bien sûr nombre de ces points, mais avec parfois des nuances dans leur expression ou dans leur ordre d’importance. Insistant sur les facteurs historiques – le militarisme nippon, le franchissement du 38e parallèle par les États-Unis en dépit des avertissements chinois en 1950 –, il en minimise considérablement la portée stratégique contemporaine : le Japon et les États-Unis ne sont plus dans la même relation d’hostilité avec la Chine, et l’arsenal nucléaire chinois dissuade et rend impossible toute aventure militaire en direction de la Chine du Nord-Est ; la Corée « n’est plus une porte d’entrée vers la Chine » sur le plan stratégique. Ce sont des souvenirs historiques et des sentiments subjectifs qui persistent, « notamment au sein de l’armée chinoise ».
Il faut donc chercher des raisons réalistes pour expliquer l’implication nouvelle de la Chine, depuis 2002, dans la gestion de la crise nucléaire coréenne. Celle-ci succède à la politique initiée par Deng Xiaoping, qui recommandait la coexistence pacifique, la non-interférence et l’absence de critiques. La Chine doit tout d’abord protéger la Corée du Nord pour des raisons de prestige et d’honneur national, tant un effondrement de celle-ci serait considéré comme un revers politique pour elle.
Ensuite, quoique en baisse depuis 1991, le commerce extérieur chinois avec la Corée du Nord semble se stabiliser entre 1 et 2 milliards de dollars par an ; modeste, ce résultat apporte toutefois « stabilité et prospérité » dans le Nord-Est de la Chine ! La République populaire démocratique de Corée détient de plus minerais et métaux précieux[2] ; les investissements chinois (35 projets pour 100 millions de dollars jusqu’en 2003) semblent donc destinés à augmenter.
Stratégiquement, la nucléarisation de la Corée du Nord risque par contre d’entraîner, dans une réaction en chaîne, celle du Japon et de Taïwan, ainsi que la déstabilisation de l’Asie du Nord-Est, qui est le pivot de la montée pacifique de l’économie chinoise. Une crise entraînerait aussi l’afflux de millions de réfugiés nord-coréens en Chine, menaçant la prospérité des provinces du Nord-Est. Quoique alliée de la Corée du Nord, la Chine partage aussi avec les États-Unis certains intérêts en Asie du Nord-Est : la dénucléarisation de la péninsule, et ceci par la voie d’un processus multilatéral, mais aussi les relations sino-japonaises et l’impact d’une crise sur la situation dans le détroit de Taïwan. Enfin, M. Lin ne statufie pas les pourparlers à six, mais évoque les précédents des conversations à quatre en 1997-1999[3] ou des conversations à trois au printemps 2003[4]. Cette dernière rencontre avait sauvé la face des deux protagonistes, les Nord-Coréens pouvant croire que le rôle de la Chine se limitait à celui d’hôte, les États-Unis pouvant y voir une rencontre multilatérale…
En définitive, M. Lin balance sans véritablement choisir entre une Chine plus directement impliquée, et manifestement inspirée par des préoccupations peu héritées du passé, et le rappel des cinq principes de la coexistence pacifique et de la non-intervention. Contradictoire, son article témoigne d’une certaine tension interne non résolue. Les deux auteurs relèvent des intérêts directs et importants dans la péninsule coréenne, mais ce ne sont pas toujours les mêmes. Le facteur nucléaire semble presque secondaire dans le raisonnement de M. Cui, alors qu’il est – avec la dynamique régionale et l’intérêt économique pour certaines ressources du Nord – beaucoup plus important chez M. Lin. Quoique ce dernier place plus nettement l’implication de la Chine dans le règlement de la crise nucléaire en lien direct avec sa prise de responsabilité globale et son nouveau statut de stakeholder ou tenant de l’ordre international, ce n’est pas plus que chez M. Cui l’axe central de son raisonnement. S’opposent ici une vision traditionnelle et une vision moderniste des intérêts stratégiques, bien que le second article porte en lui, reconnaissons-le, une vision plus apaisée des relations triangulaires avec les États-Unis et le Japon.
