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China_Analysis_no_11-12POLITIQUE INTÉRIEURE 1. La lutte contre la corruption atteint-elle le Bureau politique ? 2. Un approfondissement juridique de la démocratie locale dans les campagnes 3. Petits partis démocratiques : l’éternel retour 4. Hu, Wen, Zeng : une troïka stable pour le 17ème CC ECONOMIE 5. La banque privée Minsheng : dix ans déjà 6. L’irrésistible croissance des villes chinoises 7. La Chine a tiré bénéfice de son adhésion à l’OMC POLITIQUE EXTÉRIEURE 8. Le « monde harmonieux » du pragmatisme multilatéral 9. Pour 2007, tout dépend de Shinzo Abe 10. Le déclin d’une puissance PRESSE TAIWANAISE 11. L’avenir de la collaboration entre le Kuomintang et le Parti communiste chinois 12. Les relations entre les deux rives, bilan de l’année 2006 et perspectives.

   

Information - inscription : chinaanalysis@centreasia.org

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°11-12,  déc. 2006-fév.2007, pp. 5-6

 

Synthèse commentée de Michal Meidan d’après :

-          Article non attribué, « Les non-communistes détiennent plus de fonctions dans le système politique chinois », Xinhua, 24 janvier 2007

-          Article non attribué, « Le Premier ministre demande des conseils en matière de finances à des non-communistes », Quotidien du Peuple, 24 janvier 2007.

Le nombre d’acteurs politiques qui ne sont pas issus des rangs du Parti communiste chinois serait à la hausse selon la presse officielle. On compte plus de 180 000 députés « non communistes » parmi les rangs de l’Assemblée nationale populaire ou des assemblées populaires locales, soit une hausse de 50 % en cinq ans.

 

Le nombre de non-communistes dans les conférences consultatives sur le plan national ou local aurait atteint 340 000, contre seulement 240 000 il y a cinq ans. 19 fonctions ministérielles dans les autorités centrales seraient tenues par des personnes extérieures au PCC, une hausse de 26 % sur cette même période.

 

La nature des rôles aurait également connu une évolution, de fonctions dans le domaine de l’éducation et de la culture à un « plus large éventail de domaines ».

 

Ce phénomène serait un « choix rationnel » du PCC afin d’accroître les « capacités politiques et gestionnaires » du système politique chinois. Le comité central aurait ainsi émis une série de directives destinées à promouvoir l’accès des « non-communistes » et des personnes « dépourvues d’affiliation politique » aux plus hauts échelons du pouvoir politique au niveau local, mais aussi au Conseil d’État.

Qui plus est, concernant le choix des délégués du 17e CC, les comités provinciaux du PCC sont appelés, pour la première fois, à « sonder les opinions des autres partis avant de faire une sélection de candidats ». Dans cette optique, le comité central du PCC, le Conseil d’État et les ministères auraient, dès 2002, tenu 18 réunions regroupant des personnes n’étant pas membres du PCC afin de les informer des décisions clés prises et de solliciter leur point de vue.

 

Une telle réunion a eu lieu entre Wen Jiabao, la Fédération chinoise de l’indus­trie et du commerce, des experts non communistes et les dirigeants de huit autres partis : le Comité révolutionnaire du Kuomintang, la Ligue démocratique de la Chine, l’Association pour la construction démocratique nationale de la Chine, l’Association chinoise pour la promotion de la démocratie, le Parti démocratique des paysans et ouvriers chinois, Zhi Gong Dang, l’association Jiusan et la Ligue d’autogouvernement démocratique taïwanaise[1].

La réunion était destinée à solliciter les propositions de ses membres concernant les réformes financières du pays, les politiques monétaires et la régulation des prêts bancaires en Chine.

Les articles restent vagues quant à ces membres « non communistes », les rôles qu’ils détiennent et leur affiliation politique, mais montrent cependant une volonté d’afficher une plus grande ouverture politique. Ceci intervient, toutefois, dans un contexte ambigu : si le PCC affiche plus de transparence et le souci d’un meilleur lien avec la population à travers des sites internet et une participation populaire en ligne, il émet d’autre part des directives destinées à contrôler les contenus des émissions télévisées, afin que celles-ci soient d’une « inspiration éthique »[2].



[1] Il s’agit des huit partis non communistes en Chine, tous nés dans les années 1940 (ou avant) et ayant entre 2 000 membres (pour la Ligue d’autogouvernement démocratique taï­wanaise) et 150 000 (pour la Ligue démocratique de la Chine).
[2] Article non attribué, « Only “ethically inspiring” TV allowed in prime time », Xinhua, 22 janvier 2007.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°11-12,  déc. 2006-fév.2007, pp. 9-11

 

Synthèse commentée de Thibaud Voïta d’après :

-    Zou Xilan, Tan Jialong, « Les dix ans de Minsheng préparent les cent ans à venir », Zhongguo Jingji Zhoukan, 4 décembre 2006.

Minsheng est une singularité dans le paysage financier chinois : elle est la première banque entièrement privée du pays. Dans cet article, le Zhongguo Jingji Zhoukan, publication du très officiel groupe du Quotidien du Peuple, se livre à un éloge de cet établissement pour son dixième anniversaire.

