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Information - inscription : chinaanalysis@centreasia.org

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°4,  mars.-avr. 2006, pp. 4-7 

 

Synthèse commentée de Valérie Demeure-Vallée, d'après:- Débat autour des "nouvelles campagnes socialistes", Caijing, 6 mars 2006[1]- Chang Hongshao, "la répartition des revenus issus de la vente des terres", Caijing, 20 mars 2006



[1]Débat autour de Chen Xiwen, vice responsable du bureau de l'équipe dirigeant les finances du gouvernement central, Chang Lumai, secrétaire de la Fondation pour la recherche et le développement en Chine, Ke Bingsheng, responsable du centre de recherche sur l'économie rurale au sein du département d'agriculture et Liu Shouying, chercheur responsable du centre de recherche pour le développement au Conseil des Affaires d'Etat

La "construction des nouvelles campagnes socialistes" (shehui zhuyi xin nongcun jianshe) est un des objectifs principaux du onzième plan quinquennal (2006-2011), qui aurait été vivement débattu à l'occasion des "deux séances" au mois de mars (l'Assemblée nationale populaire et le conférence consultative politique du peuple chinois, réunies au mois de mars), fait suite aux "documents numéro 1" publiés en 2004 et 2005 et succède à la campagne des san nong, les trois questions agricoles (les campagnes, les paysans et l'agriculture )[1]. L'hebdomadaire Caijing a proposé à quatre personnalités de s'exprimer sur ce nouveau concept de "construction des nouvelles campagnes socialistes" afin de le définir, de l'expliquer, d'en aborder les enjeux ainsi que les défis. 

 

En quoi consiste la "construction des nouvelles campagnes socialistes" (CNCS)? 

Cette initiative, quoique liée aux politiques rurales précédentes et aux concepts mis en avant dans les documents numéro 1, ne devrait pas, selon Chen Xiwen, être vue comme une simple reprise des politiques précédentes. Cette nouvelle campagne est censée remédier aux carences des "san nong"

Cette initiative peut, selon Chen Xiwen, être résumée en cinq objectifs principaux: 1) développer la production (shengchan fazhan); 2) mener une vie aisée (shenghuo kuanyu); 3) sauvegarder les culture locales (xiangfeng wenming); 4) rendre les villages propres (cunrong zhengjie); et 5) gérer la démocratie (guanli minzhu).

 

Pour Ke Bingsheng, il s'agit d'augmenter les capacités de production globale du secteur agricole et de faire coïncider développement social et développement économique. Ke Bingsheng affirme qu'en 2005, les revenus d'un paysan étaient en moyenne 3,22 fois inférieurs à ceux d'un citadin. Ces écarts se répercutent sur la consommation mais aussi sur les modes de vie courante notamment en matière d'éducation, d'accès aux soins, ou de protection sociale. De ce fait, le gouvernement entend désormais ajuster les structures de répartition des recettes nationales et accroître ses financements publics en faveur des campagnes. Les fonds seront destinés à la construction de nouveaux villages et de nouvelles maisons, à l'éducation, à l'accès aux soins, au développement des technologies agricoles et, a fortiori, au développement de la production agricole et de sa commercialisation. Or, ces objectifs ne sont pas réalisables sans d'importants financements.

Comme le souligne Ke Bingsheng, deux points sont essentiels dans la CNCS: l'éducation élémentaire obligatoire pour les paysans et le développement des technologies agricoles. La Chine doit notamment renforcer ses recherches scientifiques en matière agricole et développer ses technologies pour augmenter sa production céréalière car. le pays n'est pas autosuffisant et ses importations augmentent face à une demande qui ne cesse de croître.

   

L'enjeu est d'autant plus crucial pour ces zones rurales que le développement économique a conduit les banques à investir majoritairement dans les villes et à se retirer des campagnes. Celles qui sont restées accordent peu de prêts et s'occupent principalement des dépôts. Les zones rurales sont encore largement dépendantes des prêts des coopératives rurales de crédit.  Liu Shouying préconise donc d'ajuster les politiques d'investissements bancaires et de finances publiques pour remédier aux déséquilibres actuellement existant et de diversifier les sources d'aides et de soutiens financiers en faveur des zones rurales.

 

Si Chen Xiwen admet que l'origine des fonds destinés à mettre en œuvre la CNCS n'est pas encore concrètement déterminée, le gouvernement a décidé d'augmenter la contribution des finances publiques[2] pour aider les zones rurales et mettre en œuvre sa nouvelle campagne. Mais le gouvernement central ne pourra financer seul la CNCS, il compte aussi sur les gouvernements locaux. Pour cela,  il compte puiser, d'une part, dans les recettes nettes obtenues de la vente de terres, qui en 2004 représentaient 233,9 milliards de yuans, et d'autre part, dans les fonds de garanties de construction des gouvernements locaux dont 700 municipalités bénéficiaient jusqu'à présent. Ces deux sources de financement possibles totaliseraient près de 300 milliards de yuans. 

 

Les financements alloués devraient servir à renforcer les infrastructures dans les zones rurales ainsi que les services d'utilité publique. Ils auront avant tout un objectif politique et devront contribuer au développement et à la promotion de l'industrie dans ces zones.

   

L'idée de financement de la politique de CNCS grâce aux recettes nettes obtenues par la vente de terres soulève toutefois quelques questions. Les ventes de terrains ont principalement lieu dans les régions développées de l'Est du pays et les bénéfices sont souvent réinvestis dans des projets d'infrastructures urbains. Or, ce sont les régions du centre et de l'Ouest de la Chine qui ont actuellement le plus besoin d'aides et d'investissements publics. Utiliser les recettes récoltées par des régions pour en aider d'autres ne sera pas sans poser problème, ainsi que le souligne Liu Souying.De plus, cet argent récolté par les départements du gouvernement central est ensuite réparti dans les régions et districts. Il est donc impératif que les budgets de ces départements soient transparents et que les gouvernements locaux redistribuent ensuite ces fonds à bon escient et ne les consacrent pas à l'exploitation des terres urbaines, comme c'est souvent le cas. Récemment, les dirigeants du gouvernement central ont  demandé que l'argent issu de la vente des terres soit principalement affecté à l'agriculture et à la CNCS, ce qui, selon Chen Xiwen, devrait signifier que plus de 50% serait dédié à cette cause. Cela restera à vérifier en pratique… 

 

Mais au-delà du financement de cette nouvelle politique rurale, le lancement de la CNCS présente des enjeux importants qui concernent l'avenir des populations rurales, la question du rapport à la terre et les relations entre les paysans et les représentants locaux du pouvoir politique. 

   

1-       l'avenir des populations rurales:

 

Le lancement des CNCS intervient dans un contexte d'urbanisation croissante de la Chine en raison de son développement. Actuellement le taux d'urbanisation en Chine est de 43%. Certains avancent que ce taux serait de 60% d'ici 2025, ce que nuance Chen Xiwen en rappellant que ce n'est pas parce que les travailleurs migrants sont en ville qu'ils sont des citadins.[3] Quoi qu'il en soit, la population rurale de la Chine représentera au moins 40% de la population totale du pays voire plus, il est donc indispensable de renforcer ses infrastructures et son développement.

De plus, en Chine, les zones développées sont extrêmement concentrées et font elles-même face à des pénuries de terrains. Il est donc possible d'envisager des déplacements industriels à caractère régional. Liu Shouying pose la question de savoir d'abord, comment s'opéreront de tels transferts, ensuite quel impact ces transferts auraient sur le coût de la main d'œuvre (et par extension sur le maintien du rythme de la croissance économique chinoise) et enfin, si l'environnement institutionnel propice à ces transferts pourra être établi. 

 

2-       La question du rapport à la terre 

 

Un des enjeux de la CNCS concerne la réforme de la politique foncière et le rapport à la terre. Actuellement les terres sont gérées par des collectivités. La loi qui permet aux membres de ces organisations d'exploiter la terre est la même depuis trente ans. Les droits d'exploitation de ces membres se transmettent de père en fils, mais la redistribution (en cas de naissances et décès) est parfois arbitraire, et les droits ne sont pas clairement définis. La CNCS devra donc remédier à cela, réformer cette loi et redéfinir le système de droit de propriété collective en précisant quelles sont les conditions requises pour obtenir la qualité de membre de ces collectivités, quelle est la surface de terre allouée à chacun, etc. 

 

Implicitement, cette réforme de la politique foncière et du système de propriété collective de la terre pose la question de la mise en place éventuelle d'un régime de propriété privée de la terre en Chine. Pour Chen Xiwen, cette question est délicate et complexe car elle implique de définir la valeur de la terre, qui souvent est plus élevée lorsqu'il s'agit d'une terre dont un usage commercial industriel pourrait être fait. Il faut tenir compte des besoins du marché, déterminer la proportion de terres susceptibles d'être vendues et savoir ce que deviendront les paysans après avoir vendu leurs terres, car tous ne s'enrichiront pas. De plus, la vente des terres entraînerait pour eux la perte de leur protection sociale ce qui risquerait ensuite d'entraver la stabilité sociale.

   

En réalité, la CNCS a pour objectifs d'éviter que les paysans ne dilapident leur terre et de protéger de façon très stricte les terres cultivables afin de garantir la sécurité alimentaire du pays. Ce deuxième objectif est directement lié au problème des expropriations.En effet, sur les 4 millions de mu de terrains constructibles dont dispose l'Etat Chinois, entre 2,5 et 2,8 millions sont des terrains ruraux. La protection des terres cultivables impose donc de limiter les expropriations des terres et d'instaurer un système de contrôle des superficies réquisitionnées[4]. Cependant, ce contrôle est difficile à instaurer en pratique. Il faut également prendre en considération les buts poursuivis par les réquisitions de terre, distinguer les objectifs d'administration et de gestion des terres et ceux, plus lucratifs, qui visent uniquement les profits et investissements. Là encore, la distinction n'est pas toujours aussi simple et très généralement une fois le transfert des droits de gestion de la terre effectué et l'indemnité versée, personne ne se préoccupe du sort des terrains et ne veille à ce que suffisamment de terres soient consacrés à la production alimentaire. 