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°9, oct. 2006, pp. 18-22
Synthèse commentée de Michaïl Andrei d’après :
- Tian Jingmei[1], « Situation actuelle, influences et perspectives de la coopération nucléaire sino-américaine », Xiandai Guoji Guanxi, août 2008, pp. 53-63.
- Zhao Qinghai[2], « La coopération nucléaire sino-américaine et son influence », Guoji Wenti Yanjiu, no 4, pp. 24-28.Dans leurs articles respectifs, Tian Jingmei et Zhao Qinghai analysent les perspectives et les influences de l’accord indo-américain sur la coopération nucléaire civile. La mise en parallèle de leur réflexion révèle essentiellement quatre points de convergence qui traduisent la circonspection de la communauté chinoise de défense vis-à-vis de cet accord bilatéral aux nombreuses conséquences multilatérales. En excluant de leur réflexion deux pans importants de la problématique, ils révèlent en outre une certaine difficulté de la Chine à formuler sa position, y compris officielle, au sujet de l’accord. Le silence qui, à Pékin, a suivi les annonces indo-américaines tend à le confirmer.
Le cadre global de l’accord
Le 18 juillet 2005, Washington et New Delhi annonçaient qu’ils allaient initier une coopération nucléaire civile globale. Un accord est passé le 2 mars 2006, et la Chambre des représentants américaine a initié en juillet 2006 un processus législatif d’amendement qui promet d’être encore long.
Aux termes de cet accord initial, l’administration Bush s’est engagée à chercher activement le soutien et l’accord du Congrès et de ses amis et alliés au sein du Groupe des fournisseurs nucléaires (NSG), afin de pouvoir engager avec l’Inde un commerce portant sur le nucléaire civil. En contrepartie, l’Inde doit procéder à une séparation de ses programmes civil et militaire, soumettre le premier aux contrôles de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), signer le protocole additionnel de cette dernière, poursuivre son moratoire sur les essais nucléaires et enfin (continuer d’) adopter un comportement non-proliférateur en se conformant aux critères du NSG et du régime de contrôle des technologies missiles (MTCR).
Quatre points de convergence
L’Inde gagne plus qu’elle ne perd. Ses engagements sont en effet plus symboliques que réels, puisque non juridiquement contraignants (Tian Jingmei). Certains sont même d’ordre cosmétique : la loi sur le contrôle des exportations constitue la simple réponse indienne à ce que l’enjoignait de faire la résolution 1540 (avril 2004) du Conseil de sécurité et n’est donc pas à verser au rang des bénéfices de cet accord. Une bonne dose de contradiction peut en outre être relevée dans les concessions indiennes : ainsi le soutien affiché par Delhi à un futur traité d’interdiction de production de matières fissiles contredit la poursuite de cette production en Inde. En dernier lieu, l’accord tel qu’il est aujourd’hui envisagé sera facilement contournable, voire détournable. En effet, l’Inde ayant la possibilité de reclasser à volonté telle installation nucléaire dans le domaine civil ou militaire, il lui sera aisé de recycler dans le circuit de l’armement les combustibles nucléaires cédés au titre de l’accord[1].Les objectifs de Delhi ne font pas l’objet d’une analyse très fouillée, tant ils semblent triviaux : fin de son « isolement nucléaire » (核独立), diversification des sources d’énergie, rationalisation du parc électronucléaire et enfin desserrement de la constriction due à ses ressources limitées en uranium.
Tian Jingmei concède cependant qu’il s’agit d’un progrès encore jamais vu en ce qui concerne l’Inde. Mais, à considérer son argumentation, il ne fait finalement que souligner ce que dit autrement Zhao Qinghai (citant Condoleezza Rice) : c’est sans doute aussi parce que la politique indienne de Washington a été un échec total auparavant.
