POLITIQUE INTÉRIEURE 1. Le premier ministre Wen Jiabao, un fusible critiqué au sein du Parti et du gouvernement 2. La pollution de la Songhua et l’information en Chine 3. Zeng Qinghong reprendrait la gestion des relations avec Taiwan ÉCONOMIE 4. Etat néo-libéral ou Etat providence pour la Chine : un débat 5. Les révolutions bancaires (1) : rapide état des lieux par Zhou Xiaochuan 6. Les révolutions bancaires (2) : Les Diables Roux à la porte de Minsheng 7. Mines de charbon : la prévention coûte plus cher que les vies humaines 8. Les migrants des différentes régions n’ont pas les mêmes revenus POLITIQUE EXTÉRIEURE 9. Les relations Chine-Etats-Unis : une analogie avec les stratégies du marché financier 10. Asie : la région n’existera qu’avec la Chine contre les Etats-Unis et leur ordre. 11. La menace de sanctions contre l’Iran n’est pas crédible 12. Les ONG américaines, vecteur de la démocratie politique en Asie centrale PRESSE TAIWANAISE 13. Relations entre les deux rives : deux approches de la sécurité future 14. Après la défaite du camp présidentiel aux élections de décembre, le pouvoir revient vers les partis 15. L’économie taiwanaise au miroir de la Corée du Sud
Information - inscription : chinaanalysis@centreasia.org
Synthèse commentée de Michal Meidan d'après:
- Luo Bing, « une vague supplémentaire de lutte au sein du Parti », Zhengming, no. 10, pp. 9-10
A la veille du cinquième plénum du Comité central du Parti communiste chinois (8-10 octobre 2005), le mensuel hongkongais Zhengming faisait état d’une montée des tensions au sein du groupe dirigeant chinois. Cette fois ci, il semblerait que Wen Jiabao ait été la cible d’une critique généralisée, aussi bien de la part de membres du Bureau politique que de certains Ministres.
A la veille du cinquième plénum, le bureau général (bangongting) du Comité central ayant déjà transmis aux membres et aux membres suppléants la liste des questions à débattre lors du plénum (à savoir, la formulation et dernières révisions du 11ème plan quinquennal ; les mesures à prendre en vue d’atteindre une « société harmonieuse » (hexie shehui) et le débat au sujet des obstacles à sa réalisation; la mobilisation des forces au sein du Parti et de la société), le Secrétariat (sous la direction de Zeng Qinghong) aurait alors rajouté une question à l’ordre du jour : l’évaluation initiale des tendances économiques, financières et sociales du pays. Or, un sujet ne peut être ajouté ou modifié dans l’ordre du jour de façon arbitraire, toute décision exceptionnelle devrait être soumise à l’approbation du Comité permanent du Bureau politique. Le premier ministre Wen Jiabao aurait alors enquêté et découvert que ce point nouveau devait être évoqué comme une question de réfléxion et non pas comme un véritable sujet pour l’ordre du jour. En outre, l’évaluation des tendances économiques, financières et sociales du pays ciblerait les dossiers dont Wen Jiabao a la charge, et pourrait être vu comme une mise en cause publique du travail de ce dernier.
Ainsi, même si la question n’a pas eu d’écho public au sein du Comité central, aussi bien Wu Guanzheng que Luo Gan se seraient étonnés de cette « activité factionnelle » et de l’irrégularité dans la procédure. Tout ceci aurait eu lieu au moment où Hu Jintao effectuait sa visite officielle au Canada (fin août 2005) et, tel que l’auteur présente les faits, aurait ensuite été dirigé contre Wen Jiabao en raison de son incapacité à faire face à ces « activités factionnelles ».
Le deuxième évènement majeur qui aurait affecté le bilan politique de Wen se serait déroulé lors d’une réunion du Conseil d’état. Les ministres, relate Luo Bing, auraient débattu des effets du « mouvement d’éducation socialiste »[1] et auraient critiqué cette initiative, la jugeant iréalisable et mal adaptée à la résolution des problèmes qui minent le Parti ainsi que pour la réalisation de la « société harmonieuse ». L’article cite Wu Yi comme une des ministres qui aurait soutenu ces propos.
Enfin, l’affaire Zeng Qinghong et la critique des ministres auraient circulés dans le système politique chinois ; Li Changchun, membre du Bureau politique, aurait donc également saisi cette opportunité pour faire sa propre critique de Wen Jiabao, estimant que sa « sensibilité politique n’est pas assez elevée » (zhengzhi mingandu bu gao). Mais les critiques contre Wen Jiabao auraient toutefois commencé bien longtemps avant ces deux incidents. Au mois de Mars 2005, les gouverneurs de Shanghai, Zhejiang, Guangdong et Shandong se seraient plaints que la régulation macroéconomique nuisait au développement économique, bloquait le développement de la réforme et de l’économie de marché, aboutissant à une stagnation de l’économie régionale, et risquant ensuite de provoquer l’instabilité sociale.
Au mois de Mai et Juin quelques provinces et municipalités autonomes (c’est-à-dire rattachées directement au pouvoir central) auraient exigé une décentralisation des finances et de la régulation macro économique ; au mois de Juillet certains gouverneurs de province auraient annoncé que les réformes dans l’éducation, le système médical et la réforme des entreprises d’état avaient échoué et que les répercussions sociales seraient lourdes. Au Zhejiang, au Jiangxi et au Shandong les dirigeants locaux auraient déploré l’échec des réformes médicales et auraient dirigé de façon voyante leurs critiques contre Wen Jiabao. Au mois d’Août, la critique du gouvernement aurait porté sur les réformes du système éducatif, puis au cours du même mois, l’attitude de Wen Jiabao au sujet de la crise énergétique aurait été jugée irrésolue.
Toutefois, il semblerait que les « anciens » du Parti auraient réitéré leur soutien à Wen Jiabao. De plus, avant le cinquième plénum, Hu Jintao aurait fait circuler un document citant les huit questions qui devraient être traitées afin de projeter une image d’unité du Parti sur le plan national et international. Dans ce texte, il met en garde contre les rivalités internes qui mettent en danger le travail et les progrès du Parti. Il préconiserait donc de renforcer l’unité du Parti, ce qui permettrait de maintenir l’estime du peuple pour le parti ; l’organisation et la discipline morale des cadres du Parti et du gouvernement ; la capacité du Parti et du gouvernement à mettre en œuvre les politiques ; l’efficacité du travail quotidien du Parti ; l’image du Parti et par extension du pays sur le plan international.
