POLITIQUE INTÉRIEURE 1. Réformer le système politique chinois 2. Les innovations de la loi en 2005-2006 ÉCONOMIE 3. Les prévisions politico-économiques de Justin Lin Yifu 4. Réforme – et retour – des entreprises d'Etat 5. Voyage dans le monde curieux des médicaments chinois SOCIÉTÉ 6. L'agitation sociale, le droit et l'éthique 7. La revendication du droit de propriété en milieu rural POLITIQUE EXTÉRIEURE 8. Un manifeste nationaliste ? 9. Voie chinoise vers la démocratie et promotion de la nation 10. L’émergence chinoise : compromis entre la puissance et l’influence normative AFFAIRES STRATÉGIQUES 11. Abandonner la mentalité de guerre froide 12. La coopération de sécurité contre les menaces non-traditionnelles en Asie orientale 13. Porte-avions chinois : cette fois-ci, il est en route PRESSE TAIWANAISE 14. Vers une marginalisation de Taiwan au sein du triangle de sécurité ? 15. L’armement de Taiwan : vers un dénouement consensuel grâce aux patientes négociations de Wang Jin-ping ?
Information - inscription : chinaanalysis@centreasia.org
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°3, janv.-fév. 2006, pp. 2-5
Synthèse commentée de Michal Meidan d'après:
- Pan Wei, "les cinq grands problèmes et opportunités du régime politique actuel de la Chine", Zhongguo yu shijie guancha, n° 1, 2005, pp. 113-131
Pan Wei, chercheur à l'institut des relations internationales à l'Université de Pékin, ne consacre pas sa contribution à l'étude de la diplomatie chinoise ou aux enjeux stratégiques, régionaux ou mondiaux. Il choisit de présenter un bilan sombre de la situation sociale chinoise et avertit du risque d’une crise sociale si ces problèmes ne sont pas traités à leur racine. Celle-ci est le régime politique chinois luimême. Il ne propose toutefois pas la disparition du Parti communiste chinois, ni le remplacement du régime actuel par une démocratie, mais un mélange de mesures qui relèvent d'un retour à la fois au communisme et au confucianisme…
Le problème fondamental de la Chine d'après Pan Wei, est la dégénérescence des pouvoirs publics. Dans un contexte de croissance économique soutenue et de prospérité matérielle croissante, le système de marché affecte également le pouvoir politique : la richesse est désormais entre les mains des puissants ; le pouvoir est devenu individuel et arbitraire et ne sert qu'aux riches. "Le pouvoir s'achète et les droits du peuple sont arbitrairement lésés".
La corruption touche désormais à tous les niveaux du parti et du gouvernement, conduit à la "baisse de la qualité" des cadres et à leur discrédit aux yeux de la population. Il est évident pour Pan Wei que les pouvoirs publics en place ne sont pas adaptés à l'économie du marché, surtout en raison de l’absence d'un gouvernement neutre et d'un système légal et pénal indépendant.
Pan Wei évoque trois voies possibles pour la réforme, pour en réfuter les deux premières 1) maintenir le système politique actuel tout en combattant la corruption 2) introduire un système démocratique électoral à l'occidental, et 3) séparer le Parti du gouvernement et appliquer le principe du gouvernement par la loi (fazhi). Le rôle du Parti se limiterait alors à la formulation des politiques et à la désignation des gouverneurs mais il se retirerait du travail d'administration quotidien. Ce système permettrait de réduire les opportunités de corruption et de limiter le pouvoir du gouvernement1.
Si le maintien du système actuel est au coeur des problèmes sociaux auxquels fait face la Chine, la lutte contre la corruption ne suffira pas à elle seule pour redonner une légitimité aux fonctionnaires et aux hommes politiques. La corruption est, pour Pan Wei, une des manifestations d'un "vide idéologique" et de la dégénérescence des élites politiques et intellectuelles. Le "désarroi idéologique" résulte à la fois de l'assaut de l'économie de marché et de l'introduction d'idéologies occidentales. La réforme devrait donc être plus profonde. Toutefois, l’auteur estime que la démocratie occidentale est mal adaptée à la culture politique chinoise et ne serait pas une réponse aux maux chinois. L'auteur base son analyse de la période contemporaine sur l'héritage culturel et politique du pays, (et voit même dans le maoïsme des traits de continuité de cette culture politique), et ne tient pas compte de l'influence de nouveaux courants de pensées en Chine. Bien qu'il reconnaisse (pour le déplorer) l'introduction de la pensée occidentale dans son analyse, et surtout dans ses recommandations, on peut estimer qu’il ne prend pas vraiment en compte la mutation profonde de la société chinoise sur la plan idéologique ou structurel.