Les États-Unis perdent plus qu’ils ne gagnent. Non pas au sens d’un jeu à somme nulle où les gains indiens seraient des pertes pour eux, mais du fait de leurs intérêts globaux de sécurité. Ce calcul subordonne les pertes et profits aux impacts possibles de cet accord sur le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et sur la compétition prévisible qui touchera marché nucléaire indien. D’une part – ce qui est le fond commun des deux articles –, l’architecture du TNP est sérieusement ébranlée par l’accord ; d’autre part, la vente de quelque deux réacteurs à l’Inde ne suffit pas à justifier cet accord (elle est même « négligeable », dit Zhao Qinghai en citant l’ex-président Carter). Mais les deux auteurs s’accordent à constater que les États-Unis n’ont jamais eu l’intention de freiner la montée en puissance de l’arsenal nucléaire indien et citent l’un comme l’autre le sous-secrétaire d’État américain Nick Burns[2]. Se profile donc la question de l’intérêt américain dans un accord qui renie les principes antérieurement prônés par Washington[3]. Zhao Qinghai cite avec habileté des experts américains[4] évoquant l’ombre d’une volonté de containment de la Chine, sans cependant s’en tenir à ce seul aspect des motivations de Washington : sont aussi passées en revue les visées liées à la non-prolifération (impasse actuelle du Traité), à l’énergie (diminuer les besoins indiens en hydrocarbures) et à l’économie (stocks de combustible nucléaire et d’experts à placer).
Processus long, mais tendance favorable
De nombreux obstacles jalonnent encore la voie vers la concrétisation de l’accord, mais celui-ci bénéficie néanmoins d’un soutien de plus en plus important. Le Congrès américain, tout d’abord, a pris soin de garder la main jusqu’au terme du processus législatif en refusant à l’administration Bush l’acceptation automatique de l’accord quatre-vingt-dix jours après sa signature. L’accord consiste donc en un équilibre «très très délicat », contraint, critiqué et long. Les experts américains de la non-prolifération jugent qu’il constitue un précédent fâcheux et entrevoient une possible « réaction en chaîne » amenant une perte de sécurité pour les États-Unis. Le travail alterné caractérisant le checks and balances américain, qui fait l’objet d’une analyse fouillée de Zhao Qinghai, imposera cette préoccupation jusqu’au bout au Président. Mais un texte durci, prévoyant la suspension de l’accord à la moindre incartade indienne, risquerait de décourager l’investissement de capitaux privés. Par ailleurs, de nouvelles conditions[5] posées in extremis par le Congrès indisposeraient gravement et à coup sûr l’Inde, puisque la frange la plus dure des nationalistes indiens craint d’ores et déjà un alignement sur Washington.
Le même équilibre doit être trouvé pour l’accord avec l’AIEA : celle-ci a certes fait bon accueil au projet indo-américain, mais il reste à négocier, à inventer de nouvelles garanties adaptées à la situation particulière de l’Inde.
Il faudra de plus convaincre les membres du NSG, en les ralliant un à un. Si le Royaume-Uni, la France et la Russie[6] soutiennent déjà l’accord, il se trouve dans la quarantaine de membres restants quelques États plus réticents et dont le ralliement demandera du temps.
Tous ces freins ne menacent pourtant pas le processus, Tian comme Zhao soulignant que le temps joue pour lui : les partisans de l’accord agrègent en effet autour d’eux les indécis de la première heure et les opposants sont de plus en plus isolés.
Des conséquences moins prévisibles pour la région que pour le Traité de non-prolifération.
Les deux auteurs se rejoignent dans une même appréciation sur le flou des dangers que fait porter l’accord sur l’Asie du Sud. Partant du principe (en citant Islamabad) que le Pakistan ne restera pas sans réagir, ils considèrent que l’accord entraînera peut-être une course aux armements avant de rajouter – pour Tian Jingmei – qu’il aura de toute façon inévitablement des conséquences fâcheuses pour l’équilibre subrégional. Ce point de vue, qu’on peut résumer en un « peut-être pas, mais sûrement », souligne l’impossibilité d’imaginer une autre issue que l’aggravation de l’antagonisme nucléaire indo-pakistanais. Nulle autre option n’est envisagée par Tian ou Zhao qui relèvent le refus américain de réserver le même traitement au Pakistan qu’à l’Inde.