 

Zou souligne que la création de Minsheng en 1996 constitue la fin d’une période. Avant, les banques n’avaient qu’un actionnaire, des profits très bas et un important volume de créances douteuses (les fameux non performing loans, NPL). En effet, le système était dominé par les quatre grosses banques commerciales étatiques dont la restructuration n’avait pas encore vraiment été entreprise.[1] La conséquence directe était de dangereusement fragiliser le secteur bancaire. La banque Minsheng est ainsi considérée comme « le premier champ d’expérimentation de la réforme du système financier chinois » (中国金融体制改革的第一块试验田). Elle a réussi son entrée en Bourse en 2000, a su innover en matière de gestion et obtenir d’importants retours sur investissements sans pour autant accumuler les NPL.

 

L’histoire du groupe donne un éclairage intéressant des avancées du secteur privé en Chine.

La création de cette première banque privée chinoise n’est d’abord pas le résultat d’une initiative uniquement privée, dans le sens où elle n’a été possible qu’avec le soutien des pouvoirs publics (en l’occurrence, Zhu Rongji).

L’idée est officiellement née lors du 7e congrès de la Fédération nationale de l’industrie et du commerce (全国工商联), en 1993. Les entreprises non étatiques[2] ont profité de cette occasion pour se plaindre de l’absence de structures financières non étatiques et des difficultés qu’elles rencontrent à trouver des crédits. Ces plaintes ont été par la suite rapportées au Conseil des affaires d’État (CAE) par le président de la Fédération, Jing Shuping. C’est alors que ce dernier a l’idée de créer Minsheng.

 

L’article ne précise pas ce qui se passe entre 1993 et 1996. Toujours est-il que la banque est officiellement enregistrée le 7 février 1996. Entre temps, Jing Shuping a obtenu la bénédiction de Zhu Rongji, alors Premier ministre. Première innovation, Jing Shuping affirme sa volonté de voir Minsheng bénéficier d’une assemblée d’actionnaires, d’un Conseil d’admi­nistration, d’un comité d’audit, de structures commerciales et d’une gestion indépendante. Pour Zhu Rongji, Minsheng constitue la première étape de la réforme du secteur bancaire commercial.

Les responsables de la banque s’accordent pour diviser l’histoire de Minsheng en trois phases.

 

1.       Création et expansion, 1996 – 1999

   

Le 1er décembre 1996, 59 structures deviennent actionnaires de la banque, avec un capital de départ de 1,38 milliard de yuans. Or, outre son mode de fonctionnement « à l’occi­dentale », Minsheng choisit d’innover en deux points par rapport à ses concurrentes chinoises. D’abord, elle engage dès 1996 Price Waterhouse Cooper pour auditer ses comptes. C’est la première fois qu’une banque chinoise fait appel à un cabinet d’audit international. Ensuite, elle choisit de mettre les profits au cœur de sa stratégie, reliant les salaires de ses employés aux résultats de la banque[3].

 

La banque connaît donc des premières années d’expansion, jusqu’à la fin 1999. Elle ouvre des succursales dans les villes de Shanghai, Shenzhen, Wuhan, Taiyuan, Dalian, Hangzhou, développe des services internationaux ainsi que diverses activités.

 

2.       Crise et restructuration, 1999

   

Mais, fin 1999, la banque a accumulé 8,72 % de NPL. La capitalisation de la banque était redescendue à 800 millions de yuans. Les dirigeants commencent alors à envisager une restructuration.

 

3.       Nouvelle équipe, nouvelle expansion, 2000 à aujourd’hui.

   

En avril 2000, la banque élit un nouveau président pour son conseil d’administration : Dong Wenbiao. La banque s’engage alors sur « la voie rapide du développement » (民生银行发展进入快车道). Fin 1999, le total des actifs de la banque représentait 25,6 milliards de yuans ; un an après, il est passé à 69,7 milliards. Le total des crédits accordés passe de 18,9 milliards en 1999 à 37,6 en 2000.

Depuis, la banque a été cotée sur le marché A, sa capitalisation a atteint 20 milliards et quelques de yuans en septembre 2005 (contre les 1,3 milliard de sa création). Une IPO était également prévue sur le marché de Hongkong en 2005, elle a été repoussée sine die à cause du trop grand nombre d’entreprises continentales choisissant cette période pour faire leur entrée en Bourse[4].

 

Minsheng : les résultats 2006

 

Milliards de RMB
 Début 20063ème seme-stre 2006Augmentation
Valeur totale des actifs557,3650,2 + 17 %
Total des prêts consentis378,1413+ 14 %
Réserves488,8549,1+ 12 %

   

Il faut ajouter à ces résultats un taux de NPL de 1,21 %, le plus bas de tout le pays.

 

À l’heure actuelle, le nouveau président de Minsheng, Eddie Wang, a affirmé la volonté de développer les activités de banque de détail, les crédits à la consommation, et de diminuer la dépendance de la banque à l’écart des capitaux. Par exemple, les activités de banque de détail représentent pour l’instant 15 % de toutes les activités de Minsheng, contre 3 % en 2003, le but étant d’atteindre 30 % en 2008.