 

3-       les relations entre les paysans et les représentants locaux du pouvoir politique

   

Le lancement de la politique de CNCS intervient dans un contexte social tendu, les mouvements paysans se multiplient à l'encontre des autorités locales. Chen Xiwen interprète ces mouvements comme conflits d'intérêts entre les paysans, via les organisations collectives et les comités de village, notamment lorsqu'ils mettent en commun leurs richesses, c'est-à-dire, la terre. Il encourage la réforme de la loi foncière et, notamment, une meilleure définition des droits et des attributions des collectivités, de même que la réforme structurelle des villes et des villages qui, selon lui "devraient s'occuper principalement de la gestion de la société (shehui guanli)  et des services d'intérêt publics (gonggong fuwu)". 

  

Chen Xiwen pense que les mouvements paysans actuels ne sont pas uniquement des conflits ruraux mais des conflits provenant des phénomènes d'urbanisation et d'industrialisation du pays. Selon lui, dans ce contexte social difficile, la CNCS devra mener une réflexion pour tenter d'harmoniser les relations entre les villes et les campagnes, et entre les ouvriers et les paysans. La Chine devra ici faire preuve d'innovation institutionnelle pour affronter ces défis et répondre aux attentes des paysans. 

Ainsi, le bilan que font les experts de cette nouvelle initiative reste assez mitigé. La politique de la CNCS devra affronter des défis sociaux et économiques considérables et, d'après les auteurs, afin de réussir, devra donner lieu à des réformes importantes qui modifieraient la relation des paysans à la terre et le système d'administration de la terre, (sans pour autant aborder pleinement la question de la propriété). De plus, les réformes dans l'éducation et l'introduction des capacités technologiques nécessitent un appui financier, de l'Etat, des autorités locales mais aussi des banques voire des entreprises[5].



[1] Pour plus d'informations sur les ' voir Les Nouvelles de Chine, nos. 14, et China Analysis – Les Nouvelles de Chine no. 3, jan. – février 2006
[2] Zhu Zhigang, le vice ministre des Finances a annoncé dans une conférence de presse le 8 mars que le budget consacré à l'agriculture sera de 339,7 milliards de yuans en 2006, ce qui représente une augmentation de 14,2% par rapport à 2005.
[3] Ceux-ci n'ont en effet ni logement, ni protection sociale, et exercent des emplois souvent instables et précaires
[4] Ces propositions ne sont toutefois pas nouvelles et avaient déjà été faites en 2003 lors de la 3e session de la 16e CCPPC.
[5] Cf interview de Lin Yifu par Wang Qian, le 6 mars 2006, www.china.org.cn

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°4,  mars.-avr. 2006, pp. 9-11  

     

Synthèse commentée de Thibaud Voïta d’après :

-   Li Qiyan : « Ma Kai commente le « XIème plan quinquennal », Caijing, n°155, 20 mars 2006.

Lors d’une interview donnée au magazine Caijing, Ma Kai, directeur de la très puissante National Development and Reform Commission a commenté le plan adopté à l’issue de la dernière session de l’Assemblée Nationale du Peuple qui s’est clôturée le 14 mars 2006. Le plan quinquennal voté à l’issue de la session s’intitule «Projet de résolution du programme du XIème plan quinquennal relatif à l’économie du peuple et au développement social» (关于国民经济和社会发展第十一个五年规划纲要的决议草案). Il a recueilli 2815 votes en sa faveur, 50 contre et 21 abstentions. Caijing insiste sur l’importance du programme pour comprendre les futures mesures de politique économique chinoises.

  

Cet entretien se veut très formel : Ma Kai se borne à énumérer les avancées du plan. Mais la rhétorique employée, le vocabulaire utilisé, les thèmes abordés sont très instructifs. Ma Kai fait plusieurs fois référence à l’idéologie socialiste (社会主义). L’objectif à terme est rappelé : il s’agit de parvenir au socialisme, incarné ici par les « nouvelles campagnes socialistes » (社会主义新农村)[1] et la « société socialiste harmonieuse » (社会主义和谐社会). Sans surprise, le moyen pour y parvenir est le « développement scientifique » (科学发展), par le biais des réformes : l’idée est que tous les secteurs sont liés, que ce développement scientifique doit toucher des domaines aussi différents que les inégalités entre villes et provinces, l’éducation, la protection de l’environnement et des ressources naturelles, etc. Comme son titre le suggère, le plan est centré sur les questions socio-économiques : parmi les thèmes abordés, la défense nationale et l’armée n’apparaissent que dans la toute fin de l’entretien. En revanche, des thèmes jusqu’alors inconnus dans les précédents plans font leur apparition. Ils sont liés au développement durable : l’utilisation trop intensive des ressources naturelles, les problèmes de pollution… L’apparition de ces thèmes s’explique par le fait que le plan reflète les inquiétudes qu’éprouvent les dirigeants vis-à-vis de la gronde sociale[2] croissante. Pour remédier à ces problèmes sociaux, le plan insiste donc sur l’importance de l’Etat providence. 

   

Diagnostic de l’avancée actuelle des réformes

   

Pour Ma Kai, l’économie chinoise est parvenue à un nouveau stade de développement. Il se justifie par plusieurs raisons : d’abord la Chine serait désormais consciente que son économie reposant avant tout sur le peuple, elle doit être guidée par le gouvernement. Seconde raison, l’économie chinoise est arrivée à un stade où les réformes ciblées (des entreprises, du système financier…) ne suffisent plus. La réforme dans ces secteurs est désormais trop avancée, elle doit être appliquée dans un cadre plus large. Ma Kai appelle donc aux « Cinq Renforcements » (五个强化) : renforcer la culture du peuple[3] ; renforcer le développement harmonieux des campagnes et des villes ; renforcer les infrastructures et les investissements ; renforcer la protection des ressources naturelles et enfin, renforcer les services publics.  

Concrètement, le plan a pour objectif de parvenir à une croissance annuelle de 7,5% pendant les cinq ans à venir, à une réduction de 20% de l'intensité énergétique, à 120 millions d’hectares de terres labourées protégés et à une baisse de la pollution de 10%. Ces projets sont ambitieux. Les principaux thèmes du plan abordés dans l’article sont les suivants :

    

  1. La protection de l’environnement économique

Les politiques économiques prônées se veulent de plus en plus mûres et rationnelles. Ma Kai  insiste sur deux concepts : la prévisibilité ((预期性指标) et la maîtrise (约束性指标). La prévisibilité sert à justifier l’interventionnisme étatique, à savoir les contrôles macroéconomiques, la redistribution des ressources par l’Etat mais aussi la mise en place d’un environnement plus concurrentiel.  Quant à la maîtrise, elle consiste à renforcer la responsabilité du gouvernement, les services et les avantages proposés au peuple.

  

    1. L’édification des nouvelles campagnes socialistes

Les nouvelles campagnes socialistes constituent le principal projet de développement du programme. Elles sont présentées comme essentielles dans le cadre de la constitution d’une « société de prospérité moyenne » (小康社会) et de campagnes prospères.  Pour réaliser cet objectif, il faut : promouvoir un développement égalitaire des villes et des campagnes ; développer l’urbanisation tout en respectant le développement de la production, la possibilité de mener à une vie aisée, la protection des cultures locales, la propreté des villages et la gestion de la démocratie (生产发展、生活宽裕、乡风文明、村容整洁、管理民主), impulser la construction des nouvelles campagnes. Ma Kai précise que l’édification de ces campagnes constitue un projet à long terme.

    

  1. L’industrie et les services

La modernisation industrielle du pays constitue le deuxième grand projet du plan. Ma Kai se plaint du caractère arriéré de l’industrie chinoise. Le plan a donc fixé pour objectifs d’améliorer la qualité des industries ; de réajuster les structures industrielles et les structures commerciales ; de mieux contrôler les investissements à l’aveugle dans les nouvelles capacités industrielles. La répartition des ressources par le gouvernement est à repenser, il faut diminuer les interventions beaucoup trop nombreuses des cadres[4]. Enfin, il faut développer les industries à forte intensité de main d’œuvre, améliorer les structures de production, augmenter le niveau technologique et la concurrence…Les services chinois, s’ils sont eux aussi considérés comme arriérés, restent un objectif moins pressant que l’industrie. Le plan veut accélérer leur développement en libéralisant le secteur. Les services à développer en priorité  sont les transports, les finances, les télécommunications et les services commerciaux.

   

  1. Le développement des régions

Le plan cherche aussi à résorber les inégalités croissantes entre les différentes régions. Chaque partie de la Chine a donc désormais son programme : Développement de l'Ouest, Régénération du Nord-Est, et l'Emergence des régions du Centre (西部开发、东北振兴、中部崛起). Il s’agit de soutenir chaque région arriérée, peuplée par des minorités ethniques ou située dans les marges. Des mesures politiques différenciées selon les provinces sont prévues, en fonction des particularités de chaque région. L’accent sera mis sur les investissements, le développement de la production, les problèmes de sol, le peuplement...

