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Les révolutions bancaires (1): rapide état des lieux par Zhou Xiaochuan[+]

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°2,  nov.-déc. 2005, pp. 7-8

  

Synthèse commentée de Thibaud Voïta d’après :

- Zhou Xiaochuan : « Comment attirer des capitaux dans les banques commerciales publiques chinoises ?[1] » et « Zhou Xiaochuan parle de la réforme bancaire » (interview), Caijing, n°147, 28/11/05.



[1] Cet article est une repris d’un texte publié dans le Quotidien du Peuple du 9 mai 2000, alors que Zhou était encore directeur de la China Construction Bank.

Zhou Xiaochuan occupe actuellement le poste de gouverneur de la Banque centrale chinoise (la Banque Populaire de Chine). Il est considéré comme un réformateur, très ouvert sur l’Occident. Certains le désignent déjà comme un membre de la « Cinquième Génération » montante. Dans sa carrière, on a pu le voir entre autres à la tête de l’autorité des marchés boursiers chinois (China Securities Regulatory Commission, CSRC) et de la China Construction Bank (CCB). C’est sous sa direction qu’a commencé la préparation au lancement en Bourse de cette dernière, en 1999.

 

Caijing publie ici un ancien article  ainsi qu’une interview dans lesquels il donne son avis sur la réforme bancaire chinoise, à l’heure où les prises de participation étrangères se multiplient et où l’introduction en Bourse de la CCB a défrayé la chronique.

 

Ces articles rappellent que la crise asiatique de 1997 est à l’origine de l’accélération des réformes bancaires. Si elle a épargné en grande partie la Chine, elle a agi comme un électrochoc auprès des dirigeants. Pour éviter que le pays ne connaisse une telle crise, il était devenu nécessaire de consolider le secteur financier. Pour ce faire, ont ainsi été créées en 1999 les quatre Asset Management Companies (AMC) qui prennent chacune en charge les prêts non performants (PNP) d’une des banques commerciales publiques (State-Owned Commercial Banks – SOCB). Pour superviser cette réforme, les autorités ont aussi mis en place une Commission de Régulation Bancaire (la China Regulatory Banking Commission CRBC) dirigée par le dynamique Liu Mingkang. Le gouvernement a en outre entrepris de régulières et massives recapitalisations des banques, la dernière ayant eu lieu début 2005, pour une somme de 45 milliards de dollars prélevée sur les réserves de change. Enfin, les banques chinoises s’ouvrent de plus en plus aux participations des banques étrangères (voir article suivant)[1].

 

Officiellement, ces changements ne constituent qu’une application des mesures décidées lors du XVIème Congrès, fin 2002. La feuille de route donnait alors comme objectif de « définir des structures d’actionnariat pour les SOCB ; d’accélérer le règlement des PNP ; d’accroître la capitalisation ; de mener à bien les introductions en Bourse[2] ». 

 

Pour justifier les réformes entreprises, Zhou n’a de cesse de comparer les SOCB aux entreprises publiques (State-Owned Enterprises – SOE). La réforme des SOE a donc servi de fil directeur à celle des SOCB.

 

A la fin des années 1990, leurs problèmes se rejoignaient. Pour lui, le principal handicap au bon fonctionnement des SOE et des SOCB tient aux liens trop étroits qui unissent ces dernières à l’Etat. Ces liens impliquent de nombreuses interférences administratives ; un trop grand contrôle des structures de gouvernance ; une absence de recherche de profits dans les modes de gestion et une « bureaucratie envahissante » (jiguanhua).

 

Il en découle pour les SOE et les SOCB une incapacité à définir des politiques commerciales indépendantes ou à fixer librement les prix, et une pression concurrentielle très faible ; pour ne citer que les problèmes les plus évidents.

 

Malgré ces points communs, Zhou cite deux singularités qui caractérisent les banques chinoises.

 

(1). Celles-ci sont des pivots (shuniu) de l’économie socialiste de marché : elles restent le principal canal de financement. (2). En outre, « l’invasion  bureaucratique » reste plus importante dans les SOCB que dans les SOE. 

 

Ces deux particularités font des banques des mastodontes plus complexes à réformer que les SOE.

 

Afin de régler ces problèmes et de rendre les banques chinoises plus concurrentielles, Zhou prône le retrait de l’Etat.

 

Il insiste aussi longuement sur l’amélioration du ratio de fonds propres des banques. L’objectif affiché consiste à se maintenir au-delà des 8% décidés lors des accords de Bâle I (1988).

