POLITIQUE INTÉRIEURE 1. Des élections encadrées 2. Salaire minimal et loi du marché ÉCONOMIE 3. La hausse des salaires, un aiguillon pour la croissance, nécessite encore des réformes 4. Libérer lentement mais sûrement le compte de capital 5. L’affaire Changhong – Apex : Un règlement à l’amiable « à la chinoise » ? SOCIÉTÉ 6. Le barrage des Trois Gorges, entre accomplissement et controverse 7. Les riches et les autres : un débat sur la haine sociale POLITIQUE EXTÉRIEURE 8. La Chine se dote d’une diplomatie publique 9. J. Koizumi, élu à point nommé plus qu’homme providentiel 10. La Chine en Afrique : plus qu’une affaire de pétrole ? 11. Incomparables Chine et Inde 12. La Chine participe de la définition des normes du cyberespace PRESSE TAIWANAISE 13. Analyse du “Rapport 2006 sur la Sécurité Nationale” 14. Après le Forum économique KMT-PCC
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Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°5, mai-juin 2006, pp. 3-5
Synthèse commentée de Michal Meidan d’après :
- Chang Hongwen, « Les limites de la nouvelle politique gouvernementale pour les nongmingong », Caijing, numéro 156, 3 avril 2006
- Ma Changbo, Su Yongtong, « Le Premier ministre demande d’étudier le cas des ‘nongmingong’ », Nanfang Zhoumo, 20 avril 2006
Le problème des ouvriers-paysans, (农民工 nongmingong) occupe depuis quelques années les sociologues chinois et occidentaux, et, depuis quelques mois, est remis sur la liste des priorités des décideurs du pays[1]. Le problème des nongmingong se pose désormais sur tous les plans - politique, juridique, économique et légal, car ces 120 millions d’ouvriers qui représentent la moitié de la main d’œuvre industrielle chinoise ne jouissent pas de droits sur le plan de l’emploi, de la sécurité sociale ou du logement en milieu urbain. Leurs enfants ne sont pas admis dans les systèmes éducatifs de leur nouvelle province de résidence, et la nature irrégulière du travail de leurs parents les expose à des préjudices à la fois juridiques et sociaux.
Si l’ «avis relatif à la solution du problème des nongmingong » rendu public en mars 2006 tâche en effet de mettre fin au traitement biaisé que reçoivent ces ouvriers saisonniers et à rétablir leurs droits politiques, sa mise en œuvre risque d’être difficile et suscite des débats quant aux moyens proposés. Les auteurs et les spécialistes cités dans les articles s’accordent tous à souligner l’importance de ce document en tant que cadre général stipulant les démarches à adopter et par sa contribution à la sensibilisation de la population et des organes administratifs à ce problème. Mais ils restent partagés quant aux mesures à prendre et quant à leur éventuelle application.
Le premier débat concerne, d’après ces articles, le maintien de cette appellation de « nongmingong ». Réductrice et biaisée selon certains, correcte selon d’autres dans la mesure où elle traduit la nature transitoire entre citadins et ruraux d’une part, paysans et ouvriers d’autre part, elle aurait finalement été maintenue par les décideurs chinois.
Deuxième question : comment aider ces paysans ouvriers à prendre racine en milieu urbain ? Sans pour autant constituer un groupe politique proprement dit, les analystes identifient une revendication commune : ces paysans-ouvriers ne recherchent plus une simple rémunération, mais veulent aussi s’assurer de l’avenir de leurs enfants et de leur intégration en ville. A cette fin, Caijing relate qu’en supplément du « document no. 5 », les départements de l’assurance du travail, la police, et le ministère de l’agriculture élaborent des documents complémentaires relatifs aux systèmes d’assurance et de sécurité sociale. Or, une fois arrivé au plan pratique, des questions supplémentaires se posent : devrait-il y avoir un système d’assurances national, ou un système de compensation régionale qui soit adapté à la mobilité de cette population ? Comment répartir la charge des coûts de gestion d’un tel système ? Comment combler le fossé entre les systèmes appliqués dans les villes et ceux des campagnes ?
En effet, la coordination entre systèmes d’assurances travail et maladie, de sécurité sociale et de fonds de retraite et leur adaptation à la mobilité des nongmingong à travers villes et campagnes et frontières provinciales est une des questions les plus brûlantes.
Les problèmes ne se limitent toutefois pas à la formulation des initiatives mais aussi à leur mise en œuvre. Des assurances obligatoires du travail, à la charge des employeurs, ont été stipulées par la loi en 2004. Or deux ans plus tard, le taux d’affiliation aux assurances reste très bas, selon les auteurs, en raison de la méconnaissance de la loi. Les nongmingong ont une conscience limitée de leurs droits. Faute d’application rigoureuse par les entreprises et les gouvernements locaux, les lois stipulées sont guères mises en application.
Reste ensuite la question d’assumer les coûts de ces projets. Même si les entreprises endossent la majorité de la charge, les employés devraient contribuer également, notamment aux fonds de retraite. De ce fait, les salaires des nongmingong devraient connaître une hausse afin d’assurer leurs capacité d’assumer ces charges ; ce qui fait poser la question la plus épineuse de toutes : faut-il introduire le salaire minimal en Chine ?
Une source proche des décideurs révèle à Caijing que quatre raisons fondamentales feraient considérer favorablement cette mesure :
1. Les mécanismes du marché sont loin d’être parfaits, et en l’absence de syndicats capables de représenter les besoins des salariés vis-à-vis des employeurs, l’introduction du salaire minimal serait une façon de protéger les employés.
2. Les nongmingong ne représentent pas une force unifiée et sont dispersés à travers le pays, ils se retrouvent d’emblée dans une position de faiblesse dans leurs négociations avec les entreprises.