    

  1. Les ressources naturelles et l’environnement

La préservation des ressources naturelles et de l’environnement doit passer par une baisse des investissements, une amélioration de la production, une lutte contre le gaspillage, la réduction des évacuations de déchets. L’accent est mis sur la préservation des ressources pour l’instant épargnées : « il faut dépasser le [slogan de Deng Xiaoping] « polluons d’abord, nettoyons après ; polluer d’un côté, nettoyer de l’autre » (先污染后治理边治理边污染). Il faut d’abord préserver les ressources actuelles puis nettoyer le reste ». 

   

  1. Vers un modèle fondé sur l’innovation et les industries à haute densité de main d’œuvre.
Pour parvenir à ce résultat, le plan préconise un gros effort en matière d’éducation : les dépenses dans ce domaine doivent atteindre les 4% du PIB. En plus, il faut soutenir les centres de recherche, protéger la propriété intellectuelle, promouvoir des marques connues. Cet effort est considéré comme indispensable pour augmenter les capacités concurrentielles du pays.  Sont aussi évoqués la réforme du gouvernement, des entreprises d’Etat, des finances publiques et des marchés financiers. Ma Kai ne développe que peu ces points pourtant jusqu’alors au premier plan. Il se contente de souligner que, dans le cadre du développement scientifique, l’interventionnisme des bureaucrates ne pourra être réglé que quand les problèmes de finances publiques auront été résolus (les cadres ayant suffisamment de revenus, ils n’auront alors plus à chercher de nouvelles sources de revenus). Enfin, Ma Kai aborde également les questions commerciales[5].


[1] A noter que Ma Kai insiste justement au court de l’entretien sur le caractère socialiste des nouvelles campagnes: « ce qu’il faut souligner ici, c’est qu’il s’agit d’édifier des « nouvelles campagnes socialistes » et non de se contenter d’édifier des « nouvelles campagnes ».  Il semble estimer nécessaire de rappeler le caractère idéologique des réformes. Sur les nouvelles campagnes socialistes voir Valérie Demeure-Vallée, La Chine se lance dans la "construction des nouvelles campagnes socialistes" dans ce numéro
[2] La tradition communiste chinoise veut que le terme de « contradiction » soit employé (社会矛盾).
[3] 人文 : ce terme est difficilement traduisible en français, il concerne tous les phénomènes culturels (au sens le plus large) de chaque couche de la société.
[4] Pour justifier cet appel à la diminution des interventions des cadres, Ma Kai défend que c’est le seul moyen de parvenir au socialisme…
[5] Ce point est développé dans un autre article de ce numéro.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°4,  mars.-avr. 2006, pp. 11-13

    

 En 2004 sont apparues pour la première fois des publications dans la presse chinoise concernant un phénomène inquiétant pour l'"atelier du monde": le mingonghuang, la pénurie de main d'œuvre paysanne, peu qualifiée et à faible coûts[1]. Dix huit mois plus tard, la problématique resurgit. Toutefois, alors que le phénomène ainsi que ses causes restent fondamentalement les mêmes, la lecture qui en est faite ainsi que les recommandations formulées ont évolués.  En octobre 2004, certains analystes craignaient les hausses de salaires liées à cette pénurie de main d'œuvre qui étaient alors une éventualité possible. A présent, ces hausses sont déjà un fait accompli et c'est autour de ce nouveau phénomène que s'articule la problématique. De plus, en 2004 on évoquait une pénurie surtout en main d'œuvre féminine et un phénomène attribuable à un manque d'attractivité du marché de travail, or l'article ci bas évoque une pénurie de main d'œuvre peu qualifiée, prête à travailler pour des faibles salaires et un problème plus largement démographique. Enfin, si en 2004 la presse libérale de Pékin, en y voyant un problème interne, prônait la hausse des salaires tout en procédant à un rajustement du marché du travail, à présent, la presse libérale du sud du pays se rend compte que "la Chine détermine les prix pour le monde entier" et y voit l'amorce d'un processus qui – accompagné de réformes structurelles et une libéralisation des contrôles économiques dans le pays – pourrait marquer le début d'un rajustement du modèle commercial chinois.   

   

Synthèse commentée de Camille Bondois d’après :– Liang Hong, « Réactions consécutives à la pénurie de main d’œuvre », Ershiyi Shiji Jingji Baodao, 3 avril 2006



[1] Voir Joris Zylberman, "L’industrie ne peut plus compter sur un réservoir illimité de main d’oeuvre paysanne", Les Nouvelles de Chine, no. 21, octobre 2004
Depuis 2 ans en Chine, un phénomène nouveau et quelques peu surprenant quand on songe à la Chine fait son apparition. La pénurie de main d’œuvre (民工荒 mingong huang) est au cœur des débats et inquiète les médias. L’économiste Liang Hong, revient sur les causes de ce phénomène et sur ses conséquences pour l’économie chinoise et mondiale. Il met en avant les évolutions démographiques et sociales apparues ces deux dernières années, qui bouleversent le marché du travail. La Chine va devoir faire face à des problématiques de plus en plus complexes, liées au statut ambigu d’un pays entré dans la compétition mondiale des pays développés mais qui reste malgré tout « en voie de développement ».    

Ainsi, Liang Hong pose une question essentielle: la Chine est-elle en train de perdre sa première force économique fondée sur une main d’œuvre abondante?

 

A première vue, la Chine n’a rien perdu de sa force démographique : Si l’on s’en tient aux chiffres, le taux de main d’œuvre dans la population ne commencera à baisser que dans 5 ans.
Toutefois,  le ralentissement de la croissance démographique et le vieillissement à terme de la population peuvent être des signes inquiétants. Par ailleurs, comment expliquer que la pénurie de main d’œuvre se fasse sentir dès à présent? Pour Liang Hong, il s’agit moins d’une pénurie en quantité de main d’œuvre qu’en main d’œuvre peu qualifiée et bon marché.

 

Ce phénomène est apparu d’abord dans deux secteurs industriels des régions du Delta de la Rivière des Perles : les industries textiles et les manufactures de chaussures, des industries typiquement intensives en main d'œuvre. Très rapidement ensuite, la pénurie s’est répandue dans les villes du littoral, puis dans l’intérieur du pays, s’étendant à d’autres secteurs d’activités.

 

Pour l’économiste, cette tension sur le marché du travail s’explique par deux facteurs principaux, des facteurs "conjoncturels" (ou cycliques) (周期性因素zhouqixing yinsu) et des facteurs structurels (结构性因素jiegouxing yinsu).

 

La première cause de ce goulet d’étranglement est donc très logiquement liée à la conjoncture économique. Ces trois dernières années, une croissance de 10% du PNB, et de 16% de la valeur ajoutée du secteur industriel a multiplié considérablement la demande en main d’œuvre. Les besoins dans les industries de production et dans le secteur de la construction en particulier sont considérables. Ces deux industries sont de véritables « mangeuses d’hommes ». De plus, avec son adhésion à l’Organisation Mondiale du Commerce, la Chine a misé sur sa main d’œuvre excédentaire pour développer son « avantage comparatif » (比较优势bijiao youshi). Elle fonde son développement économique sur sa capacité à fournir une main d’œuvre illimitée.

  

La deuxième cause de cette pénurie tient à l’augmentation du prix de revient d’un ouvrier. La main d’œuvre chinoise à faible coût provient avant tout des ouvriers-paysans (农民工nongmingong)[1]. De ce fait, si les revenus agricoles augmentent, les salaires ouvriers augmentent également. Pour attirer la main d’œuvre, les employeurs doivent proposer des salaires légèrement plus élevés que ce que les paysans peuvent espérer gagner en travaillant la terre. Or ces dernières années, le revenu agricole moyen s’est sensiblement amélioré, et ce, sous l’impulsion des politiques gouvernementales. Tout d’abord, des mesures officielles ont largement favorisé l’augmentation du prix des céréales. De plus, l’Etat a multiplié les subventions aux populations agricoles et a baissé les taxes qui étouffaient les paysans. Ainsi, les chiffres officiels montrent que le revenu agricole moyen a augmenté de 12% en 2004 et de 11% en 2005. Or, entre 2001 et 2003, il n’avait augmenté que de 5%. En ville, il a donc fallu adapter les salaires ouvriers en conséquence.

 

Par ailleurs, Liang Hong met en avant le facteur démographique. La pénurie de main d’œuvre découle naturellement des mutations dans la composition de la population chinoise. Les chiffres des analyses démographiques montrent que le taux de croissance de la population « active » a atteint son paroxysme. Autre chiffre inquiétant, le nombre des 15-24 ans commencent à baisser au sein de la population, conséquence inévitable de la politique de l’enfant unique mise en place dans les années 70.

De là, il remet en doute cette notion de réservoir humain, puisque les avis sont partagés sur la quantité de main d’œuvre paysanne potentielle, réellement disponible pour l’industrie manufacturière : Certains avancent le chiffre de 100 millions, mais pour d’autres, tous les hommes en âge de travailler sont déjà partis en ville et il ne resterait à la campagne qu’une « armée de femmes, enfants et vieillards »[2] (三八六一部队sanba liuyi budui).

 

Autre fait nouveau, le niveau d’éducation de la main d’œuvre progresse rapidement, en particulier parmi les jeunes générations. Ces paysans-ouvriers sans aucune formation se font de plus en plus rares. La main d’œuvre qui entre sur le marché du travail en 2006 aurait passé en moyenne 11 ans à l’école, tandis que ceux qui s’apprêtent à le quitter n’en ont passé en moyenne que 4.  Ainsi, l’offre de main d’œuvre très peu qualifiée, prête à tout accepter, et notamment les bas salaires, commence à baisser. Les aspirations des jeunes travailleurs évoluent, ils deviennent plus exigeants en ce qui concerne le salaire et les conditions de travail. En ville, les employeurs tentent d’échapper aux augmentations de salaires en répondant à ces nouvelles réclamations par des avantages en nature, comme l’amélioration des conditions de travail. Mais pour les trois premiers semestres de 2005, les salaires des paysans-ouvriers ont tout de même augmenté de 17%.

