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Asia Centre - Centre Etudes Asie
Les points de rencontre de l'Asie avec les grands problèmes du monde
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Japan_Analysis_no_9ANALYSE DE L’ACTUALIté 1. Une défaite sans précédent par son ampleur aux élections sénatoriales 2. Une succession de scandales avait terni l’image du Premier ministre 3. M. Abe a renoncé à composer avec l’opposition et a préféré démissionner 4. La fin du gouvernement de M. Abe aura vu le retour de pratiques politiques ignorées par M. Koizumi 5. M. Abe aura rééquilibré la politique étrangère de son prédécesseur 6. Le choix du PLD s’est porté sur M. Fukuda POINTS DE VUE D’ACTUALIl Takayasu Kensuke, « Le gouvernement Abe est-il celui d’un leader ? », Sekai, juillet 2007, p.119-127. l Takenaka Heizô, « Le manifeste du Minshutô ; trop peu de précisions en l’absence de vision macro-économique », Voice, octobre 2007, p. 66-70.  l Kabashima Ikuo, Hayano Tôru, « Le Premier ministre Abe a été mis en échec par la Constitution », Sekai, octobre 2007, p.68-79. l Nakanishi Terumasa, «La tragédie d’Ozawa Ichirô », Voice, octobre 2007, p. 52-65. l Kawabata Kiyotaka « La loi anti-terrorisme et la résolution du Conseil de sécurité », Sekai, octobre 2007, p.113-118. l Ishihara Masaie, « Contre la justification de la guerre d’Okinawa par une vision « yasukuniste »», Sekai, juillet 2007, p.67-77.

  

Information – inscription : japananalysis@centreasia.org

Extrait de Japan Analysis - La Lettre du Japon n°9, septembre 2007, p. 4-5., d’après Asahi shimbun, Yomiuri shimbun, NHK, texte juridique mentionné.

 

Le choix du président du PLD s’effectue habituellement lorsque le Premier ministre est arrivé au terme de son mandat de deux ans. Son successeur est élu par un collège électoral composé des sympathisants, des membres, et élus nationaux et locaux du PLD. Les parlementaires et les autres catégories d’électeurs, représentant les régions, votent séparément...

M. Abe n’est en fonction que depuis un an et a démissionné soudainement, la situation est donc inhabituelle. Qui plus est, la loi de renouvèlement du déploiement des FAD dans l’Océan indien expirant le 1er novembre, le parti a retenu une procédure plus rapide : des représentants des électeurs régionaux, élus au cours de primaires, ont voté en même temps que les parlementaires. Sur les 528 votes, 3 sont accordés à chaque représentant local (ces votes peuvent ne pas être accordés à une seule personne : chaque région a défini les modalités de ses primaires) et 1 à chaque parlementaire (304 représentants et 83 conseillers). Cette procédure avait déjà été utilisée à six reprises (notamment pour la nomination de M. Obuchi, après la démission de M. Hashimoto, en 1998).

 

Toutes les factions du PLD, à l’exception de celle de M. Asô, soutenaient majoritairement M. Fukuda, qui a été élu par 254 voix parlementaires (pour 132 à M. Asô) et 76 voix régionales (65 pour M. Asô).

 

M. Fukuda a ensuite été désigné par la Chambre basse et M. Ozawa, par la Chambre haute. La commission mixte paritaire réunie en application de l’article 86 de la loi de la Diète n’a pas permis de réconcilier les Chambres et le vote de la Chambre basse l’a emporté.

 

M. Fukuda, qui est le fils de l’ancien Premier ministre Fukuda Takeo, s’est imposé parce qu’il est une figure modérée de la scène politique japonaise. Secrétaire général du gouvernement sous M. Koizumi, il s’était retiré du gouvernement en mai 2004 lors d’un précédent scandale sur les retraites – il s’était avéré qu’un nombre important de parlementaires n’avait pas déclaré dépendre d’un régime spécial au moment de leur élection. M. Fukuda avait omis de déclarer un petit montant.

 

Il est favorable à la création d’un nouveau monument aux morts où les chefs de gouvernement puissent se rendre sans susciter de controverse. M. Abe, qui, comme lui (et comme, avant lui, M. Koizumi), est de la faction Machimura, avait été préféré en septembre 2006. M. Fukuda, âgé de 71 ans, semblait avoir été écarté définitivement de la course aux plus hautes fonctions, mais la victoire de l’opposition aux sénatoriales de juillet l’a favorisé.

