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Asia Centre - Centre Etudes Asie
Les points de rencontre de l'Asie avec les grands problèmes du monde
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Japan_Analysis__no_1ANALYSE DE L'ACTUALITÉ 1. Réforme postale : les électeurs arbitrent 2. Le gouverneur de Tokyo a été réélu en juillet, et les élections municipales, considérées comme un « baromètre national » ont confirmé la tendance au bipartisme 3. Relations nippo-chinoises et nippo-coréennes : le soixantième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale ne fait pas oublier la crise du printemps dernier 4. Le G4 n’est soutenu ni par les états-Unis, ni par l’Union africaine 5. Conférence à 6 : un quatrième cycle décevant 6. Iter, un accord équilibré POINTS DE VUE D’ACTUALITÉ Sonoda Shigeto, « Sortir des jeux nationalistes »,  l Mizuno Naoki « Pour une mise en commun des documents historiques nippo-coréens » Takagi Yoshitaka « Indemnités de guerre à la Chinel Nakajima Mineo, Hiizumi Katsuo, Willie Lam, « La nouvelle guerre froide asiatique »  l Tanaka Shûsei, Iio Jun, « La foi plutôt que le parti – La scène politique nouvelle génération conçue par l’excentrique Premier ». 

   

Information - inscription : japananalysis@centreasia.org

Extrait de Japan Analysis - La Lettre du Japon n°1, sept. 2005, pp.4-5, d'après Asahi, Yomiuri, Kyôdô News

 

Le soixantième anniversaire de la Seconde guerre, célébré au mois d’août à Tokyo, a été ponctué par une déclaration du Premier ministre faisant écho à celle d’un de ses prédécesseurs, M. Murayama, en 1995. Cette déclaration d’un Premier ministre socialiste avait été perçue comme la première véritable manifestation d’un profond repentir du Japon sur les exactions commises pendant la période militariste. Survenant dans un contexte de tension latente, après les altercations du mois de février entre le Japon et la Corée du sud sur les îles Takeshima, une rencontre sans chaleur entre Koizumi et Roh le 20 juin, et les manifestations du mois d’avril en Chine, la déclaration de M. Koizumi a réaffirmé avec vigueur son engagement en faveur de la paix et sa « détermination que plus jamais le Japon ne prenne la voie de la guerre ». Il y a souligné que le Japon, « par la colonisation et l’agression, a infligé un dommage et une peine considérables à beaucoup de peuples, notamment à ceux d’Asie ». Une nouvelle fois, il a exprimé « son profond remord et ses excuses les plus sincères ». Tous les Japonais, plus de 70% d’entre eux n’ayant pas connu la guerre, ont reçu une éducation orientée vers la paix et y aspirent profondément, dit-il encore, pour conclure que « cette nation très attachée à la paix va œuvrer à la réalisation de la paix et de la prospérité dans le monde ».

La déclaration du Premier ministre Murayama, 15 août 1995 :

Rendant hommage à la réussite japonaise, le Premier ministre dit toute sa gratitude aux pays qui ont aidé le Japon, au premier chef, les États-Unis. Il poursuit ainsi :

« A un moment, dans le passé proche, le Japon, suivant une politique nationale erronée, s’est avancé sur la voie de la guerre pour sombrer dans une crise fatale, et par sa domination coloniale et son agression, a causé un dommage et une souffrance considérables aux peuples de nombreux pays, particulièrement d’Asie. Dans l’espoir que plus jamais cette erreur ne soit commise à l’avenir, je considère ces faits irréfutables dans un esprit d’humilité et exprime une fois de plus, mon profond regret et mes sincères excuses. Laissez-moi exprimer mon sentiment de deuil profond pour toutes les victimes, chez nous et à l’étranger (…) »

    

La réitération des excuses atténue quelque peu leur portée, mais le geste cette fois, s’est lié à la parole et le Premier ministre a renoncé à se rendre au temple Yasukuni cette année (le 15 août)[1]. Début juin, plusieurs personnalités du PLD avaient appelé le Premier ministre à suspendre ses visites (le Président de la Chambre basse et huit anciens premier ministres). La nécessité de la construction d’un lieu laïc où honorer les personnes décédées dans des combats s’impose progressivement, en vue d’atténuer les frictions avec la Corée du sud en particulier (la Chine est soupçonnée de jouer de l’anti-japonisme à des fins nationalistes). Une autre hypothèse défendue notamment par Hidenao Nakagawa, président du comité des affaires parlementaires du PLD, envisage le « retrait» des criminels de classe A. Le temple s’y est toutefois fermement opposé, affirmant que le peuple japonais n’avait pas admis la notion de criminels de guerre.

 

Les principales personnalités politiques ont pris parti à la fin du mois de juin. Le président de l’association des familles des personnes qui sont décédées pendant la guerre (Izokukai) a souligné qu’il était sensible en tant que président de l’association, aux visites du Premier ministre, mais qu’il convenait de ménager les pays voisins. Les membres de l’association se sont immédiatement distanciés des propos de leur président. Le président du Kômeitô a averti le Premier ministre qu’une nouvelle visite pourrait nuire à leur collaboration. Le secrétaire général du PLD, M.Takebe, et le président du parti démocrate, M.Okada, sont favorables à la construction d’un nouveau lieu de culte.