 

Ainsi, la Belle Epoque d’une main d’œuvre bon marché touche à sa fin. L’augmentation des salaires va avoir des conséquences majeures pour la Chine qui compte sur cet atout pour favoriser sa croissance économique.

Bien sûr, il faut y voir des conséquences positives. Tout d’abord, celle-ci amène une hausse générale du niveau de vie dans les campagnes. En effet, les revenus générés par les paysans-ouvriers des villes reviennent aux familles restées sur les terres (农民打工汇款nongmin dagong huikuan) et l’augmentation des salaires bénéficie aux campagnes. Cette hausse du niveau de vie se caractérise notamment par un développement significatif de la consommation dans les campagnes. Celle-ci a toujours été bien en retard par rapport à celle des villes, mais les chiffres de la distribution et des dépenses des foyers ruraux (住户支zhuhuzhi) font apparaître une demande de plus en plus forte pour les denrées alimentaires et les produits de consommation courante. Si pour le gouvernement c'est une preuve du succès de ses politiques rurales, Liang Hong souligne les conséquence sur le plan national et  international: l’augmentation des salaires des ouvriers peu qualifiés peut avoir des conséquences néfastes sur l’économie de la Chine. Selon lui, la tension sur le marché du travail va accentuer la pression inflationniste en jouant sur une demande en main d’œuvre bon marché supérieure à l’offre. Or si le gouvernement tarde à enrayer cette pression, elle va toucher les exportations chinoises et risque de renforcer l’inflation mondiale.

  

De plus, à long et moyen terme, les industries vont se déplacer vers l’intérieur du pays pour baisser leurs coûts de production, dont la hausse est liée à la fois à la hausse du coût de la main d'œuvre mais aussi à celle des matières premières et de l'immobilier. Ce déplacement vers l’intérieur s’est déjà amorcé vers les villes de la « deuxième ligne »[3] (二线城市erxian chengshi) qui ont réussi petit à petit à améliorer leurs infrastructures et leur environnement commercial. Or, bien que cela encourage la compétition entre les provinces, s'y joignent les réflexes protectionnistes.

   

En conclusion, la problématique actuelle de la Chine n’est pas nouvelle. A l’instar des autres pays asiatiques en voie de développement confrontés aux mêmes problèmes : arrivé à un certain niveau de développement économique, il faut passer à un nouveau modèle de production qui favorise les produits de meilleure qualité qui coûtent également plus cher. Selon Liang Hong, l’interrogation de la Chine se porte donc sur sa capacité à gérer sa croissance économique.  A court terme son défi est de baisser ses coûts commerciaux tout en conservant son avantage comparatif, en dépit de la hausse du niveau de revenus..

L’enjeu du gouvernement, d'après l'auteur, revient donc à accélérer les réformes (notamment du système financier et des entreprises d’état) pour réduire les coûts économiques liées aux "distorsions" produites par l'ingérence politique et administrative dans la vie économique.


[1] Les nongmingong sont la population paysanne excédentaire qui fuit les terres surpeuplées et la misère des campagnes pour tenter sa chance dans les villes et y trouver un travail mieux rémunéré 
[2] « sanba liuyi budui » est une expression chinoise qui désigne les femmes puis que le 8 mars (sanba)correspond à la journée de la femme et que le 1er juin (liuyi) est celle des enfants. L’auteur aurait pu ajouté à l’expression la date de la journée des anciens.
[3] Les villes de la deuxième ligne correspondent aux villes dynamiques de l’intérieur, éloignées du littoral, comme Chengdu dans le Sichuan et Chongqing.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°4,  mars.-avr. 2006, pp. 18-20 

 

Synthèse commentée de Joris Zylberman d’après :

-   Tian Xueyuan, « Urbanisation de la population : attention au ‘‘piège latino-américain’’ », in Hongguan Jingji Yanjiu (Recherches Macroéconomiques), 2006, n° 2.

Depuis les années 1990, la Chine est entrée dans l’ère des mégapoles. Mais une menace la guette : la bipolarisation de la richesse dans ces grands ensembles urbains. Avec d’un côté, les citadins qui profitent du développement du pays et de l’autre, les délaissés de la croissance chinoise, notamment les travailleurs migrants venus des campagnes. Cette menace, c’est le « piège latino-américain », selon l’expression de Tian Xueyuan, membre du comité scientifique de l’Académie des Sciences sociales de Chine et vice-président de l’Association chinoise de Démographie. Pour éviter de tomber dans ce « piège », il faut rebâtir des liens plus sains entre villes et campagnes, en intégrant les paysans-ouvriers dans le tissu social urbain. Voilà l’idée-force que ce professeur de démographie développe dans un article publié par la revue gouvernementale Hongguan Jingji Yanjiu[1]

 

La population urbaine de la Chine est passée de 11,2 % du total en 1950 à 19,4 % en 1980, puis à 26,4 % en 1990 et à environ 43 % en 2005[2]. Durant les vingt-sept dernières années, la proportion de citadins a donc grossi de 25 %, avec une croissance de 9,3 % par an. La cause directe : en un demi siècle, 300 millions de travailleurs ont migré des campagnes vers les villes. Une migration massive due aux besoins de la croissance industrielle et commerciale du pays, suivant les objectifs fixés par la stratégie de développement économique dite « en trois étapes » (xin san bu zou)[3]. Jusque dans les années 1990, le développement des petites et moyennes villes avait dominé l’urbanisation de la Chine. Une tendance voulue par le gouvernement, désireux de « mettre l’accent sur les petites villes plutôt que sur les grandes » (zhong xiao qing da). En clair, faire en sorte que dans les campagnes, le surplus de main d’œuvre « quitte la terre sans quitter le village » (li tu bu li xiang). Une armée hétéroclite d’entreprises rurales avait alors émergé, avant que le manque de ressources et la pression constante sur l’environnement ne nuisent à l’efficacité de leurs rendements. Résultat : le développement des petites villes était devenu à son tour un « grand problème », et la structure de la population urbaine en fut à nouveau bouleversée. Entre 1990 et 2002, les villes de moins de 500 mille habitants ont fortement baissé en part de la population urbaine, chutant de 18,5 à 12 %. Au contraire, les villes de plus d’un million d’habitants ont augmenté la leur, grimpant de 48,5 à 56 %. En particulier, les agglomérations de plus de 2 millions d’habitants, qui ont augmenté de 18 à plus de 23 %. La population des villes moyennes s’est déplacée dans les mégapoles, déduit Tian Xueyuan. Et depuis, les autorités ont dû « mettre l’accent sur les grandes villes plutôt que sur les petites » (qing xiao zhong da).

 

Ce changement structurel dans l’urbanisation de la Chine place les très grandes villes au bord du précipice. A savoir, le « piège latino-américain », conceptualise le démographe. Ce phénomène touche les mégapoles comme Mexico, Rio de Janeiro et Buenos Aires, ou encore Mumbaï et New Delhi. Pour Tian Xueyuan, elles comportent trois « anomalies » (jixing). D’abord, la coexistence de zones développées et sous-développées. C’est-à-dire des industries de pointe et des constructions ultramodernes mitoyennes de bâtisses en parpaing et d’usines archaïques. Ensuite, la coexistence de l’opulence et de la pauvreté. D’un côté, des chefs d’entreprise, des banquiers, des cadres supérieurs aux revenus très hauts. De l’autre, des populations extrêmement pauvres, en particulier dans les favelas où un grand nombre est obligé de mendier pour vivre. Enfin, la coexistence de la « civilisation » et de l’ « incurie ». Les riches ont l’éducation, l’hygiène et la culture caractéristiques du monde développé. Les pauvres n’ont pas accès aux études, n’ont pas les moyens de voir un médecin, ne peuvent pas partager les bénéfices de la civilisation moderne. Bref, l’urbanisation à la latino-américaine se singularise par une bipolarisation de la richesse. Aujourd’hui, les 10 % les plus riches possèdent 60 % des revenus. Les pauvres représente 40 % de la population totale de ces pays et parmi eux, 60 % vivent dans les villes, en particulier dans les mégapoles. Ils composent la majorité des urbains sans emploi, tandis que le taux de chômage dépasse les 10 %, soit la plus forte proportion au monde. Du coup, les conflits sociaux s’intensifient, les caisses de l’administration sont vides et les services publics défaillants. Pour finir, la hausse des prix de l’immobilier force les migrants à s’entasser dans les banlieues. Progressivement, « la campagne encercle la ville ».

 

Bien sûr, la situation en Chine est encore différente de ce phénomène. L’urbanisation de la population n’est toujours pas tombée dans le piège sud-américain, un résultat remarquable, concède Tian Xueyuan. Mais si l’on ne met pas en œuvre une stratégie scientifique et des mesures efficaces, prévient-il, le pire est à prévoir.

