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Japan_Analysis__no_5ANALYSE DE L’ACTUALIté 1. L’Alliance nippo-américaine face aux missiles nord-coréens 2. Le retrait des troupes d’Irak 3. M. Koizumi à l’heure du bilan 4. La préparation des élections à la présidence du PLD POINTS DE VUE D’ACTUALI Gabe Masaaki, « Les missiles nord-coréens sont-ils une menace ? » Nakanishi Terumasa, « La résolution de sanction est une victoire pour le Japon » Asô Tarô, Watanabe Shôichi, « L’indépendance par-dessus tout » Terashima Jitsurô, « L’après 11 septembre » Lee Jon-wong, Matsuda Yasuhiro, Takahara Akio, « La Chine est-elle une menace ? ».

  

Information - inscription : japananalysis@centreasia.org

Extrait de Japan Analysis - La Lettre du Japon n°5, septembre 2006, p. 4-6, d’après Yomiuri, Asahi, Sankei, MOFA.

 

Le 29 juin, le Premier ministre Koizumi et le président Bush ont tenu leur dernier sommet avant la fin du mandat de M. Koizumi, et ont adopté une déclaration intitulée L’Alliance nippo-américaine pour le nouveau siècle. Les deux leaders s’y félicitent des progrès de la relation nippo-américaine et souhaitent que ceux-ci se prolongent.  Ils insistent sur leurs valeurs et intérêts communs, et envisagent l’extension de l’Alliance à certaines questions économiques internationales.

    

De nouveaux domaines de coopération sont définis :

 - la promotion de la croissance, des réformes économiques ; - la promotion de l’ouverture des marchés ; - une action en faveur de la libre circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux tout en poursuivant la lutte contre le terrorisme ; - la mise en œuvre et le renforcement des droits de propriété intellectuelle ; - l’amélioration de la sécurité énergétique mondiale ;

- l’entretien d’un climat favorable aux affaires dans les deux pays

 

Par ailleurs, les deux chefs d’État affirment leur conviction que l’Asie connaît une transformation historique, et va adopter les valeurs démocratiques universelle, de la liberté et des droits de l’homme, ainsi que de l’économie de marché et de l’état de droit. Les deux hommes souhaitent encourager ce mouvement  par la promotion des libertés individuelles ; par l’amélioration de la transparence et de la confiance dans les domaines politique, économique et militaire ; enfin, par la protection de la dignité humaine et des droits de l’homme, notamment en résolvant les questions qui subsistent sur les citoyens japonais kidnappés par la Corée du Nord.  

 

La coopération nippo-américaine accompagne (embrace, ikasu) le dynamisme de la Chine et contribue à l’équilibre stratégique de l’Asie orientale. L’importance des partenariats entretenus avec les alliés régionaux, tels que l’Australie, y est aussi soulignée. Les deux chefs d’État appellent la Corée du Nord à respecter ses engagements de septembre 2005[1] et donc à poursuivre le moratoire des tests de missiles : une exhortation qui, on le sait depuis le 4 juillet, s’est avérée vaine.  

 

Les préoccupations japonaises relatives à la Chine et à la Corée du Nord trouvent donc écho dans ce nouveau texte, qui s’efforce de sortir l’Alliance de sa dimension strictement sécuritaire et de ne pas donner à la Chine le sentiment que cette Alliance est désormais tournée contre elle (après l’avoir été contre l’URSS durant la Guerre froide). 

 

Cette déclaration est intervenue au milieu de spéculations sur le lancement prochain d’un missile de longue portée par la Corée du Nord. Depuis le début du mois de mai, les gouvernements japonais et américain considéraient que la Corée préparait un tir[2]. Le 20 juin, le Pentagone a annoncé avoir franchi une nouvelle étape dans le déploiement du système de défense anti-missiles terrestre du territoire américain. Le lendemain, la Corée a donné à entendre qu’elle pourrait effectuer un tir de missile. Le 23 juin, en application d’une décision du gouvernement du 24 décembre 2005, le ministre des Affaires étrangères japonais, M. Asô, a signé avec l’ambassadeur des États-Unis Thomas Schieffer, un accord sur le développement et la production du missile anti-missile SM3 de nouvelle génération,  indispensable au système de défense anti-missile.  

 

Le 5 juillet[3], la Corée lance sept missiles dont un Taepodong 2 de longue portée qui s’est abîmé  non loin de sa base de lancement. Le gouvernement japonais annonce (avant même le lancement du septième missile) une série de sanctions ou exigences, parfois surtout symboliques :

1. l’abandon du programme balistique, la cessation des exportations, le retour sans condition aux conférences à Six ;

2. l’interdiction de l’entrée dans les ports japonais du ferry Mangyonbongô qui transporte des passagers et des marchandises ;

3. l’interdiction d’entrée sur le territoire japonais de représentants des autorités coréennes ;

4. l’interdiction de sortie du territoire de représentants des autorités coréennes résidant au Japon ;

5. le report de déplacements en Corée du Nord de fonctionnaires japonais ; il est demandé à la population de s’abstenir d’y voyager ;

6. l’interdiction de vols charter entre la Corée et le Japon ;

7. le renforcement du contrôle des exportations à destination de la Corée sur les matériaux pouvant être utilisés dans un programme balistique ou nucléaire ;

8. l’application stricte des dispositions légales existantes ;

9. l’examen de mesures complémentaires – notamment financières, en application des lois sur les échanges et le commerce international. 