[1]Voir les Nouvelles de Chine no. 24, fév.-mars 2005
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°2, nov.-déc. 2005, pp. 6-7
Synthèse commentée de Michal Meidan d’après : - Yao Yang, « Refuser le déclin de la morale », Caijing, numéro 147, 28 novembre 2005
- Qin Hui, « La ‘fausse concurrence inéquitable’ et la ‘fausse égalité qui mine la concurrence’ », Caijing, numéro 147, 28 novembre 2005
Yao Yang, professeur d'économie à l'Université de Pékin, procède dans son article à une critique du rôle démesuré que l’on attache à la morale (daode) comme principe de régulation et de gouvernance de la société contemporaine chinoise. Si cette morale était bénéfique pour la gestion des interactions sociales aux plus bas niveaux de la société à l’ère impériale, à présent, elle ne permet plus de répondre aux besoins d'une société en mutation.
Yao Yang entend essentiellement par "interactions sociales" les liens de nature économique et commerciale entre les individus, ainsi que la relation entre les individus et l'Etat. La réflexion sur ceux-ci concerne d’abord la répartition des droits et des richesses au sein du peuple chinois. Yao Yang critique les chercheurs chinois qui se contentent de se faire l’écho de griefs populaires, se prêtant souvent à "un populisme démesuré" en appelant à une équité sociale et à une « égalité des résultats (de la concurrence) ». Or ce qu’il faudrait, d’après Yao Yang, c'est donner au peuple une nouvelle notion de « ce qu’il devrait avoir » (ying de zhiwu), et, partant de là, mieux gérer la relation entre « efficacité (du marché) » et « équité ».
La contradiction qu’évoquent « certains chercheurs » entre l’allocation des ressources par le marché et le partage équitable des fruits de la croissance économique qui en résulte, n’en est pas véritablement une pour Yao. En définissant correctement le rôle de l’Etat dans l’allocation des droits et des richesses – sur la base d'une détermination des limites entre une distribution égalitaire et une distribution faite par le marché – cette contradiction s'efface. Il faut d’abord déterminer quels sont les droits qui devraient être octroyés et protégés par l’Etat. Pour Yao Yang, les droits individuels ne doiven pas être un objectif en soi, d’autant que ceci réduit l’Etat au rôle de protecteur passif de ces droits. Au contraire, l’Etat doit jouer un rôle actif, mais limité à un domaine restreint, fondé sur la réciprocité[1]avec les individus. En effet, les droits qu’octroie et protège l’Etat[2] sont des droits dont un individu ne peut user pour nuire à autrui tels que la liberté d’expression, la liberté de résidence, le respect de l'individu, (geren zunzhong), l’égalité civile (gongmin pingdeng). Ce sont « des droits pour lesquels une démarcation et une distribution par l’Etat ne sont pas nécessaires »[3].
Sur cette base là, se pose la question suivante : comment devrait intervenir un Etat « actif » (jiji) dans la société ? Si le dernier quart de siècle a vu en Chine un développement économique « utilitariste » qui a mis l’accent sur la croissance globale sans s’attacher au développement individuel, cette tendance ne devrait pas être arrêtée ou modifiée pour placer l’individu au premier plan, mais seulement réajustée légèrement. Car en fin de compte, c’est la croissance économique qui permet le développement individuel, à partir des capacités de chacun. Or, c’est cette "capacité" (能力 – nengli) que l’Etat devrait fournir à ceux qui n’en possèdent pas. L’intervention étatique doit donc se limiter à répondre aux besoins fondamentaux en matière d’éducation, de couverture médicale, d’alimentation et d’allocations de retraite et de chômage pour ceux qui n'en disposent pas. A partir de cette perspective, le problème actuel de la Chine réside dans l'inégale répartition des capacités et non dans celle des revenus...
Dans le même numéro de Caijing, Qin Hui critique le fondement même de ce raisonnement. Il réfute les définitions d’"efficacité" et d’"égalité" auxquels se réfère Yao Yang, puisées selon lui dans les théories économiques de pays développés. Ces théories s'interrogent sur les moyens de maîtriser les conséquences d’une concurrence qui est, à la base, égalitaire ; mais le problème en Chine est celui de l’inégalité des opportunités et de ce que Qin Hui appelle « fausse concurrence ». Le problème en Chine n'est pas le fait que les gagnants au jeu de la concurrence accumulent les richesses, mais que ce sont bien les détenteurs du pouvoir (权家 - quanjia) qui gagnent toujours. La Chine suit selon Qin Hui le chemin par excellence d’une oligarchie. Ainsi, la distribution des biens publics se fait à travers un processus de « fausse concurrence » qui nuit à l’efficacité et détruit l’équité. Les solutions que proposent Yao Yang et d’autres analystes ne feraient que contribuer à la perpétuation de ce système et, à terme, sa domination, par les détenteurs du pouvoir. Qin Hui propose donc d’abord de parvenir à l’égalité des chances puis, une fois les bases d'une concurrence égalitaire établis, la Chine pourrait envisager une forme ou une autre d’Etat providence, même si Qin Hui n’élabore pas sa vision du rôle que pourrait ensuite avoir cet Etat.
De son côté Yao Yang conclut qu’une fois les droits individuels garantis et les « capacités » fournies aux individus, la contradiction entre « efficacité » et « équité » est résolue. C’est donc le rôle des chercheurs chinois d’encourager et de réfléchir sur cette solution. Qin Hui lui répond par un avertissement: les chercheurs ne devraient pas, même s’ils ont une certaine influence sur les décideurs, négliger la scientificité de leurs propos. En formulant des politiques, le décideur préfèrerait des politiques adoptables (kecaina) plus encore que réalisables (kexingxing). Le chercheur, lui, doit au contraire mettre en avant la logique scientifique de ses propos, indépendamment de l’accueil qui lui sera réservé par le public ou les décideurs. « Les chercheurs ne peuvent négliger la scientificité tout comme les décideurs ne peuvent négliger l’équité ou la morale. Or ce qui se passe actuellement est une infraction à ces deux principes, et c’est contre cela que nous [chercheurs et intellectuels] devons lancer un avertissement ».