 

En Chine, l’urbanisation a conduit à un élargissement en cercles des grandes villes et des mégapoles selon le modèle de « l’étalement de la grande galette » (tan dabing). Ce qui s’est traduit par l’encerclement rapide de la terre, la construction d’immeubles, de grandes places et de grandes avenues. Or à maintes reprises, cet encerclement des terres s’est déroulé dans l’illégalité, augmentant sans cesse le nombre de paysans expropriés sans compensations substantielles. Privés de leurs terres, ces paysans n’ont d’autre choix que de devenir des citoyens marginalisés dans les villes. Surtout, s’ils ne peuvent obtenir un travail correct et un logement stable, ils en sont réduits à se rassembler dans des banlieues éloignées du centre. Ainsi ont vu le jour le « village du Xinjiang », le « village du Zhejiang » et autres zones où se concentrent les travailleurs migrants issus des mêmes régions. Bien entendu, reconnaît encore le Professeur Tian, il y a des différences entre eux et les habitants des favelas sud-américaines : les migrants chinois participent activement à l’économie de marché dans les villes. Mais les maux sont les mêmes. Les mauvaises conditions de logement, d’hygiène et d’éducation, ont dans les deux cas exclu les migrants du tissu social urbain. Le problème vient du fait que le gouvernement chinois ne dispose pas encore d’une méthode claire pour répondre aux difficultés. Ce qui a grandement affaibli sa capacité à contrôler la situation.

  

Comment éviter alors de tomber dans le « piège latino-américain » ? Tian Xueyuan avance un plan en quatre points pour transformer les paysans qui viennent travailler en ville en « véritables citadins » (zhenzheng de shimin). Premièrement, leur donner le même statut et les mêmes droits que les citadins. A savoir l’attribution d’un Hukou urbain (ou « système d’enregistrement des ménages »). Deuxièmement, leur offrir une formation professionnelle pour les aider à trouver un travail plus facilement. Et, par suite, un logement correct. Troisièmement, préserver le lien qu’ils entretiennent avec leur terre. Autrement dit, leur laisser l’usage de leur champ durant une période déterminée, en sorte qu’ils puissent y faire des allers-retours librement s’ils n’arrivent pas à gagner leur vie en ville. Quatrièmement, les intégrer dans le développement et la vie urbaine pour qu’ils puissent en récolter les fruits comme les autres citadins.

  

Pour autant, précise Tian Xueyuan, cette intégration doit être conditionnelle. Les migrants devront satisfaire dans un temps limité, par exemple six mois, les trois conditions suivantes : trouver un travail et un revenu stables, trouver un logement fixe et ne pas commettre d’actes criminels. Ces conditions remplies, ils pourront obtenir le même traitement que les citadins. Dans le cas contraire, il faudra faire en sorte qu’ils puissent retourner aux travaux de la terre. Conclusion du démographe : « Ce système est suffisamment juste pour empêcher qu’il y ait un nombre grandissant de chômeurs et de mal logés, entraînant l’apparition des favelas à la latino-américaine. C’est aussi se montrer responsable à l’égard des ruraux amenés à migrer vers les villes, et dont le futur est souvent incertain. »

  


[1] « Recherches Macroéconomiques » est la revue mensuelle de la Commission étatique du Développement et du Plan, dépendante du Conseil des Affaires d’Etat.
[2] Tous les chiffres cités ici et après par Tian Xueyuan proviennent des éditions 2001 et 2005 de « L’annuaire statistique de la population chinoise », publiées par Les Editions Statistiques de Chine.
[3] Une stratégie définie en 1987 avec trois objectifs : le doublement en quelques années du PNB par rapport à 1980 pour assurer la subsistance de la population; le quadruplement du PNB toujours par rapport à 1980, réalisé avant terme en 1995 pour entrer dans la "société d’aisance moyenne" (xiaokang shehui); et la mise à niveau du PNB par habitant à hauteur des pays moyennement développés, but fixé à la moitié du XXIè siècle.  

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°4,  mars.-avr. 2006, pp. 20-21

 

Synthèse commentée de Michal Meidan d'après :

-   Forum du Huanqiu shibao[1], "Le choix stratégique difficile des Etats-Unis dans le détroit de Taiwan", Huanqiu shibao, 24 mars 2005

-   Shao Yujun, "Une analyse de la politique 'de ne pas soutenir l'indépendance taiwanaise' de la deuxième administration Bush", Xiandai Guoji Guanxi, no. 2, 2006, pp. 54-59



[1] Le forum regroupe Zheng Shiping, chercheur à Bentley College aux Etats-Unis,  Chu Yunhan, professeur au département de Sciences politiques à l'université de Taiwan mais aussi directeur de la Fondation Chiang Ching-kuo, et Wang Jianwei, directeur du département politique à l'université de Wisconsin. Le débat a été modéré par Liu Jiangyong de l'Institut des relations internationales à l'Université Qinghua

A la veille de la visite de Hu Jintao aux Etats-Unis, la presse chinoise abondait d'analyses portant sur les relations sino-américaines et leurs différents aspects: stratégiques[1], diplomatiques et économiques. Les analystes chinois suivent toutefois les évolutions politiques et stratégiques aux Etats-Unis de façon régulière et en font souvent l'objet de débats. Cet engouement pour les Etats-Unis aboutit, et les articles cités en sont une des manifestations, à des analyses plus fines qu'elle ne l'étaient autrefois mais aussi à une divergence de lectures et analyses faites des activités déclaratoires ou opérationnelles de l'administration américaine. Notons toutefois que les experts sollicités par le Huanqiu shibao (publication plus commerciale du groupe du Quotidien du peuple) sont affiliés à des universités et centres de recherche aux Etats-Unis et Taiwan, alors que Shao Yujun présente une approche plus proche de celles représentées par des chercheurs affiliés à des instituts en Chine continentale.

 

De ce fait, les articles référencés abordent différemment le rôle et la position américaine dans la relation inter détroit. Les auteurs s'accordent tous à constater une ambiguïté fondamentale de la position américaine, surtout depuis la deuxième administration Bush, dans laquelle ils ne voient ni une attitude strictement pro continentale ni pro-taiwanaise, mais plus simplement une politique étroitement liée à l'évolution des intérêts américains. Bien qu'ils notent un appui à la cause démocratique et au modèle de la démocratie représentative que présente l'île, aucun des analystes n'explique ce soutien par une motivation idéologique mais attribuent aux positions et actions américaines une coloration intéressée et pragmatique.

   

Quels sont ces intérêts? Sur ce point, les points de vue des auteurs divergent. D'abord, les auteurs font une distinction implicite entre les objectifs à court et moyen terme et les objectifs à long terme: dans le court et moyen terme, les Etats-Unis (même si cette référence aux Etats-Unis comme acteur unitaire est remise en question, voir infra) veulent préserver le statu quo. Les auteurs cités dans Huanqiu shibao attribuent cette volonté à l'indécision et à "l'absence de vision à long terme des relations inter détroit", de plus, Chu Yunhan estime que les Etats-Unis n'ont aucun autre choix étant donné que leur prédominance unilatérale sur les questions stratégiques en Asie touche à sa fin, et que les fondements sur lesquels ils auraient basés leur suprématie s'effondrent: d'après l'auteur, les développements économique et politique à Taiwan perdent de leur vigueur, le système politique perd sa crédibilité et l'économie de l'île fait face au risque de voir son rôle dans les flux asiatiques marginalisé. De plus, l'administration Bush n'aurait pas déterminé sa stratégie face à l'émergence de la Chine. Son seul choix est donc de maintenir le statu quo et de laisser Taiwan dans une "situation stratégique intermédiaire". Quant à leurs propres choix stratégiques, les Etats-Unis procèdent prudemment, (zou yibu, kan yibu) et face aux évolutions régionales, ne peuvent qu'arrêter et réévaluer leur position.

 

Cependant, Shao Yujun attribue cette volonté de maintenir le statu quo à un choix calculé, issu du besoin de Washington de garder le front asiatique calme jusqu'à ce que la situation en Irak s'apaise. De plus, M. Shao estime que la coopération avec la puissance chinoise n'est pas inutile pour les Etats-Unis, notamment sur le dossier coréen. Ainsi, si le forum du Huanqiu shibao considère que Taiwan est une question épineuse pour les Etats-Unis, Shao Yujun la voit plutôt comme une carte que les Américains peuvent jouer pour atteindre leurs propres objectifs. Dans le court terme, le mot d'ordre est donc de coopératio., Si cela s’avère difficile, aussi bien Pékin que Washington tenteraient, d'après Shao, de limiter les dégâts.

 

A terme, néanmoins, les Américains n'excluraient pas une indépendance taiwanaise. S'ils ne soutiennent pas l'indépendance "légale" (la modification de la constitution taiwanaise), car elle est synonyme d'"indépendance radicale" (jijin taidu 激进台独), l'idée d'une indépendance progressive (jianjin taidu渐进台独) n'est pas à écarter. D'après Shao, ce serait même un objectif de Washington, qui va de pair avec l'endiguement de la Chine.

 

Deux questions ne sont pas tranchées, la première est celle de savoir si la marge de manœuvre accordée à Taipei est intentionnelle ou le résultat d'une indécision américaine, et la deuxième, qui en découle, est de savoir si Taiwan est un fardeau stratégique ou un atout tactique pour Washington. Ce qui semble faire l'unanimité des auteurs est, indépendamment des différentes réponses offertes à ces deux questions, que les Etats-Unis voudraient garder "l'initiative sur le maintien du statu quo" (weichi xianzhuang de zhudaoquan). Dès qu'un changement dans les rapports de force s'opère, les Etats-Unis veulent prendre les choses en main en vue d'assumer, seuls, le rôle de gardien du statu quo (et, en filigrane, d'être les seuls à maîtriser la capacité de rompre le statu quo).