 

Dong Wenbiao espère, à terme, faire de Minsheng une banque capable de rivaliser avec ses concurrents sur les marchés internationaux. Pour lui, la quatrième et prochaine phase de l’histoire de la banque sera celle de son expansion à l’international.

 

Comment expliquer cette réussite ?

 

La banque a d’abord su développer une réelle capacité d’innovation dans sa gestion. La filière de Guangzhou, créée le 18 décembre 1996, est citée en exemple. L’article évoque les réformes structurelles dans le fonctionnement de la gestion et dans l’organisation qu’a entrepris cette filière, sans pour autant préciser leur nature.

 

Pour Zou, la réussite de Minsheng est avant tout à chercher dans une culture du respect des règles (合规文化), en particulier celles concernant les NPL (voir le ratio Cooke des accords de Bâle 1).

On retiendra ainsi une volonté de Minsheng, dès sa création, de fonctionner comme une banque occidentale, se démarquant ainsi de ses concurrentes chinoises. C’est probablement ce management inspiré de l’étranger qui lui a permis d’arriver à un taux aussi bas de NPL.

En outre, la banque n’hésite pas à faire appel à du personnel ayant une solide expérience dans des établissements étrangers. Eddie Wang, nommé président en juillet 2006, était auparavant président de HSBC Chine. Il semblerait que la banque soit allée jusqu’à développer une politique visant à attirer le personnel qualifié de ces établissements étrangers : on retrouve ainsi parmi les cadres de la banque des anciens de Citibank, de HSBC, d’UFJ, etc. A noter également l’accord SAP (Systems, application, and products for data processing) passé entre Minsheng et Accenture.

 

Cet éloge peut paraître surprenant de la part d’un organe de la presse officielle. D’autant plus qu’il y a quelques mois Minsheng avait été la cible de quelques critiques du Parti. Minsheng faisait alors appel à des actionnaires étrangers qui, étant donné la structure particulièrement dispersée de son actionnariat, risquaient de devenir majoritaires. La banque serait alors passée sous contrôle étranger, ce que les autorités ne pouvaient accepter.

Cet article est peut-être la manifestation d’une réelle volonté chinoise de réformer le système bancaire et de resserrer les liens avec les acteurs puissants du secteur non étatique.


[1] La Bank of China, l’Industrial and Commercial Bank of China, la Construction Bank of China et l’Agricultural Bank of China. Leurs restructurations ont réellement démarré à la fin des années 1990 et se sont accélérées avec la perspective d’une ouverture totale du marché financier chinois en décembre 2006, imposée par l’Organisation mondiale du commerce. Les trois premières ont donc été introduites en Bourse (avec des résultats historiquement élevés). La restructuration de l’Agricultural Bank of China est plus lente. Cette banque, encore plus que les trois autres, a accumulé les problèmes de gestion et les NPL. Son introduction en Bourse est cependant programmée et pourrait avoir lieu avant la fin 2007.
[2] 非公有制企业. Rappelons qu’en Chine le terme « privé » reste encore peu utilisé, pour des raisons idéologiques. Le terme de « non étatique » lui est souvent préféré. Pour des raisons idéologiques ou par la fluidité du terme « privé » ?
[3] Il faut savoir qu’à cette époque, la réussite des banques chinoises était jugée en fonction de la quantité de leurs crédits, et non de leur qualité. En outre, les salaires et les carrières des personnels n’étaient pas influencés par les succès ou les échecs de la banque.
[4] Il n’est pas impossible que les dirigeants de Minsheng attendent la fin de la vague des IPO colossales des banques étatiques pour s’attaquer au marché hongkongais.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°11-12,  déc. 2006-fév.2007, pp. 18-19

 

Synthèse commentée de Michal Meidan d’après :

-   Zheng Donghui, « La relation sino-japonaise : perspectives pour 2007 », Huanqiu Shibao, 28 décembre 2006.

-   Wang Shan, « Le réajustement de la politique chinoise par Abe et les relations sino-japonaises », Xiandai Guoji Guanxi, n° 12, décembre 2006, pp. 49-54.

La deuxième moitié de l’année 2006 a marqué un tournant important dans la relation sino-japonaise : le choix de Shinzo Abe de rendre sa première visite officielle depuis sa nomination au poste de Premier ministre en Chine (au lieu des États-Unis), puis l’essai nucléaire nord-coréen ont contribué à un réchauffement des liens entre les deux géants asiatiques.

 

Les dirigeants des deux pays ont pu également se réunir au moment du sommet de l’APEC, mettant ainsi fin à cinq ans de froideur politique dans un contexte économiquement chaud.