 

L’opinion, pour sa part, souhaite dans sa majorité (52%) l’arrêt des visites. 76% de ces personnes le souhaitent par considération pour les pays voisins, 13% seulement en raison des criminels de guerre, 6% parce qu’il s’agit d’une sublimation du militaire ou d’une institution religieuse. Les 36% de personnes interrogées qui considèrent que les visites doivent se poursuivre trouvent curieux de faire ce que disent des pays étrangers (39%), que c’est une lieu de recueillement approprié (36%), parce qu’il y fait serment de paix (13%), ou encore parce que ces visites sont conformes à ses convictions (9%) [2].


[1] En septembre, la Cour d’appel d’Osaka a rendu un arrêt tenant pour inconstitutionnelles ces visites du Premier ministre, effectuées en violation du principe de séparation de l’église et de l’État.

[2] Asahi, 28 juin 2005.

Extrait de Japan Analysis - La Lettre du Japon n°1, sept. 2005, pp. 7-8, d'après Sekai, juillet 2005, pp. 78-85. 

 

Les jeunes Chinois sont-ils anti-japonais ? L’auteur estime qu’ils le sont moins qu’on ne le prétend.

 

Dans un entretien de Tanaka Akihiko et d’Okamoto Yukio paru dans Chuo Koron en juin, M. Okamoto estime que l'anti-japonisme des jeunes Chinois a atteint des sommets a cause de l'éducation nationaliste qu'ils reçoivent...

Pourtant, beaucoup d'études démentent ces propos. Le baromètre 2003 du sentiment des Asiatiques à l'égard du Japon, par exemple, trouve en ce qui concerne la Chine que 29,7% des Chinois considèrent que le Japon a sur leur pays une influence bonne ou plutôt bonne, 39,8% que cette influence est mauvaise ou assez mauvaise, et 30,4% sont sans réponse. La majorité des réponses est donc négative. Or, chez les jeunes d'une vingtaine d'années, les chiffres sont respectivement 31,7%, 27,2% et 26,5%.

Le Centre de recherches sur les medias de l'Institut de sociologie chinois a fait une étude pendant les manifestations d'avril 2005 : les personnes qui disent aimer le Japon, ou bien l'aimer sont 28,5%, 10 points de plus que pour l'étude précédente, en 2001. La proportion a particulièrement grimpé chez les jeunes.

Pourquoi cette perception erronée du sentiment des jeunes Chinois a l'égard du Japon ? Elle provient sans doute de l'impression qu'ont les Japonais d'être attaqués. Que dire aux Chinois qui sont au Japon et entendent les camionnettes d'extrême-droite brailler leurs slogans, et considèrent que le Japon se droitise ? Si l'on estime que cet excès est entré dans la norme, pourquoi ne porte-t-on pas le même regard sur les manifestations chinoises ?

 

Domaines d'étude : sociologie comparée, histoire contemporaine chinoise, des changements culturels de l'Asie. Cours sur l'Asie Pacifique à l'école doctorale de l'U. Waseda.

L'émergence d'une nouvelle conscience de soi en Chine

 

Les camionnettes japonaises sont là depuis longtemps tandis que les manifestations sont nouvelles en Chine.

La Chine est depuis dix ans dans une situation d'anomie, de bouleversement des valeurs. La Chine de la révolution culturelle a imposé l'idéologie de la lutte des classes. Dans une société égalistariste où le progrès social est devenu seule source de fierté, le sac de Nankin par exemple a pris une valeur politique. Alors même que certaines personnes éprouvaient un sentiment anti-japonais, elles ne pouvaient le montrer. C'est, il faut le souligner, ce qui a permis la déclaration de 1972 et le rétablissement des relations diplomatiques.

Avec le progrès des reformes et le développement du sud de la Chine en particulier, les classes sociales ont resurgi, la perception qu’on en avait a changé, et une nouvelle idéologie est devenue nécessaire pour maintenir le peuple sous contrôle.

 

Amour et haine : un sentiment double a l'égard de la Chine montante

 

Les Japonais éprouvent à l'égard d'une Chine qui s'affirme face à l'extérieur, un sentiment double similaire à celui qu'ils ont éprouvé à l'égard des États-Unis. La Chine en tant que vainqueur de la Seconde Guerre mondiale a eu un siège au Conseil de sécurité, mais le Japon ne lui a pas versé d'indemnités de guerre. Alors que le Japon entrait dans sa grande période de croissance, la Chine engageait le "grand pas en avant" et la révolution culturelle. Les Japonais ont eu le sentiment d'avoir perdu vis-à-vis des Américains, non pas des Chinois, et leur sentiment de culpabilité était faible, bien qu'une barrière psychologique se fut érigée, empêchant que jamais ne puisse être envisagée la répétition d'actes semblables a ceux commis pendant la guerre. L'insatisfaction chinoise suffit cependant à faire entrer les deux pays dans un cercle vicieux.

En outre, dans les années 1990, alors que la Chine se développait rapidement, le Japon entrait dans "la décennie perdue". Deux états d'esprit opposes, la Chine prenant confiance en elle, et le Japon perdant confiance en lui, ont fait s'écrouler l'équilibre subtile des relations des deux pays.

Dans ce contexte instable, la haine, le dédain, l'envie, la peur, se sont mêlés dans le sentiment des Chinois à l'égard du Japon. Tant que les problèmes historiques subsisteront, ils ne relèveront pas du passé, mais du présent.

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