 

La finesse des analyses réside également dans la prise en compte des acteurs multiples impliqués dans les prises de décisions aux Etats-Unis et dans la réalisation de l'importance des groupes d'intérêts dans l'élaboration de la politique étrangère américaine. Zheng Shiping compte quatre "éléments structurels" qui façonnent la politique américaine: d'abord, la Maison Blanche, qui prendrait une position modérée, favorable au maintien du statu quo, même si "[cette position] évolue au gré des interférences (ganrao)", telles que les critiques et attaques portées par le Congrès américain "en raison d'intérêts régionaux ou idéologiques". Inversement, Shao estime qu'il existe un "accord tacite" entre la Maison Blanche et le Congrès. Ce dernier ne critiquerait pas ouvertement la politique taiwanaise du Président George W. Bush et ceci pour trois raisons: d'abord, les déclarations polémiques de Chen Shui-bian seraient reconnues aux Etats-Unis comme simples tactiques électorales et de la sorte tout appui à ces déclarations ne pourrait que nuire aux intérêts américains; ensuite, Chen Shui-bian aurait perdu sa crédibilité aux Etats-Unis[2]; et enfin, le Congrès américain ne croit pas que Taiwan fait face à un véritable défi. La politique de "pas d'indépendance mais pas de réunification, pas de guerre et pas de paix" (budubutong, buzhanbuhe - 不独不统、不战不和) serait donc acceptable aux yeux du Congrès et permettrait au Président de poursuivre sa politique sans cette "interférence" qu'évoque Zheng.

Les autres acteurs qu'il évoque, et qui ne sont pas énumérés par Shao Yujian, sont les lobbies des hommes d'affaires, le Département d'Etat qui jouerait un rôle stabilisateur en prônant un "engagement circonspect", le Pentagone qui favoriserait une intervention militaire en cas de détérioration de la situation dans le détroit (sous la pression également des lobbies des armements qui "forcent (poshi) Taiwan à acheter des armes") et enfin l'opinion publique et les groupes d'intérêts.

 

Cependant, la multiplication des acteurs aux Etats-Unis et l'indécision des positions évoquée par Chu Yunhan n'impliquent pas un affaiblissement du rôle américain dans le détroit de Taiwan. Si Taipei se retrouve "en suspens" (xuankong) et si le Président Bush est mécontent des provocations de Chen Shui-bian, la réconciliation des positions américano taiwanaises se fait de façon relativement rapide, car au fond, les Etats-Unis ne soutiennent pas la réunification des deux rives, et les faux pas de Chen n'enlèvent rien du soutien fondamental des Etats-Unis pour l'exercice de la démocratie qui s'opère sur l'île.

 

La politique des Etats-Unis se situerait donc dans cette zone grise, entre le refus d'accepter d'emblée la réunification des deux rives (et donc la convergence des intérêts avec Taipei) et le refus de voir Taipei procéder à une indépendance légale (ou radicale) – point de convergence d'intérêts avec Pékin. Cette politique ambiguë se poursuivrait donc d'après Shao, conforté dans son analyse par les évolutions récentes (élection de Ma Ying-jiu, visites de dirigeants de l'opposition taiwanaise sur le continent, et le passage en Chine à des moyens "souples") et la modération subséquente des positions chinoises.

 

 

De ce fait, Washington devrait poursuivre sa politique de "double dissuasion": dissuader Taipei de précipiter l'indépendance, mais limiter la modernisation militaire chinoise. Les Américains estiment donc que Taiwan devrait posséder une capacité de défense minimale mais signalerait parallèlement à Taiwan que le "Taiwan Relations Act" n'est en aucun cas un chèque en blanc. Cette double dissuasion, à savoir, la diplomatie préventive vis-à-vis de Taiwan et la dissuasion du continent par la force militaire, caractériserait la politique américaine dans les années à venir.  


[1] Voir l'analyse faite de la Quadriennal Defence Review, par Michel Auroy, dans ce numéro
[2] Sur cette notion de crédibilité personnelle voir également l'article de Hubert Kilian, dans ce numéro.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°4,  mars.-avr. 2006, pp. 25-26

 

Synthèse commentée de Michal Meidan d'après:- Zheng Zeren, "Les relations sino-russes entrent dans une nouvelle période de 'lune de miel'", Caijing, no. 155, 22 mars 2006- Shi He, Chang Zhe, Zhang Jiye, "Maintenir la coopération possible, intensifier la concurrence interminable: le sentiment anti-russe aux Etats Unis se manifeste", Huanqiu Shibao, 31 mars 2006

La visite du Président Poutine à Pékin le 21 et 22 mars 2006 – date officielle du lancement de l'année de la Russie en Chine - a été accompagnée de déclarations optimistes de la part des dirigeants russe et chinois quant à l'évolution et à l'avenir des relations entre leurs deux pays. En effet, dix ans après la consolidation du partenariat stratégique entre Moscou et Pékin, les deux pays ne chercheraient plus à "vivre en harmonie" mais seraient en quête d'un "langage commun" concernant des questions d'importance mondiale.

 

Dans un contexte de réchauffement des liens à la fois économiques et politiques (le volume des échanges commerciaux entre les deux pays aurait atteint 29,1 milliards de dollars en 2005, soit une augmentation  de 37% par rapport à l'année précédente[1]), la visite de Poutine en Chine devient, pour la presse chinoise, une étape importante de la relation bilatérale, marquant une nouvelle "lune de miel" comparable à la période de collaboration fructueuse sino-soviétique au début des années 1950[2].

 

Cet optimisme serait dû aussi bien à la concordance d'intérêts des deux voisins qu'aux discordes qui minent les liens de Moscou et Washington: au cours du mois de mars les offensives diplomatiques lancées par Washington ont été multiples, et "d'une résonance inhabituellement forte". Les auteurs énumèrent les quatre grandes questions autour desquelles cette "offensive du mois de mars" (sanyue gongshi) aurait été centrée:

D'abord, le désenchantement américain quant à la tournure que prend la réforme politique russe et "l'abandon de la voie des réformes démocratiques et économiques ainsi que l'absence de mesures efficaces pour mettre terme à la prolifération d'armes de destruction massive"[3]; Deuxièmement, l'évaluation de la situation en Russie dans le rapport annuel du département d'État sur les droits de l'homme est vue par les auteurs comme une composante supplémentaire de cette offensive américaine, qui, bien que composée de "clichés (laoshengchangtan)", aurait toutefois suscité des réactions agitées au sein des cercles politiques russes; Troisièmement, les Etats-Unis s'inquièteraient face à l'exploitation par la Russie de ses ressources énergétiques comme outil politique, ce qui se serait manifesté dans les déclarations du secrétaire d'état américain à l'énergie Samuel Bodman lors de la réunion du G8 sur la sécurité énergétique[4] et dans l'encouragement donné aux pays d'Europe de l'Est de diversifier leurs sources d'approvisionnement; et enfin, le 24 mars, le Pentagone accuse Moscou d'avoir donné des renseignements militaires à Saddam Hussein lors de la guerre en 2003.

 

Cette offensive parviendrait d'un sentiment d'insécurité croissant aux Etats-Unis face à la montée en puissance de la Russie et à l'éventualité que celle-ci voudrait regagner sa position de puissance en Europe et dans le monde. Ce sentiment serait exacerbé par l'héritage culturel et religieux de la Russie et par son système politique. Les Américains ne croiraient plus en la possibilité d'une réforme politique en Russie et estimeraient désormais que le peuple russe n'est pas prêt pour la démocratie. De plus, les Etats-Unis verraient l'église orthodoxe comme la raison pour laquelle la Russie "ne trouve pas sa place dans les affaires internationales", ne voulant pas s'intégrer dans les sociétés catholiques et protestantes à l'Ouest ni dans les sociétés à forte influence musulmane et bouddhiste à l'Est, la Russie reste dans une position dissociée. Cette lecture culturaliste est intéressante pour deux raisons: d'abord, car les auteurs voient la stratégie mondiale américaine dans ces termes là – toute puissance "non occidentale" qui ne saura s'adapter à l'ordre mondial que les Etats-Unis tentent de forger, n'appartiendra pas au camp américain. Or, dans le cas de la Russie (et par extension de la Chine), cette appartenance est d'emblée impossible car même si ces pays optaient pour une transition démocratique, le fondement culturel judéo-chrétien, qui fait partie inhérente de l'identité occidentale, ne pourra jamais être acquis. Ensuite, cette lecture culturaliste et la division du monde qui en découle, s'applique également (implicitement) à la Chine et trace l'inévitable limite (culturelle) au rapprochement sino-américain (et russo-américain) tout en posant une base intrinsèque qui noue de façon permanente les liens des puissances "non occidentales". "Se tourner vers l'Est, de façon progressive et aux moments propices (shishi shidu), devient le choix naturel (ziran xuanze) pour la Russie lorsqu'elle voit ses ouvertures vers l'Ouest repoussées".

 

Partenaires par défaut, la Chine et la Russie retrouvent leur "langage commun" sur les dossiers qui fâchent: la sécurité énergétique et l'Iran. Au terme de la visite du Président Poutine, Pékin aurait obtenu environ 29 accords signés sur l'énergie, un protocole d'accord entre le CNPC (China National Petroleum Corp.) et Gazprom en vue de construire deux gazoducs reliant les gisements de gaz sibériens de la Russie à la Chine et la promesse que la Russie deviendra le plus grand fournisseur d'énergie de la Chine dans les dix ans à venir. Toutefois, aucune réponse ferme n'a été obtenue au sujet de l'oléoduc en provenance du champ pétrolier d'Angarsk[5].

