ANALYSE DE L’ACTUALIté 1. Le réchauffement des relations Chine-Japon se confirme 2. Le gouvernement fait passer en force une série de lois fiscales, après un compromis avec l’opposition 3. La fonction publique est réformée POINTS DE VUE D’ACTUALIté l Hatoyama Yûkio, « Mutô ou un autre : l’envers du décor », Chûôkôron, mai 2008, p. 50-60 (entretien). l Yamauchi Masayuki, « L’Étude de la nouvelle force politique du Moyen-Orient et la diplomatie japonaise », Chûôkôron, mai 2008, p. 86-101 l Kajimura Taichirô, « Pour une conscience historique réelle et juste », Sekai, juin 2008, p. 258-272 l Ishiyama Hisao, Hozumi Takeshi, Tawara Yoshifumi, « Tribunaux et révisionisme historique », Sekai, juin 2008, p. 274-284 l Yosano Kaoru, Maehara Seiji, « Le PLD et le Parti démocrate sont-ils vraiment différents ? », interview de Tahara Sôichirô, Chûôkôron, juillet 2008, p. 34-43.
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Extrait de Japan Analysis - La Lettre du Japon n°12, juin 2008, p. 2. d’après Yomiuri, Asahi, site du ministère des Affaires étrangères (Mofa).
Le président Hu Jintao s’est rendu au Japon le 7 mai. Aucun président chinois n’y était allé depuis Jiang Zemin en 1998, visite qui a laissé au Japon un souvenir mitigé. Par contraste, les propos de M. Hu ont été considérés comme très positifs pour la relation des deux pays : ils devaient se tourner vers l’avenir en prêtant attention au passé. La Chine a loué la contribution du Japon à la paix internationale...
...Dans la précédente déclaration conjointe, en 1998, les dirigeants des deux États avaient indiqué qu’affronter le passé en ayant pleinement conscience de l’histoire était au fondement des relations nippo-chinoises, tandis que M. Obuchi, alors Premier ministre, disait le « profond regret » (fukai hansei) du Japon pour les événements passés. Dans une conférence donnée le 8 mai à l’université Waseda, le président chinois a encore affirmé que l’histoire devait servir l’amitié entre les peuples et que le Japon avait activement contribué au développement de la Chine[1].
Un accord de principe a été annoncé en vue de l’exploitation commune des ressources en gaz extraites dans les puits chinois qui se trouvent à proximité de la ligne médiane entre les deux États, sans que soient encore définies les règles de répartition des fruits de cette exploitation ou l’étendue exacte de la zone concernée[2].
Après le tremblement de terre du Sichuan du 12 mai, le Japon a immédiatement proposé son aide à la Chine, qui l’a finalement acceptée le 15 – tardivement, au grand dam des responsables japonais des secours[3]. Les premiers sauveteurs étrangers à atteindre la région frappée ont donc été une équipe de trente et un secouristes japonais, ce qui a été perçu à Tôkyô comme symbolique du climat des relations sino-japonaises[4]. De fait, le gouvernement japonais n’a pas été aussi vigoureux que les Occidentaux dans sa condamnation des événements au Tibet : il a engagé le gouvernement chinois à renouer le dialogue avec le dalaï-lama. Au moment du passage de la flamme olympique à Nagano, à la fin du mois d’avril, des manifestations de pro-tibétains ont eu lieu, mais elles ont été contenues par les forces de l’ordre.
Le 31 mai, le secrétaire général du gouvernement, M. Machimura, a cependant indiqué que le gouvernement renonçait à utiliser les C-130 de l’armée, mode de transport qui eût pourtant été le plus efficace, pour préférer des avions de ligne, en raison de l’opposition exprimée sur le Net à un déploiement militaire japonais. Dans une conférence de presse du 17 juin, Ishiba Shigeru, le ministre de la Défense, a cependant annoncé qu’un destroyer japonais amarrerait en Chine à la fois pour apporter une aide à la suite du tremblement de terre, mais aussi pour rendre à la Chine la visite de son bâtiment militaire, en novembre dernier.
[2]. Le 15 juin, un accord se dessinait cependant pour inclure tant Chunxiao (Shirakaba), situé juste à l’ouest de la ligne médiane, Duanqiao (Kusunoki) et Longjing (Asunaro) que la partie de la zone économique exclusive (ZEE) japonaise qui se trouve côté chinois de cette ligne médiane. L’exploitation de ces zones et puits sera conjointe et les produits seront répartis à proportion des investissements réalisés.