En revanche, les certitudes reviennent lorsqu’il est question des conséquences globales sur le TNP. Citant à nouveau l’un comme l’autre Nick Burns, qui a justifié la différence de traitement de l’Inde, de l’Iran et de la Corée du Nord par la différence de responsabilité de leur comportement international, ils lui opposent l’effet négatif qu’aura une « discrimination » visible sur le soutien global aux États-Unis. Tian Jingmei considère que, loin de rapprocher l’Inde du mainstream du Traité international, comme l’a plaidé Washington, l’accord va au contraire en éloigner plusieurs États, trahissant ainsi les principes et le contrat[7] qui sous-tendent le TNP (核不扩散条约的基本原则和交易). D’ailleurs, précise Zhao Qinghai, il est faux de dire que l’Inde se garde de toute prolifération[8].
Un statut d’État doté sans les obligations, un statut d’État non doté sans les contraintes
L’Inde va ainsi obtenir tous les avantages d’un État doté de l’arme nucléaire (EDAN) mais sans adhérer au TNP et sans aucun engagement à œuvrer de bonne foi pour un désarmement nucléaire progressif. La souplesse qui lui est concédée dans la séparation de ses deux filières lui garantissent de ne pas être à court de combustible ni de matière fissile. En tant qu’État non doté (au sens du TNP), ses privilèges sont plus exorbitants encore puisqu’elle est désormais une puissance nucléaire de fait. Cette situation n’est pas tenable à long terme et, prédit Zhao, on verra vite se dissoudre la barrière entre les cinq EDAN et les trois États du seuil. Cela ne peut que signer la mort de l’architecture juridique bâtie sur la séparation entre États dotés et non dotés. C’est, semble-t-il, cette dynamique qui inquiète le plus les deux auteurs puisque, comme le note Zhao Qinghai, il n’y a par ailleurs guère de risque de voir l’Inde devenir un pion dans la stratégie globale américaine.
Ce dont nul ne parle
La position de la Chine manque singulièrement dans les propos de Tian Jingmei et de Zhao Qinghai. On aurait pourtant été en droit d’attendre qu’elle fut abordée à propos, notamment, de la dissuasion, du commerce nucléaire, du TNP, de ses intérêts de sécurité, etc. Si la moindre allusion à une situation effective de dissuasion sino-indienne semble impossible sous une plume chinoise, elle est cependant effleurée par le biais des plans américains visant à manipuler l’équilibre stratégique sino-indien. Mais de tout autre sujet ci-dessus énoncé, rien qui puisse faire trace de la position de Pékin.
L’aporie de l’ordre nucléaire mondial est évacuée au profit des reproches faits à l’Inde quant à sa position de refus du TNP. C’est oublier que l’Inde ne peut joindre le TNP ni comme État doté ni comme État non doté (sa dénucléarisation n’étant d’ailleurs pas une option, semble-t-il, pour Tian et Zhao) et que nulle autre catégorie n’existe. Si l’accord menace l’ordre nucléaire mondial, le reproche doit plutôt en être adressé aux États-Unis qui, partie au TNP, se proposent d’y contrevenir.
La perspective qui se dégage de ces deux tableaux tient donc dans une inquiétude partagée pour le Traité de non-prolifération et le regret manifeste de voir l’Inde sortir de son isolement nucléaire et mener des négociations avantageuses pour elle ; mais nulle alternative, qu’elle soit bilatérale ou multilatérale, n’est proposée : comme si l’accord indo-américain allait simplement dans la mauvaise direction, sans qu’il en soit de bonne.