3. le marché du travail est en situation d’excédent de l’offre[2] ; le gouvernement serait donc plus à l’écoute des intérêts des investisseurs que de ceux des nongmingong.
4. Enfin, la hausse des salaires, qui tirerait également vers le haut les coûts de la production en Chine, servirait à équilibrer la balance commerciale du pays.
Selon ce raisonnement, le salaire minimal est premièrement une façon de protéger les nongmingong contre les abus des entrepreneurs, et pourrait aussi encourager les nongmingong à garder le même emploi pendant plus longtemps, ce qui, à terme, en équilibrait le coût pour les entreprises. Reste la question de savoir comment déterminer ce salaire minimum. Hu Biliang, chercheur à l’Académie chinoise des sciences sociales, estime qu’il faut laisser le marché fixer les salaires minimaux en fonction des revenus dans chaque province : autrement dit, le salaire minimum dépendrait en fait des conditions locales.
Mais tous les chercheurs n’adhèrent pas à la nécessité de cette démarche. Certains y voient une mesure qui risquerait de perpétuer la situation, car le sort des nongmingong est en partie dû à des facteurs structurels qui ne pourraient être résolus par des mesures administratives destinées à élever les salaires des employés. Dans le delta de la Rivière des Perles par exemple, les marges des entreprises sont déjà assez faibles et celles-ci survivraient grâce justement aux bas salaires pratiqués. De plus, l’application du salaire minimal dépendra largement de la volonté et de la capacité des entreprises et des gouvernements locaux de les appliquer – or, ceci est loin d’être assuré. Enfin, pour certains, le revenu minimal ne suffit pas pour protéger l’employé. Ce qui importe fondamentalement – aussi bien pour protéger les employés que pour attirer les grandes entreprises étrangères – c’est de respecter et protéger les droits de l’employé.
La franchise du débat et la nouvelle confrontation entre deux visions de politique économique[3] et sociale se reflète à travers ces articles qui ont, cependant, un autre intérêt : en rapportant les résultats d’une longue enquête gouvernementale sur cette question, ils offrent un aperçu rare des rouages internes de la machine politique chinoise.
Les articles détaillent les démarches du Premier ministre Wen Jiabao[4] qui aurait été à l’origine de cette initiative déjà en avril 2005 lorsqu’il aurait confié à plus de 30 départements ou ministères (dont le Département de l’assurance de travail, le Ministère de l’agriculture, la police, le Ministère de l’éducation, le Ministère de la santé, le Département pour la planification démographique, le bureau législatif du Conseil d’état…) l’étude de cette question. Il en est résulté un grand nombre de rapports (« plus de 300,000 caractères ») qui ont été étudiés et réduits à un seul rapport (de 30,000 caractères) rédigé par le Bureau de recherche du Conseil d’état et soumis ensuite aux dirigeants. Le 29 décembre 2005, une réunion de travail (工作会议 – gongzuo huiyi) organisée par le gouvernement central au sujet de la question agricole aurait eu lieu. Wen Jiabao y aurait assisté et dans son discours, aurait formulé des précisions et des mesures spécifiques qui auraient ensuite été intégrées dans le « document no. 5 ». Le 18 janvier, le texte aurait été discuté lors d’une réunion de travail du Conseil d’état avant d’être adopté le 31 janvier. Enfin, au mois de mars, le « document no. 5 » a été rendu public.
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°5, mai-juin 2006, pp. 7-10
Avant 2002, le marché boursier chinois était des plus fermés, les économistes le comparant régulièrement au lac Qinghai par rapport à l’Océan Pacifique qui représentait alors le marché de Hong Kong. Le P / E était en moyenne de 50 sur le marché A (marché des actions émises en yuans et alors réservé aux Chinois). Le lancement en 2002 des Qualified Foreign Institutional Investors (– QFII - licence permettant aux étrangers d’investir sur ce marché A) a été le premier signe d’une évolution. Le mois de mai 2006 a marqué une nouvelle étape importante dans l’ouverture du marché avec le lancement de facto des Qualified Domestic Institutional Investors (QDII), système qui permet aux Chinois d’aller investir sur les marchés étrangers[1]. Pour le journal Nanfang Zhoumo, ces QDII devraient permettre aux pratiques et aux prix de la Bourse chinoise de se rapprocher des normes internationales. Cette réforme est à remettre dans le contexte des ajustements opérés sur le marché financier chinois, sous la contrainte de son ouverture progressive pour répondre aux exigences de l’OMC (voir les introductions en Bourse des banques commerciales étatiques). Certains s’attendent à ce que les QDII investissent en 2006 pour 4 à 5 milliards de dollars, chiffre qui devrait –selon les économistes chinois- s’accroître, notamment grâce aux fonds de pension et compagnies d’assurances (China Life, Ping An…)[2].
Thibaud Voïta
- Wang Shuo, Ye Weiqiang, Zhang Jie, Li Qing et Ren Bo, “China to open capital account gradually[3]"(traduit du chinois par Xin Zhiming, Lauren Keane et Roland Chang), Caijing, n° 158, 1er mai 2006 :
[2] Sources : Nanfang Zhoumo du 20 avril 2006 et 21 Shiji Jingji Baodao du 27 avril 2006.
[3] Cette traduction est en réalité une synthèse d'une interview de Hu Xiaolian, Directrice de la SAFE depuis mars 2005, anciennement assistante du gouverneur de la Banque Centrale et ayant connu une carrière fulgurante avant d'arriver à ce poste.