[3]. « Mô sukoshi hayaku yôsei areba… », Yomiuri, 16 mai 2008.
[4]. « Nihon jûshi messeji mo », Yomiuri, 16 mai 2008.
Extrait de Japan Analysis - La Lettre du Japon n°12, juin 2008, p. 9-10. d’après Yosano Kaoru, Maehara Seiji, Chûô kôron, juillet 2008, p. 34-43 (interview).
Deux hommes politiques d’envergure échangent leurs vues sur la vie politique japonaise avec une grande figure de TV Asahi.
Pourquoi les politiques ne sont pas débattues sur le fond
Tahara Sôichirô : L’été dernier, les journalistes, moi inclus, ont vu la victoire du Minshutô aux élections et se sont dit « ça devient intéressant », et un an plus tard on soulève le couvercle pour ne plus voir dans la marmite qu’une « Diète divisée » : dites-moi, que s’est-il passé ?
Yosano Kaoru : S’il n’y a pas à la Diète de véritables débats, c’est que le Minshutô s’inscrit dans l’optique des élections générales.
Maehara Seiji : Nous voyons nous aussi les inconvénients de la situation, mais elle présente également des avantages. Jusque-là, la majorité passait ses projets ou propositions de loi dans les termes retenus par le Comité des affaires politiques du PLD. Depuis les dernières élections sénatoriales, enfin, l’opposition peut contribuer aux textes qui sont votés : dans la loi d’aide aux victimes de catastrophes naturelles (hizaisha seikatsu saiken shien hô), une aide à la réhabilitation de la résidence principale a été ajoutée ; une aide spécifique dans la loi d’amélioration du statut des aides-soignants (kaigo jûjisha shogû kaizen hô). Des organismes qui accueillaient les fonctionnaires dans leur seconde carrière vivaient de la taxe spéciale pour les autoroutes, et la remise en cause de ce système a aussi eu lieu grâce à l’opposition.
Jusqu’où la réforme administrative est-elle possible ?
Tahara Sôichirô : Sur 330 000 fonctionnaires, 210 000 relèvent de la fonction publique territoriale.
Maehara Seiji : Et notamment de 4 600 entités publiques où sont réemployés 27 000 fonctionnaires, pour 12 000 milliards de yens. Tout n’est pas inutile, mais l’opinion ne comprendrait pas que l’on parle d’augmentation des impôts sans chercher à mettre de l’ordre dans tout cela.
Tahara Sôichirô : Mais mettre vraiment de l’ordre soulèvera de l’opposition au sein du Jimintô.
Yosano Kaoru : Mais non, dans le cas de la taxe spéciale, le parti a bien compris que les cinquante personnes morales qui en dépendaient étaient un problème.
Au-delà des réformes néolibérales
Maehara Seiji : En 1993, le PIB par habitant du Japon était à la deuxième place ; il figure à la dix-huitième aujourd’hui. Quelles mesures proposez-vous ?
Yosano Kaoru : C’est incontestablement un problème, mais il ne se règle pas en un jour. Il faut investir dans les technologies qui sont l’atout du Japon.
Tahara Sôichirô : Alors que vous consacrez, dans le budget de cette année, 14 milliards de yens aux technologies de pointe, contre 5 600 milliards qui vont aux autoroutes ?
Maehara Seiji : Si la croissance ralentit à nouveau, ce n’est pas faute d’entreprises qui soient dynamiques isolément, mais parce qu’il manque des industries qui puissent tirer la croissance. Ensuite, il faut poursuivre la déréglementation. Comparée à celle des autres pays, l’efficacité de nos industries de service est basse, et c’est en raison de l’excès de réglementation. […] Il faut pourtant corriger les excès des réformes conduites par MM. Koizumi et Takenaka. La déréglementation doit avoir des limites. Les réformes accroissent manifestement les inégalités.
Yosano Kaoru :C’est absolument cela.
Maehara Seiji : Avec le vieillissement de la population et la diminution des naissances, accroître l’activité économique n’est plus possible [que par l’innovation]. Il faut se fixer pour objectif d’atteindre la première place pour le PIB par habitant, le Japon doit pouvoir prendre de l’avance dans des secteurs liés par exemple à l’environnement : il faut concentrer les investissements sur ces secteurs porteurs.
Yosano Kaoru : Nos ressources ne sont pas les ressources naturelles, mais la capacité de travail et d’innovation, qu’il nous faut raviver pour préserver notre prospérité.



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