Le deuxième grand problème qui est donc lié directement à cette dégradation de la qualité des cadres et fonctionnaires en Chine est celui de la société rurale. Pan Wei compte parmi les causes principales du malaise en milieu rural la croissance démographique et la diminution en parallèle des terres cultivables, la paupérisation relative et absolue de la société rurale et les difficultés des petits agriculteurs à s'associer entre eux. Or, s'il y a une baisse des terres cultivables, il y a également une exploitation inefficace des terres et des technologies: la main d'oeuvre requise pour exploiter les terres cultivables (vu l'état des technologies disponibles) en Chine serait, d'après l'auteur, de 200 millions de personnes, le surplus de main d'oeuvre est de ce fait énorme et bien que les entreprises rurales aient pu en absorber une partie dans les années 1990, ces dernières connaissent également une stagnation relative et ne sont plus en mesure de créer de nouveaux emplois. Le milieu rural en Chine devrait accomplir une transition vers l’industrie de biens marchands et cesser d'être une économie autosuffisante de subsistance, car la concurrence des agricultures occidentales et la lenteur relative de la hausse des niveaux de vie à la campagne conduisent à la paupérisation absolue et relative par rapport au milieu urbain. Pour ce faire, il faudrait revenir à une logique collectiviste. Or, à la différence de l'Occident où la paysannerie a connu une époque de servitude et où l'industrie connaît à présent des formes d'organisation (dans le milieu urbain) de "type militaire" et donc où la revendication de la liberté n'est pas étonnante, le monde rural chinois est traditionnellement "libre" et "égalitaire", et se réunit très difficilement.
L'expérience des travaux publics maoïstes, "bien que leur prix ait été élevé" a été un succès indéniable pour la paysannerie chinoise. Ainsi, les intellectuels chinois qui "portent tous les gènes des petits agriculteurs, s'opposent au nom de la 'liberté' à l'association des paysans et au nom de la 'gestion' soutiennent des systèmes d'eau et de chauffage indépendants pour des centaines d'habitants d'un même immeuble". C'est dans la collectivisation des ressources que le gouvernement devrait intervenir, aussi bien dans la mise en commun des terres et de la main d'oeuvre paysanne que dans l'encouragement de la société rurale à s'organiser et partir en ville, voire même créer de nouvelles villes.
Pan Wei propose quatre mesures: d'abord, libéraliser la mobilité des paysans vers les villes et leur fournir un accès égalitaire à l'éducation et aux services sociaux même dans les grandes villes; encourager la transition vers l'industrie; encourager les paysans pauvres à bâtir de nouvelles villes, ce qui leur permettra de quitter les terres et enfin, subventionner l'éducation de la nouvelle génération paysanne. Mais tant que les pouvoirs publics ne comprennent pas le rôle qu'ils doivent jouer (puisqu’ils ont abandonné leur rôle de voie de communication avec la population), la fragmentation de la société rurale se poursuivra et perpétuera les phénomènes actuels ; la protestation sociale atteindra, par conséquent, des niveaux de plus en plus alarmants.
Lié à ce problème de la société rurale est celui de la nouvelle couche pauvre urbaine, les ouvriers paysans (nongmingong). Ces employés saisonniers constituent des villages à l'intérieur des villes où ils se regroupent. Bien qu'ils soient une force importante dans l'essor des villes, ils incarnent aussi "l'extrême pauvreté urbaine" et la menace de criminalité des villes, et ne jouissent d'aucune protection sociale. "Pour l'instant, ils ne constituent pas de force politique (zhengzhi liliang) mais si une agitation touche les villes, ces prolétaires (wuchanzhe) deviendront l'avant-garde de cette agitation". De plus, poursuit Pan Wei, "dans l'histoire, ces sont les migrants qui ont été la force principale responsable de l'écroulement (bengkui) du pouvoir politique". Enfin, il y aurait des "investissements importants effectués en provenance de l'étranger pour encourager l'organisation des ouvriers urbains (chengshi mingong) afin qu'ils défendent leurs intérêts (weiquan)". Or, si à la base les mingong, à la différence de la population flottante, ont des racines rurales (et la ruée annuelle vers la campagne pendant la Fête du Printemps le démontre), à présent, les gouvernements locaux extirpent (wadiao) leurs racines rurales, et les gouvernements urbains ne leur permettent pas d'en retrouver de nouvelles. A défaut de gestion adéquate de cette situation et d'une coordination plus étroite entre les administrations en milieu rural et urbain pour permettre aux mingong d’accéder à une position d'égalité en ville, les mingong deviendront une "opposition politique aux citadins et une force d'opposition au gouvernement".
Ceci nous amène au problème du "désarroi idéologique de la société". Le coeur du raisonnement de Pan Wei est expliqué dans le quatrième grand problème de la Chine contemporaine. Pour lui, la "conscience majoritaire de la société" (shehui zhuliu yishi), appuyée par le régime, constitue un élément de cohésion sociale et de stabilité pour l'état nation. Quelle est cette "conscience majoritaire"? C'est une "identification sociale fondamentale et un consensus concernant les normes de conduite sociaux".2
Prenant l'exemple des pays occidentaux, l'auteur discerne plusieurs types d'identification: morale (la religion), communautaire ou régionale, patriotique et enfin politique (un système libéral démocratique qui s'appuie sur le gouvernement par la loi…). L'appui principal à cette identification est, en Europe continentale, à la fois la religion et les officiels (guanfang – un terme très vague et vaste qui semblerait indiquer une élite bureaucratique et politique), tandis que le système anglo-saxon 3 n'est pas appuyé par une élite politique mais par la classe moyenne. En Chine, l'identification se repose sur une morale populaire, un système patriarcal rural et enfin un système de fonctionnaires. L'élite confucéenne a donc été chargée de représenter et exemplifier les valeurs morales et était au coeur de la conscience/idéologie nationale. Dans ce sens, l'avènement du Parti communiste chinois a, pour l'auteur, maintenu cette tradition car les cadres du PCC jusqu'au début des réformes et de l'ouverture, ont maintenu l'exemplarité du pouvoir et l'identification aux valeurs la morale socialiste (à savoir "la poursuite d'intérêts collectifs au détriment de la poursuite des intérêts individuels"), à un régime politique gouverné par le PCC ainsi qu'une identification patriotique (aiguozhuyi4). La continuité réside non pas dans les valeurs transmises et l'idéologie défendue mais dans le rôle des élites politiques comme piliers de l'exemplarité (confucéenne) morale et idéologique et la personnification de normes de conduite et des valeurs morales.