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°9, oct. 2006, pp. 23-25
Synthèse commentée de Mathieu Duchâtel à partir de :
- Yang Chao, « Qui occupera le terrain fertile abandonné par le PDP ? », Xin Xinwen (The Journalist), n° 1028, pp. 20-23.
- Lü Hui-chen, « Comment les primaires pour les législatives de 2007 font du PDP un parti à la pensée unique », Xin Xinwen, n° 1028, pp. 24-25.
- Su Yi-tsou, « Pour remporter les élections, il faut abandonner le parrain », Xin Xinwen, n° 1028, pp. 26-27.L’affaire du détournement des fonds spéciaux de la présidence (國務機要費)[1] secoue la scène politique taïwanaise. Après l’annonce de la mise en accusation de son épouse, la priorité de Chen Shui-bian a été de stabiliser ses soutiens au sein du Parti démocrate progressiste (PDP). Grâce à l’appui de son fidèle lieutenant You Hsi-kun, président du PDP, le comité exécutif du parti a voté une résolution le soutenant. Mais pour Yang Chao, ex-cadre du PDP, c’est moins une victoire pour le Président qu’une défaite pour le parti. Malgré cette unité de façade du parti pour protéger Chen, le chef de l’État n’a pas pu empêcher une vague d’attaques venant de son propre camp. Les plus retentissantes sont venues de Lee Yuan-tseh, prix Nobel de chimie, dont le soutien en 2000 avait beaucoup aidé Chen Shui-bian à remporter la présidentielle, de Lee Teng-hui, qui a critiqué les membres de l’Union taïwanaise pour la solidarité (TSU) ayant ouvertement défendu le chef de l’Etat, et de deux députés historiques du PDP, Lin Cho-shui, théoricien de l’indépendantisme, et Lee Wen-chong, spécialiste des affaires militaires, qui ont démissionné de leur poste de député en présentant leurs excuses à leurs électeurs, déçus à juste titre selon eux par la gestion de la crise politique par le PDP. D’autres, moins connus, ont appelé Chen à démissionner. Cependant, aucune de ces personnalités n’a osé mettre en cause l’intégrité du Président. Lorsque de nouvelles révélations sur l’affaire des diamants de Wu Shu-chen, l’épouse de Chen, sont apparues dans les médias, même les présentateurs des émissions télévisées connus pour défendre bec et ongles le chef de l’État n’ont pu s’empêcher de le critiquer. Enfin, la résolution du comité exécutif du PDP n’a pas permis de dissiper cette atmosphère de fin de règne. Selon Yang Chao, elle n’a fait qu’exposer au grand jour la fragilité, l’absurdité et le manque d’éthique de la position du parti.
Dans ces conditions, qui sont les sympathisants du PDP aujourd’hui ? Selon Yang, ce ne sont plus ceux qui soutiennent la « réforme » ni « l’intégrité », les deux valeurs centrales représentées par M. Chen lors de sa victoire en 2000. Aujourd’hui, le PDP ne représente plus que la « taïwanitude » (本土), et ses sympathisants ne cherchent qu’à protéger le « gouvernement des Taïwanais » (本土政權) car tout vaut mieux pour eux qu’un « gouvernement venu de l’étranger » (外來政權), par référence au Kuomintang (KMT), qu’ils perçoivent comme le parti des Chinois. Pour ces sympathisants, un peu plus de 20 % de l’électorat selon le Xin Xinwen, la démocratie et la croissance n’ont aucune importance. Aujourd’hui, le PDP n’existe plus que comme reflet de leurs préoccupations, et les discours du Président ne sont prononcés que pour eux. Un Lin Cho-shui, qui a pu pendant si longtemps représenter les valeurs centrales du parti, n’est plus dans ces conditions qu’un « oiseau esseulé ». Mais tous les autres sympathisants – les « vert clair » (淺綠), l’électorat centriste qui soutenait le parti –, que sont-ils devenus ? Le Kuomintang les a-t-il récupérés, fidélisés ?