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°5, mai-juin 2006, pp. 14-17
Synthèse commentée de Camille Bondois d’après :
- Zhao Xiao, « Ethique de la richesse et de la création d’un marché sain », Ershiyi Shiji Jingji Baodao, 24 avril 2006
Au début de ce 21e siècle, une nouvelle couche sociale, longtemps mise à l’écart et méprisée par l’idéologie communiste, ressurgit en Chine : « les riches ». Avec l’essor économique du pays ces 20 dernières années, le développement de cette couche sociale – composée d’hommes d’affaire privés et de hauts fonctionnaires.- apparaît, sans nul doute, du moins de l’extérieur, comme une preuve de la réussite chinoise, un atout pour le pays, voire même une force indispensable.
Toutefois, le Ershiyi Shiji Jingji Baodao revient sur un phénomène de plus en plus alarmant en Chine : « la haine des riches » (仇富,choufu).
Mais, qui sont ces riches et pourquoi inspirent-ils de tels ressentiments ?
Pour comprendre ce problème complexe qui divise la société et les intellectuels, 4 experts sont invités à se prononcer sur ses causes, et ses formes. Selon Ren Zhiqiang, Président du groupe Huayuan, il n’existe qu’une seule forme de « haine des riches » et dire que la société ne déteste pas les riches en soi mais ceux qui sont devenus riches en détournant les lois, est une assertion injustifiée. Face à ce point de vue, les réactions sont très diverses : Mao Shoulong, Professeur à l’Université du Peuple prend le contre-pied et défend l’idée que le choufu est en fait une haine de l’injustice et des inégalités, et le produit du tournant économique de la Chine actuelle.
Se plaçant sur un plan historique, Zhao Xiao, Professeur à l’Institut de Management de l’Université de Sciences et Technologies de Pékin explique que la « haine des riches » est liée aux spécificités de l’histoire chinoise. Enfin, Li Shi, Professeur de l’Ecole Normale de Pékin voit dans la transparence des revenus l’unique solution permettant de combattre un état d’esprit néfaste pour l’avancée de la société.
Ainsi, le choufu n’est pas qu’une simple anecdote sociologique. Les problèmes qu’il implique sont historiques, économiques et sociaux.
Le Ershiyi Shiji Baodao part de deux constatations :
D’abord, après la parution du palmarès des 100 plus grands philanthropes chinois et des 100 plus grosses fortunes, il apparaît que plus de la moitié des plus grosses fortunes de Chine n’apparaissent pas dans le palmarès des grands donateurs philanthropes. Ensuite, le fossé entre les « pauvres » et les « riches » ne cesse de s’agrandir. Ces deux observations ont relancé le débat sur le phénomène choufu.
Les causes de ce phénomène sont complexes et revêtent plusieurs aspects. Toutefois, les quatre intervenants s’accordent à dire que les inégalités croissantes entre les riches et les pauvres constituent le terreau principal de la haine des riches. L’indice Gini est sur ce point, très éloquent : la Chine est le pays à forte population dont les écarts de revenus sont les plus importants, avec un indice de 0,45. De plus, d’après le palmarès des 100 plus grosses fortunes chinoises, et l’analyse des statistiques chinoises, certains observateurs ont pu noter que le revenu des 100 personnes les plus riches correspondrait au revenu moyen annuel de 100 millions de paysans (soit 2622 yuan, 260 euros), et au revenu annuel minimum (soit 637 RMB, 64 euros) de 400 millions de paysans. De plus l’écart des revenus entre les villes et les campagnes a atteint un record historique ; au sein même des villes, un fossé social est apparu entre hauts et bas salaires.
Ces différences de revenus, comme le souligne le professeur Li Shi, se sont nettement aggravées à partir du milieu des années 90, puisque les hauts revenus ont augmenté plus rapidement que les bas revenus, qui ont eu tendance à stagner voire même à baisser.
Pourtant, cette inégalité a été au début tolérée par le gouvernement lui-même, pour lancer l’ère des réformes et du développement économique. En effet, comme le rappelle Zhao Xiao, « permettre à quelques uns de s’enrichir d’abord » (让一部分人先富起来, Rang yibufen ren xian fuquilai) pour amener le pays sur la voie de la croissance et en faire bénéficier le plus grand nombre, a été l’un des moteurs de la croissance chinoise, principe accepté et intégré par la population, du moins dans les premiers temps du développement. Comment expliquer alors un tel revirement de situation ?
Selon Zhao Xiao, le pays est resté bloqué à la première étape du processus : Les riches se sont effectivement enrichis, mais le plus grand nombre n’en a pas profité et la polarisation des revenus en est l’expression la plus frappante. Mais d’autres phénomènes ont également vu le jour avec les réformes : le chômage, la restructuration des entreprises publiques et ses conséquences, les mises à pied (下岗人,xiagang ren), la surpopulation agricole, les migrations paysanne vers les villes. Ceci attise la rancœur des laissés pour compte.
Par ailleurs, l’étalage des richesses de certains peut apparaître comme une provocation. La consommation des produits de luxe est très en vogue dans les grandes villes chinoises. La population achetant des produits de luxe a augmenté de 13% ces dernières années, atteignant un total de 160 millions de personnes. Cette vitrine de la dépense et du luxe s’exposant au grand jour renforce les frustrations de ceux qui se demandent toujours où sont les retombées de la croissance. Cela attise « la haine des riches ». D’autant plus que, comme le montre le palmarès des 100 philanthropes de Chine, les riches ne sont pas de grands donateurs et redistribuent très peu leur richesse dans des activités caritatives. En 2004, les donations reçues par les organisations caritatives ont atteint 5 milliards de RMB (500 millions d’euros), soit 0,05% du PNB, alors qu’elles occupent 2,17% du PNB au Etats-Unis. « Permettre à quelques uns de s’enrichir d’abord » devait avoir pour but de redistribuer les richesses mais le manque d’engagement social et de responsabilité individuelle des riches font échouer ce plan. Ainsi on leur reproche une attitude égoïste, puisque, selon Zhao Xiao, face aux difficultés d’une grande majorité de la population, les donations des riches auraient pu panser les blessures de la société.