 

Au Conseil de sécurité, le Japon soumet le 10 juillet un projet de résolution condamnant la Corée du Nord, adoptant des sanctions et comportant une référence au chapitre 7 de la Charte des Nations unies. Ce projet est rejeté par la Chine et la Russie qui proposent une nouvelle rédaction. Le 15, un texte de compromis est adopté : il condamne la Corée du Nord et l’enjoint de suspendre ses activités ; il appelle la communauté internationale à la vigilance afin de prévenir le transfert à la Corée de matériaux, de biens, de technologies ou de fonds, ou l’acquisition par la Corée de matériaux, bien ou technologies pouvant alimenter son programme balistique et d’armes de destruction massive. Le caractère impératif des sanctions, tout comme la référence au chapitre 7, ont disparu, mais la résolution 1695 condamnant la Corée a été adoptée à l’unanimité. 

 

Le 19 septembre, le gouvernement japonais, comme les États-Unis et l’Australie, adopte une série de sanctions financières visant à mettre en œuvre les recommandations de la résolution.  

 

Le lancement des tirs de missiles coréens de juillet a conduit M. Abe, secrétaire général du gouvernement, et le directeur de l’Agence de défense, M. Nukaga, à déclarer que le Japon devrait se doter des capacités militaires qui lui permettraient de frapper une base ennemie sur laquelle un lancement de missile menaçant le Japon serait imminent : la notion est distinguée dans ces débats de celle de frappes préventives.  

 

L’article 9 de la Constitution japonaise limite le Japon à la légitime défense et la question de savoir si cette notion (encadrée juridiquement) peut être étendue aux frappes préventives est débattue. Dès février 1956, le Premier ministre Hatoyama s’était dit favorable à une telle extension. Pour les partisans de cette interprétation, la Constitution n’a pas entendu imposer au peuple japonais d’attendre la mort les bras croisés, selon les termes de l’ancien directeur de l’Agence de défense, M. Ishiba[4]. 

 

Le tir d’un Taepodong 1 en août 1998 avait conduit le Japon à accepter de mener avec les États-Unis des études conjointes sur le système de défense anti-missiles et à s’équiper de satellites de renseignement (théoriquement civils). Les nouveaux tirs offrent au gouvernement l’argument le mieux à même de convaincre la population que le Japon doit se donner les moyens de faire face à la menace balistique et nucléaire.  

 

Le gouvernement a ainsi annoncé que les PAC3 qui devaient être déployés à partir de mars 2008, le seraient dès cette année fiscale (avant mars 2007). Le gouvernement américain va pour sa part déployer des missiles PAC3 autour de ses bases d’Okinawa à partir du mois d’août.



[1] A l’issue de la troisième Conférence à 6, le 19 septembre 2005, la Corée du Nord s’est engagée à abandonner son programme nucléaire et à réadhérer au TNP et aux sauvegardes de l’AIEA. En contrepartie, les États-Unis affirmaient qu’ils n’avaient pas l’intention d’attaquer la Corée et reconnaissaient le droit de la Corée du Nord à un usage pacifique du nucléaire.
[2] Sankei shimbun, 1er juin 2006.
[3] A l’heure de Tôkyô, 4 juillet à l’heure de Washington, qui a été retenue généralement par la presse internationale.
[4] Le 16 mai 2002 à la Diète.

 

Extrait de Japan Analysis - La Lettre du Japon n°5, septembre 2006, p. 8-9 d'après Kita chôsen dandô misairuha kyôi ka, Sekai, septembre 2006, n°756, pp. 75-81.

  

Spécialiste des questions de défense, M. Gabe relativise la menace que posent au Japon les missiles nord-coréens.

Une menace non-spécifiée

   

Le 5 juillet, la Corée du Nord a lancé 7 missiles qui, tous, se sont abîmés dans la mer du Japon. 5 heures et demi plus tard, le secrétaire général du gouvernement déclarait[1] : « on ne peut qu’être extrêmement inquiet de ces tirs de missiles » (kiwamete yûryo subeki mono), qui posent problème au regard de la prolifération des ADM, de la stabilité et de la paix internationale, et de notre sécurité. Ces tirs sont également contraires au moratorium convenu dans la déclaration commune nippo-nord coréenne de Pyongyang (2002).

 

A midi à peine passé, le Japon publiait une série de mesures (Kitachôsen ni yoru dandô misairu no hassha jian ni kakaru wagakuni no tômen no taiô ni tsuite).