Depuis le début des réformes et l'ouverture, avertit Pan Wei, on assiste à une détérioration de la qualité des fonctionnaires et à une désintégration de cette idéologie. "La poursuite du bénéfice et la culture de l'argent (jinqianzhuyi) a dissipée toute idéologie sociale. Les valeurs scientifiques cèdent la place à un mysticisme croissant. L'esprit collectif disparaît, toute activité collective est vouée à l'échec et en même temps, on nie le patriotisme pour chanter les éloges de l'impérialisme – le consensus de naguère concernant le patriotisme est devenu un champ de bataille sur la légitimité même du terme".
Qui en est responsable? Les élites politiques – du parti et du gouvernement – car le marché est, dans son essence, "en contradiction avec la morale", il induit à la maximisation des intérêts et aux bénéfices individuels au détriment de l'entraide. Le marché est "naturel", alors que la morale doit être promue et défendue. C'est donc au gouvernement de maintenir et diffuser les valeurs morales. Néanmoins, en Chine actuellement, "la logique du marché est transformée en mythe (shenhuahua) par les élites économiques, et les limites entre bien et mal effacées". Qui plus est, "certains intellectuels dont les cerveaux ont été lavés par la pensée occidentale veulent abandonner l'idéologie socialiste pour permettre un pluralisme idéologique et espèrent réaliser ainsi la liberté politique (zhengzhi ziyou)". Tout cela est à l'origine du désarroi idéologique en Chine: la corruption des fonctionnaires et l'influence de la pensée occidentale. Une fois que l'élite politique perd son exemplarité, la conscience/idéologie de la société s'écroule, "et le jour de cet effondrement n'est pas loin".
Pour Pan Wei, le PCC tend vers une bureaucratisation démesurée, ses résolutions deviennent trop "rigides" (bagu), ses outils de propagande deviennent bornés, ils s'occupent à prohiber (jinzhi) au point où ils ont cessé de "guider".
Dans un contexte interne aussi sombre, le poids des puissances externes devient inéluctablement insupportable. En bon réaliste, l'auteur évoque l'appréhension américaine face à l'émergence chinoise.
Cependant, affirme Pan Wei, la Chine n'a aucune intention de devenir un hégémon et pourrait offrir un soutien important aux Etats-Unis et au maintient de leur suprématie stratégique internationale, si les Etats-Unis maintenaient un ordre mondial de sécurité et une "certaine équité internationale", et s'ils arrivaient à se détacher de leur propre vision réaliste du monde… Si seulement les Etats-Unis pouvaient abandonner leur soutien à Taiwan et cette vision de la Chine comme ennemi, la Chine deviendrait un partisan des Etats-Unis. "Mais la Chine ne peut pas compter sur un changement d'attitude du côté américain". Le seul facteur qui fera éviter un conflit entre la Chine et les Etats-Unis est selon Pan Wei… l'émergence de la Russie. La question qui se pose est de savoir si l'affirmation de la Russie en tant que puissance aura lieu avant le conflit entre la Chine et les Etats-Unis.
En attendant, les Etats-Unis disposent de deux moyens pour "contenir" la Chine: une intervention sur la question taiwanaise et semer le trouble à l'intérieur de la Chine. Toutefois, et ici Pan Wei rejoint Shi Yinhong et Zhao Hongwei pour mettre l'accent sur l'importance des moyens "souples" et "dures", et conclut ses propres propos: la Chine pourra exercer une influence suffisamment forte sur Taiwan, si son régime politique est crédible.
1 L'auteur ne développe toutefois pas plus cette idée. Si le retrait du Parti de la gestion quotidienne du pays pourrait contribuer à limiter la corruption des cadres du Parti, il ne dit pas comment combattre la corruption des hommes au pouvoir, comment le pouvoir du gouvernement pourrait être limité, et quel arbitrage s'exercerait pour maintenir ce très relatif équilibre entre les pouvoirs.
2 Il est remarquable qu’en adoptant ce terme issu de celui de « mainstream » dans la sociologie américaine, Pan Wei comme d’autres contributeurs de ce dossier prennent aussi le contre-pied de la sociologie marxiste de classe.
3 Les auteurs de cette revue distinguent système anglo-saxon (représenté par les Etats-Unis et l'Angleterre) et l'Europe continentale comme deux composantes du monde occidental. Voir également cette référence chez Zhao Hongwei
4 Sur le débat "patriotisme" vs. "nationalisme", voir François Godement, "Un manifeste nationaliste?", dans ce numéro
Synthèse commentée de Thibaud Voïta d’après :
- Li Rongrong : « Quelques problèmes difficiles et importants dans la réforme des SOE », Hongguan Jingji Yanjiu, n°11, 2004, pp. 3-10.
Li Rongrong est l’actuel Président et Secrétaire du Parti de la State-owned Assets Supervision and Administration Commission14 (SASAC). Créée en mars 2003 et dépendant directement du Conseil des Affaires d’Etat, cette très puissante commission est chargée de mener à bien la restructuration des plus grosses entreprises d’Etat chinoises (Stateowned Enterprises, SOE) 15 . A l’heure actuelle, 169 SOE, qui comptent parmi les plus grosses sociétés chinoises, sont placées sous sa responsabilité. Cet article permet donc de prendre la température d’un des plus gros chantiers des réformes de l’économie chinoise depuis 1997, celui de la restructuration des SOE.