Impossible selon Yang Chao. Le KMT n’est pas en mesure de dissiper la haine contre lui qu’ont provoqués dans la population taïwanaise quarante ans de dictature des continentaux. C’est sur ce manque de confiance envers le KMT que le PDP a pu capitaliser pour construire sa fulgurante montée en puissance, de sa fondation en 1986 jusqu’à sa victoire à la présidentielle de 2004 par plus de 50 % des suffrages. Les électeurs déçus, le KMT ne les récupérera pas. De cette observation pleine de bon sens découle une conclusion étourdissante : entre le PDP et le KMT, il existe un immense espace politique qu’aucun parti n’est en mesure d’occuper, un espace probablement plus vaste que celui occupé par le PDP. Ce n’est un secret pour personne, tous les politiciens le savent sur l’île, et pourtant personne n’agi.
Ce vide politique n’est pas seulement le résultat de la corruption supposée de M. Chen. Il résulte de deux années d’une incessante guerre de tranchées entre le « camp bleu » et le « camp vert », qui a abouti à une radicalisation de chaque partie et à la disparition de tout leader modéré. Pour Yang Chao, seul un « vert modéré » pourrait prendre la tête de cette force politique potentielle. Les deux politiciens qui s’y sont ouvertement intéressés ne bénéficiaient pas de cette image. Wang Jin-ping, président du Yuan législatif, est un « bleu modéré ». Lee Teng-hui est devenu le « parrain de l’indépendantisme » (臺獨教父). L’un comme l’autre sont pour beaucoup des symboles vivants de l’alliance entre les mafias, le capital et la politique (黑金). D’autre part, l’histoire a montré que le PDP ne pouvait pas engendrer lui-même de leader d’une troisième force, qui quitterait le parti dans un geste protestataire : Shih Ming-teh, Hsu Hsin-liang, Shen Fu-hsiung[2], tous ont échoué ; si bien que les membres du PDP sont tous intimement convaincus que quitter le parti ne signifie rien d’autre que la mort politique. Shih Ming-teh, malgré le succès relatif de son mouvement populaire d’appel à la démission de Chen Shui-bian, s’est trop affiché avec les « bleus » – James Soong Chu-yu, président du PFP, était sans cesse présent à ses côtés, Ma Ying-jeou est venu le soutenir, pour être crédible aux yeux de ces « verts modérés ». Ainsi, personne n’a pour l’heure la capacité d’organiser ce mouvement en force politique.
À travers toutes ces épreuves, le PDP a changé. Il est devenu un « temple à une seule parole », alors qu’autrefois il était caractérisé par ses débats internes houleux. Selon un député du sud de l’île qui a préféré garder l’anonymat, « le PDP était bien différent. Sous la présidence de Lin Yi-hsiung, tout le monde exprimait son opinion dans un respect mutuel. Si l’on dépassait les bornes en insultant quelqu’un, le président nous appelait et nous demandait de présenter nos excuses. Aujourd’hui, celui qui parle avec une voix discordante est mis à l’écart, ou présenté au comité de discipline ». Pour Lü Hui-chen, deux facteurs expliquent que personne n’ose attaquer le Président à haute voix, ou s’insurger, comme l’ont fait Lin Cho-shui et Lee Wen-chong, contre la gestion de la crise par le PDP. Tout d’abord, l’équilibre de la terreur entre les « quatre grands » (四大天王) – Lü Hsiu-lien, Hsieh Chang-ting, Su Tzeng-chang et You Hsi-kun[3] –, les incite chacun à ne pas dégainer le premier et à faire preuve de prudence. Ensuite, et c’est le facteur crucial pour expliquer le raidissement du parti autour de son chef, les nominations pour les candidatures aux législatives de 2007 auront lieu après les municipales de décembre 2006. Et pour obtenir l’investiture du parti, le silence est d’or. Car le système de nomination du PDP est fondé sur une double évaluation du candidat potentiel : un vote au sein du parti, qui compte pour 30 % de l’évaluation finale, et un sondage