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°2, nov.-déc. 2005, pp. 7-8
Synthèse commentée de Thibaud Voïta d’après :
- Zhou Xiaochuan : « Comment attirer des capitaux dans les banques commerciales publiques chinoises ?[1] » et « Zhou Xiaochuan parle de la réforme bancaire » (interview), Caijing, n°147, 28/11/05.
Zhou Xiaochuan occupe actuellement le poste de gouverneur de la Banque centrale chinoise (la Banque Populaire de Chine). Il est considéré comme un réformateur, très ouvert sur l’Occident. Certains le désignent déjà comme un membre de la « Cinquième Génération » montante. Dans sa carrière, on a pu le voir entre autres à la tête de l’autorité des marchés boursiers chinois (China Securities Regulatory Commission, CSRC) et de la China Construction Bank (CCB). C’est sous sa direction qu’a commencé la préparation au lancement en Bourse de cette dernière, en 1999.
Caijing publie ici un ancien article ainsi qu’une interview dans lesquels il donne son avis sur la réforme bancaire chinoise, à l’heure où les prises de participation étrangères se multiplient et où l’introduction en Bourse de la CCB a défrayé la chronique.
Ces articles rappellent que la crise asiatique de 1997 est à l’origine de l’accélération des réformes bancaires. Si elle a épargné en grande partie la Chine, elle a agi comme un électrochoc auprès des dirigeants. Pour éviter que le pays ne connaisse une telle crise, il était devenu nécessaire de consolider le secteur financier. Pour ce faire, ont ainsi été créées en 1999 les quatre Asset Management Companies (AMC) qui prennent chacune en charge les prêts non performants (PNP) d’une des banques commerciales publiques (State-Owned Commercial Banks – SOCB). Pour superviser cette réforme, les autorités ont aussi mis en place une Commission de Régulation Bancaire (la China Regulatory Banking Commission CRBC) dirigée par le dynamique Liu Mingkang. Le gouvernement a en outre entrepris de régulières et massives recapitalisations des banques, la dernière ayant eu lieu début 2005, pour une somme de 45 milliards de dollars prélevée sur les réserves de change. Enfin, les banques chinoises s’ouvrent de plus en plus aux participations des banques étrangères (voir article suivant)[1].
Officiellement, ces changements ne constituent qu’une application des mesures décidées lors du XVIème Congrès, fin 2002. La feuille de route donnait alors comme objectif de « définir des structures d’actionnariat pour les SOCB ; d’accélérer le règlement des PNP ; d’accroître la capitalisation ; de mener à bien les introductions en Bourse[2] ».
Pour justifier les réformes entreprises, Zhou n’a de cesse de comparer les SOCB aux entreprises publiques (State-Owned Enterprises – SOE). La réforme des SOE a donc servi de fil directeur à celle des SOCB.
A la fin des années 1990, leurs problèmes se rejoignaient. Pour lui, le principal handicap au bon fonctionnement des SOE et des SOCB tient aux liens trop étroits qui unissent ces dernières à l’Etat. Ces liens impliquent de nombreuses interférences administratives ; un trop grand contrôle des structures de gouvernance ; une absence de recherche de profits dans les modes de gestion et une « bureaucratie envahissante » (jiguanhua).
Il en découle pour les SOE et les SOCB une incapacité à définir des politiques commerciales indépendantes ou à fixer librement les prix, et une pression concurrentielle très faible ; pour ne citer que les problèmes les plus évidents.
Malgré ces points communs, Zhou cite deux singularités qui caractérisent les banques chinoises.
(1). Celles-ci sont des pivots (shuniu) de l’économie socialiste de marché : elles restent le principal canal de financement. (2). En outre, « l’invasion bureaucratique » reste plus importante dans les SOCB que dans les SOE.
Ces deux particularités font des banques des mastodontes plus complexes à réformer que les SOE.
Afin de régler ces problèmes et de rendre les banques chinoises plus concurrentielles, Zhou prône le retrait de l’Etat.
Il insiste aussi longuement sur l’amélioration du ratio de fonds propres des banques. L’objectif affiché consiste à se maintenir au-delà des 8% décidés lors des accords de Bâle I (1988).
Cette priorité accordée au respect du ratio Cooke remonte à 1995, elle est citée dans la « Loi relative aux Banques Commerciales de la République Populaire de Chine[3] ». Cette loi prévoit de respecter Bâle en 2000, objectif évoqué par Zhou dans son article de la même année. A aucun moment n’est donnée la situation actuelle des SOCB en matière de ratio de fonds propres, à savoir environ 6% seulement (fin 2002)[4].
Où en sont les banques aujourd’hui ?
Zhou se félicite des avancées positives réalisées ces dernières années, en particulier depuis le XIème Congrès du PCC, en 1978. Il énumère les principaux succès. D’abord, le spectre de la crise systémique qui rôdait en 1997 semble aujourd’hui bien loin. Il cite les réformes accomplies par la CCB, en matière de gouvernance, de gestion, de prévention des risques… 2003 constitue pour lui une date charnière : c’est à ce moment que la CCB a commencé à réellement assumer la responsabilité (fu) de ses actifs à long terme (expression qui signifie probablement que la CCB s’est alors lancée dans la recherche de profits).
Ensuite, les interventions du gouvernement ont, toujours d’après Zhou, sensiblement diminué. De nouveaux critères d’évaluation des performances (kaohe de chidu) ont été mis en place. Autrement dit, l’efficacité serait aujourd’hui évaluée sur des critères plus économiques que politiques. Concrètement, ont été améliorés : la comptabilité[5], le calcul des PNP et la clarté de la feuille de route des réformes.
Les propos de Zhou peuvent étonner, en raison de leur caractère libéral et de leur optimisme.
Sur certains points, il semble justement pêcher par excès d’optimisme. Voici les lacunes qui paraissent les plus importantes.