Force est de constater que, malgré la très officielle rhétorique d’usage dans ce genre d’articles, Li n’hésite pas à dénoncer les graves faiblesses des SOE et se montre, somme toute, assez critique.
L’article dresse d’abord un état des lieux des réformes. Il identifie quatre points :
1/ En matière de structure d’actionnariat, Li se félicite de l’accélération des réformes. Plus de 50% des SOE seraient passées à une structure par actionnariat avec une diversification des actionnaires 16 . La conséquence directe de cette avancée est que ces SOE deviennent plus compétitives et sont désormais régies par le droit des contrats. La gestion des actifs et des employés se fait désormais par la loi.
2/ Autre avancée, Li note une augmentation de la place de l’Etat dans l’économie en même temps qu’une amélioration de ses capacités concurrentielles (voir le tableau ci-dessous).
En 1998, seules trois entreprises chinoises figuraient parmi le classement Fortune des 500 plus grosses compagnies mondiales. Ce chiffre était passé à 18 en 2004, parmi lesquelles 15 SOE. Li cite l’exemple de la célèbre entreprise d’acier Baosteel de Shanghai qui en 2004 est passée de la 372ème à la 304ème place ainsi que les Nanfang Dianwang ou encore le constructeur automobile Yiqi qui ont intégré ce groupe fermé en 2005.
Ces entreprises sont de plus en plus compétitives et investissent dans leur développement. Parmi les 169 SOE dépendant de la SASAC, on compte 476 centres de R&D. En 2004, Li dénombre 229 043 nouveaux produits ; 17 204 utilisations de nouvelles technologies ; 7 427 améliorations technologiques, 5 646 récompenses pour des innovations technologiques. L’entreprise pétrolière Sinopec a fait en 2004 989 demandes de brevets en 2004 et en a obtenu 760.
3/ Les performances et la qualité des SOE auraient aussi connu une nette amélioration depuis quelques années. La valeur totale des infrastructures dépendant des SOE en 2004 atteignait 13 000 milliards de yuans, soit 55,2% de tout le pays. Les secteurs du pétrole, du gaz, de la métallurgie, de l’électricité, des communications et des télécommunications comprennent les plus grosses SOE. En 2004, on comptait 2513 grosses entreprises parmi les SOE avec 7 820 milliards de yuans d’actifs à elles seules. Les 50 premières de celles-ci détiennent 4 570 milliards de yuans d’actifs. Les SOE représentent 99,9% des entreprises chinoises de pétrole ; 81,8% des compagnies aériennes; 84,2% du transport maritime, 41% des fournisseurs d’électricité ; 14,5% de l’industrie ; 52% des actifs ; 38% des ventes ; 46,8% des profits en termes réels de tout le pays.
Il faut néanmoins préciser que les autorités ont, par le biais de la SASAC, annoncé leur volonté de ne pas privatiser les plus grosses entreprises d’Etat et de garder la main mise sur certains secteurs 17 , la plupart étant ceux précédemment cités. Li Rongrong en personne a fait cette annonce. L’importance des SOE dans certains domaines n’est donc pas à chercher dans les performances de ces dernières – comme semble l’affirmer Limais bien dans la volonté des autorités de maintenir certains pans de l’économie sous le contrôle de l’Etat central.
L’article de Li vient cependant également souligner les plus gros problèmes des SOE. De manière générale, ces SOE restent peu importantes par rapport à leurs homologues internationaux. Leur situation est résumée par la formule suivante : « les grandes entreprises ne sont pas grandes, les petites entreprises sont trop nombreuses » (daqiye bu da, xiao qiye guoduo). En termes d’actifs et de commerce, les quatre plus grandes entreprises d’électricité chinoises ne représentent qu’environ 3% de General Electric. La plus grosse SOE de construction automobile, Yiqi n’atteint que 4% de General Motors et les ventes de la plus grande major pétrolière chinoise, la China National Petroleum Company (CNPC) n’équivalent qu’à 25% de celles de Shell.
En outre, certains secteurs comme l’électricité, la chimie, la construction, l’automobile, le commerce ou encore l’immobilier manquent cruellement de locomotive. Par exemple, la plus grosse SOE d’électricité, la Dianzhan Shibei de Harbin ne détient que 1,8 milliards de yuans d’actifs. Cet éparpillement rend ces SOE vulnérables à la concurrence.
Enfin, les procédures de retrait du marché (fermetures des usines non performantes, procédures de faillites…) doivent être perfectionnées. Il y aurait à l’heure actuelle 2500 SOE chinoises en situation de faillite, avec au total 240 milliards de yuans. Les fermer signifie mettre au chômage 510 000 personnes et priver ces populations des divers services que ces SOE prennent en charge (éducation, soins médicaux, retraites…).
Les réformes doivent aussi mettre fin aux soutiens que les pouvoirs locaux accordent à leurs SOE. Dans certaines localités, les pouvoirs publics freinent les réformes des entreprises dont ils ont le contrôle, ou alors celles-ci n’entreprennent que des modernisations partielles. Li cite la question des droits de propriété : nombreuses seraient les entreprises locales qui ne respectent ni la législation dans ce domaine, ni les normes commerciales, ni les règlements antimonopole. Naturellement, ces mêmes SOE refusent de se soumettre aux inspections.