 

Ces deux articles reflètent à la fois le point de vue de la presse officielle et celui d’un chercheur issu du prestigieux centre de recherche dédié aux relations internationales, rattaché au gouvernement chinois, et mettent en avant la nature consensuelle des relations sino-japonaises : sur le fond, les analyses divergent peu et notamment par la distance qu’ils prennent par rapport au sujet en question. La relation sino-japonaise n’est pas présentée comme étant autant fondamentale pour la Chine qu’elle peut l’être pour le Japon ou pour l’Asie. Le « réajustement » (调整) de la politique chinoise du Japon est certes remarquable et à accueillir favorablement, mais il revient à Abe de maintenir cet élan. Il ressort en filigrane des textes que la responsabilité de la poursuite du réchauffement ne tient qu’aux choix du gouvernement japonais, et que ce réchauffement signalerait, implicitement, le retour du Japon parmi la communauté asiatique après les distances prises sous Koizumi.

 

L’initiative de ce changement de ligne politique est attribuée entièrement à Abe (par rapport à des ouvertures qui auraient pu être faites du côté chinois), surtout pour des raisons de politique interne. L’ouver­ture vers la Chine aurait servi à Abe pour se démarquer de Koizumi et pour remporter des points sur le front national, avant de devoir agir sur des questions plus chargées. Ce succès indéniable de sa politique étrangère permettrait à Abe de stabiliser sa situation politique, du moins à court terme.

 

Si les auteurs présentent l’attitude « proactive » adoptée par Abe à l’égard de la Chine comme une action positive, nécessaire et importante (surtout pour les intérêts nationaux japonais), ils en évoquent également, en passant, le côté pragmatique, voire opportuniste. Or, une certaine ambiguïté découle de leurs analyses : d’une part, ils affirment que le réajustement de la politique japonaise par Abe est un changement de forme plus qu’un changement de fond, mais d’autre part, ils élaborent les conséquences positives d’une action commune sino-japonaise sur le plan régional, prenant l’amélioration des liens pour un fait accompli. Tout en dénonçant les tendances conservatrices et nationalistes de Shinzo Abe, la possibilité du renouvellement des visites au Yasukuni et la volonté de contenir la Chine, ils annoncent d’ores et déjà un nouvel avenir pour l’Asie orientale.

 

Les opportunités sont en effet nombreuses et importantes : approfondir le partenariat économique, qui en 2006 a vu le commerce bilatéral s’élever à 200 milliards de dollars et les investissements japonais en Chine atteindre 5,7 milliards dollars (jusqu’en octobre 2006), et l’élargir aux sciences et technologies, à l’énergie et à la protection environnementale ; piloter conjointement la communauté asiatique et renforcer la coopération stratégique, militaire et économique en Asie orientale. De plus, la Chine offre des perspectives économiques indéniables pour le Japon, étant déjà le moteur d’une croissance économique soutenue depuis cinquante-huit mois (soit plus que dans sa période de cinquante-sept mois de croissance des années 1960, note Wang).

 

Le cercle vicieux de la méfiance mutuelle a désormais était rompu, notent les auteurs, et pourrait ouvrir la voie à une coopération plus étendue pour la dénu­cléarisation de la péninsule coréenne, l’intégration économique et politique de l’Asie. Cette intégration pourrait ensuite consolider d’avantage le partenariat sino-japonais. La rivalité (imaginée ou réelle) pour la domination de l’Asie semble ainsi écartée par nos auteurs. Une fois que les « obstacles politiques » (à savoir les visites au temple Yasukuni et la question de l’histoire) auront été écartés, la relation bilatérale ne pourra que s’améliorer. De plus, l’année 2007 marque les 35 ans de la normalisation des liens diplomatiques, elle ne peut donc qu’être prometteuse sur le plan bilatéral.

 

Quelques bémols sont toutefois avancés par nos auteurs, car certains facteurs risquent encore de faire osciller la situation, et des tensions politiques qui ne peuvent être effacées aussi rapidement peuvent resurgir :

 

1.    L’émergence chinoise et « l’affirmation de son modèle de développement » risquent de susciter des appréhensions au Japon et donner lieu à une remontée du nationalisme, une tendance que le conservateur Shinzo Abe pourrait encourager. La poursuite de la « normalisation » du Japon et les projets de création d’un conseil de sécurité nationale à l’américaine[1] ne pourraient qu’exacerber les tensions entre les deux géants.

 

2.       Le Japon promeut encore une idéologie et des valeurs destinées à limiter l’influence politique de la Chine. Les déclarations concernant une communauté asiatique fondée sur la diffusion de la liberté, de la démocratie et de l’État de droit, et l’inclusion de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie ne sont qu’une façon d’affirmer le rôle dirigeant du Japon en Asie et de contribuer à l’encerclement (围堵) de la Chine. De même, les efforts destinés à mettre sur pied un accord de partenariat économique « ne fait que contrarier les efforts pour une zone de libre-échange entre la Chine et l’ASEAN ». Au fur et à mesure des progrès de l’intégration asiatique, la « japonisation » de l’Asie et « l’impo­sition du modèle japonais » deviendront des questions de plus en plus épineuses.

 

3.       La question de transparence et de modernisation dans le domaine militaire : pour Wang, la question militaire pose un double problème ; d’abord, les aspirations japonaises dans ce domaine, exacerbées par l’essai nucléaire nord-coréen qui a suscité un débat concernant la nucléarisation du pays, et ensuite, la référence au manque de transparence dans le militaire chinois dans les livres blancs de la défense japonaise ne font que stimuler une course aux armements.

