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Les points de rencontre de l'Asie avec les grands problèmes du monde
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Japan_Analysis__no_2ANALYSE DE L’ACTUALITE 1. Partenariat nippo-américain : une intégration progressive des deux armées 2. Le PLD fête son cinquantième anniversaire par des réformes 3. Sanctions et nominations : la gestion de l’après-élection 4. La visite du Premier ministre au temple Yasukuni a eu lieu avant le sommet de l’APEC en Corée du Sud. POINTS DE VUE D’ACTUALITE Umebayashi Hiromichi, « Ceci n’est plus l’armée américaine basée au Japon » Kabe Masaaki, « Il n’y a pas de place à Okinawa pour une nouvelle base »Honda Shigeru, « Le Japon face à la transformation américaine»Asô Tarô, Abe Shinzô, Tanigaki Sadakazu, « Mon projet de réforme du Japon ».

 

Information - inscription : japananalysis@centreasia.org

Extrait de Japan Analysis - La Lettre du Japon n°2, déc. 2005, pp. 5-6

 

Pour la cinquième fois depuis qu’il est Premier ministre, M. Koizumi s’est rendu au temple Yasukuni à titre privé, a-t-il été précisé cette fois, le 17 octobre, premier jour du festival d’automne du temple. Le président sud-coréen devait aller à Tokyo en décembre, pour rendre à M. Koizumi sa visite à Séoul de juin dernier, les deux chefs d’état ayant établi la pratique d’une navette diplomatique qui les réunit deux fois par an. Cette visite sera vraisemblablement reportée à l’année prochaine.

Les deux chefs d’état se sont néanmoins rencontrés …

… en marge du sommet de l’APEC, le 18 novembre, en Corée du Sud. Ils ont évoqué le Yasukuni et le président sud-coréen a estimé que les dirigeants japonais se livraient avec son pays à une « guerre des symboles » par leurs visites régulières à ce temple. M. Koizumi a rappelé qu’il ne s’agissait en aucun cas de glorifier la guerre passée ou de la légitimer, mais que par leurs visites, les hommes politiques et le peuple japonais signifiaient leur résolution de ne jamais refaire la guerre, tout en montrant de la compassion pour les personnes tombées dans les combats. Pour sa part, le président Hu Jintao a refusé d’avoir un entretien avec M. Koizumi[1].
 
Le ministre des Affaires étrangères sud-coréen a déclaré, dans l’entretien qu’il a eu le 14 avec son homologue japonais, qu’il souhaitait que son peuple puisse croire les dirigeants japonais lorsqu’ils exprimaient leurs excuses et leurs regrets[2]. Par ailleurs, la visite du ministre des Affaires étrangères en Chine, prévue pour le 23-24 octobre, a été suspendue à la demande de celle-ci.
Le leader du parti démocrate, M. Maehara, a critiqué l’absence de vision nationale dont faisait preuve de Premier ministre par ces visites, et lui a reproché d’avoir bloqué tout dialogue stratégique et global avec la Chine[3]. Chez les parlementaires, ces visites font beaucoup de réticents, y compris chez les proches du Premier ministre. Y. Mori, président de la ligue parlementaire nippo-coréenne, était en Corée le 10 novembre. Il a tenté, en vain, de convaincre le président sud-coréen de venir au Japon avant la fin de l’année[4].
L’opinion est très partagée l’appréciation de cette visite « privée » : 46% se dit convaincue, 45% ne l’est pas[5]. Selon le même sondage, 65% des personnes interrogées sont inquiètes de l’impact de ces visites sur les relations avec la Corée du Sud et la Chine. Un autre sondage révèle que 58% des Japonais estiment que le débat sur la responsabilité japonaise dans la Seconde Guerre mondiale a été insuffisant ou très insuffisant[6].
Le dernier « pèlerinage » de M. Koizumi est survenu peu de temps après un arrêt de la cour d’appel d’Ôsaka considérant ces visites comme contraires au principe constitutionnel de séparation de l’Église et de l’État.  Cent quatre-vingt huit personnes dont cent seize Taiwanais demandaient réparation à l’État, au Premier ministre et au temple pour préjudice moral subi lors des trois visites effectuées de 2001 à 2003. La cour a estimé, dans son arrêt du 30 septembre, que le Premier ministre s’y rendait de manière officielle et que, par conséquent, cette activité, de nature religieuse, était interdite par la Constitution : poursuivre ces visites malgré les critiques formulées tant à l’intérieur qu’à l’extérieur donnait l’impression que ce temple bénéficiait d’un soutien particulier de l’État, ce qui revenait à promouvoir une religion spécifique[7]. La cour n’a pas admis l’existence d’un préjudice donnant droit à réparation. Il s’agissait là du premier arrêt d’inconstitutionnalité rendu par une cour d’appel.
La création d’un lieu de mémoire destiné aux morts pour la patrie et dépourvu de connotation religieuse fait débat. M. Koizumi et M. Abe qui fait figure de meilleur successeur depuis sa nomination comme porte-parole du gouvernement, n’y sont pas favorables[8]. L’association des familles des soldats décédés qui demeure, malgré le déclin du nombre de voies qu’elle représente un lobby de poids par sa contribution aux activités du PLD, pas davantage. M. Abe a affirmé que le gouvernement serait attentif à l’évolution de l’opinion.
Sources : Yomiuri, Asahi.