Dans le même sens, les transferts des droits de propriété de l’entreprise posent aussi problème. Trois centres visant à favoriser ces procédures ont été créés à Pékin, Shanghai et Tianjin. Entre 2004 et fin juin 2005, 10 471 droits de propriété y ont été échangés, soit 178,2 milliards de yuans. 5 751 de ces échanges, soit 126,85 milliards de yuans concernaient le secteur public.
Li évoque aussi à plusieurs reprises la question du personnel des SOE. Il n’est pas impossible que cette question soit directement liée à celle de l’implication des autorités dans la gestion des SOE. Le personnel dirigeant aurait ainsi tendance à truquer les comptes, à faire de mauvaises estimations des risques et à ne pas se soumettre aux inspections. D’où les recommandations de Li en matière de recrutement. Elles sont pour le moins triviales : pour le choix du personnel, il préconise d’étudier le curriculum vitae, l’expérience, la spécialisation du candidat. S’il insiste sur ce point, c’est probablement parce que ces critères de sélections sont encore loin d’être la norme en matière d’embauche.
Cette implication des pouvoirs publics dans la gestion des SOE constitue certainement le plus gros frein aux réformes. A noter que Li n’évoque pas la question du financement des SOE par les branches locales des banques d’Etat, qui constitue un important vecteur d’interventionnisme.
Enfin, Li conclut sur une note positive : la réforme des entreprises à capitaux individuels est sur le point d’être achevée.
Tableau : les SOE, évolution de 1998 à 2004
Les valeurs sont indiquées en milliards de yuans
| SOE | 1998 | 2004 | Variation |
| Nombre | 238 000 | 138 000 | - 42% |
| Valeur totale de leurs actifs | 13 500 | 22 300 | + 65,5% |
| Valeur nette totale de leurs actifs | 5 210 | 9 330 | + 79,1% |
| Valeur totale des profits | 213 700 | 7525 400 | x 34,2 |
14 Sur cette Commission, on se référera aux numéros 5 (avril 2003), 14 (mars 2004) et 21(novembre 2004) des Nouvelles de Chine ainsi qu’à GREEN Stephen, LIU Guy S. (éds.), Exit the Dragon? Privatization and State Control in China, Londres, Chatham House, Blackwell Publishing, 2005, 237 p.
15 Par raccourcis, nous désignerons sous le terme SOE les entreprises contrôlées par l’Etat et les entreprises à proprement parler étatiques (guoyou ji guoyou konggu qiye)
16 ... Reste que le passage à des structures d’actionnariat ne garantit pas toujours la fin du contrôle de l’Etat sur ses entreprises. Cf. par exemple : LIU Guy S., PEI Sun, “Ultimate Control, Stock Pyramids, and Intermediate Shareholding Classes in China Public Corporations”, mars 2004 ou encore Shanghai Stock Exchange, Rapport sur la Gouvernance des Entreprises Chinoises (année 2004).
Indépendance des Conseils d’Administration et Réussite (en chinois), Shanghai : Centre de Recherche du SSE, Shanghai, Fudan University Press, 2004.17 Voir le China Economic Quarterly, n°2, 2004.
Synthèse commentée de Jean-Louis Rocca d'après:
- Yu Jianrong, La « protection des droits à partir de l’éthique » des travailleurs chinois, Zhongguo yu shijie guancha (China and World Affairs), 2005, n°1, p.132-139.
Placé depuis quelques mois au coeur d’une polémique concernant la véracité de ses sources 19 , Yu Jianrong est un spécialiste très connu des mouvements de protestation dans les campagnes. Il s’attaque cette fois-ci à la contestation ouvrière. Surtout, il tente avec audace une comparaison entre l’agitation urbaine et l’agitation rurale.
Au début de l’article, il pose une simple question : les travailleurs (ouvriers) chinois faisant partie des « couches dont les intérêts ont subi des dommages » depuis le début des réformes, quelle a été leur réaction ? Il note tout d’abord que certains analystes, comme Li Jingjun, considèrent qu’au début des années 1990, la forme principale d’action politique chez les travailleurs chinois était la « non action collective » (jiti wuxingdong). On remarque une diminution de l’activisme (jiangdi jijixing), le manque de travail (quegong), la fuite devant les responsabilités (taobi zeren). Néanmoins, toujours d’après cette analyse, on note un net changement depuis le milieu des années 1990. Il existe bien des réactions à l’approfondissement de la marchandisation et aux changements dans l’environnement matériel des ouvriers mais généralement très peu organisées et non collectives. Au contraire, pour Yu Jianrong, la contestation ouvrière se caractérise par des mouvements non classistes de « défense des intérêts à partir d’une éthique » (yili weiquan). D’après de nombreuses sources, on peut repérer des mouvements collectifs de résistance et de défense des droits (weiquan kangzheng de jiti xingdong). Ainsi, un rapport des syndicats publié en 2001, note que dans les deux années précédentes, le nombre de participants a cru, la dimension des manifestations s’est étendue, le comportement des protestataires est plus en plus actif, le degré d’ « oppositionalité » a augmenté, la difficulté à régler les conflits s’est aggravée, la proportion d’événements graves dans l’ensemble ne cesse de croître. Il existe une tendance à l’organisation et même, dans certains cas, des « organisations illégales » (feifa zuzhi) ont vu le jour. D’après des statistiques dont la source n’est pas précisée, plus de 60 000 événements collectifs (quntixing shijian) ont éclaté en 2004, dans deux cinquièmes des cas les protagonistes sont des travailleurs et employés (zhigong). On peut donc en conclure, d’après Yu Jianrong, qu’en Chine il existe bel et bien des « actions collectives de lutte pour la défense des droits » (weiquan kangzheng de jiti xingdong).