Toutefois, la montée des inégalités n’est pas la seule raison de « cette haine des riches ». Pour Zhao Xiao, Mao Shoulong et Li Shi, la « haine des riches » est surtout une haine envers ceux qui sont devenus riches par des moyens détournés, voire illégaux, envers ceux qui profitent des lacunes de la législation chinoise pour s’enrichir davantage. Allusion est faite à la corruption des cadres, aux alliances douteuses entre les hommes d’affaires privés et les fonctionnaires d’Etat ainsi qu’à l’impossibilité de connaître la source des revenus de beaucoup de riches. Ren Zhiqiang rappelle que 80% des citadins considèrent que la distribution des richesses n’est pas équitable. Zhao Xiao évoque clairement les alliances entre les hommes d’affaires et les fonctionnaires locaux, fondées sur un partage stratégique de pouvoir et d’argent. Les hommes d’affaire privés ne sont plus alors que des « bandits de grands chemins » (江湖豪客,jianghu haoke) qui pillent les biens du pays.
Cependant, Mao Shoulong tente de limiter ce phénomène de choufu en rappelant que la richesse est l’idéal de tous : personne ne choisit la pauvreté, si ce n’est quelques marginaux. Au moment du Nouvel an, chacun souhaite à l’autre de « devenir riche » (祝你发财,zhu ni facai), et se précipite dans les temples pour demander aux esprits d’apporter la richesse. Ainsi, il ne peut y avoir une « haine des riches », puisque la richesse est en quelque sorte un modèle pour tous, mais une haine de l’injustice et des inégalités, en particulier de ceux qui sont devenus riches de manière illégale. Or,, les riches ont dû s’adapter à l’économie de marché et ont pris des risques à une époque où les règles du marché étaient encore floues. Pour Mao donc, le principal problème réside dans la discrimination contre les commerçants, traditionnelle en Chine.
D’une manière générale – et paradoxalement - « devenir riche » est mal vu de la société chinoise. Depuis des siècles, l’étude est valorisée par rapport à la richesse, « L’or ne se trouve qu’à l’intérieur des livres » ou « Seule l’étude a de la valeur» disaient les lettrés, et les commerçants ont toujours été l’objet de méfiance jusqu’à être considérés comme des traîtres. En effet, tout le monde ne pouvait user de la richesse, car il fallait savoir le faire avec intelligence. Ainsi, dans la société ancienne, on atteignait souvent une place dans la société par les livres : réputation et richesse étaient données aux plus grands lettrés.
Mais dans la Chine des réformes, cet ordre des choses a été totalement bouleversé et a conduit à un choc des mentalités. Mao Shoulong cite l’exemple des nouvelles générations de jeunes : au sein d’une même classe d’âge, certains vont à l’école, reçoivent une éducation et vont à l’université tandis que d’autres rentrent très tôt sur le marché du travail, apprennent à se battre pour tirer leur épingle du jeu et gagner de l’argent. Certains même, notamment au début des réformes, ont tiré profit d’une économie de marché peu normalisée. Ainsi, quand les étudiants obtiennent avec peine leur diplôme et entrent sur le marché du travail, ils s’aperçoivent vite que leur patron n’est pas diplômé et n’a pas un haut niveau d’études. Ceux qui ont étudié ont donc du mal à s’introduire sur le marché, à faire fortune : ces nouveaux lettrés peinent désormais à obtenir la renommée, la richesse et un statut honorable dans la société.
Parallèlement, des jeunes sans grande éducation se sont enrichis trop rapidement. Partant de peu, ils connaissent la valeur de l’argent, mais n’ont pas formé leur goût pour l’élégance et sont restés un peu rustres. Ils sont considérés par les gens éduqués comme une vulgaire armée de consommateurs de produits chers : que ce soit pour une voiture, une maison ou un simple gâteau de lune, ils ne veulent que le plus cher. Ces riches là sont haïs, notamment parce qu’ils contredisent la pensée traditionnelle chinoise. Cette situation ambiguë et complexe, née des changements économiques et sociaux rapides, favorise une certaine « haine des riches », avec une connotation très particulière.
C’est pourquoi, Mao Shoulong appelle à casser cette idéologie selon laquelle «plus on est pauvre, plus on est honorable ». C’est le seul moyen de protéger les fruits de la réforme et d’aller de l’avant.
Contrairement aux autres, Ren Zhiqiang insiste sur le fait que la haine des riches ne peut revêtir des formes différentes. En effet, dans la pratique il est impossible de distinguer les riches qui sont devenus riches honnêtement de ceux qui sont devenus riches de manière illégale : il est donc impossible de distinguer entre « bons » ou « mauvais » riches. De plus, le caractère illégal ou non de la richesse est avant tout une question de droit et doit être tranchée par un tribunal, non par la société.
Ainsi, le vrai problème n’est pas là. La « haine des riches » constitue avant tout une insatisfaction face aux réformes et à certaines politiques. La croissance économique a eu un coût : les chômeurs, les « xiagang » ont payé le prix des réformes. Et, face aux difficultés auxquelles font face une grande majorité de personnes, l’attitude consommatrice des riches et leur mode de vie apparaît comme une provocation.
Mais les pauvres ne sont pas les seules victimes de la croissance économique. Zhao Xiao constate que ni les pauvres ni les riches ne sont vraiment heureux et sereins en Chine. Les difficultés auxquelles font face les riches accentuent leur acharnement à réussir et leur arrogance aux yeux des autres. Si les riches sont les fruits de la croissance économique et si certains ont su jouer des défaillances d’un système encore mal affirmé, ils en sont aussi les victimes. Ainsi, à chaque nouvelle étape du développement économique, les lois se resserrent et de nombreux hommes d’affaires privés sont éliminés.
