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Le lundi 9 octobre 2006 au CAPE, Centre d'Accueil de la Presse Etrangère.
Rencontre avec la Dr. Samina Ahmed, Directrice du programme Asie du Sud de l’ICG à Islamabad, animée par Olivier Weber (le Point/Asia Presse), Thomas Gayet (CCE, Lafarge) et F. Godement.
Le Balouchistan fournit 40% des besoins énergétiques du Pakistan, avec des réserves très importantes en gaz et en pétrole, dont on a encore du mal aujourd’hui à estimer l’étendue.
C’est pour Samina Ahmed le facteur principal qui explique la politique de contrôle par le centre menée par Islamabad au détriment de l’autonomie régionale. Ainsi, il s’agit d’un conflit politique autour de ressources et de droits, mais présenté aux étrangers comme un conflit entre un Etat et des structures tribales rebelles. Pour cette raison, le soutien au mouvement demandant plus d’autonomie en accord avec la Constitution du Pakistan dépasse les clivages ethniques dans la province; il est beaucoup plus large. Malheureusement, au Balouchistan, les seuls partenaires civils du régime de Musharraf sont les islamistes pachtounes, qui possèdent un autre agenda. Le général s’appuie sur le parti islamiste pachtoune Jamiat Ulema-e-Islam pour imposer son ordre à la province, en luttant contre les Baloutches, pourtant plus modérés. Il s’agit d’un choix politique qui contribue à l’instabilité en Afghanistan, et donc dans la région.
En remarques introductives, François Godement souligne que le Balouchistan pourrait être une “bombe à retardement cachée” pour l’unité du Pakistan, comme pour la stabilité du régime d’Islamabad. Aujourd’hui, dans de nombreuses régions du Balouchistan (43% du territoire du Pakistan et 6% de sa population, essentiellement des tribus Baloutches et Pachtounes), la guerre fait rage. Cependant, ce conflit est méconnu; les zones de combats étant complètement interdites aux médias par l’armée, il n’existe que peu d’informations sur l’étendue des opérations militaires qui ont pourtant causé de nombreuses pertes civiles. Le 26 août 2006, l’assassinat par l’armée fédérale de Nawab Abkhar Khan Bugti, ex-gouverneur du Balouchistan et ex-Ministre de l’intérieur du Pakistan, considéré par Islamabad comme un chef rebelle, a signifié une escalade du conflit. Selon Samina Ahmed, ce meurtre a eu un impact énorme. Avant la mort de Bugti, les discours sécessionnistes étaient très peu nombreux au Balouchistan; le mouvement se concentrait sur la revendication de droits dans le cadre de l’Etat pakistanais. Aujourd’hui, l’indépendantisme gagne du terrain. Causé par la rage, il pourrait être, selon Samina Ahmed, facilement contenu par une politique prenant plus en compte les intérêts de la population de la province. Pour cela, il est absolument nécessaire que le conflit soit compris par toutes les parties comme un conflit politique, et non comme un conflit tribal.
Du point de vue du gouvernement pakistanais, les incidents récents au Balouchistan sont provoqués par les leaders des différentes tribus Baloutches, qui selon le Président Musharaff, résistent au projet de développement régional qu’il tente de mettre en oeuvre dans la Province. Il estime qu’il suffit de changer les leaders des tribus pour résoudre les tensions provinciales. Samina Ahmed remarque que la question tribale est utilisée de manière très différente par le gouvernement pakistanais dans la Province FATA, où le gouvernement considère les tensions liées non pas aux structures tribales, mais à la présence de militants islamistes fondamentalistes. Ainsi, Islamabad considère que ce sont les chefs tribaux du FATA qui doivent être impliquées dans la résolution du conflit dans la région, une position absolument contraire à celle qui est la sienne dans le cas du Balouchistan.
Samina Ahmed estime que l’une des causes des tensions dans le FATA et au Balouchistan est l’utilisation par Islamabad des structures tribales pour affermir le contrôle du centre envers les Provinces. Le gouvernement pakistanais utilise les mêmes méthodes que les colonialistes britanniques, fonctionnant sur le principe de l’indirect rule, en changeant les chefs tribaux ou en les éliminant s’ils opposent de la résistance à l’Etat central. Les structures tribales ont donc été renforcées par l’Etat, aux dépens des droits civiques et politiques des populations vivant sous leur autorité. Cependant, elles deviennent immédiatement la cible de l’action militaire de l’Etat central en cas de conflit politique.
Au Balouchistan, la cause de la crise actuelle réside dans les demandes d’autonomie politique, administrative et fiscale d’une partie de la population. Cette autonomie, que la constitution pakistanaise lui garantit sur le papier, est inexistante en réalité. La nature de la résistance dans la province est liée au conflit en Afghanistan. Le Pakistan intervient dans les affaires afghanes depuis les années 50 en particulier parce qu’il craint le nationalisme pachtoune au Balouchistan, qui pourrait être instrumentalisée par l’Afghanistan, “terre des Pachtounes”, dans la mesure où Kaboul ne reconnaît toujours pas la ligne Durand. L’extrémisme pachtoune taliban n’existait pas dans les années 60 et 70, il est un produit de la guerre d’Afghanistan. Nourri par l’Etat pakistanais pour des raisons géopolitiques, il est aujourd’hui très présent au Balouchistan. L’un des cinq centres de commandes de la guérilla talibane en Afghanistan se trouve dans la région de Quetta, capitale du Balouchistan. Ils continuent à y monter leurs opérations en Afghanistan, comme à l’époque de la résistance contre l’invasion soviétique.
Le Balouchistan fournit 40% des besoins énergétiques du Pakistan, avec des réserves très importantes en gaz et en pétrole, dont on a encore du mal aujourd’hui à estimer l’étendue. C’est pour Samina Ahmed le facteur principal qui explique la politique de contrôle par le centre menée par Islamabad au détriment de l’autonomie régionale. Ainsi, il s’agit d’un conflit politique autour de ressources et de droits, mais présenté aux étrangers comme un conflit entre un Etat et des structures tribales rebelles. Pour cette raison, le soutien au mouvement demandant plus d’autonomie en accord avec la Constitution du Pakistan dépasse les clivages ethniques dans la province; il est beaucoup plus large. Malheureusement, au Balouchistan, les seuls partenaires civils du régime de Musharraf sont les islamistes pachtounes, qui possèdent un autre agenda. Le général s’appuie sur le parti islamiste pachtoune Jamiat Ulema-e-Islam pour imposer son ordre à la province, en luttant contre les Baloutches, pourtant plus modérés. Il s’agit d’un choix politique qui contribue à l’instabilité enAfghanistan, et donc dans la région._______________
1 Voir Pakistan: The Worsening Conflict in Baluchistan, International Crisis Group, Asia Report no 119, septembre 2006. En ligne sur www.crisisgroup.org



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