L’auteur a analysé 200 cas de ces actions qui ont éclaté depuis juin 2003. Elles présentent quatre caractéristiques. Les motivations des participants sont complexes (voir le tableau 1). Les formes de lutte sont variées : pétitions (shangfang), sit-in (jingzuo), grève, occupations d’usine, blocage des voies de circulation (duse jiaotong yaodao). Dans 11 mouvements c’est une route nationale ou provinciale qui a été bloquée et dans cinq mouvements une voie de chemin de fer. Dans 28 cas, des heurts avec la police ont éclaté et dans 9 actions plus de 10 ouvriers ont été blessés ou arrêtés. Enfin, les mouvements commencent à dépasser les limites de l’unité de travail et concernent de plus en plus souvent une branche ou une localité.
L’auteur termine enfin en comparant les mouvements de protestation des paysans et des ouvriers. Pour lui, il faut opposer « la résistance au nom de l’éthique » des ouvriers à la « résistance au nom du droit » des paysans. Ce contre quoi s’insurgent les paysans c’est la mauvaise application des lois et règlements par les cadres locaux. Au contraire, les ouvriers se concentrent sur les questions idéologiques. Dans leurs textes revendicatifs, ils insistent sur le fait que la Chine est un pays socialiste et la classe ouvrière la « propriétaire du pays ». Dans leur imaginaire, ils sont dans le pouvoir. La deuxième différence est liée au contenu des luttes. Le but des paysans est la diminution du fardeau fiscal, le respect du droit sur les terres. Les ouvriers défendent des droits économiques. Les retraités veulent manger, les chômeurs veulent du travail, ceux qui connaissent les conditions du capitalisme 20 veulent être payés. La cible des mouvements diverge aussi de manière sensible. Pour les paysans, ce sont les gouvernements de base, pour les ouvriers ce sont les gestionnaires des entreprises (qiye guanlizhe) et les « possesseurs de capital» (zibenyongyouzhe). Même si dans les entreprises publiques les gestionnaires ne sont pas propriétaires, c’est bien la corruption de ceux qui possèdent les droits de gestion qui est en cause. Au nom des réformes, le centre se met souvent au côté du capital (zhanzai zibende yibian). Ce qui fournit aux cadres locaux la base légale de leur action. Quant aux formes d’organisation et à la personnalité des leaders des mouvements, elles présentent de fortes dissemblances. Chez les ouvriers, les responsables sont des cadres, des retraités, des chômeurs, parfois des cadres des syndicats et du parti. Ils ont des connaissances et de l’autorité. Les ouvriers créent des « représentations des ouvriers », des « représentations de défense des droits », des « groupes d’étude », des « groupes d’étude de la pensée de Mao Zedong », des « petits groupes dirigeants de manifestations », des « comités de grève », autrement dit des organisations formelles (zhenggui), publiques (gongkai) et mieux structurées. Chez les paysans ce sont des cadres à la retraite, des anciens militaires, des anciens responsables du village qui sont à la tête des mouvements. On crée des « groupes pour la diminution du fardeau », des « comités pour la diminution du fardeau », des « comités de défense des droits », des « associations de paysans », etc. L’organisation est souple et basée sur la « moralité et la justice » (daoyi).
Du point de vue de la nature de l’action politique, les mouvements des ouvriers sont « non classistes » (feijieji) et cela pour deux raisons. D’une part parce que nous vivons une époque où les classes sont absentes. Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas un groupe d’employés (zhiye qunti) mais elle constitue une couche (jieceng) et non une classe. En effet, les « employés » rassemblent des cadres, des ouvriers sous contrat, des travailleurs migrants, des travailleurs temporaires, des personnes en attente d’emplois etc.
D’autre part, ce n’est pas l’éthique de la « subsistance » (shengcun) mais une éthique « politique » (zhengzhi). Les ouvriers se réfèrent à l’idéologie propagée depuis longtemps par les détenteurs du pouvoir. Ils sont conscients d’être marginalisés mais s’imaginent encore dans la peau du « propriétaire du pays ». Ils ne peuvent trouver de base à leurs luttes et donc en restent à des slogans de soutien au parti. Ce sont des « insiders » (neiburen) et veulent être traités comme tel. D’un côté, leurs actions respectent la loi, de l’autre côté les autorités n’emploient pas de méthodes violentes. Celles-ci considèrent finalement ces mouvements comme évoquant des « contradictions à l’intérieur du peuple » (renmin neibu maodun). En conclusion tant qu’une « intervention politique extérieure aux ouvriers » ne verra pas le jour, ces mouvements resteront contenus (kezhi).