dans la circonscription convoitée par le candidat, qui compte pour 70 %. La condition sine qua non est de ne pas se mettre à dos l’électorat « vert foncé » (深綠), le seul resté fidèle au PDP, envers lequel tout manquement signifierait une sanction immédiate de la part des 30 % venant du vote interne au parti. Pourquoi trahir ces électeurs, convaincus par les quatre-vingts minutes télévisées du « rapport à la population[4] » du président Chen ? Mais, au contraire, si ces électeurs ne représentent qu’une minorité et qu’il est plus facile de gagner les législatives en s’appuyant sur le centre et les verts modérés, pourquoi ne pas tenter de prendre ses distances avec Chen Shui-bian et le parti, et chercher l’investiture en comptant sur les sondages ? Selon l’analyse du Xin Xinwen, le mode d’opération du département des sondages au PDP rend cette stratégie impossible. À partir de la fin de l’année, il exclura de ses enquêtes d’opinion les sympathisants du camp bleu, afin d’éviter de choisir un candidat peu représentatif et n’ayant aucune chance d’être élu. Ce changement vient du « phénomène Shen Fu-hsiung » : en 2004, après avoir obtenu sans problème l’investiture du parti, persuadé que son image très modérée conviendrait parfaitement aux électeurs de Taipei et renforcé dans cette conviction par les sondages, il avait fini par perdre. Les électeurs du camp bleu, qui avaient dit l’apprécier, avaient préféré voter pour le KMT, et les « verts profonds » avaient porté leur choix sur d’autres candidats du PDP ou du TSU.
L’affaire des bons d’État a eu comme effet collatéral d’exposer au grand jour les dissensions entre Lee Teng-hui et le TSU, le parti dont il est le père politique. L’ex-président a cherché, sans succès, à entraîner l’allié législatif du PDP contre le président Chen. Après l’annonce du jugement de Chen après son mandat (il est protégé par la Constitution durant celui-ci), Lee a demandé au parti de voter avec la majorité législative KMT/PFP pour la destitution de Chen Shui-bian. Mais le TSU s’est insurgé contre lui, si bien que le parti a fini par annoncer qu’il voterait contre la troisième procédure de destitution. Pourquoi le TSU n’a-t-il pas choisi de suivre Lee Teng-hui dans sa stratégie de couper son soutien au PDP ? Selon les élus du TSU cités par le Xin Xinwen, la réponse est simple : d’après les sondages internes au TSU, voter contre Chen Shui-bian reviendrait à se couper de sa base électorale. Cet épisode révèle la réalité des rapports de pouvoir dans le parti indépendantiste. Alors que le TSU est généralement perçu comme l’instrument de Lee Teng-hui, il n’en serait rien. Selon le Xin Xinwen, le parti est tenu par Liao Ben-yan et Huang Zong-yuan. Ils utilisent Lee Teng-hui pour renforcer le parti, mais ce sont eux qui en tiennent véritablement les cordes. Si le TSU a choisi de se positionner contre Lee Teng-hui, c’est parce que ses politiciens savent que la stratégie de construction d’une troisième force par l’ex-président aurait pour résultat de détruire le parti. Car ce que veut Lee Teng-hui – la presse taïwanaise en parle depuis plus de deux mois –, c’est organiser les déçus de Chen Shui-bian de sensibilité « verte » ou se situant au centre de l’échiquier politique taïwanais – ni fidèles au KMT, ni loyaux envers le PDP. L’analyste du Xin Xinwen estime qu’il serait possible pour Lee Teng-hui de diviser le PDP et de construire cette nouvelle force, mais au prix de la disparition du PDP et du TSU ; et très peu de politiciens sont prêts à accepter ce tremblement de terre politique. Au contraire, Liao Ben-yan poursuit une autre stratégie : échanger avec le PDP un vote contre la procédure de destitution contre des conditions avantageuses pour les législatives de 2007.



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