 

Le projet de résolution présenté le 6 en fin de matinée (heure japonaise) au Conseil de sécurité proposait :

1. d’agir sur la base du chapitre 7 ;

2. de condamner les tirs de missiles, de souligner leur contradiction avec l’engagement pris par la Corée de geler ses lancements ;

3. d’imposer à la Corée du Nord la suspension immédiate du développement, de la production et des expériences balistiques ;

4. d’interdire l’entrée en Corée de matériaux et techniques pouvant se prêter au développement d’armes de destruction massive ;

5. la reprise immédiate des conférences à Six.

 

Il était en outre précisé que « la prolifération des armes nucléaires, biologiques et chimiques ou de leurs vecteurs constitue une menace pour la paix et la stabilité internationale » et que « les lancements de missiles par la Corée avaient accru les tensions en Asie orientale et autour, et constituaient de ce fait un grave sujet de préoccupation ».

 

La résolution de compromis finalement adoptée n’affirme pas que la Corée du Nord constitue une menace : sans doute n’était-ce pas la vision de la communauté internationale.

 

Le Japon était-il visé ?

 

Comment se fait-il que le gouvernement japonais, alors qu’il condamne et sanctionne la Corée du Nord, ne dit pas que le lancement de missile est une menace pour le Japon ?

 

La Corée du Nord a lancé le 5 juillet des Scuds d’une portée de 500 km, ce qui couvre toute la péninsule coréenne ; des Rodongs dont la portée de 1300 km couvre l’ensemble du Japon ; des Taepodongs d’une portée de 3500 à 6000 km qui peuvent atteindre l’Alaska. Ce n’est pas seulement à des fins en soi d’exercice militaire. Les tirs ont pu être le fruit d’un compromis entre autorités coréennes – entre l’armée et Kim Jong-Il – par exemple, ou un signal adressé aux États-Unis pour obtenir des négociations bilatérales ; l’acte de volonté d’une Corée du Nord éclipsée par l’Irak et par l’Iran, et désireuse d’obtenir, comme l’Inde et le Pakistan, le statut de possesseur de l’arme nucléaire. Les spécialistes font beaucoup de supposition sur les buts de ces tirs, mais aucun à ma connaissance, ne prétend que la Corée ait voulu atteindre le Japon.

  

Dès le mois de mai le tir d’un Taepodong 2 a semblé probable. En juin, on a appris que les préparatifs avaient commencé et qu’un tir pouvait avoir lieu sous deux ou trois jours. C’est ainsi que le gouvernement japonais a pu préparer sa réaction[2]. Il n’y a pas eu de déclaration qui stigmatise les tirs comme une menace pour le Japon. Celle du secrétaire général affirme seulement que « les tirs concernent directement la sécurité du Japon ».

 

La limite des sanctions adoptées par le Japon, pour aussi  sévères que le gouvernement japonais les ait dites, a montré que si la vision de la communauté internationale ne servait pas de pilier à la politique nord-coréenne du Japon, ce dernier était dépourvu d’influence.

  

La portée des missiles constitue-t-elle une menace ?

  

Si l’on pose la menace comme T, les capacités comme C, et les intentions comme I, alors T = C x I.

Je ne prétends pas que parce que le gouvernement japonais ne parle pas de menace, les missiles n’en constituent pas une.

 

La Corée du Nord possède des missiles qui peuvent atteindre le Japon ; outre qu’elle ne donne pas les informations qui permettraient d’avoir confiance, ses intentions sont incertaines. On ne peut donc pas affirmer que la Corée du Nord n’est pas une menace.

 

Pour que les missiles constituent une menace, il faut qu’ils soient destructeurs. Il faut donc à la fois le vecteur, le missile, et sa charge, la tête nucléaire. On sait que la Corée du Nord dispose des missiles ; on sait également qu’elle a un programme d’enrichissement de l’uranium et qu’elle a acquis six à huit ogives nucléaires contenant du plutonium. Il faut encore que ses expériences aboutissent et qu’elle sache fabriquer les bombes, et qu’elle puisse ensuite les miniaturiser pour en charger les missiles. Pour l’heure, la Corée du Nord ne peut fabriquer de missiles nucléaires.

 

Quant aux intentions de la Corée du Nord, on ne peut que les supputer. Si elle attaquait le Japon, elle entrerait en guerre ouverte non seulement contre le Japon, mais contre les États-Unis. A l’instant même où le missile frapperait le Japon, la péninsule coréenne serait en flammes. [On peut penser que ce n’est pas ce qu’elle souhaite et que] par conséquent, ses missiles ne constituent pas une menace pour le Japon.    

[1]http://www.kantei.go.jp/jp/tyoukanpress/rireki/2006/07/05_a.html
[2] Voir à cet égard le Yomiuri du 19 juin, par exemple (« Taepodong 2 hassha nara anpori futaku taikita seisai wo kentô seifuhôshin »).

 

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