L’article de Yu Jianrong est particulièrement original de plusieurs points de vue. Et cela non seulement dans le contexte de la recherche chinoise mais aussi de la recherche internationale. D’abord, par l’idée même de comparer les mouvements de protestation des ouvriers et des paysans. Les travaux académiques concernant les mouvements de protestation ne sont pas très courants, en particulier ceux traitant des ouvriers. Mais l’idée de mettre en parallèle la contestation urbaine et la contestation rurale ne semble pas traverser l’esprit de beaucoup de chercheurs Pourtant, et cet article le montre à l’envi, l’intérêt d’une démarche est évident. Elle permet en effet de mettre en lumière la variété des réactions aux réformes. Yu Jianrong confirme notamment un certain nombre d'analyses plus anciennes réalisés par des auteurs occidentaux qu’il a sans doute lu21 : Des paysans qui s’appuient sur des textes de loi pour contester des pouvoirs locaux souvent attachés à des pratiques arbitraires et dont la force est de protester au nom d’une certaine conception des réformes : permettre le développement en limitant les ponctions fiscales. Des ouvriers qui veulent conserver leur position d’insiders et qui défendent leurs intérêts au nom des principes du socialisme. La deuxième originalité de l’analyse réside précisément dans le démenti qu’elle apporte aux études anglosaxonnes qui ne voient dans les mouvements ouvriers que des réactions à l’exploitation. Il s’agit bien plus souvent, notamment lorsque l’on traite des ouvriers des entreprises publiques, de protestation contre la non-exploitation (c’est-à-dire le « non-travail »)22. L’action des ouvriers ne peut donc être comprise que par rapport à une éthique et non simplement à une vision paradoxalement « marxiste orthodoxe » d’une défense pour ainsi dire atavique d’un certain nombre d’intérêts. On pourrait tout aussi bien parler d’ « économie morale », mais Yu Jianrong est ici victime de la mauvaise utilisation du terme par la recherche anglo-saxonne.
Pour elle le terme renvoie à Scott et à une espèce de lutte pour la subsistance, alors que la conception de Yu Jianrong est proche de l’acception originale de Thompson : un ethos de l’activité économique. Enfin, ce texte remet en cause un certain nombre d’éléments de la vulgate actuelle du régime. Ainsi il parle ouvertement de capitalisme à propos des rapports de production que connaissent les ouvriers migrants –il ne parle pas d’eux nommément mais tout le monde aura compris. Il affirme d’autre part que les ouvriers ne sont plus les propriétaires du pays et laisse donc ouverte la question de la nature du régime.
Précisons que, malgré leur importance, ces positions ne sont en aucun cas un signe de dissidence ou de « prise de risque personnelle ». Les travaux de Yu Jianrong sont souvent cités dans la presse et il est lui-même souvent interviewé par les médias les plus officiels. Ses propos sont donc le signe de l’existence de sensibilités politiques et de groupes de pression dont le positionnement est varié. Si la « nouvelle gauche » peut trouver là matière à tirer la sonnette d’alarme quant aux excès des réformes libérales, la sensibilité « sociale-démocrate » -le capitalisme a un effet positif mais il faut accélérer très vite la création de politiques sociales- peut y voir la preuve de la nécessité de la prise en compte du « social ».
Néanmoins, malgré ses qualités l’article de Yu Jianrong présente des faiblesses. Il semble ainsi opposer éthique et intérêt, reproduisant la coupure traditionnelle entre sujet et objet, matière et esprit. Or la notion d’économie morale permet justement de rompre avec ce manichéisme. On pourrait en effet tout aussi bien dire que la posture éthique est une « tactique » employée pour obtenir plus du pouvoir.
Un deuxième problème surgit de l’utilisation du terme « droit ». Yu Jianrong parle de « défense des droits » (weiquan) sans vraiment préciser l’expression. Les mouvements ont-ils pour objectif la mise en place d’un système juridique universel donnant à chacun des droits identiques ou simplement la défense d’intérêts particuliers que le droit pourrait asseoir ?
L’analyse des mouvements fait pencher très nettement vers la deuxième réponse. Même les paysans s’intéressent avant tout aux lois qui protègent leurs intérêts. Comme on vient de le voir, la référence est un élément tactique. L’allusion finale à la nécessité d’une « intervention extérieure » pour éviter que les mouvements soient « contenus » est peutêtre une façon de dire qu’il n’existe pas de « mouvement social » (style « solidarnosc »), porteur d’un message politique global. Il reste que l’existence de tels mouvements reste problématique en Chine comme ailleurs alors qu’elle apparaît souvent dans les analyses comme une condition à tout changement politique. Après tout, les régimes politiques se transforment beaucoup plus souvent à travers des évolutions que sous le coup de révolutions.
La distinction entre des mouvements ouvriers plus organisés et une protestation paysanne plus diffuse manque aussi d’assise. Qu’est-ce qu’un mouvement organisé ? En l’absence de critères précis on ne peut trancher, à moins de considérer d’emblée que tout ce qui est urbain/ouvrier/insider est plus « sérieux », « formel » que ce qui est rural/paysans/outsider. Au contraire, l’autonomie de la protestation paysanne semble donner naissance à une élite locale alternative : anciens militaires, cadres à la retraite, migrants retournés au pays, etc. Certes, cette élite entretient des rapports étroits avec l’élite « officielle » mais n’est-ce pas le cas dans les tous les processus de changement politique ? Le partage strict entre « société » contestataire et « pouvoir » répressif n’est en l’occurrence d’aucune aide en matière d’analyse.
Enfin, l’absence de distinction entre ouvriers urbains et ouvriers migrants constitue une faiblesse majeure du papier. Mais il ne s’agit pas ici d’une exception. La plupart des analystes considèrent que la condition des ouvriers migrants est l’avenir des ouvriers urbains et négligent totalement l’aspect politique, « statutaire » des relations de travail : il existe toujours deux marchés du travail et deux types de conditions de travail. En réalité, l’unification dépend d’un ensemble de facteurs dont le jeu peut être difficilement anticipé. L’absence d’une telle distinction chez Yu Jianrong est pourtant étonnante : l’ampleur de son analyse qui mêle les facteurs politiques, historiques aux facteurs économiques implique en effet logiquement de rompre avec l’idée d’une classe ouvrière intégrée.