Dans le processus de développement, à chaque nouvelle étape, des riches sont éliminés. Zhao Xiao cite l’exemple de plusieurs chefs d’entreprises privées et de leurs empires qui se sont effondrés ces dernières années : Liu Hong et sa société Chenggong , Yan Caihong et sa société Hong Yi etc. La corruption est l’une des principales raisons de ces échecs. Mais Zhao Xiao explique que ceux-ci tiennent également à un esprit d’entreprise boîteux. Alors que les chefs d’entreprise occidentaux seraient dirigés par une morale chrétienne et par certains principes de vertu (citant l’exemple d’Andrew Carnegie), les hommes d’affaires chinois entrent sur le chemin de la prospérité avec avarice et cupidité. Peu d’entre eux pensent qu’en créant de la richesse ou en obtenant de la richesse, il faut atteindre un objectif de vertu et en faire bénéficier les autres. Au contraire, ils essaient de pénétrer les failles du système en utilisant des moyens comme « la redistribution des richesses » ou « le transfert des richesses » pour devenir riche en une nuit. Ils ressemblent à des joueurs qui misent le tout pour le tout pour devenir riche en une nuit. Cette attitude doit, selon Zhao Xiao, être condamnée.
Mais, fait-il remarquer, cet esprit joueur et cet acharnement à devenir riche par tous les moyens sont dus également aux imperfections du système et notamment du régime de propriété privée. En effet, les hommes d’affaires et les riches ne possèdent pas la garantie de leurs biens. Par exemple, le propriétaire d’un immeuble ou d’un appartement ne l’est qu’à moitié puisque seul l’Etat reste propriétaire du sol. Ainsi, l’attitude controversée des riches est également due aux manquements dans les réformes.
Ainsi, même si chaque intervenant voit dans le phénomène choufu des facteurs explicatifs différents, tous le font remonter à des origines historiques et estiment qu’il a été exacerbé par la croissance économique des vingt dernières années. Ainsi la « haine des riches » est l’une des manifestations des limites de l’essor économique chinois à ce stade. Toutefois, Mao Shoulong considère que le choufu ne pose pas de véritable problème à l’heure actuelle. Selon lui, il n’a en effet pas entraîné de véritable polarisation au sein de la société : les riches ne forment pas encore une classe bien déterminée avec ses propres modes de fonctionnement. Par ailleurs, tant que les pauvres auront un espoir de devenir riche, le choufu ne sera pas un véritable danger. Malgré tout, ce phénomène comporte des enjeux sociaux, économiques et politiques. Pour résoudre ce problème, Li Shi évoque un besoin vital de transparence pour les revenus des riches comme seule solution pour permettre à chacun de comprendre l’origine des ressources des riches et de prévenir la corruption. De la même manière que le fait de rendre publics les salaires et l’état des biens des fonctionnaires permettrait de distinguer les fonctionnaires honnêtes des fonctionnaires corrompus, davantage de transparence sur les revenus des riches pourrait atténuer cette haine des riches.
Zhao Xiao, voit, quant à lui, plusieurs niveaux de réformes à approfondir. D’un point de vue économique, il manque une réglementation mûre et complète cadrant et canalisant l’accumulation des richesses, ainsi qu’une régulation dans la distribution des richesses. D’un point de vue idéologique, il encourage la mise en place d’une véritable réflexion sur l’économie de marché : En même temps que l’on rétablit l’honneur de l’ambition personnelle dans les mentalités, il manque une réflexion solide pour construire une morale du marché économique et de la richesse.
Ainsi à un stade avancé des réformes économiques et de la montée du niveau de vie en Chine, de nouveaux besoins se font sentir, nécessitant de nouvelles réflexions et réglementations pour préparer la Chine à devenir une société d’économie de marché mûre.
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°5, mai-juin 2006, pp. 18-21
Synthèse commentée de Florence Biot, d’après :
- Tang Xiaosong, « Structuration et développement de la diplomatie publique chinoise », Xiandai Guoji Guanxi, 2006, n°2, pp. 42-46
Au cours du mois de mai, de nombreux médias chinois relatent et commentent la part du budget public américain consacré à la diplomate publique en direction de la Chine.[1] La diplomatie publique est d’abord une politique d’explication et de mise en oeuvre de l’intérêt national vis-à-vis des peuples d’autres pays. Elle est de plus en plus universellement considérée comme un complément nécessaire à la diplomatie traditionnelle. Tang Xiaosong, auteur du présent article, publiait l’an dernier avec Wang Yiwei dans la revue Guoji wenti yanjiu une exploration de l’usage de la diplomatie publique hors de Chine[2]. Il insistait alors sur l’encouragement que Hu Jintao avait donné au développement de nouvelles pratiques diplomatiques en Chine lors de la dixième conférence des ambassadeurs tenue à Beijing l’été 2004. C’est en procédant aujourd’hui à une évaluation historique et structurelle du développement de la diplomatie publique en Chine que Tang Xiaosong entend identifier ses imperfections et formuler des recommandations pour l’édification de son système.
L’histoire démontre que la mise en œuvre de la diplomatie doit coller au plus près des vicissitudes du monde, en s’adaptant aux nouveaux défis posés aux intérêts nationaux. Désormais, la mondialisation et le développement de sociétés d’information font de l’opinion publique en général, ainsi que des analyses et des informations circulant dans la communauté internationale autant de facteurs qui influencent la diplomatie. De nombreux Occidentaux distinguent dans la composition de celle-ci l’importance relative du hard et du soft power, et mettent en avant l’influence que revêt désormais la diplomatie publique en complément de la diplomatie traditionnelle entre gouvernements.