 

4.       De plus, la question du temple Yasukuni n’est pas tranchée. À court terme, il semblerait que la question soit résolue, mais à long terme, et dans un contexte de sentiment nationaliste revigoré au Japon, les visites au temple Yasukuni pourraient redevenir une source de contentieux. Abe n’a fait que des « déclarations vagues » (表态模糊) à ce sujet et pourrait, comme il l’avait déclaré avant d’être élu, s’y rendre lui-même. De plus, la réforme de la loi fondamentale sur l’éducation viserait à renforcer les thèmes patriotiques et nationalistes dans les textes scolaires, et à minimiser les leçons de l’histoire[2].

Si le ton qu’adopte Wang reste assez modéré, évoquant ce qu’il entend être des problèmes qui sont à gérer de façon constructive par les deux côtés, le Huanqiu Shibao est plus exigeant à l’égard des dirigeants japonais, posant comme condition à l’amélioration des liens la poursuite de la recherche et la destruction de toute trace d’arme chimique japonaise en Chine, conformément à la décision prise en 1997 lors de la Convention pour l’interdiction des armes chimiques de l’ONU.

 

Enfin, la question taïwanaise n’est pas absente ; même si Wang n’y fait pas allusion, elle est évoquée par le Huanqiu Shibao plutôt comme une sorte de rappel au Japon de ce qui constitue les règles du jeu pour la Chine : « Le Japon devrait affirmer son soutien à la politique d’une seule Chine, ne pas avoir des échanges officielles avec l’île et ne pas appuyer l’indépendance taïwanaise. »

 

La balle est donc entre les mains du gouvernement Shinzo Abe. « Si le Japon peut envisager les choses d’un point de vue régional, et maintenir des relations amicales avec la Chine et la Corée, la région toute entière pourrait bénéficier d’une solution gagnant-gagnant sur le plan sécuritaire, commercial et militaire. »

 


[1] Concernant le programme de Abe, voir Japan Analysis, n° 6.
[2] Voir Japan Analysis n° 6 sur ce point également.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°11-12,  déc. 2006-fév.2007, pp. 22-25

 

Synthèse commentée de Hubert Kilian à partir de :

-   Yu Hsiao-yun, « La nouvelle relation entre le Kuomintang et le Parti communiste chinois », Zhanwang yu Tansuo (Prospect and Exploration), vol. 5, n° 1, janvier 2007.

Dans cet article de recherche, Yu Hsiao-yun propose une analyse en profondeur de la structure des relations entre le Parti communiste chinois et le Kuomintang. Il s’agit de montrer comment les deux partis politiques ont tenté de renouer des contacts officiels dans un climat d’hostilité mutuelle sur un plan gouvernemental et de construire un nouveau type de relations et d’interactions. L’auteur propose ainsi une étude des relations entre les deux partis et tente de déterminer quelles directions pourront prendre ces récents développements politiques. Pour l’auteur, l’avenir de ces relations reste soumis au problème de l’institutionnalisation des décisions prises par les deux partis politiques et seule une victoire du Kuomintang à l’élection présidentielle de 2008 pourrait permettre de pérenniser cette relation inédite.

 

Le 26 avril 2005, le président en exercice du Kuomintang et le secrétaire général du Parti communiste chinois décidaient de la mise en place d’un « Forum entre les deux partis politiques des deux rives » (dang dui dang de liang an zheng dang gao feng hui) Les deux parties s’entendaient sur la nécessité du « développement pacifique des deux rives et [sur] une vision commune » (liang an heping fa zhan gongtong yuanjing) et acceptaient officiellement de reconnaître l’existence du consensus de 1992 et de combattre l’indépendance taïwanaise (fan taidu). C’était la première fois depuis 1945 qu’une telle rencontre avait lieu entre les deux partis ennemis. Le 13 avril 2006 et conformément à ce qui avait été dégagé lors de la rencontre entre Hu Jintao et Lien Chan (lien-hu huitang gongshi) les deux partis organisaient un « Forum économique des deux rives » (liang an jingji lun tan) auquel participaient quatre vice-présidents du Kuomintang et 50 des grands patrons taïwanais les plus influents. Quinze mesures furent annoncées à l’issue de ce forum économique dans les domaines de l’agriculture, de la médecine et de l’éducation, dont le contenu visait principalement à donner aux produits taïwanais un accès privilégié au marché chinois et à séduire l’opinion publique taïwanaise. La même année, le 17 octobre, était organisé par les deux partis politiques un « Forum de coopération agricole entre les deux rives » (liang an nong ye hezuo luntan). Le Parti communiste annonça l’élargissement et l’approfondissement des mesures agricoles pour Taïwan avec dix mesures principales dont l’objet était de proposer une assistance financière et des garanties en matière de protection des marques taïwanaises, des techniques de productions et des droits et intérêts des agriculteurs taïwanais. Sur un autre plan, la Fondation pour les échanges entre les deux rives (Haixia liang an faxue jiaoliu zujinghui) et la Fondation chinoise pour les études juridiques (zhongguo fa xue jiaoliu qijinghui) ont ensemble organisé un « Forum pour les études juridiques entre les deux rives du détroit » (haixia liangan faxue luntan) afin d’évoquer les problèmes liés à l’environnement financier et commercial entre les deux rives ainsi que les questions relatives à la nécessaire protection des investissements. En décembre 2006, les deux partis ont mis en place un « Forum de la jeunesse entre les deux rives » (liangan qingnian luntan) dans l’objectif de renforcer les échanges et la coopération entre la jeunesse dans le domaine économique, le développement scientifique et la création de structures communes.