Le problème du ratio de fonds propres, d’abord. Les objectifs n’ont pas été remplis dans ce domaine. De plus, comme le reconnaît lui-même Zhou, cet objectif n’est pas suffisant, du moins à long terme. Il faut viser la capacité des banques à rapporter des profits à leurs actionnaires. Zhou ne mentionne pas Bâle II et son ratio Mc Donough, plus précis et plus exigeant que celui de Bâle I. En outre, La question de la masse des PNP reste encore loin d’être résolue, de nouvelles créances douteuses sont créées chaque année. Se pose aussi avec acuité la question des AMC : leur récupération des PNP constitue clairement un jeu comptable qui ne résout en aucun cas le problème. Jusqu’à présent, les autorités ont réagi en injectant dans les banques des liquidités prélevées sur les réserves de change. Toute la question est maintenant de savoir jusqu’à quand la Banque centrale pourra agir de la sorte sans nuire à sa crédibilité. Certains économistes comme Wing Thye Woo estiment que de nouvelles injections pourraient mettre en péril le système financier chinois[6]. Il est loin d’être assuré que les autorités soient de cet avis.
Autre affirmation sujette à caution, celle du retrait de l’Etat. Zhou le qualifie d’inévitable. Certes, mais alors que dire des 186,3 millions de yuans en actions de la CCB détenus par la Huijin, une entreprise dépendant du gouvernement ? Est-il vraiment assuré que les autorités soient prêtes à moyen/ court terme à perdre le contrôle de ces banques ?
Enfin, il faut noter que Zhou ne mentionne nulle part la question des étrangers investissant massivement dans les banques chinoises.
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°2, nov.-déc. 2005, pp. 9-10
Synthèse commentée de Thibaud Voïta d’après :
- Yu Ning « Les deux problèmes de l’attrait des investisseurs pour la Banque Minsheng », Caijing, n° 146, 14 novembre 2005.
La banque Minsheng, la Pudong Development Bank, la Shenzhen Development Bank, la China Construction Bank et la Bank of Communication : voici quelques-uns des établissements dont les récents lancements sur le marché ont attiré des investisseurs étrangers qui font désormais partie de leurs plus gros actionnaires.
C’est une tendance générale qui semble se dessiner. Temasek, la Royal Bank of Scotland, BNP-Paribas, UBS, HSBC, Citigroup, Deutsche Bank… les grands groupes internationaux tentent des entrées médiatisées –et souvent critiquées- aux Conseils d’Administrations des banques commerciales chinoises. Goldman Sachs a obtenu en 2004 l’autorisation de lancer une banque d’investissements domestique dont elle détiendra le contrôle. Cette tendance ne touche pas que le secteur bancaire. Le 25 octobre, l’américain Carlyle a pris le contrôle de 85% de l’entreprise Xugong. A peu près en même temps, UBS rachetait 20% de Beijing Securities. Mieux encore, les autorités chinoises ont déclaré que des entreprises étrangères pouvaient contrôler intégralement des compagnies de chemin de fer chinoises[1].
Certes, ce mouvement est officiellement encouragé par les autorités, comme l’atteste la « Communication relative aux actions issues de la réforme du système de répartition des actions et gérées par des investisseurs étrangers et autres questions »[2], émise le 6 novembre dernier par le Ministère du Commerce et la China Securities Regulatory Commission (CSRC). Il n’en reste pas moins que certains observateurs s’inquiètent de ces évolutions, même au sein du libéral Caijing. Le pamphlet de Shan Weijian sur la réforme du système de répartition des actions de l’entreprise Baogang, paru en août en constituait une manifestation[3].
Le présent article s’attache plus particulièrement aux actionnaires de la banque Minsheng.
Cet établissement présente la particularité d’être la seule banque privée de prêt chinoise. Depuis ses débuts, elle fait preuve d’une volonté de diversifier sa structure d’actionnariat. Elle cherche en particulier à se rapprocher des banques étrangères. Elle n’est cependant pas encore parvenue à un accord général, et ce pour plusieurs raisons : elle refuse qu’un seul et unique établissement étranger détienne les 19,9% de ses actions autorisés et veut maximiser les profits que lui apporteront ces participations.
Le plan de transfert de ses actions qu’elle vient de mener à bien va dans ce sens[4]. Pour 10 actions détenues, ont été émises 1,55 actions. Ce plan s’est terminé le 26 octobre, faisant ainsi de la Minsheng la seule banque commerciale chinoise à avoir pour l’instant achevé son plan.
Ainsi, cette redistribution d’actions a « dilué » (xishi) les parts des plus gros actionnaires de Minsheng. New Hope, plus gros actionnaire de la banque, a vu ses parts diminuer de 6,91% à 5,987%. Le quatrième investisseur le plus important de la banque, le groupe Dongfang, a vu ses parts passer de 5,44 à 4,712%. Les parts du groupe singapourien Temasek, plus gros investisseur étranger en Chine, sont passées de 4,51 à 3,904%.
Or, pour attirer les investisseurs étrangers, Minsheng doit satisfaire aux normes internationales en matière de régulation bancaire, à savoir celles définies lors des accords de Bâle de 1988 (le ratio Cooke, voir article précédent). Son ratio de fonds propres s’élève actuellement à 8,05%, soit 0,5% au-delà du ratio Cooke. Reste qu’en fonds propres durs, il ne dépasse pas 4,85%. D’après Caijing, Minsheng ne peut se maintenir au-delà des 8% que jusqu’en février 2006. Si en 2004, elle a émis 5,8 milliards de yuans de créances subordonnées, les émissions de 2005 ne dépasseront pas 1,6 milliards. En effet, Minsheng a atteint la limite des 50% de ses fonds propres durs. Ce qui veut dire qu’elle ne peut plus s’appuyer sur des émissions de créances subordonnées pour améliorer ses ratios. Elle doit émettre de nouvelles actions.
Or la soif en capitaux de Minsheng est grande. Sa capitalisation a grimpé de plus de 20% en 2005, contre 50% les années précédentes. Ses capitaux nets représentent 22,5 milliards de yuans, parmi lesquels on compte 13,5 milliards de yuans de capitaux durs auxquels il faut ajouter 279,4 milliards de yuans de capital-risque. Une augmentation de 10% signifie 800 millions d’actions émises ce qui, au prix actuel de 3,6 yuans l’action représente 2,9 milliards de yuans. En ajoutant 1,6 milliards de créances subordonnées, on obtient un ratio d’environ 6% de fonds propres durs et un ratio de fonds propres qui dépasse les 9%. Mais ces résultats ne peuvent suffire à combler que deux ans de demande en capitaux.