Le concept de la diplomatie publique (公共外交, gonggong waijiao) vient de la fin des années soixante aux Etats-Unis, et l’auteur cite la directive gouvernementale américaine[3] qui a précisé son projet en 1987. Tang Xiaosong précise toutefois qu’il s’agit bien de distinguer la diplomatie publique, laquelle prend le public étranger comme récepteur de l’action d’un gouvernement, de la diplomatie populaire (民间外交, minjian waijiao) qui fait des peuples le sujet principal des interactions entre sociétés civiles de pays différents.
Deux avantages stratégiques de la diplomatie publique, avancés à la London School of Economics et par Joseph Nye sont d’abord rappelés : son rôle de « commentateur caché » (隐藏的说明者,yincang de shoumingzhe ) pouvant changer à très haut niveau le microcosme politique (政治生态, zhengzhi shengtai) d'autres Etats. Mais Tang Xiaosong insiste aussi sur le fait qu’en projetant vers les opinions publiques étrangères une image propre à susciter compréhension et affinité, elle contribue particulièrement à cultiver un mécanisme de confiance bénéfique au système international contemporain. Par ailleurs, cette « politique douce » assure la voie du succès pour une série d'objectifs « durs », le plus direct étant l’avantage économique que les seuls moyens économiques traditionnels ne suffisent plus à atteindre à l'époque de la mondialisation : on ne sépare plus la culture de l'économique, ni l'émotion des marques, ou les pratiques d’un système de valeur.
Désormais, la synergie de la diplomatie publique avec la diplomatie traditionnelle est comprise par tous les pays, au point, pour le Département d'Etat américain, d’en faire un pilier de sa planification pour disséminer l’idéologie et le système de valeurs américain. Les autres pays s'appuient également de plus en plus sur ce moyen dans le cadre de leur politique étrangère et des dialogues internationaux. L’auteur cite notamment le cas de la France, du Canada et du Japon et de l’usage respectif qu’ils font de ceux-ci pour faire entendre leur voix sur la scène internationale, pour amener certains groupes à s'identifier à leur culture, ou encore pour renouveler leur image à l’étranger. De manière générale, les responsables officiels pensent que développer la diplomatie publique est une adaptation naturelle à la révolution des mass media et à l'apport incessant de la culture à la politique.
Mais si pour les grandes puissances le soft power vient aider le hard power, il a d'autant plus de sens pour les petites et moyennes puissances et constitue alors un aspect stratégique important d'existence internationale : les décideurs publics italiens, indiens ou encore turcs prennent tous l’action culturelle et d'information internationales comme un standard d'observation et d'évaluation de leur influence, et de leur implantation dans les sociétés étrangères.
Un effort de développement chinois, mais aussi des erreurs
Bien que la diplomatie chinoise n'ait pas de formulation théorique pour sa diplomatie publique, elle n'en a pas moins depuis longtemps la pratique (que ce soit la propagande à destination de l’étranger, les échanges internationaux et la communication événementielle). Elle en tire aussi les principes à partir de notions de propagation de la doctrine dans la tradition classique (传道, chuandao), de prévalence du soutien populaire (人和, renhe ou harmonie) sur les conditions climatiques et géographiques favorables (天时, tianshi et地利, dili) pour remporter la victoire, de la nécessité de qualification pour déclencher l’attaque (师出有名, shichu youming), de l’action au titre juste et au bon droit (名正而言顺, ming zheng er yan shun).
L’auteur distingue trois périodes dans le développement de la diplomatie publique. Au commencement de la construction de la Chine nouvelle, il s’agissait de présenter celle-ci aux pays du camp soviétique. La propagande étrangère passe dans les années cinquante par des publications en langues étrangères, mais c’est aussi le moment de la diffusion radiophonique par Radio Chine International, et de joutes oratoires avec l’Occident. Pourtant la communication en ce temps là demeure unilatérale. Il faut attendre la réforme et l’ouverture de 1978, et l’assouplissement du contexte politique chinois pour que cette communication devienne bilatérale et diversifie ses voies. Le quotidien en anglais China Daily apparaît dans cette période, et quoique centré sur le domaine économique, marque l’apparition d’une variété relative de l’image et de la singularité chinoise. Après la fin de la Guerre froide et la chute de nombreux Etats socialistes, on passe d’un travail sur les cibles stratégiques de propagande à la formation du système de la diplomatie publique. Ce phénomène se réalise alors que la pression diplomatique sur la Chine augmente, ainsi que la théorie de la menace chinoise. La Chine élabore une stratégie de propagande multiple, avec une diplomatie publique qui, malgré son système embryonnaire, s’affiche en direction des peuples étrangers.
Facilitée par le développement de la société marchande, la diplomatie publique poursuit cinq objectifs : répandre la voix chinoise à l’étranger, dessiner une image positive, réfuter les calomnies, améliorer l’environnement international et influer sur les décisions politiques étrangères. Les moyens développés tiennent aussi bien de l’organisation d’échanges culturels que d’événements de diplomatie publique, de la mise en concurrence de l’industrie culturelle que du renforcement des études du marché de la communication.
Après 1990, l’objectif de la diplomatie publique est de projeter de pied en cap une image nationale complète, comme outil de développement économique. Enfin, ces dernières années, avec la théorie du « développement pacifique », la Chine veut se montrer coopérative avec le reste du monde, en se dotant de l’image de puissance majeure œuvrant pour le maintien de la paix mondiale.
Pourtant la Chine fait face à un contexte idéologique international difficile. D’un coté les Occidentaux utilisent leurs avantages en matière de capital et de technologie et jouent des écarts politiques pour orienter l’opinion publique internationale, dont on peut dire qu’ils ont le monopole, contre une Chine bâillonnée. D’un autre coté, suivant dix années de croissance, la puissance réelle et la place internationale de la Chine augmentent, mais s’accompagnent chez les étrangers de la crainte d’une menace chinoise, crainte qui se renforce vis-à-vis des exportations et pénétrations chinoises. Cela montre, selon l’auteur, que la diplomatie publique n’a pas encore été suffisamment efficace sur la population étrangère et que plusieurs défauts dans son développement en seraient la cause.