 

La cérémonie d’investiture du nouveau gouvernement a eu lieu le 26 septembre. Machimura Nobutaka, ancien ministre des Affaires étrangères, devient secrétaire général du gouvernement ; Ishiba Shigeru revient à la Défense ; Kômura Masahiko reste aux Affaires étrangères et Ôta Hiroko, à la politique économique et financière. M. Fukuda a désigné comme président du comité des affaires politiques du PLD M. Tanigaki, chef d’une petite faction et ancien fonctionnaire du ministère des Finances, modéré également.

 

Extrait de Japan Analysis - La Lettre du Japon n°9, septembre 2007, p. 8-9., d’après Kawabata Kiyotaka, Sekai, octobre 2007, p.113-118.

 

Alors qu’Ozawa Ichirô propose, depuis le 5 octobre, que le Japon s’associe à l’International Security Assistance Force (ISAF), l’auteur revient sur les différentes structures intervenant en Afghanistan et sur les choix du Japon en matière de coopération internationale. Les Nations unies, outre la mission d’assistance (UNAMA) qu’elles y mènent, ont approuvé la formation par les États de l’OTAN de l’ISAF ; l’opération Enduring Freedom se poursuit parallèlement...

La résolution 1746 (2007) assure le gouvernement Karzai du soutien de la communauté internationale et est sans relation directe avec la lutte contre le terrorisme. Le soutien des Nations unies, prodigué par l’ISAF, relève d’une logique différente de la lutte contre le terrorisme menée, en vertu de la résolution 1368, par une coalition internationale conduite par les États-Unis. Ces deux activités n’ont pas le même statut à l’égard des Nations unies. En ce sens, la déclaration de M. Ozawa selon laquelle « l’activité anti-terroriste dont les États-Unis sont le pivot n’est pas directement encadrée par une résolution du Conseil de sécurité » est exacte.

 

Le département d’État a refusé de mettre toutes les forces américaines du côté de l’ISAF, si bien que la force est restée dans la capitale et que son déploiement dans le reste du pays a tardé : elle n’a pas atteint le sud du pays avant l’automne 2006, cinq années après sa mise en place. Les Talibans et les factions militaires ont eu le temps de se reconstituer.

 

L’ISAF et la force anti-terroriste ne se distinguent pas seulement par leur statut, mais aussi par les stratégies qu’elles mettent en œuvre. L’usage des armes est permis aux soldats de l’ISAF au titre du chapitre 7, mais leur objectif est la promotion du processus de retour à la paix, et ils n’exercent donc qu’une activité militaire reposant sur la défense. La guerre contre le terrorisme vise à faire disparaître les Talibans et Ben Laden : sa stratégie est l’attaque. L’ISAF entend rallier l’ensemble des ennemis de la paix – factions militaires régionales, forces islamistes radicales, anciens Moujahidins opposés à la paix, organisations criminelles qui trafiquent des armes et de la drogue, Talibans et Al Qaeda. La guerre contre le terrorisme ne cible que ces deux derniers groupes.

 

La déclaration de M. Ozawa pose la question du devenir de la politique de défense japonaise. En raison des contraintes constitutionnelles, la légitime défense collective n’a pas pu être invoquée comme base légale au déploiement des FAD, fondé à la place sur les résolutions onusiennes et sur « la réalisation des objectifs de la Charte des Nations unies ». La contribution à la coalition américaine a été noyée et la coopération à l’action de l’ONU a été brouillée.

 

Ce qui a permis cette ambiguïté est l’onucentrisme du Japon. La stratégie japonaise après-guerre a reposé sur trois piliers, l’onucentrisme, la coopération avec les États-Unis et la considération accordée à l’Asie. Mais en réalité, dans le contexte de la Guerre froide, c’est la coopération avec les États-Unis qui a fonctionné.

 

En Afghanistan, le Japon n’a pas envoyé une personne dans le cadre de l’ISAF, mandatée par le Conseil de sécurité ; il a déployé des frégates dans l’Océan indien sur le fondement de la loi spéciale de lutte contre le terrorisme, sans relation avec l’activité des Nations unies. En Irak également, le Japon a ouvertement soutenu la guerre et a pris part à la politique irakienne des États-Unis en envoyant, après la guerre, les FAD dispenser une aide à la reconstruction, sur le fondement d’une loi spéciale.