Tableau 1 : Raisons de mouvements de lutte pour la défense des droits par des ouvriers. Statistiques portant sur 200 mouvements qui ont éclaté depuis juin 2003.
| Raisons | Réformes des entreprises | Paiement des salaires en retard | Problèmes de protection sociale | Faillite | Problèmes fiscaux | Problèmes liés au temps de travail | Corruption | Violence sur les ouvriers |
| Nombre | 75 | 47 | 21 | 18 | 13 | 12 | 10 | 4 |
| % de l’ensemble | 37.5 | 23.5 | 10.5 | 9 | 6.5 | 6 | 5 | 2 |
19 Certains l’accusent d’avoir falsifier ses informations et d’avoir utilisé des sources collectées par d’autres. Il aurait aussi une très mauvaise réputation auprès des paysans qui ont participé aux mouvements qu’il étudie. Il a répondu sur le même site aux accusations. Un dossier (à décharge) lui a été consacré par le journal Nanfangzhoumo (10 novembre 2005).
20 Sans doute les travailleurs migrants.
21 Voir notamment Jean-Louis Rocca, "Old Working Class, New Working Class: Reforms, Labour Crisis and the Two Faces of Conflicts in Chinese Urban Areas" in Leila Fernandez and Tatiana Fisac (eds), China Today: Economic Reforms, Social Cohesion and Collective Identities, London and New York, Routledge- Curzon, 2003.
22 On pourra se reporter à Antoine Kernen, La Chine vers l'économie de marché. Les privatisation à Shenyang, Paris, Karthala, 2004 et Jean-Louis Rocca, La Condition chinoise, Karthala, 2006.
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°3, janv.-fév. 2006, pp. 21-25
Les relations avec le Japon, la place du nationalisme chinois, l’histoire des relations avec l’Occident sont des thèmes politiquement très sensibles en ce moment à Pékin. Ainsi la Ligue de la Jeunesse Communiste vient de fermer le 24 janvier Bingdian, supplément hebdomadaire du Quotidien de la Jeunesse Chinoise. Ce dernier avait publié le plaidoyer d’un professeur émérite à l’université Sun Yatsen de Canton contre les excès du « patriotisme » et de la propagande dans l’éducation. Ces remous internes à la Ligue de la Jeunesse – qui est considérée comme un des piliers du pouvoir du président Hu Jintao, mais a aussi été proche de l’ex-secrétaire général du PCC Hu Yaobang dans le passé, ne cessent d’intriguer. A la lecture de l’article ci-après, on constate que la Ligue de la Jeunesse a été en 2005 le centre d’une intense activité favorable au renouveau du nationalisme et à une attitude extrêmement ferme vis-à-vis du Japon. La persistance d’oppositions internes à cette ligne est toutefois manifeste. La nouvelle revue Zhongguo yu Shijie Guancha – dont la durée de vie reste à prouver – paraît à l’université Qinghua, mais serait une initiative des anciens promoteurs de Zhanlue yu Guanli, revue de stratégie internationale fermée en 2003 après un article critique de la Corée du Nord. Quoique son contenu soit indicatif de la vivacité du débat dans ce domaine, il est impossible d’affirmer que les thèses présentées ci-dessous reflètent une quelconque « ligne » officielle en formation.
Synthèse commentée de François Godement d’après un dossier de la revue Zhongguo yu shijie guancha, n° 1, 2005 avec notamment :
- Wang Xiaodong, « En avant du courant principal de la pensée chinoise - passé et avenir du nationalisme chinois contemporain » pp. 1-9
- Lin Zhibo, « La Chine actuelle a besoin du nationalisme – une opinion sur les relations sino-japonaises », pp. 10-17 - Fang Ning, « D’un complexe d’infériorité à la promotion de la conscience nationale – l’influence de l’occidentalisation sur la jeunesse chinoise depuis les débuts de la réforme et de l’ouverture », pp. 27-39
- Zhu Feng, « Le patriotisme: orgueil et anxiété des Chinois », pp. 50-64
Le courant nationaliste, et souvent xénophobe, gagne-t-il du terrain dans une Chine par ailleurs vouée à la plus rapide expansion économique de l’histoire? A la lecture de ce dossier-phare, qui ouvre le premier numéro d’une nouvelle revue, cette question se pose. Zhongguo yu shijie guancha ambitionne d’être le Foreign Affairs chinois, est publiée par le Centre de recherche sur la Chine et l’économie mondiale au sein de l’université Qinghua : la prestigieuse université à dominante scientifique et technologique, dont les diplômés sont également légion au sein de la direction chinoise actuelle. Les articles issus d’un colloque tenu en juillet 2005 sur la conscience nationale et internationale de la Chine saluent la montée du nationalisme, présenté comme une avantgarde et la résurrection de la pensée politique chinoise, et son avènement possible au statut de courant majoritaire (zhuliu sixiang, de l’anglais mainstream thought…). Leurs auteurs viennent de l’Académie des Sciences Sociales, de Qinghua et Beida, mais aussi de la Ligue de la Jeunesse du Parti – souvent considérée comme le foyer du soutien au président Hu Jintao, ou encore du Quotidien du Peuple



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