[1] A l’approche du sommet des chefs d’état de l’Asean+3 (12-13 décembre), la Corée et la Chine ont annoncé que leurs présidents ne tiendraient pas de rencontre trilatérale ou bilatérale avec M. Koizumi.
[2] Yomiuri, 15 novembre 2005.
[3] Yomiuri, 20 octobre 2005.
[4] Yomiuri, 10 novembre 2005.
[5] Asahi, 19 octobre 2005.
[6] Yomiuri, 27 octobre 2005.
[7]Asahi, 1er octobre 2005.
[8] Yomiuri, 19 novembre 2005.

Extrait de Japan Analysis - La Lettre du Japon n°2, déc. 2005, pp. 10-12, d’après Voice, décembre 2005, pp. 55-69.

 

Les trois meilleurs candidats à la succession de M. Koizumi font le bilan de ses quatre ans et demi de gouvernement et révèlent leur personnalité en présentant leur vision du Japon...

Actuel ministre des Affaires étrangères, Asô Tarô est favorable aux visites au Yasukuni : « Il est impensable de ne pas célébrer par les plus grands honneurs les personnes qui ont donné leurs vies pour le pays. Des figures historiques se sont rendues au Yasukuni. Yoshida Shigeru m’y a emmené plusieurs fois. Le 15 août n’a aucune signification du point de vue du temple. J’y suis allé l’année dernière pour le festival de printemps. C’est la cinquième fois que le Premier ministre y va, et je trouve qu’il a cette fois choisi le bon jour. Si j’étais Premier ministre, je n’irais pas le jour de la défaite, le 15 août, mais plutôt pendant les grands festivals d’automne ou de printemps du temple, ou pour l’anniversaire de la marine, le 27 mai. »

L’opposition des « pays de la région » paraît exagérée : « On parle de la région, mais il s’agit en réalité de la Corée du Sud et de la Chine, seulement. Singapour, la Malaisie, la Thaïlande ne font pas le même genre de choses. Je ne pense pas que les relations avec la Chine et la Corée s’amélioreraient parce qu’un Premier ministre dirait « je ne vais pas aller au Yasukuni ». Les médias en parlent trop ici. Cette fois encore, ils ont retransmis la visite du Premier ministre en direct : cela donne une fausse impression. »

Interrogé sur son appréciation des réformes menées par M. Koizumi, Asô Tarô considère que le Jimintô a su se réformer et faire des propositions de réformes : « Tout d’abord, les médias rendent mal compte d’une chose, c’est que le Jimintô a beaucoup changé. Il a compris qu’il ne pourrait pas conserver le pouvoir sans se réformer. Il y a quatre ans, le Jimintô a réalisé une enquête sur les attentes de la population. On s’attendait à ce que la lutte pour l’emploi ou la croissance arrive en première position, mais c’est la sécurité qui arrivait largement en tête. En outre, 60% des sondés acceptait une augmentation de la TVA d’un pourcentage variable. 51% acceptait une augmentation de 10% par exemple. Les personnes de plus de 60 ans, qui souvent ne sont plus assujetties à l’impôt sur le revenu et ne paient que la TVA, se montraient particulièrement réceptives. Je me suis dit que le sens de l’intérêt général était élevé au Japon. Le Jimintô a su s’adapter à son époque. »

La décentralisation, dont M. Asô a été chargé comme ministre des Affaires générales, figure au premier plan des projets qu’il souhaite voir aboutir : « Il s’agit de réduire les coûts administratifs et d’améliorer l’allocation des fonds. Non qu’il ne faille plus faire de travaux publics. Il y a certes eu des abus, on a construit des autoroutes où ne passent que les animaux sauvages, mais il y des investissements à faire notamment dans les télécommunications. »

La loi fondamentale sur l’éducation doit être réformée : elle a été transposée telle qu’elle de celle d’autres pays ; il conviendrait qu’elle reflète davantage les caractéristiques de la nation japonaise.