 

Quant à l'Iran, les positions restent inchangées, la Chine et la Russie œuvrent pour trouver une solution diplomatique à la crise "ayant toutes les deux des intérêts économiques et politiques" dans le pays. Ces intérêts internationaux communs sont toutefois traités brièvement et avec des termes assez modérés. Serait-ce parce qu’aussi bien Moscou que Pékin savent que cette alliance de convenance, qui s'épanouit à présent, peut se flétrir en fonction des intérêts de chacun devant soit les pressions, soit les offres que peuvent faire les Etats-Unis en direction de la Russie et de la Chine ?  Plutôt qu’une alliance de revers ou qu’un approfondissement du monde multipolaire, les relations sino-russes apparaissent ainsi comme un partenariat par défaut.

   


[1] "Poutine apprécie la croissance rapide du commerce sino-russe et  appelle à une réforme structurelle", Xinhua, 19 mars
[2] Notons que ce terme de "lune de miel", n'est pas strictement réservé aux relations sino-russes et a été l'épithète donnée aux liens sino européens voici deux ans… 
[3] Voir  notamment John Edwards, Jack Kemp, "Russia's Wrong Direction: What the United States Can and Should Do", Council on Foreign Relations, mars 2006
[4] La presse occidentale ne rapporte toutefois pas des désaccords ouverts entre Washington et Moscou
[5]Alexander Koliandre "Russia keeps China energy options open", BBC News, 21 mars 2006 

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°4,  mars.-avr. 2006, pp. 27-29

 

Synthèse commentée de Michel Auroy d’après :- Xu Jia, « Revue de la Quadriennal Defense Review 2006 », Xiandai Guoji Guanxi, no. 2, février 2006, pp. 51-59.

Dans un style dénué des rigidités propres aux articles traitant d’une doctrine américaine généralement jugée à Pékin aussi condamnable que fascinante, Xu Jia commente la dernière Quadriennal Defense Review[1] (QDR). Manifestement rompu à la pensée stratégique américaine, il se borne à faire une première analyse du document et à relever ses nouveautés et particularités les plus marquantes.

 

Contenu essentiel de la QDR[2].

Se livrant à une nouvelle analyse de l’environnement stratégique des Etats-Unis, la dernière QDR rend encore plus explicite[3] les jugements officiels américains antérieurs. Xu Jia note ainsi le double jugement porté sur l’époque et l’environnement qui se distinguent par « l’indétermination  et la soudaineté». Au constat de la National  Defense Strategy de 2005 : « America is a nation at war », la QDR, pourrait-on dire, vient ajouter “and for a long time though not alone”. Cette analyse conduit le document à une « nouvelle conception de la défense nationale » servant de fil directeur à la génération[4] et à la transformation des forces.

 

Dans les six questions passées en revue par la QDR, Xu Jia en distingue plus particulièrement trois (en gras ci-dessous) qui lui semblent donner au texte toute sa raison d’être : 

- faire le point sur la guerre contre le terrorisme et les autres opérations récentes,

-  passer en revue les cinq domaines-clés de réalisation de la « stratégie américaine de défense »,

- discuter du nécessaire remodelage des capacités militaires,

- exposer la nécessaire refonte des structures nationales de défense,

- présenter les besoins de la génération des forces au 21e siècle,

- souligner les problèmes liés à l’harmonisation des opérations interministérielles ou interalliées.

      

En continuité avec les textes de 2005, le rapport articule les objectifs stratégiques en cinq domaines-clés, dont les quatre premiers sont en fait définis par chacun des quatre types de menaces[5] :

1.       la lutte contre les réseaux terroristes (menaces asymétriques),

2.       la défense stratégique en profondeur du territoire national (menaces catastrophiques),

3.       l’influence sur les choix des pays se trouvant à un carrefour d’options stratégiques (menaces traditionnelles),

4.       le déni d’acquisition ou d’utilisation d’armes de destruction massive par des Etats et acteurs non-étatiques hostiles (menaces de rupture).

  

Le 5e domaine-clé (exigence accrue de flexibilité des forces) constitue en quelque sorte la réponse à cette diffraction des menaces : aux trois catégories d’opérations de défense du territoire, de guerre au terrorisme et de conflit asymétrique, vient s’ajouter une distinction nouvelle entre les « opérations constantes » (steady-state) et les « opérations disruptives» (surge activities).

  

L’auteur énumère les efforts que cette vision  implique et souligne leur caractère essentiel de transformation (des forces engagées sur les théâtres interalliés, et de chacune des composantes des forces américaines en relevant les exemples  concrets donnés par le rapport[6]. L’ensemble de ces réformes, souligne-t-il, a pour objectif de s’adapter aux besoins en opération de forces armées flexibles, mobiles, avec un haut degré de réaction rapide et d’efficacité.

  

Soulignant l’importance que revêt le récent passage de la doctrine américaine à une stratégie d’alliances, Xu Jia ne manque pas de saisir le caractère essentiel de l’intégration « de toute opération en tout lieu » :

-          au niveau national, entre les différents ministères, afin de permettre à chaque partie « de mieux refléter la stratégie de défense et les intentions politiques nationales » ;

-          au niveau international, par une coordination renforcée des relations avec les pays alliés ou partenaires, l’OTAN, le Japon, l’Australie et la Corée du Sud restant les alliés essentiels des Etats-Unis, l’Inde étant quant à elle perçue comme un partenaire stratégique émergent et essentiel ;

-          dans des régions « peu familières », où les Etats-Unis doivent construire de « nouveaux partenariats internationaux », pour lesquels un besoin de formation des élites aux langues et aux cultures locales s’avère indispensables.

          

Idées nouvelles et innovations.

Ayant souligné la continuité de la QDR avec les textes programmatiques et doctrinaux qui l’ont précédé, Xu Jia y relève trois innovations :

-          le jugement beaucoup plus sombre porté sur l’environnement de sécurité des Etats-Unis : les Américains, souligne-t-il, sont passés d’une époque que la raison pouvait saisir à une autre « indéterminée et disruptive » ;

-          une définition plus explicite de « l’ennemi » : la QDR de 2001[7] était passée d’une planification de défense «fondée sur la menace[8] » à un nouveau modèle où ils sont « fondés sur les capacités[9] » futures, diluant ainsi la perception de l’ennemi. Le terrorisme, distingué dès 2002 comme étant la menace essentielle, devient central et le rapport désigne explicitement  les « réseaux terroristes disséminés, multinationaux, multiethniques », usant de l’islam comme d’un instrument d’asservissement des peuples à des fins politiques ;

-           trois ajustement importants dans les programmes militaires : la prise en compte accrue des missions de défense intérieure, le renoncement au concept de « victoire décisive » au profit de « l’attaque immédiate », l’abandon d’une dissuasion « intangible » au profit d’une nouvelle forme de  dissuasion pouvant s’adresser tant à une puissance militaire moderne ou à une puissance régionale dotée d’armes de destruction massive, qu’à des factions terroristes.

En retirant les leçons des quatre années passées, la QDR 2006 rompt avec le style habituel qui enchaînait une analyse introductive de la nouvelle configuration internationale, les nouvelles menaces pesant sur les Etats-Unis et les problèmes à résoudre. Les « mises en pratique opérationnelles des quatre années passées » au crible desquelles elle entend passer les « hypothèses de la QDR 2001 » vont des opérations de guerre aux secours d’urgence. Xu Jia relève les principales Lessons Learned énumérées par le texte :

-          nécessité d’une autorité et de ressources permettant la mise sur pied d’alliances, afin de passer des « opérations directes »  à des «opérations indirectes »,

-          préservation de l’avantage technologique grâce au « partage du fardeau » des opérations avec les alliés et partenaires,

-          nécessité de passer des opérations de prévention, en phase initiale ou en urgence à « l’empêchement » des incidents susceptibles de résulter dans des conflits ou les crises ;

-          nécessité d’un concours de forces à même de contenir la Chine, « pays potentiellement le plus menaçant en matière de forces et de technologies militaires ». Les grandes puissances émergentes doivent faire l’objet d’un « traitement équilibré » entre engagement et containment. Aussi est-il souhaitable que pour préparer cette dernière option, les coopérations avec les pays alliés soient renforcées (intégration du renseignement, de réseaux de communication, des défenses antimissiles) ;

-          l’importance particulière et novatrice des langues et cultures tant pour le recueil du renseignement et la bonne marche des coopérations que dans le vis-à-vis avec les puissances émergentes : soit pour resserrer les alliances qui y font face, soit pour mieux comprendre les choix stratégiques de ces mêmes puissances émergentes.

 

Un commentaire somme toute mesuré.

La remarquable absence des imprécations usuelles (accusation de containement, hégémonisme global américain) confère à l’analyse de Xu Jia une crédibilité dont il tire plein profit dans les lignes conclusives de son article en soulignant que l’appui encore plus prononcé recherché chez les alliés et notamment auprès du Japon pour l’Asie, outre qu’il pourra être instrumentalisé par Tokyo, augmentera les difficultés de Pékin à gérer ses relations avec le Japon et, plus encore, la relation triangulaire Chine-Etats-Unis-Japon.Outre cette concentration des effets rhétoriques, il est possible d’expliquer la retenue devant, notamment, la singularisation de la Chine comme puissance émergente la plus potentiellement menaçante par deux ou trois hypothèses :

-          la conscience à Pékin que, depuis la réélection de G.W. Bush, la politique chinoise des Etats-Unis ne se décide plus guère au Pentagone,

-          les efforts déployés par Pékin pour préparer la visite de Hu Jintao à Washington, contrebattre la thèse de la « menace chinoise » et obtenir la réassurance la plus ferme possible de l’attachement américain au statu quo,

-          et, pourquoi pas, en fond de tableau, une certaine satisfaction à se voir reconnaître, de les puissances émergentes, primus inter pares, puisque, la QDR l’affirme, les Etats-Unis privilégieront d’abord la coopération avec tous et chacun.