 

L’auteur décrit ensuite l’environnement dans lequel les relations entre les deux partis politiques sont nées, soulignant l’opposition entre la vigueur des échanges économiques et commerciaux et la froideur des échanges politiques. Sur un plan historique, le Kuomintang, sous la présidence de Lee Tenghui, avait développé dans les années 1990 des échanges secrets de haut niveau avec la Chine tandis que les deux associations officieuses, la SEF (Strait Exchange Foundation) et l’ARATS (Association for Relations Accross the Taïwan Strait), avaient servi de cadre institutionnel. Les deux associations avaient ainsi conduit des échanges relativement transparents par l’intermédiaire d’agents semi-gouvernementaux. La plupart des échanges étaient de nature gouvernementale et, par conséquent, limités. La visite à l’université américaine de Cornell du président Lee Tenghui en 1995 et la première élection au suffrage universel direct du président taïwanais en 1996 avaient provoqué la crise des missiles et les deux associations avaient définitivement et totalement cessé leurs échanges. En 2000, après l’alternance démocratique à la tête de l’État taïwanais et sous le gouvernement du Parti démocrate progressiste (PDP), les politiques chinoises et taïwanaises entre les deux rives ont maintenu un conservatisme prudent que ce soit sur le plan des interactions gouvernementales ou sur le plan des échanges par canaux secrets. Mais, dans le même temps, sur le plan économique, commercial, culturel et humain, les échanges entre les deux rives ont connu un développement sans précédent[1].

 

L’auteur note ensuite l’espace laissé au Kuomintang par le conservatisme et la passivité de la politique continentale du président Chen Shui-bian. Selon l’auteur, ce dernier s’est borné à respecter son engagement des cinq nons et a continué à refuser de reconnaître le consensus de 1992 et le principe d’une seule Chine. Sur le plan de la politique économique entre les deux rives, les principes d‘« ouverture active et [de] gestion efficace » ayant par la suite mué en « ouverture efficace et gestion active » ont conduit le développement des échanges à une impasse[2]. C’est ici que l’auteur considère que l’espace politique laissé au Kuomintang a représenté un facteur déterminant dans la construction d’une nouvelle relation avec le Parti communiste chinois. Ainsi, selon lui, c’est l’expérience et les compétences du Kuomintang en matière de gestion économique des relations entre les deux rives qui permet au parti de se saisir de cette question. Selon les minutes des réunions au comité central que cite l’auteur, le 17 mai 2000, Lien Chan avait proposé, sous l’empire des « Lignes directrices pour l’unification nationale », de construire des « relations fraternelles de compétition pacifique » (heping bicai xiongdi guanxi), d’élargir les échanges et de multiplier les accords dans l’espoir de construire une coopération fondée sur une confiance mutuelle (yijiu huxin hezuo) afin de créer un respect mutuel dans le cadre d’une relation mutuellement gagnante (huzhong shuangying). Parmi les propositions de Lien Chan, celle de construire une communication interpartis entre les deux rives (liangan zhengdang jiuliu goudong) cherchait à montrer l’espace de développement de ces relations entre les deux rives que le Kuomintang pouvait assumer et gérer. Les choses se sont décidées en 2001, alors que le vice-président du Kuomintang Wu Po-hsiung rencontrait le vice-président chinois Qian Qichen sur le continent. Une rencontre informelle qui a permis le début des relations entre les deux partis politiques, selon l’auteur.. Malgré la promulgation de la loi antisécession le 3 mars 2005 et le climat de crise ainsi provoqué, le vice-président Chiang Pin-kun menait, le 28 mars, une délégation du Kuomintang en Chine et rencontrait le responsable du bureau des Affaires taïwanaises Chen Yunlin, permettant ainsi le démarrage des relations officielles entre les deux partis politiques. En avril 2005, Lien Chan entamait son voyage pour la paix (heping zhi lu) et en octobre 2006 était lancé le Forum économique entre les deux rives (liangan jingmao lutan). Soixante ans après, le Parti communiste chinois et le Kuomintang renouaient avec la mise en place de canaux de communications officiels d’une ampleur sans précédent, mettant un terme à des relations belliqueuses.