1. le premier tient au fait que trop d’importance a été accordée au hard power, malgré les nombreux moyens mis à la disposition des décideurs dans le système diplomatique. Chaque procédé donne des résultats dans son propre fonctionnement, et ne peut se substituer à l'autre. Si les succès militaires et économiques du hard power sont indiscutablement premiers, le soft power ne doit pas être négligé pour autant. En Chine, la puissance réelle est mieux exprimée par la sphère économique. Pendant longtemps, spécialement après la réforme et l'ouverture, afin d'augmenter la puissance économique et d'améliorer les conditions de vie, la Chine a consolidé une idéologie dominante utilisant les thèmes économiques pour soutenir sa diplomatie Or dans de nombreux domaines s'est développé l’idée erronée qu’une fois résolue la situation économique, la puissance nationale prendrait son essor et l'image internationale de la Chine s’améliorerait du fait de ses succès économiques. Ainsi, au lieu de s'intéresser à forger une puissance latente (隐性权力, yinxing quanli), la Chine a accordé une attention démesurée aux relations interétatiques et à la grande politique. Typiquement, certains croient que l’amélioration des relations officielles sino-américaines implique l'amitié des Américains pour les Chinois et s’étonnent de vagues anti-chinoises au Congrès lorsque l’administration américaine est prochinoise. En réalité, c’est oublier que le Congrès est la représentation de la volonté du peuple, ce dernier pouvant causer non négligemment la genèse, la dissémination et le renforcement de la théorie de la menace chinoise.
2. ensuite une posture politique « introvertie » (内向, neixiang) que l’étranger a indirectement poussé la Chine à développer à tort. Le caractère extraverti des cultures occidentales fait que l’objet de leur diplomatie publique se propage à large échelle. De son côté la propagande chinoise est soupçonnée d'interférer dans les affaires intérieures d'autres pays quoique ces derniers s’accordent sur la légitimité de tout gouvernement à opérer un certain contrôle de l'opinion publique via leurs choix d'information et d’échanges culturels.[4]
3. enfin l’explication et la réalisation de l’intérêt national ne sont pas suffisamment assurées par la politique de diplomatie publique. La politique intérieure comme la diplomatie chinoise ont toujours suivi la poursuite traditionnelle de l'harmonie : l’action tout autant que la parole doit révéler significativement cette harmonie, et plus encore dans un monde où l’information est surabondante.
Des tests nécessaires pour une efficacité démontrée
1. D’abord constituer une doctrine de « diplomatie publique » adaptée à la situation chinoise dont les objectifs diffèrent de ceux des Américains et d’autres pays occidentaux. Pour la Chine, l’objectif est de cultiver un contexte international favorable à l'image et au développement économique chinois. Par ailleurs, les décideurs chinois promeuvent une nouvelle pensée diplomatique du « monde harmonieux » (和谐世界论, hexie shijie lun) voulant que, dans un monde instable, aucune suprématie unilatérale ne s’installe. La confiance, le pragmatisme, l'ouverture, la responsabilité sont à la base de ce concept, et obéissent à plus long terme à l'objectif stratégique de développement de la Chine dans sa troisième étape de modernisation. La puissance nationale chinoise étant renforcée, sa diplomatie publique peut être amenée à un niveau de parité stratégique avec celle-ci, en se saisissant de ce concept qui de surcroît fait passer une image chinoise positive dans la communauté internationale. Ce principe reflètera alors l'essence d'un nouvel idéalisme, une nouvelle direction pour le développement de la communauté internationale utile pour la paix et le développement. En fait, « le monde harmonieux » peut vraiment constituer le point de départ logique de la structuration de la diplomatie publique chinoise. Dans le prolongement de la politique intérieure et de l'harmonie sociale intérieure, il viendrait corriger les erreurs de perception de l'image nationale chinoise.
2. Ensuite, il faut changer le « marché des concepts » (观念市场, guannian shichang), lequel souffre d’une vision immuable d’un pays sur un autre, dont le côté négatif est d’autant plus important que la différence culturelle est grande. En outre, plus deux pays, ou zones, réduisent leurs relations mutuelles, plus les erreurs d'interprétation seront grandes. Depuis 2000, les relations sino-américaines n'ont cessé de changer, et les médias ont relayé le jugement impartial de la Chine, que les Américains partagent aujourd’hui avec les Japonais et d’autres pays européens quant au marché chinois. Il faut, à l'instar du Canada, centrer les investissements dans les media à forte influence et à objectif défini sur lesquels la diplomatie publique pourra s’appuyer pour résoudre cette situation en gagnant le cœur et l'esprit des opinions étrangères.
3. établir une « théorie à l’intention des élites » (精英效果理论, jingying xiaoguo lilun). Parmi les quatre catégories principales de l’opinion publique, plus que le public standard ou le public concerné, l'élite de l'opinion publique et l'élite politique ouvrent davantage de fenêtres d’opportunité pour les décideurs par leur rationalité et leur approfondissement des questions spécialisées. En ce sens, l'élite de l'opinion a un pouvoir de mobilisation et de clarification des questions en débat. Aussi la diplomatie publique chinoise doit-elle concentrer ses moyens en direction des élites occidentales, mais aussi avoir à l’esprit que celles-ci tiennent compte des sentiments du grand public dans leur réflexion.