La Constitution doit sans aucun doute être réformée, particulièrement dans son art. 9§2 sur le maintien d’un potentiel de guerre, pour le mettre en accord avec l’époque. La situation internationale est radicalement différente aujourd’hui de ce qu’elle était lorsque la Constitution a été rédigée. En outre, elle doit être rédigée dans un japonais magnifique et la rédaction du texte ne doit pas être confiée à des fonctionnaires. Il faudra, certes, sur ces deux derniers projets, obtenir l’assentiment du Kômeitô, mais c’est un parti qui a beaucoup changé ces derniers temps.

M. Asô voit un Japon dont le gouvernement serait « petit, mais fort ». Une société vieillissante, dont la population diminue, n’est pas problématique en soi : la société japonaise ne sera pas « une société vieillissante appauvrie, mais une société âgée dynamique (katsuryokuaru kôreikashakai). Les pays forts sont les pays qui attirent les riches, et le Japon a beaucoup d’attraits. La sécurité en est un. L’absence de discrimination raciale en est un autre : les Japonais ne font pas de distinctions entre les étrangers (sic). Le Japon est un pays où l’on a envie d’investir, mais on redoute qu’il ne soit envahi par la Corée du Nord ou par un autre pays. Pour éviter qu’on ne se dise cela, il faut devenir un pays qui soit petit, mais fort. »

Abe Shinzô, nouveau porte-parole du gouvernement et ancien secrétaire général du Jimintô, répond de manière similaire sur les visites au Yasukuni : « La visite du Premier ministre, le 17 octobre, était une très bonne chose. Les visites le 15 août ont commencé avec le Premier ministre Miki Takeo (1974-1976). Les Premier ministres avant lui s’y rendaient plutôt aux festivals d’automne ou de printemps. C’était le cas de mon grand-père, Kishi Nobusuke, notamment. Tout chef d’état se doit de rendre hommage aux personnes qui sont mortes pour le pays et de prier pour le repos de leurs âmes les mains jointes. »

Sur les réactions des pays de la région, M. Abe rapporte les propos du Président indonésien Yudhoyono qui considérait comme parfaitement normal qu’un chef d’Etat prie pour les personnes mortes pour la patrie. Quant à la Corée du Sud et à la Chine, ces deux pays ne se trouvent pas dans une situation identique vis-à-vis du Japon : « La Corée du Sud n’a jamais été en guerre avec le Japon. Il y a le problème de l’occupation et de la conscience historique, mais les deux pays partagent les mêmes valeurs démocratiques et leurs échanges tant économiques que culturels, prospèrent. Pour ce qui est de la Chine, il y a un contexte qui est celui d’une éducation nippophobe, et les problèmes que nous avons ne sont pas de l’ordre de ceux qui peuvent se régler rapidement. La suspension des visites au Yasukuni n’y changerait par conséquent pas grand’ chose. Le Japon doit avoir une vision d’ensemble de l’Asie, renforcer le partenariat nippo-américain et se rapprocher de cet autre centre de croissance qu’est l’Inde, de l’Australie, de l’Indonésie – pays qui occupe une position centrale dans l’Asean et qui élit désormais son président au suffrage universel. La Russie n’est plus l’Union soviétique et on pourrait abandonner la politique qui tend à obtenir la signature d’un traité de paix. Il faut accélérer la signature d’Accords de libre échange (FTA) et d’Accords de partenariat économique (EPA). Avec une telle approche globale de l’Asie, la politique de la Chine à l’égard du Japon devra bien évoluer aussi. »

Sur les réformes de M. Koizumi, M. Abe estime que le gouvernement est parvenu à avancer la réforme structurelle et à retirer à la bureaucratie le rôle de leader décisionnel (kanshudô) qu’elle détenait depuis 60 ans. « Avec la réforme de la Poste, par exemple, nous sommes parvenus à donner une partie de ce pouvoir au peuple (kan kara min he). Nous étions dans une organisation quasi-socialiste. Il faudrait aller encore davantage vers l’économie de marché. La compétitivité de l’économie japonaise a été améliorée par ces mesures. (…) Il faut poursuivre la réforme structurelle et supprimer le handicap qui pèse sur les entreprises japonaises en déréglementant et en réformant le système fiscal. » La réforme du système de santé et de la sécurité sociale, et l’un de ses aspects, la réforme du système médical, sont très importantes également. A cet égard, Mme Thatcher, au Royaume-Uni, avait probablement été trop loin et il ne s’agit pas pour le Japon d’importer le modèle anglo-saxon, mais de trouver le juste équilibre pour lui. »  

Dans le domaine de la politique étrangère, M. Abe estime que le vote de la loi sur le terrorisme (2001), et de la loi de déploiement en Irak (2003), notamment, ont été de beaux résultats.