 

Sur le plan politique, le Kuomintang était prêt à faire face à ce renouveau avec un argumentaire politique et des propositions concrètes. Le Kuomintang définissait les relations entre les deux rives du détroit conformément à la Constitution de la République de Chine, soit une Chine constitutionnelle (xianfa yi zhong). La politique continentale du parti était organisée conformément aux Lignes directrices pour l’unification nationale et sous l’empire du principe « une Chine, différentes interprétations ». L’opposition à l’indépendance de Taïwan et une réunification à long terme (pu ji tong) étaient définies comme les principes directeurs des relations entre les deux rives par ailleurs décrites comme deux entités politiques séparées mais égales (duideng fenzhi zhuantai). Il s’agissait d’éviter la guerre, de promouvoir activement la paix et de créer, sur le plan des échanges économiques, une interaction stable et mutuellement gagnante. Sur le plan plus large de la politique économique, le Kuomintang proposait une politique visant, d’une part, à attirer toujours plus d’entreprises et d’investissements étrangers à Taïwan et, permettre l’intégration d’entreprise étrangères et taïwanaises avec pour stratégie la pénétration du marché chinois et, d’autre part, de négocier avec la Chine sur une grande échelle, une répartition des tâches de productions et une coopération économique et commerciale. Selon l’auteur, le Kuomintang avait pour ambition de construire avec la Chine une forme de normalisation des relations et une plate-forme de communication systématisée (zhiduxing de goutong pintai), et de permettre la création entre les deux partis politiques d’un forum des élites (liangan minjian qinying luntan) et d’un système d’assistance pour les entrepreneurs taïwanais (taishangfuyu jizhi).

 

Sur le plan de la stratégie du parti, l’auteur examine comment le Kuomintang a dégagé l’espace politique nécessaire à la construction de cette nouvelle relation. Face au refus du gouvernement du PDP de reconnaître le principe d’une seule Chine et le consensus de 1992 et du fait des limites imposées par son statut de parti d’opposition, le Kuomintang décidait d’organiser son argumentaire autour de l’idée de la prospérité nationale (mingsheng), avec pour objectif de construire une cohérence dans sa démarche d’échange avec l’autre rive. Cette démarche correspondait aussi à l’atmosphère qui a caractérisé les relations entre les deux rives depuis la prise de pouvoir du PDP : des relations officielles très refroidies et des échanges humains florissants (guanfang leng, renmin re). La démarche du Kuomintang s’est traduite de manière concrète par la volonté d’ouvrir Taïwan au tourisme, de normaliser les liaisons aériennes et de régler le problème des équivalences de diplômes. Sur le plan politique, le Kuomintang prévoyait d’organiser un second forum de la paix avant l’élection présidentielle de 2008 afin de discuter des questions politiques, des affaires militaires et de la défense nationale. Enfin, sur le plan culturel, le Kuomintang avait l’intention  de créer une dynamique d’échanges culturels forts. Sur un plan parlementaire, le Kuomintang a eu pour stratégie de construire une alliance solide avec le Parti pour le peuple –dont les positions sur les relations entre les deux rives sont proches – dans l’objectif de créer une majorité qui permette notamment la révision des textes régissant les échanges entre les deux pays (liangan renim gangxi jiaoli). Selon l’auteur, cette stratégie était destinée, dans la perspective des élections présidentielles de 2008, à prouver à l’électorat taïwanais que le Kuomintang détient les compétences et l’expérience nécessaire pour gérer les relations entre les deux rives, à l’inverse du PDP. Le Kuomintang a voulu faire passer le message électoral suivant : « Le PDP n’est pas capable de gérer les relations entre les deux rives et surtout n’a pas envie de prendre les mesures qui sont bénéfiques à Taïwan. C’est. alors au Kuomintang de le faire. » La question de savoir si le PDP acceptait ou non ces propositions n’était pas au centre des préoccupations du Kuomintang ; du fait notamment du caractère idéologique de la démarche du PDP,. Le Kuomintang s’est donc placé du point de vue des intérêts économiques de l’ensemble des Taïwanais.. Une démarche ayant permis, selon l’auteur, une ouverture politique dans les relations entre les deux rives et qui risque de condamner à l’immobilisme pendant longtemps le PDP. L’auteur. conclue en soulignant le fait que le Kuomintang a troqué son ancienne position en faveur de la réunification contre une position en faveur de la paix et reste persuadé que le fait de ne pas franchir la ligne rouge chinoise qu’est l’indépendance permet d’assurer le développement de la paix et l’intégration économique des deux rives. Et l’auteur de considérer l’optimisme du Kuomintang sur la question de l’espace international de Taïwan et sur les mesures de construction de la confiance sur le plan militaire.

 