[1]  DOD, Quadriennal Defense Review Report, February 6, 2006.
[2] L’objectif de cette synthèse commentée n’est bien sûr pas d’exposer en détail le contenu de la QDR 2006. Elle se limitera donc aux points jugés les plus saillants par Xu Jia, en éclairant si nécessaire les détours de la doctrine américaine.
[3] Il juge donc d’entrée que c’est en continuité avec un mouvement antérieur.
[4] On utilisera ici ce terme de préférence à celui d’édification (建设 jianshe) systématiquement utilisé dans les articles chinois.
[5] La définition des quatre types de menaces remonte au texte intitulé "National Military Strategy" publié en 2004.
[6]Mise sur pied de trois brigades standardisées supplémentaires, augmentation de 33 % des unités de guerre psychologique et des organismes civils, investissements accrus dans le renseignement, les systèmes informatiques et la défense  biologique et chimique. 
[7] Publiée fin septembre 2001.
[8] Threat-based.
[9]   Capabilities-based.

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°4,  mars.-avr. 2006, pp. 30-31

 

Synthèse commentée de Hubert Kilian d’après :

-   Lin Juanzhong: «La pierre de touche des relations entre les deux rives» Zhongguo shipao 1er mars 2006. pages éditoriales.

John Chuan-Tiong Lim est professeur assistant à l’Universite nationale japonaise de Ryukyus. Il est suffisamment rare qu’un auteur non taiwanais  écrive dans la presse en langue chinoise pour que soit mentionné son article. Celui-ci offre en outre un regard neuf sur la manière dont interagissent le Parti Communiste Chinois et le Kuomintang à Taiwan.

 

Durant le mois de février, la société taiwanaise a focalisé son attention sur deux événements politiques: la mise en sommeil du Conseil pour l’unification Nationale par Chen Shui-bian et l’affaire de l’encart publicitaire du Kuomintang. Le parti publiait en effet dans le quotidien Ziyou shipao une très large publicité expliquant le programme politique du Kuomintang sur la question des relations entre les deux rives. Intitulée : «Taiwan's Pragmatic Path  » la publicité listait parmi les options politiques futures envisagées par le Kuomintang, celle de l’indépendance. Pékin aurait discrètement protesté en faisant directement parvenir un télégramme au Kuomintang dans lequel le Parti Communiste s’étonnait de cette prise de position.

    

L'approche que propose John Chuan-Tiong Lim est intéressante parce qu’elle offre un point de vue qui semble se placer hors d’une perspective strictement taiwanaise de la question. Il le note lui-même en regrettant la manière très traditionnelle dont les médias taiwanais ont exploité cette controverse récente, focalisant leur attention sur les luttes politiciennes et sur une lecture unique indépendance-unification. Selon lui, l’observation très méticuleuse que Pékin a fait de cette évolution a été négligée. Pour l’auteur, la politique qu'adoptera Pékin sur le plan des relations entre les deux rives sera largement conditionnée par la capacité de Pékin à accepter les prises de positions de Ma Ying-jiu en faveur d’une idée théorique d’indépendance accrue de Taiwan (nadushuo). L’auteur propose donc une analyse de la politique taiwanaise de Pékin fondée sur la confiance en les hommes. Selon lui, le traitement par Pékin des prises de position en faveur d’une indépendance taiwanaise varierait selon les personnes. L’analyse de l’auteur est d’autant plus intéressante qu’elle prend une certaine perspective au regard des mauvaises relations qu’entretiennent Lien Chan et Ma Ying-jiu mais dont la presse taiwanaise fait rarement écho. La stratégie actuelle de reconquête du pouvoir par le Kuomintang s’organise autour des deux hommes. La question peut se poser de savoir jusqu’à quel point leur démarche à la fois commune et personnelle trouvera une cohérence. Le rôle de Pékin dans cette alliance de circonstance est ici porté en lumière par l’auteur.

  

Pékin n’a jamais considéré Chen Shui-bian comme un interlocuteur valable et digne de confiance alors que l’inverse est vrai pour Ma Ying-jiu. Selon l’auteur « les contradictions entre les deux rives » (di wo maodun) et « les contradictions internes aux peuples » (renmin neibu maodun) ont toujours été à la base de la réflexion du Parti communiste chinois sur sa stratégie de Front Uni (fanying) et sa politique de réunification. Considérant que Lee Tenghui et Chen Shuibian représentent des influences négatives, il était nécessaire pour Pékin de les exclure de sa définition du front uni et de les isoler. Ce fut la stratégie que Pékin développa en déclarant « sa confiance dans le peuple taiwanais » qui visait aussi à écarter le peuple taiwanais du tandem « Lee Teng-hui - Chen Shui-bian » Après la visite de Lien Chan et Soong Chu-yu sur le continent chinois en avril 2005, Pékin décida que l’opposition bénéficierait du droit de représenter « le peuple taiwanais».

   

De ce point de vue, le fait que Ma Ying-jiu ait évoqué une option indépendantiste, même théorique, a un impact beaucoup plus important sur les relations entre les deux rives que le fait que Chen Shui-bian ait fait cesser le fonctionnement du Conseil pour l’Unification. Selon l’auteur, Ma Ying-jiu mettrait en péril la validité du rôle pour lequel Pékin a choisi le Kuomintang. L’auteur rajoute que du fait de la confiance que Pékin place en l’homme Ma Ying-jiu, la réaction chinoise a été très maîtrisée. L’auteur appelle ensuite à l’objectivité pour considérer le fait que les politiques continentales des deux partis, le PDP et le KMT, présentent finalement que peu de différences. Mais du point de vue de Pékin et de ses objectifs politiques, la différence réside dans les hommes. La manière dont Pékin voit un ennemi en Chen Shui-bian et un ami en Ma Ying-jiu serait ainsi révélatrice de l’importance que Pékin accorde au « crédit » (xinren) et aux hommes au détriment des politiques de ces mêmes hommes. 

    

Les espoirs et la confiance que Pékin place dans les hommes plutôt que dans les politiques ont donc permis au Kuomintang de se démarquer du Parti Démocrate Progressiste et de développer une nouvelle politique continentale. La stratégie mise en place par Pékin comporte des limites mais présente aussi des avantages, même négociés, pour le Kuomintang. La visite de Ma Ying-jiu en Angleterre l’a parfaitement montré. Le fait que le Maire de Taipei ait pu évoquer en public, depuis un pays tiers, les nouvelles positions du parti sur la question des relations entre les deux rives est la preuve même de la tolérance dont Pékin fait preuve vis à vis de Ma Ying-jiu. Ainsi, selon l’auteur, le centre de gravité de la politique des deux rives de Ma Ying-jiu doit se construire autour de sa capacité à développer avec Pékin une base d’échange, d’interaction et de confiance (duitai zhengce huoban) et de tenter de faire reconnaître l’existence de la république de Chine dans le cadre du principe d’une seule Chine.

       

L'auteur se pose ensuite la question des moyens dont dispose Ma Ying-jiu pour réussir à faire admettre à Pékin l’existence de la République de Chine et de la manière dont la politique de partenariat et d’interaction peut se construire entre les deux parties.

 

Selon lui, chaque prise de position, chaque mouvement politique a potentiellement la force de toucher la corde sensible de Pékin. Lorsque Ma Ying-jiu évoque la possibilité théorique d’une indépendance taiwanaise, il s’agit en fait du premier défi politique auquel est confronté Pékin depuis que Ma Ying-jiu a pris la présidence du parti. D’après les premières réactions de Pékin et exception faite de la possibilité d’un changement politique brusque, il n’est pas difficile de conclure que Pékin s’était préparé à cette éventualité et avait décidé de l’accepter. La tolérance de Pékin vis à vis de Ma Ying-jiu se construit en fait autour de la relation de confiance établie par Lien Chan et Hu Jintao. Elle se justifie aussi par le fait que Pékin n’a finalement que peu de marge de manœuvre. Pékin ne peut en effet se permettre de qualifier d’ennemi le Kuomintang sans voir sa politique d’espoir placé dans le peuple taiwanais et celle de partenariat et d’interaction s’écrouler. C’est pour cette raison, selon l’auteur, que Pékin choisira dans le futur, d’exercer ses pressions dans l’ombre des négociations, et fera disparaître de son discours public les critiques susceptibles de gêner Ma Ying-jiu, mais continuera à exiger autant de concessions dans le cadre des processus de négociations. La stratégie de Pékin devrait être maintenue et les bases fondamentales de sa politique de réunification ne devraient donc pas s’assouplir. L’auteur conclut son analyse en envisageant l’option d’une indépendance taiwanaise et le maintien d’un niveau de tolérance élevée comme une condition négociée entre Pékin et Ma Ying-jiu. Ce qui devrait également représenter pour le Parti Communiste et le Kuomintang, le fondement d’une politique commune pour Taiwan et les deux rives. Après la victoire du Kuomintang en 2008 sur laquelle mise spécule Pékin, les relations entre les deux partis se transformeront rapidement en une situation de gains mutuels (shuangying) L’auteur conclut enfin que Ma Ying-jiu ne peut se permettre de se sentir trop libre. Une fois que Pékin aura intégrée ce premier défi dans la sphère de son contrôle, la Chine aura toute la liberté de brocarder Ma Ying-jiu en ennemi du peuple taiwanais, et d’en faire un second Lee Teng-hui. Dans ce cas de figure, l’attitude de Lien Chan et les rapports de force au sein du Kuomintang pourront représenter un élément décisif dans cette confrontation entre Ma Ying-jiu et Pékin.

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