Cette soif de capitaux contraint donc Minsheng à faire appel à des investisseurs étrangers. Ce que craint Caijing, c’est que l’actionnariat chinois ne se disperse de plus en plus, laissant à un étranger la possibilité de devenir le plus gros investisseur de la banque. Le magazine évalue à sept le nombre d’étrangers intéressés par Minsheng, le plus motivé semblant être le singapourien Temasek. Face à ce risque, les investisseurs nationaux ne peuvent rien faire : s’ils tentent par quelque moyen que ce soit de s’opposer à l’achat d’actions Minsheng par les étrangers, la banque risque de manquer de capitaux et les actionnaires actuels n’obtiendront pas les profits escomptés.
Actuellement le système financier chinois a trop besoin d’investisseurs étrangers pour renforcer les barrières à l’entrée. Reste qu’un certain « patriotisme économique » semble se développer dans les milieux économiques et financiers chinois.
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°2, nov.-déc. 2005, pp. 13-14
Synthèse commentée de Michal Meidan d’après :
- Yang Jiemian, « L’environnement international et les évolutions de la relation sino-américaine : réflexion stratégique et mesures politiques », Guoji wenti yanjiu, numéro 6, décembre 2005, pp. 1-6
- Da Wei, Sun Ru, « L’orientation du rajustement de sa politique chinoise par l’administration Bush », Xiandai Guoji guanxi, numéro 11, novembre 2005, pp. 9-13
Le discours de Robert Zoellick[1], prononcé en septembre 2005, appelantant la Chine stakeholder (lihaiyouguan zhe) dans le système international, a lancé un débat interne en Chine, aussi bien sur le rôle de la Chine dans ce système que sur la nature et les évolutions possibles des relations avec les Etats-Unis.
Les deux articles cités s'attachent donc à l'étude de la relation sino américaine, mais alors que Da Wei et Sun Ru comparent les politiques chinoises de la première et la deuxième administration Bush (représentées par le discours de Zoellick et l'article de Richard Haasspublié dans la revue The National Interest en 2002[2]), Yang Jiemian étudie les relations sino américaines à partir du système international et de l'insertion de ce partenariat dans ce système. Les deux analyses parlent, plus ou moins implicitement, de l'idée d'un véritable partenariat entre les deux géants. Conséquence directe aussi bien du discours de Zoellick mais aussi des propos des chefs de la diplomatie américaine au cours de ces derniers mois – la Chine est reconnue par les Américains comme la puissance qu'elle a le potentiel de devenir. La finesse de ces deux analyses réside dans les lectures qu'elles font de cette évolution ainsi que de leurs prévisions pour l'avenir, et surtout dans la difficulté qu'elles voient dans cette nouvelle approche américaine.
Les approches de nos auteurs divergent toutefois; Yang Jiemian analyse la structure internationale à partir de la relation sino-américaine, se fondant sur l'idée d'un quasi partenariat entre la Chine et les Etats-Unis, et sur l'assertion que la Chine aurait accepté de devenir un "stakeholder". D'après lui, Washington et Pékin sont engagés à faire de leur mieux afin de bien gérer les questions internationales. De leur côté, Da Wei et Sun Ru s'attachent à étudier l'évolution de la politique chinoise des deux administrations Bush, tout en évaluant cet appel américain à la Chine de devenir un stakeholder avec grande prudence, afin d'en conclure qu'il serait difficile pour la Chine d'assumer ce rôle.
Le dialogue stratégique[3] sino-américain qui s'est tenu à Pékin au mois d'août semble également être un point de départ et de repère pour ces analyses. Yang Jiemian évoque une convergence d'intérêts sur des thèmes plus traditionnellement évoqués comme le terrorisme et la sécurité, ainsi que sur des questions comme la sécurité énergétique, la "sécurité politique et culturelle"[4]. D'après les auteurs, les deux pays reconnaissent également la tendance du système international vers la multipolarité même si les deux pays divergent dans leurs appréciations de ce système et de ses implications pour leurs intérêts propres. Pour les Etats-Unis, ce système est essentiellement une courroie de transmission et de consolidation de leur suprématie et de la prédominance de leur système de valeurs. Pour la Chine, ce système fournit le cadre idoine pour son développement car il lui offre un espace de manœuvre étendu (guangkuo de kongjian). Ainsi, à l'avenir, les deux pays auraient un intérêt commun à préserver ce système, en dépit des limitations qu'il impose aux Etats-Unis et des difficultés que la consultation multilatérale peut poser pour la Chine.
Vu cet objectif commun à long terme, les échanges entre les deux pays devront être accompagnés d'une collaboration politique de haut niveau et une intensification des liens diplomatiques. Or ce rapprochement, bâti sur l'histoire complexe de la relation bilatérale, entraîne nécessairement une plus grande méfiance mutuelle. C'est cette méfiance mutuelle et l'appréhension face à la croissance de la Chine qui serait à la base du discours de Zoellick.
En effet, les chefs de la diplomatie américaine estiment désormais que la Chine devient une "deuxième puissance" mais évoquent leur incertitude quant au chemin que suivra la Chine, étant donné que "les intentions stratégiques de la Chine ont un caractère indéterminé" (you bujueding xing), de ce fait, alors qu'ils sont prêts à renforcer la collaboration avec la Chine, ils restent vigilants (fangfan) et suivant la même logique financière qui les a amené à appeler la Chine à devenir un stakeholder: ils font désormais du hedging (duichong).L'originalité de cette analyse de Da Wei et Sun Ru réside essentiellement dans cette lecture de la stratégie américaine.