Sur la réforme constitutionnelle, M. Abe souhaite ramener les Japonais à la politique.  « L’un des moyens de le faire est la réforme constitutionnelle. Cette constitution n’a pas été rédigée par les Japonais mais par le General Head Quarters. Une constitution n’est pas un texte sacré, elle a vocation à permettre à la population de vivre bien dans son époque. »

Quel pays M. Abe aimerait-il construire ? « Un pays dont les habitants soient fiers d’y être nés. A quelles conditions est-on fier de son pays ? S’il est actif culturellement, s’il est fort économiquement, et s’il a les capacités de se défendre. Il faut encore que ce pays s’implique dans la communauté internationale en partageant les valeurs du monde, en protégeant la liberté et la démocratie. »

Tanigaki Sadakazu, ministre des Finances depuis septembre 2003, remarque qu’il y a toujours eu, sur les visites au Yasukuni de Premier ministres, un débat pour savoir si elles étaient privées ou publiques. « M. Koizumi a clairement dit qu’il y allait en tant qu’individu. Il y a bien des personnes qui prétendent qu’un Premier ministre n’a plus de vie privée, mais alors le Premier ministre ne pourrait pas même se rendre sur la tombe de ses ancêtres. Dès lors que cette distinction est faite, il ne devrait plus y avoir de problèmes à l’avenir. » Quant à savoir si lui irait, s’il devenait Premier ministre, il serait présomptueux de répondre dès lors qu’il ne l’est pas encore. « Nous avons avec tous les pays de la région des relations très anciennes. Jamais les échanges économiques n’ont été plus vigoureux et pour qu’ils se maintiennent, les relations bilatérales doivent être amicales. Les chefs d’état doivent de part et d’autre garder cela en mémoire et exercer leur jugement pour ne pas nuire à ces relations. On surréagit quand on n’a pas confiance en soi. Si on a du respect pour les valeurs que les ancêtres transmettent, on respecte également les traditions de l’autre. On ne peut bien entendu pas dire à la Chine « si vous faisiez comme nous [et respectiez vos traditions] », mais on peut essayer d’avoir des relations matures.»

« M. Koizumi a été obligé d’en recourir directement au peuple sur la réforme de la Poste, mais la démocratie directe, qui court-circuite le Parlement, n’est pas idéale. Les hommes politiques se doivent en principe de discuter calmement et de trouver un terrain d’entente qui satisfasse la majorité. La réforme de la Poste était un tabou, tout comme le sont les factions. Elles ont leurs avantages, mais elles ont aussi l’inconvénient de créer des groupes de pression chez les membres de la Diète (zokugiin). »

« Lorsqu’on parle de réforme constitutionnelle, on pense immédiatement à l’article 9, mais ce n’est pas le seul point qui appelle réforme. Il faut adapter le texte aux changements du pays, voir de quelle manière la Diète peut au mieux contrôler l’administration, réfléchir à l’organisation de la Justice comme contre-pouvoir. »

Concernant les réformes économiques, « deux facteurs ont poussé à la mise en œuvre de la réforme structurelle : le vieillissement de la population et la croissance de la Chine et de l’Inde. A Pékin, a eu lieu un sommet du G20 en octobre 2004 (réunion des ministres des Finances et des gouverneurs de banques centrales de vingt pays) : on ne peut plus ignorer l’Afrique ou le Brésil. Parmi ces pays [qui se développent rapidement], certains ont une main d’œuvre peu chère, d’autres ont beaucoup de matières premières. Le Japon doit réagir à cette « mégacompétition ». Les Japonais travaillent bien, ont une technicité avancée, accordent de l’importance à la connaissance et sont enthousiastes : il faut valoriser ces qualités.»

« On ne pourra pas échapper à une réforme du système fiscal. Beaucoup on le sentiment qu’il est inégalitaire à l’heure actuelle. Les salariés qui sont prélevés à la source, se demandent si les travailleurs indépendants ne s’en tirent pas mieux qu’eux. La réforme fiscale et la réforme structurelle devront être les priorités de tout futur Premier ministre. Lorsqu’on parle de réforme structurelle, on s’imagine parler d’une loi de la jungle à l’américaine où émergent des géants comme Bill Gates et où les petits sont écrasés. Mais, le conservatisme accorde de l’importance à la famille et aux communautés locales. Il serait souhaitable de construire un pays où les individus font confiance à l’État. (…) Si les Japonais n’ont pas confiance en l’histoire et la culture de leur pays, ils ne peuvent pas avoir un comportement apaisé (ochitsuita taido) à l’égard de leur pays. Pour être apprécié de la communauté internationale, il faut une culture décomplexée  qui peut résister [aux autres], c’est sans doute vers cette idée d’une « grande nation », dans le vrai sens du terme, qu’il nous faut tendre.»
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