L’auteur évoque ensuite brièvement les points de convergences politiques entre le Parti communiste chinois et le Kuomintang, Pour luil, la quatrième génération des leaders chinois a renouvelé la stratégie chinoise de réunification en s’appuyant sur l’émergence économique de la Chine et sur l’intérêt croissant de Taïwan pour le marché chinois, créant ainsi un nombre de cartes supplémentaires dans son face à face avec Taipei. Les tactiques chinoises se sont sophistiquées et leur application a gagné en flexibilité. En septembre 2004, lors du 16e Congrès du Parti communiste, Hu Jintao prenait le contrôle et reformulait totalement la politique taïwanaise de Pékin. Il abandonnait une posture de négociation au profit d’attaques en douceur (rouxing gongshi). En 2005, mis à part le vote de la loi antisécession et la pression forte maintenue sur l’indépendantisme taïwanais, Pékin utilise une nouvelle stratégie de « gestion froide » (leng zhuli), s’appuie sur Washington pour maintenir une pression forte sur les Taïwanais d’une part et tente de profiter des divisions de la société taïwanaise pour mener une attaque sur tous les fronts (quanmian shu gong) d’autre part. À ces deux volets s’ajoute une volonté de laisser de côté la question du conflit de souveraineté et celle de séduire l’opinion publique taïwanaise. Dans ces conditions, les points d’entente du Kuomintang et du Parti communiste chinois ont été croissants et ont permis de créer un consensus : la lutte commune contre l’indépendantisme taïwanais  sous l’empire du consensus de 1992. L’expérience et les compétences du Kuomintang et son statut de parti d’opposition en faisait en outre un partenaire tout désigné pour construire une plate-forme de dialogue politique. Dans le même temps, le fait que la formule « un pays, deux systèmes » ait été en apparence abandonnée illustre la volonté de Pékin d’aider le Kuomintang à reprendre le pouvoir en 2008. Les deux partis politiques sont donc devenus des partenaires et peuvent ensemble exercer une influence sur l’issue du scrutin présidentiel de 2008. En ce sens, ils ont déjà créé dans le détroit un nouveau statu quo, coopérant au maintien de la stabilité et exerçant une influence sur le climat politique. Dans le cadre ce nouvel équilibre qui se caractérise par une coopération doublée d’une compétition et par une implication toujours forte des États-Unis, les trois parties peuvent réduire l’influence des éléments étrangers sur la résolution du conflit et, pour la première fois, ce sont les peuples des deux rives qui peuvent décider du rythme à donner aux développements entre les deux rives du détroit et gérer eux-mêmes les affaires qui s’y rapportent.

 

L’auteur pose ensuite la question de l’efficacité de cette nouvelle structure d’interaction. Selon lui, la Chine détient une position aux avantages multiples et une capacité de nuisance forte tandis que seuls le peuple taïwanais et le Parlement peuvent exercer une certaine forme d’influence sur l’évolution des relations entre les deux rives. L’auteur considère dans ces conditions que le gouvernement du PDP est condamné à la passivité. Pour l’auteur, la Chine a réussi à générer, en travaillant avec le Kuomintang dans le cadre du Forum économique interpartis, un soutien des Taïwanais sur les questions relatives à l’ouverture de l’île l’ouverture de l’île au tourisme chinois et à la normalisation des liaisons aériennes. Pour faire face au risque de marginalisation et d’aspiration de Taïwan dans la sphère chinoise, il est impératif que le PDP développe une nouvelle politique et puisse trouver le moyen de peser sur ce nouveau statu quo. Les mesures de contrôle et de restriction mises en place par le gouvernement dans le courant de l’année 2006 ont montré comment le gouvernement à a tenté de ne pas subir l’influence de la démarche commune des partis politiques, soulignant ainsi l’influence et l’efficacité de cette dernière.

 

L’auteur conclue en soulignant les risques qui pèsent sur la pérennité des relations entre le Kuomintang et le Parti communiste chinois. Selon lui, la stratégie chinoise de réunification visant à distribuer des avantages économiques à Taïwan en se fondant sur une prospérité commune peut rencontrer des limites si elle ne se traduit pas de manière très concrète pour les entrepreneurs taïwanais. Le second risque qui pèse sur la collaboration entre les deux partis politiques est relatif au statut de parti d’opposition du Kuomintang. Selon l’auteur, seule la victoire du Kuomintang à l’élection présidentielle de 2008 peut permettre de pérenniser les acquis de la coopération interpartis. Il note le manque de résultats concrets dans les dossiers sur la normalisation des relations aériennes directes et pose la question de l’institutionnalisation des mesures adoptées par les deux partis politiques. Prenant pour l’exemple les relations développées entre les partis politiques des deux Allemagnes ou des deux Corées, l’auteur souligne l’impossibilité pour le Kuomintang et le Parti communiste chinois de faire évoluer leur coopération vers l’institutionnalisation en cas de défaite du Kuomintang à l’élection présidentielle de 2008, surtout du fait du manque de confiance chronique que Pékin accorde au PDP. 


[1] Selon les statistiques de la commission ministérielle des Affaires continentales à Taïwan, en 2005 les échanges économiques entre les deux rives s’élevaient à 61 milliards, soit une progression de 33,1 % par rapport à l’année 2004. Selon les statistiques du gouvernement chinois, le nombre de ressortissants taïwanais s’étant rendu sur le continent chinois s’élevait à 4,1 millions de personnes en 2005, soit une progression de 24,14 %. Toujours selon les statistiques chinoises, les échanges économiques entre les deux rives atteindraient 91 milliards de dollars américains, soit une progression de 11,5 % par rapport à la même année et 1,7 million de chinois se seraient rendus à Taïwan, soit une progression de 24.14 % par rapport à 2004.
[2] Voir la contribution de Mathieu Duchâtel dans ce numéro de China Analysis: « : Les relations entre les deux rives, bilan de l’année 2006 et perspectives ».
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