Les auteurs étudient l'évolution de la politique américaine à travers ce qu'ils estiment être deux personnages représentatifs des courants majeurs au sein des deux administrations Bush, et en arrivent à l'analyse suivante:
La deuxième administration Bush envisage ses relations avec la Chine à travers le paradigme d’une Chine forte (strong China paradigm) au détriment du paradigme d'une Chine faible (weak China paradigm) qui prédominait auparavant, même si, soulignent les auteurs, ce paradigme est fondé sur l'imaginaire américain. Il y a un grand écart entre la perception américaine de la Chine et la réalité. Les Etats Unis estiment que la Chine a déjà accompli son émergence et qu'elle continuesa course, et surtout, que la Chine est désormais intégrée dans les mécanismes financiers et économiques internationaux et devrait de ce fait assumer ses responsabilités dans ce système. Bien que stakeholder ne soit pas aussi proche que "partenaire stratégique" dont parlait Haass, ses implications sontsupérieures car il y a là un aveu de puissance et d’égalité. Les prémices théoriques américains n'envisagent plus la Chine comme un acteur faible, externe au système mais comme une puissance intégrée au système international.
De ce fait, les mesures politiques ont dû également évoluer afin de dépasser les objectifs d'intégration ou de containment. Etant donné que le nouveau fondement de la politique américaine est l'affirmation que la Chine fait partie du système international, les Etats-Unis ne peuvent plus jouer la carte de "leurrer" (youhuo) la Chine en lui offrant la possibilité d'intégrer au système tout comme ils ne peuvent plus "contenir" la Chine (yuzhi) et l'exclure du système. La politique américaine ne pourra qu'être "vigilante" (fangfan). Enfin, les attentes mais aussi les appréhensions au sein de cette relation ont monté d'un cran aboutissant à un "deep interaction" (en anglais dans le texte), traduisant à la fois la profondeur de la coopération et le caractère inévitable d'une interaction entre deux acteurs à l’intérieur du système.
La politique américaine s'est donc rajustée en conséquence: d’une part les Etats Unis approfondissent la collaboration mais d’autre part exercent plus de pression afin de tourner la coopération dans un sens qui leur soit favorable. D'où, selon la logique financière américaine, quand le risque croît, le recours au hedging est inévitable. Autant les bénéfices de la relation sino-américaine peuvent être élevés, autant le risque est grand. En investissant buying in (maijin) dans les relations avec l’Inde et le Japon, les Etats Unis se protègent d'une "baisse de leur action chinoise". Dans le meilleur des cas, l’investissement américain dans la Chine rapporte des dividendes, mais dans le pire des cas, les Etats-Unis peuvent faire valoir leurs relations avec l’Inde et le Japon contre la Chine et minimiser leurs pertes.
Comment pourraient évoluer ces relations?
Les auteurs estiment que l'objectif à terme est d'aboutir à un modus operandi entre les deux puissances, tout en prenant en compte que les enjeux en question sont d’une envergure, nouvelle (pour Da et Sun), que les différences de systèmes de valeurs sont irréconciliables et que la méfiance mutuelle sur les dossiers stratégiques reste très importante (la Chine craint la collaboration américaine avec les différents pays asiatiques au même titre que l'activité chinoise en Asie centrale et les acquisitions faites par les multinationales chinoises inquiètent les Etats-Unis).
Enfin, les auteurs identifient les obstacles à la réalisation de cet objectif. D'abord, ils mettent en avant un problème commun aux deux pays, à savoir, la tendance vers les influences départementalistes et régionales (bumenhua he difanghua) dans les prises de décisions. "Les deux pays ont un gouvernement central fort avec des dirigeants qui se chargent, en personne, de guider la politique [concernant l'autre pays]". Ensuite, la deuxième administration Bush arrive à sa fin, le Président étant fortement affaibli sur le plan interne, il risque de ne pas être en mesure de traduire cette nouvelle orientation en mesures pratiques, d’autant que le Pentagone et les services de renseignements, ainsi que des groupes d'intérêts, seraient susceptibles de bloquer certaines initiatives concrètes de rapprochement. Enfin, d'après Da et Sun, la Chine se trouve confrontée, elle aussi, à "certains défis", car accepter de devenir un stakeholder pourrait non seulement mettre en cause ses intérêts nationaux en matière de sécurité financière et énergétique, mais pourrait également être perçu par les pays asiatiques ou par les pays en voie de développement comme un alignement aux côtés des Etats-Unis, réfutant ainsi la politique étrangère indépendante de la Chine."Comment résoudre ces problèmes de façon équilibrée est un défi auquel doit faire face le gouvernement chinois, mais les décideurs américains, qui demandent à la Chine 'd'assumer une partie des gains et des pertes' (fendan lihai), devraient également en être conscients."
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°2, nov.-déc. 2005, pp. 18-19
Synthèse commentée de Michal Meidan d’après:
- Li Lifan, Liu Jinqian, "L'échiquier stratégique des ONG américaines en Asie centrale", Guoji wenti yanjiu, numéro 6, décembre 2005, pp. 38-41
Cette analyse au sujet du rôle des ONG américaines en Asie centrale, signée par deux chercheurs de l'académie des sciences sociales de Shanghai, fait preuve d'une grande méfiance à l'égard de ces organisations non gouvernementales et d'une incompréhension fondamentale de leurs nature et objectifs.
L'article part de l'affirmation que les ONG américaines, financées principalement par le gouvernement américain, sont donc des outils de ce dernier dans la promotion active de la démocratie, surtout depuis le 11 septembre 2001. D'après cette analyse, l'activité des ONG dans les différents Etats d'Asie centrale "pose un défi à la stabilité sociale" et aurait même un caractère subversif.
Sur 2914 ONG américaines présentes en Asie centrale, 699 sont actives au Kazakhstan, 1010 au Kirghizstan, 595 au Tadjikistan, 138 au Turkménistan et 472 en Ouzbékistan. Ces ONG sont ensuite divisées par les auteurs en quatre catégories: ONG agissant comme forum de discussion, comme réseau de participation en ligne, comme collecteur d'informations (renseignements) et enfin intervenant direct.
Dans la première catégorie, les auteurs citent le International Republican Institute (IRI), NDI, Freedom House, Silkroad Foundation, Voice of International. Leurs objectifs seraient d'éduquer et de soutenir la population locale et les hommes politiques dans la voie des réformes politiques, de renforcer la notion de responsabilité des dirigeants vis-à-vis de la population et de promouvoir la démocratie et les droits de l'homme, pour "former une opposition proaméricaine aux gouvernements en place et lui permettre d'occuper une place importante dans les sociétés des Etats d’Asie centrale".
