ANALYSE DE L’ACTUALIté 1. Le programme de M. Abe 2. La réforme de la loi fondamentale sur l’éducation 3. Les conséquences de l’essai nucléaire nord-coréen 4. Un rapprochement du Japon et de la Chine POINTS DE VUE D’ACTUALIté l Wada Haruki, « La conscience historique d’Abe Shinzô en question », Sekai, oct. 2006 l Kobayashi Yôichi, « Porter la voix du peuple à la Diète », Sekai, nov. 2006 l Kitaoka Shinichi, « Cinq options de dissuasion face à la Corée du Nord », Chûô kôron, déc. 2006 l Ebata Kensuke, « Notions de base en matière nucléaire aux Japonais qui en sont dépourvus», Chûô kôron, déc. 2006 l Asô Tarô, « Les États-Unis ont réaffirmé le parapluie nucléaire », Chûô kôron, déc. 2006, (interview de Teshima Ryûichi). l Okazaki Hisahiko, « Prôner de nouveau la sortie d’Asie et le rapprochement des États-Unis », Chûô kôron, déc. 2006
Information - inscription : japananalysis@centreasia.org
Extrait de Japan Analysis - La Lettre du Japon n°6, décembre 2006, p. 3.
Au mois d’octobre, M. Abe a créé une commission de refonte de l’éducation (kyôiku saisei kaigi) dont la mission est « de construire un système éducatif adapté au 21e siècle ». Avant lui, M. Nakasone (1987), puis MM. Obuchi et Mori avaient établi des commissions spéciales destinées à réformer l’éducation. Présidée par le prix Nobel de chimie Noyori Ryôji, cette commission comprend 17 membres[1] et remettra un rapport intermédiaire en mars prochain.
[1]http ://www.asahi.com/edu/news/TKY200610100079.html
Cette commission est chargée de réfléchir à une réforme des enseignements en vue, selon le programme politique du PLD, de stimuler l’ambition des jeunes et de leur inculquer l’amour de leur pays. À cet objectif de réforme du contenu même des enseignements, s’ajoute un objectif de réforme de l’administration de l’éducation et notamment des commissions d’éducation.
La responsabilité de ces commissions a en effet été mise en cause par l’actualité récente. La malveillance de certains enfants à l’égard de leurs camarades (ijime) a conduit au suicide de six enfants en un mois cet automne[1]. Or, les commissions auraient tendance à ne pas divulguer les chiffres des incidents liés à ces malveillances ou à ne pas chercher à savoir si de tels incidents se produisent dans leurs circonscriptions (les parents d’élèves considèrent, regrette le ministre de l’Éducation, M. Ibuki, que les bonnes écoles sont celles où de tels incidents ne sont pas rapportés[2]). Beaucoup de commissions d’éducation ont réagi à cette actualité en lançant des enquêtes dans les écoles qui relèvent de leur compétence.
Un projet de réforme de la loi fondamentale est d’ores et déjà examiné par la Diète[3]. Le texte a été adopté en première lecture par la Chambre basse le 16 novembre. Les deux premiers articles du projet de loi indiquent notamment que l’éducation « vise à l’épanouissement de la personnalité » et doit préparer « à vivre dans une société et une nation démocratique et pacifique » (art. 1). L’éducation accorde une place centrale à la connaissance, aux valeurs individuelles et à l’autonomie, à l’égalité hommes-femmes, à l’altruisme et à l’intérêt public, au respect de la vie, de la nature et de l’environnement ; elle cultive une attitude de contribution à la paix et au développement de la communauté internationale en respectant les traditions et la culture japonaises, dans l’amour du pays qui les a portées et le respect des autres nations (art. 2). Le projet se distingue de la loi actuelle par la suppression d’une référence à la Constitution en préambule et par l’évocation des traditions japonaises et de « l’amour du pays » (plutôt que le terme aikokushin, c’est la périphrase « kuni wo ai suru » qui a été retenue).
Extrait de Japan Analysis - La Lettre du Japon n°6, décembre 2006, p. 6-7, d’après «Kusa no ne kara no koe wo kokkai he», Sekai, novembre 2006, pp. 41-47
L’auteur souligne l’importance de la réforme de l’éducation pour M. Abe et la rupture que constitue le projet de loi par rapport à l’esprit de la loi fondamentale actuelle.
Pour l’homme politique qu’est M. Abe, premier Premier ministre à être né après la guerre, et dont le parti s’est engagé à réviser la Constitution sous cinq ans dans son programme électoral, le plus important est de donner au peuple l’impression qu’il est parvenu à changer radicalement la politique de l’après-guerre. Parmi ses projets de réformes, celui de l’éducation est prioritaire. En octobre, immédiatement après l’élection du Premier ministre, un think tank proche de M. Abe, l’« Organisme de la régénérescence de l’éducation » (Nihon kyôiku saisei kykô), présidé par le juriste Yagi Hidetsugu, personnage central de l’Association pour la création de nouveau manuels scolaires, a tenu une réunion sur l’éducation. Par cette réforme d’une loi de l’immédiate après-guerre jamais amendée, le Premier ministre entend renforcer son image de chef d’État né de nouvelle génération.
Dans le processus d’adoption de la loi sur la levée du drapeau et le chant de l’hymne à l’école, en 1999, M. Abe était partisan de rendre ceux-ci obligatoires aux cérémonies de début et de fin d’étude. La veille de l’élection de M. Abe comme président du PLD, un arrêt a été rendu à ce sujet. Quatre-cent-un enseignants ont alors engagé une action contre la commission d’éducation de Tokyo et contre la ville de Tokyo qui voulaient rendre obligatoire la levée et le chant. Le tribunal de district de Tokyo a estimé qu’une telle obligation serait anticonstitutionnelle (art. 19 de la Constitution) et allait à l’encontre des dispositions de la loi de 1999 (art. 10).
L’objectif ultime du projet de loi actuel est de rompre le lien qui unit l’éducation à la Constitution. Le préambule de la loi en vigueur sur l’éducation (qui date de 1947) s’ouvre par ces mots, qui disparaissent dans le projet actuel : « Ayant établi une Constitution, [construit une nation démocratique et riche culturellement, nous avons résolu de contribuer au bien-être de l’humanité et à la paix du monde]. »[1] C’était rappeler que la souveraineté était désormais populaire, non plus impériale, et que désormais le gouvernement ne déclarerait plus de guerre.
[1] Cette partie du texte change peu ; seule disparaît la référence à la Constitution.



Français
English