4. Enfin, rendre la diplomatie publique plus légitime et combative. « Cacher ses talents [5]» en diplomatie et en gouvernance est une caractéristique de la modestie traditionnelle chinoise. Si la diplomatie traditionnelle doit être mesurée dans son expression, la diplomatie publique doit montrer sans complexe son visage "légitime" afin de prendre l'initiative et de s'étendre, d’autant que l’espace laissé vide d’expression est utilisé par d’autres. L’auteur étaye cette recommandation en citant : d’une part un consultant en communication londonien, Simon Anholt, lequel estime qu'une façon efficace de contrôler l'opinion publique est de faire de son mieux pour dissimuler le cadre idéologique de toute politique, afin d’amener naturellement l’opinion au but recherché; et d’autre part Christopher Hill, ancien Secrétaire-adjoint pour la diplomatie et les affaires publiques du Département d’Etat américain, qui affirme que « la diplomatie publique et autres instruments du soft power doivent avoir davantage de moyens de contrôle, indispensable à l'avantage du processus décisionnel dans la politique étrangère ».
Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°5, mai-juin 2006, pp. 22-23
Synthèse commentée de Michaïl Andrei d’après :
- Jin Ying, «D’où Koizumi tire-t-il sa force ? », Huanqiu shibao (Global Times), 30 mars 2006.
Cet article de Jin Ying se propose d’analyser la force politique[1] exceptionnelle de Koizumi, et pose d’emblée que ce dernier, au-delà de sa seule autorité naturelle, la doit surtout aux réformes en cours et au soutien institutionnel que lui offre le système japonais actuel. Les réformes du système électoral et de l’administration, notamment, revêtent une importance toute particulière en ce qu’elles ont favorisé la concentration du pouvoir. Mais, conclut Jin Ying, il est certainement imprudent de faire reposer l’avenir du pays sur une poignée d’hommes.
Koizumi tire avantage de son obstination pour mettre en avant des réformes politiques.
C’est principalement dans cette assertivité, voire même dans son intransigeance (强硬), que réside le caractère particulier du pouvoir de Koizumi, comme le montrent sa réforme de la Poste, la marginalisation de ses opposants ou le maintien obstiné de ses visites au temple Yasukuni. Mais cette obstination n’est pas sans arrière-plan : le Premier ministre est arrivé à point nommé pour recueillir les fruits des réformes initiées à la fin des années 80. Les bouleversements que le Japon a connus à partir de 1989 ont progressivement élargi le champ des réformes qui visaient initialement l’oligarchie, mais aussi retardé l’apparition de leurs premiers résultats. Koizumi était en cela « l’homme de la situation », dans le sens non pas de l’homme providentiel, mais plutôt dans celui qui tombe à point nommé.
De nombreux facteurs retardaient la mise en œuvre des réformes (complexité croissante de son contenu, inertie gigantesque de l’ancien système, croissance en panne…), aboutissant au tournant du siècle à une situation paradoxale : les fondements du système politique étaient modifiés sans que cela fût visible. Aussi Koizumi put-il tout à la fois s’attaquer au « vieux PLD » et s’attribuer les résultats positifs déjà obtenus des réformes. Sans aller jusqu’à user du qualificatif d’opportuniste, Jin Ying insiste donc sur la capacité de Koizumi à saisir les occasions (机会). Le Premier ministre japonais a cependant su aller plus loin encore, en passant des réformes institutionnelles à des modifications durables dans les processus de décision politique.
Les deux réformes cruciales pour la politique japonaise.
Le système électoral japonais adopté après la guerre mêlait proportionnelle de liste régionale et scrutin uninominal à un tour, et aboutissait à l’élection de plusieurs représentants (2 à 6) par circonscription. Cette structure favorisait puissamment la constitution de factions au sein des partis. Les cascades de scandales de corruption de la fin des années 80 provoquèrent le mécontentement populaire et des modifications du système électoral. L’essentiel de la réforme tient donc dans l’introduction d’un niveau régional de représentation[2], le niveau inférieur (circonscriptions) n’ayant désormais plus qu’un seul représentant. Les partis ne finançant plus qu’un seul candidat par circonscription, les effets de parrainage se sont nettement affaiblis. Enfin, les candidats, en cherchant à s’assurer une base électorale la plus large possible, ont été amenés à tenir des discours plus politiques et moins clientélistes ;
Désormais, les représentants des circonscriptions, élus sans égard à leur âge, en deviennent les seuls porte-paroles. La répartition structurelle des tâches par catégorie d’âge tend donc à s’effacer, et le droit à la parole dont bénéficient désormais les jeunes représentants a directement favorisé le processus de démocratisation interne aux partis. Ce mouvement a abouti à des échanges de bons procédés entre la base et la tête du parti au détriment des factions. Globalement, le pouvoir a donc reflué d’une part vers les représentants de base, d’autre part et surtout vers le « cœur » du parti (本部), la strate intermédiaire factionaliste perdant quant à elle « toute pertinence politique » :
La réforme administrative. Depuis l’ère Meiji, le système bureaucratique (la haute administration) a gardé un ascendant permanent sur le parti majoritaire au pouvoir, inapte à tenir directement les commandes de l’Etat. Cette situation dite « des fonctionnaires en dessus, et politiciens en-dessous » (« 官高政低 ») se doublait d’une dispersion du pouvoir et d’un éparpillement des pratiques. En 1996, le Japon s’est lancé dans une réforme administrative visant à répondre au relatif regain d’intérêt des partis pour ce domaine de la vie publique.
On réduisit donc la masse de l’administration en passant de 22 ministères à 12, et on élargit d’autre part les prérogatives du Premier ministre. Ce dernier se trouve désormais au cœur d’une structure concentrique : cabinet élargi, cabinet restreint, ce dernier étant chargé d’assurer la cohérence politique de l’action gouvernementale. Le cabinet restreint dispose de plus de quatre commissions consultatives et de dix ministres chargés de mission qui ont pouvoir de coordonner et d’harmoniser les actions relevant de quelque ministère que ce soit. Cette politisation du cabinet autrefois tenu par un



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