La deuxième catégorie inclut des organisations comme IATP et CA Gateway qui offrent des formations et enseignements en ligne, un accès à des informations en temps réel et à une plateforme de discussion. Elles s'adressent principalement aux couches les plus aisées de la société, aux médias, hommes politiques et salariés dans les milieux urbains. Elles offrent également des canaux de communication avec l'étranger et encouragent les échanges sur Internet, suscitant ainsi une "déstabilisation de la conscience identitaire et une plateforme pour la population afin d'exprimer ses griefs contre le gouvernement".
La troisième catégorie concerne les ONG qui collectent des informations, telles que le Open Society Institute, ou le Peace Corps. Ces ONG seraient en contact direct et constant avec l'ambassade des Etats-Unis dans ces pays et par le biais de la collecte d'informations, auraient contribué et encouragé les « révolutions multicolores » dans les Républiques d'Asie centrale.
Enfin, dans la dernière catégorie, celle de l'intervention directe, les auteurs évoquent le International Crisis Group, le Albert Einstein Institute, et le Youth Human Rights Group. Ces derniers auraient comme objectif l'enseignement des principes démocratiques et l’incitation à des révolutions pacifiques.
Ainsi, pour les auteurs, toutes les ONG américaines sont impliquées dans des processus révolutionnaires et promeuvent le changement de gouvernement dans leurs pays d'activité.
De plus, ces ONG, bien qu'elles se déclarent indépendantes, sont amenées à travailler au service des représentations diplomatiques américaines ou avec celles-ci. Leur insertion dans ces pays devient de plus en plus profonde, et les ONG participent à l'organisation des élections locales, fournissent un soutien légal, surtout en matière des droits de l'homme et interviennent dans l'éducation. Or, au fur et à mesure de leur participation dans la vie sociale, elles recherchent des structures homologues qui leur servent d'interlocuteur local. Ainsi, elles arrivent, d'après Li Lifan et Liu Jinqian, non seulement à déstabiliser la politique de leur pays hôte mais à mettre en place un réseau commun aux Etats de la région qui provoquent également des influences d’un pays à l’autre. Ceci donne lieu par la suite à un effet d'entraînement ("effet de dominos"): en 2003 c'était la révolution "rose" en Géorgie, puis en 2004 la révolution "orange" de l'Ukraine ; en 2005 est venu le tour du Kirghizistan. Or, bien que les conditions dans ces pays soient assez différentes, les auteurs notent certains similitudes: un manque de transparence dans les processus de privatisation aboutissant à l'appropriation des biens par les magnats industriels et les proches des dirigeants, des monopoles nouvellement crées et une corruption importante touchant l'administration politique à tous les niveaux. Ces tares, relèvent nos auteurs assez lucides sur ce point, ont été publicisées et dénoncées par les ONG.
A l'avenir, les ONG pourraient prendre une place plus importante dans la vie politique de ces Etats, y consolider leur présence et transformer une nouvelle fois les systèmes politiques locaux, influer sur les médias et les hommes politiques afin d'en faire "des interlocuteurs" pour l'Ouest, à partir de systèmes normatifs communs. Certains analystes (non cités par les auteurs) estimeraient que ceci ferait également partie de la diplomatie américaine dans le secteur énergétique…
Un autre scénario est envisageable : les ONG américaines joueraient un rôle indirect dans la transformation politique de ces pays: en y encourageant l’arrivée de capitaux et technologies en provenance du Japon et d'autres "nouvelles démocraties" (comme l’Ukraine et la Géorgie). Tout en restant dans les coulisses, elles promouvraient le processus de démocratisation dans la région.
Quelle que soit l’hypothèse, les auteurs estiment que les Etats-Unis ne renonceront pas à cet outil important que sont les ONG en Asie centrale. Leur objectif ultime serait d'affaiblir l'emprise russe sur la région, mais aussi d’en écarter l'influence européenne…
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°2, nov.-déc. 2005, pp. 22-23
Synthèse commentée de Hubert Kilian d’après:
- Shih Chengfeng «Le parti se soumet-il ? Il garde ses distances ! » Lienhebao (United Daily News), 16 janvier 2006. pages éditoriales.
- Chen Chaojian « Les quatre dilemmes du PDP » Zhongguoshibao (China Times) 16 janvier 2006. pages éditoriales.
- Ju Haiyuan « Passez la main Monsieur le Président ! » Zhongguoshibao (China Times) 19 janvier 2006. pages éditoriales.
Les élections combinées[1] qui ont eu lieu à Taiwan le 3 décembre 2005 ont été témoins d’une large défaite pour le Parti Démocrate Progressiste. Cette défaite, unanimement qualifiée de cinglante par la presse taiwanaise, a provoqué un séisme politique dans les rangs de la majorité présidentielle, entraînant ainsi une crise de confiance, un large remaniement gouvernemental avec la nomination au poste de Premier Ministre de Su Tsheng-chang[2] et l’organisation d’élections primaires au sein du parti. Cette élection primaire[3] a fait l’objet de nombreuses analyses soulignant les dysfonctionnements d’une majorité dominée par Chen Shuibian et l’exercice politique d’un pouvoir mal encadré par une pratique constitutionnelle hésitante.
Dans le premier article, Shih Chengfeng donne d’abord une explication du faible taux de participation qui selon lui s’explique par le désintérêt de la base pour ces élections primaires. Ce désintérêt a été renforcé par l'absence de bus mis à la disposition des militants pour les amener à Taipei, affaiblissant ainsi la capacité de mobilisation des factions. Shih Chengfeng remarque en outre que le parti avait cependant connu une hausse d'adhésions liée à une politique de distribution de postes dans l’appareil d’Etat aux nouveaux adhérents. C’est aussi de cette manière que You Shyh-kun a pu s’attacher le contrôle du Comité Central - en distribuant les ressources et autres avantages au Parti.