 

À l’inverse du Japon, l’Allemagne a mené une politique indépendante des États-Unis au sein de l’ONU. Au moment de la guerre en Irak, elle s’est trouvée être membre non permanent du Conseil de sécurité ; elle a demandé avec la France et la Russie la poursuite des inspections de l’ONU et a eu des échanges virulents avec les États-Unis. Elle s’est opposée ensuite au principe d’une occupation menée par un État et a refusé d’envoyer des soldats. En Afghanistan, elle a au contraire envoyé plus de 3000 soldats à la fois dans le cadre de l’ISAF et pour la lutte contre le terrorisme, estimant que le contexte était favorable pour que l’ONU ne soit pas évincée [comme en Irak]. L’Allemagne est ainsi déjà engagée dans une véritable diplomatie multilatérale, tandis que le Japon a sauté à pieds joints dans la coopération avec les États-Unis. Alors que l’avenir de la coopération internationale japonaise aurait dû se situer avec les Nations unies, le Japon, en juillet 2007 a 38 personnes en Afghanistan, policiers ou militaires. Il est au 80ème rang de la participation internationale – l’Inde est troisième, la Chine, 12ème, l’Allemagne, 18ème

 

La déclaration de M. Ozawa pose trois problèmes.

 

Premièrement, admettons que l’on rejette effectivement la participation à la lutte contre le terrorisme [et que l’opposition démocrate conduise la majorité à renoncer à l’action menée depuis 2001 sur le fondement de la loi spéciale]. Il n’y a jamais eu de contribution internationale suffisante pour palier une absence de participation en contingents. Si l’Allemagne, elle, a pu se permettre de ne pas s’associer aux interventions américaines, c’est qu’elle a par ailleurs à son actif une action en faveur de la paix (OMP ou armée multinationale) remarquée dans la communauté internationale. Ni la communauté internationale, ni les États-Unis spécifiquement ne comprendraient que le Japon qui, lui, ne se montre pas si actif dans le cadre d’OMP (sans même parler des armées multinationales) ne s’implique pas un tant soit peu dans les autres formes d’actions internationales.

 

Qui plus est, M. Ozawa parle d’intégrer l’ISAF, mais cela obligerait à changer l’interprétation de la légitime défense collective et l’usage autorisé des armes à l’étranger, ce pour quoi les aménagements juridiques sont loin d’être prêts ; au Minshutô même, aucune proposition n’est rédigée. En l’état actuel des choses, on ne peut pas dire que nous serions crédibles à l’égard des autres États.

 

Deuxièmement,  la lutte contre le terrorisme n’est certes par une activité de l’ONU, mais les Talibans et Al Qaeda constituent une menace pour la paix et la stabilité internationales et en tant que membre de l’ONU, on ne peut se contenter de dire qu’il s’agit d’une « guerre américaine » pour ne pas s’y associer. Il faut distinguer la stratégie américaine en Irak qui au bout du compte nourrit le terrorisme, de celle qui est menée en Afghanistan. Le Conseil de sécurité a adopté des sanctions à l’égard des Talibans par la résolution 1267 (1999) que le Comité des sanctions contre Al Qaeda et les Talibans cherche à mettre en œuvre. L’activité d’Al Qaeda s’étend à travers le monde et refuser de participer à la guerre contre le terrorisme revient pour le Japon à abdiquer ses responsabilités. Aux États-Unis même, pratiquement tous les démocrates, y compris les meilleurs prétendants dans la course électorale américaine Obama et Clinton, souhaitent le retrait des soldats américains d’Irak tout en prônant le renforcement de la lutte contre le terrorisme en Afghanistan.

 

Troisièmement, M. Ozawa déclare que le Minshutô veut « contribuer activement aux activités des Nations unies, fondées sur l’accord de la communauté internationale ». Mais si l’existence d’une résolution du Conseil de sécurité était posée comme condition de la participation du Japon à une opération, il n’y aurait pas d’obstacle à ce que les FAD participent aux activités de l’armée d’occupation de l’Irak, armée multinationale fondée, en toute apparence, sur une résolution du Conseil de sécurité. En effet, toutes les étapes de la guerre en Irak ont été justifiées par des résolutions du Conseil de sécurité. Ces résolutions comportent, outre leur aspect juridique, un aspect politique et chaque État est responsable de décider par lui-même si véritablement elle reflète le consensus de la communauté internationale à un moment donné.

 

Le revirement de la majorité à la Chambre haute peut ainsi avoir des conséquences importantes pour la politique étrangère et de défense du Japon, pas seulement pour sa politique intérieure.

   
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