 

Cette priorité accordée au respect du ratio Cooke remonte à 1995, elle est citée dans la « Loi relative aux Banques Commerciales de la République Populaire de Chine[3] ». Cette loi prévoit de respecter Bâle en 2000, objectif évoqué par Zhou dans son article de la même année. A aucun moment n’est donnée la situation actuelle des SOCB en matière de ratio de fonds propres, à savoir environ 6% seulement (fin 2002)[4].

 

Où en sont les banques aujourd’hui ?

 

Zhou se félicite des avancées positives réalisées ces dernières années, en particulier depuis le XIème Congrès du PCC, en 1978. Il énumère les principaux succès. D’abord, le spectre de la crise systémique qui rôdait en 1997 semble aujourd’hui bien loin. Il cite les réformes accomplies par la CCB, en matière de gouvernance, de gestion, de prévention des risques… 2003 constitue pour lui une date charnière : c’est à ce moment que la CCB a commencé à réellement assumer la responsabilité (fu) de ses actifs à long terme (expression qui signifie probablement que la CCB s’est alors lancée dans la recherche de profits).

 

Ensuite, les interventions du gouvernement ont, toujours d’après Zhou, sensiblement diminué. De nouveaux critères d’évaluation des performances (kaohe de chidu) ont été mis en place. Autrement dit, l’efficacité serait aujourd’hui évaluée sur des critères plus économiques que politiques. Concrètement, ont été améliorés : la comptabilité[5], le calcul des PNP et la clarté de la feuille de route des réformes. 

 

Les propos de Zhou peuvent étonner, en raison de leur caractère libéral et de leur optimisme.

 

Sur certains points, il semble justement pêcher par excès d’optimisme. Voici les lacunes qui paraissent les plus importantes.

 

Le problème du ratio de fonds propres, d’abord. Les objectifs n’ont pas été remplis dans ce domaine. De plus, comme le reconnaît lui-même Zhou, cet objectif n’est pas suffisant, du moins à long terme. Il faut viser la capacité des banques à rapporter des profits à leurs actionnaires. Zhou ne mentionne pas Bâle II et son ratio Mc Donough, plus précis et plus exigeant que celui de Bâle I. En outre, La question de la masse des PNP reste encore loin d’être résolue, de nouvelles créances douteuses sont créées chaque année. Se pose aussi avec acuité la question des AMC : leur récupération des PNP constitue clairement un jeu comptable qui ne résout en aucun cas le problème. Jusqu’à présent, les autorités ont réagi en injectant dans les banques des liquidités prélevées sur les réserves de change. Toute la question est maintenant de savoir jusqu’à quand la Banque centrale pourra agir de la sorte sans nuire à sa crédibilité. Certains économistes comme Wing Thye Woo estiment que de nouvelles injections pourraient mettre en péril le système financier chinois[6]. Il est loin d’être assuré que les autorités soient de cet avis.

 

Autre affirmation sujette à caution, celle du retrait de l’Etat. Zhou le qualifie d’inévitable. Certes, mais alors que dire des 186,3 millions de yuans en actions de la CCB détenus par la Huijin, une entreprise dépendant du gouvernement ? Est-il vraiment assuré que les autorités soient prêtes à moyen/ court terme à perdre le contrôle de ces banques ?

 

Enfin, il faut noter que Zhou ne mentionne nulle part la question des étrangers investissant massivement dans les banques chinoises.



[1] Sur le sujet des réformes bancaires, on se référera avec profit à La Revue d’Economie Financière, n°77, décembre 2004, « L’Avenir Financier de la Chine » ou encore à la Revue Financière Grande Chine, n°298 du 30/09/05.
[2]  Principes énoncés dans la  « Guanyu wanshang shihuizhuyi shichang jingjitizhi ruogan wenti de jueding [Décision Relative à la Résolution de certains Problèmes du Système de l’Economie Socialiste de Marché] ».
[3] « Zhonghuarenmingongheguo Qiyeyonhang Fa ».
[4] CHEN Mengwen, GOYEAU Daniel (2005), « Les Banques Chinoises face à l’Ouverture Internationale de leur Marché », Onzième Séminaire International de Recherche Euro-Asie , Politiques Gouvernementales et Stratégies d’Entreprises en Asie, 19 et 20 mai, Université de Nanchang, Chine.
[5] Sur ce vaste sujet, voir la conférence de novembre 2005 entre le China Accounting Standards Committee (CASC) et le International Accounting Standards Board (IASB), concernant la convergence entre les normes chinoises et les normes IFRS. Cf. http://www.iasplus.com/country/china.htm
[6] WING Thye Woo (2004) « Les Obstacles Structurels au Contrôle Macroéconomique en Chine », La Revue d’Economie Financière, op. cit.
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