Shih Chengfeng et Chen Chaojian s’attachent ensuite à décrire la guerre d’alliances stratégiques à laquelle les factions se sont livrées. Selon leur analyse, le comportement de la faction de la Nouvelle Vague (Xinchaoliuxi) a représenté un facteur critique dans cette élection et a pu être utilisé de manière très efficace par Yu Shyi-kun grâce à l’alliance stratégique formée avec la faction de Su Tsheng-chang et orienté autour de la nomination de Su au poste de Premier ministre. Ces deux factions ont forgé une alliance forte, soutenant la candidature de Yu Shyi-kun et l’idée d’une collaboration avec le Président Chen Shuibian, tout en tentant d’affaiblir l’alliance entre Hsieh Chang-ting, le Premier Ministre sortant et Lu Hsiu-lien, la Vice-présidente de la République de Chine et Présidente intérimaire du Parti, et ce dans la perspective des élections présidentielles de 2008. Selon Shih Chengfeng, il est possible que Yu Shyi-kun cherche à l’avenir à dominer ces deux factions afin d’éviter que celles-ci ne prennent une importance trop décisive. La plus grande leçon à tirer de cette élection primaire, selon Shih Chengfeng, est qu’elle a été menée par Yu Shyi-kun uniquement avec la force des factions de Su et de la Nouvelle Vague, le seul risque auquel était exposé Yu Shyi-kun étant de passer pour une marionnette de Chen Shuibian.
Tsai Tong-rong le principal rival de Yu Shyi-kun, a pu bénéficier du soutien de la faction pour l’Etat Providence (Fuliguo lianxian) et du soutien des hommes de Hsieh Chang-ting et de Lu Hsiu-lien rassemblés au sein de la "mainstream faction" (zhuliu lianmeng), et d’autre factions marginales dans le parti comme l’alliance verte (luse youyi lianmeng). Cependant, la discipline de vote n’a pas été aussi rigide que prévue et cela représente, selon les auteurs, une indication très claire de la nature de l’opposition à la faction de la Nouvelle Vague. Si l’on se réfère par ailleurs aux débats télévisés organisés avant ces élections[4], Tsai Tong-rong n’a pas fait preuve d’une opposition trop forte au Président Chen Shuibian, réclamant seulement une amélioration de la communication entre les membres du gouvernement et le Parti.
Quant au rôle de Wong Chin-chu, selon Shih Chengfeng, il reste finalement assez obscur et seuls les membres de la faction de la Nouvelle vague doivent probablement en avoir une idée claire. Selon Chen Chaojian, si l’on se réfère au nombre de voix qu’elle a obtenu, on peut effectivement penser qu’elle a essayé de diluer les efforts de Tsai Tong-rong de recueillir le plus de voix possible. Finalement, les analyses des deux auteurs se rejoignent pour considérer que la faction de la Grande Justice (Zhengyi lianxian) a permis de maintenir l’influence de Chen Shuibian sur le parti, tandis que la faction de la Nouvelle Vague a fait preuve d’une certaine force de rassemblement. A l’inverse, la faction pour l’Etat Providence (Fuliguo lianxian) n’a pas fait preuve d’une très grande mobilisation. Ce qui pousse les deux auteurs à conclure à une opposition plus faible que prévue au Président Chen Shuibian et de prévoir une future guerre entre Su et Yu dans la perspective des présidentielles de 2008.
Les trois articles s’interrogent ensuite de manière semblable sur la question des rapports de pouvoir entre le Président, le gouvernement et le Parti. Shih Chengfeng estime de manière très cohérente que la pratique constitutionnelle taiwanaise se cherche encore, mais que dans le cadre d’un système présidentiel tel qu’il est pratiqué à Taiwan, il est indispensable selon lui, que le parti et le gouvernement conservent une distance nécessaire afin d’éviter une dégradation des rapports entre le Parlement et le gouvernement. Il écarte de ce fait, la possibilité d’un fonctionnement inspiré du modèle britannique de cabinet.
Ju Haiyuan s’inscrit à l’inverse dans cette logique constitutionnelle d’inspiration britannique en critiquant la trop lourde influence du Président sur le gouvernement et le parti. Selon l’auteur, Chen Shuibian répéterait la même erreur constitutionnelle de son prédécesseur, Lee Tenghui, qui avait monopolisé la politique de défense, la diplomatie et la politique continentale sans aucune limite, cédant à la tentation d’une centralisation du pouvoir - qu’aucun texte constitutionnel ne limite clairement. Ju Haiyuan considère que la tache la plus urgente à laquelle doit s’atteler Yu Shyi-kun est de débarrasser le parti de l’influence présidentielle tout en conservant de bonnes relations avec celui-ci. Il considère comme nécessaire que le processus de décision redevienne collectif et conforme à l’esprit démocratique et que le parti redevienne un parti de gouvernement. Si les trois entités, la présidence, le gouvernement et le parti continuent d’être soumises à un seul homme et de fonctionner de manière non démocratique, le parti multipliera les échecs électoraux. Selon l’auteur, Chen Shuibian doit laisser le parti reprendre le pouvoir qui lui revient et lui permettre de gouverner par l’intermédiaire du gouvernement.
Enfin, Chen Chaojian estime indispensable pour Yu Shyi-kun de réformer le fonctionnement interne du parti, mais juge décisif la définition de nouvelles relations entre la présidence, le gouvernement et le Parti. Cette réforme devrait se bâtir autour des trois lois (yanguang san fa) qui sont la discipline interne au parti, les règles relatives à la gestion des fonds publics et l’établissement de règles de gouvernement honnête. Selon l’auteur, la question de la dilution des factions représente un élément clé dans la perspective de reconstruction d'un soutien continu et de long terme à Chen Shuibian. Son approche diffère dans la mesure où il n’envisage pas de lecture constitutionnelle de la crise actuelle.
Les scrutins municipaux et législatifs prévus pour 2006 et 2007 constitueront la véritable épreuve pour Yu Shyi-kun. Un échec le forcerait à partir très tôt, conformément à la tradition en vigueur au parti, laissant ainsi la question de la nouvelle direction du PDP entière.
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°2, nov.-déc. 2005, pp. 23-25
Synthèse commentée de Mathieu Duchâtel d’après :
- « La Corée du Sud, un joueur féroce », dossier spécial de Taiwan News, n°212, 17-25 Novembre 2005, pp. 30-44
A l’occasion du treizième sommet de l’APEC le 19 novembre 2005 à Pusan, l’hebdomadaire pro-indépendantiste Taiwan News propose dans un dossier spécial une compara1² &nbs



Français
English
