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Les révolutions bancaires (2): Les Diables Roux à la porte de Minsheng[+]

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°2,  nov.-déc. 2005, pp. 9-10

  

Synthèse commentée de Thibaud Voïta d’après :

-   Yu Ning « Les deux problèmes de l’attrait des investisseurs pour la Banque Minsheng », Caijing, n° 146, 14 novembre 2005.

La banque Minsheng, la Pudong Development Bank, la Shenzhen Development Bank, la China Construction Bank et la Bank of Communication : voici quelques-uns des établissements dont les récents lancements sur le marché ont attiré des investisseurs étrangers qui font désormais partie de leurs plus gros actionnaires.

 

C’est une tendance générale qui semble se dessiner. Temasek, la Royal Bank of Scotland, BNP-Paribas, UBS, HSBC, Citigroup, Deutsche Bank… les grands groupes internationaux tentent des entrées médiatisées –et souvent critiquées- aux Conseils d’Administrations des banques commerciales chinoises. Goldman Sachs a obtenu en 2004 l’autorisation de lancer une banque d’investissements domestique dont elle détiendra le contrôle. Cette tendance ne touche pas que le secteur bancaire. Le 25 octobre, l’américain Carlyle a pris le contrôle de 85% de l’entreprise Xugong. A peu près en même temps, UBS rachetait 20% de Beijing Securities. Mieux encore, les autorités chinoises ont déclaré que des entreprises étrangères pouvaient contrôler intégralement des compagnies de chemin de fer chinoises[1].

 

Certes, ce mouvement est officiellement encouragé par les autorités, comme l’atteste la « Communication relative aux actions issues de la réforme du système de répartition des actions et gérées par des investisseurs étrangers et autres questions »[2], émise le 6 novembre dernier par le Ministère du Commerce et la China Securities Regulatory Commission (CSRC). Il n’en reste pas moins que certains observateurs s’inquiètent de ces évolutions, même au sein du libéral Caijing. Le pamphlet de Shan Weijian sur la réforme du système de répartition des actions de l’entreprise Baogang, paru en août en constituait une manifestation[3].

 

Le présent article s’attache plus particulièrement aux actionnaires de la banque Minsheng.

 

Cet établissement présente la particularité d’être la seule banque privée de prêt chinoise. Depuis ses débuts, elle fait preuve d’une volonté de diversifier sa structure d’actionnariat. Elle cherche en particulier à se rapprocher des banques étrangères. Elle n’est cependant pas encore parvenue à un accord général, et ce pour plusieurs raisons : elle refuse qu’un seul et unique établissement étranger détienne les 19,9% de ses actions autorisés et veut maximiser les profits que lui apporteront ces participations.

 

Le plan de transfert de ses actions qu’elle vient de mener à bien va dans ce sens[4]. Pour 10 actions détenues, ont été émises 1,55 actions. Ce plan s’est terminé le 26 octobre, faisant ainsi de la Minsheng la seule banque commerciale chinoise à avoir pour l’instant achevé son plan. 

 

Ainsi, cette redistribution d’actions a « dilué » (xishi) les parts des plus gros actionnaires de Minsheng. New Hope, plus gros actionnaire de la banque, a vu ses parts diminuer de 6,91% à 5,987%. Le quatrième investisseur le plus important de la banque, le groupe Dongfang, a vu ses parts passer de 5,44 à 4,712%. Les parts du groupe singapourien Temasek, plus gros investisseur étranger en Chine, sont passées de 4,51 à 3,904%.

 

Or, pour attirer les investisseurs étrangers, Minsheng doit satisfaire aux normes internationales en matière de régulation bancaire, à savoir celles définies lors des accords de Bâle de 1988 (le ratio Cooke, voir article précédent). Son ratio de fonds propres s’élève actuellement à 8,05%, soit 0,5% au-delà du ratio Cooke. Reste qu’en fonds propres durs, il ne dépasse pas 4,85%. D’après Caijing, Minsheng ne peut se maintenir au-delà des 8% que jusqu’en février 2006. Si en 2004, elle a émis 5,8 milliards de yuans de créances subordonnées, les émissions de 2005 ne dépasseront pas 1,6 milliards. En effet, Minsheng a atteint la limite des 50% de ses fonds propres durs. Ce qui veut dire qu’elle ne peut plus s’appuyer sur des émissions de créances subordonnées pour améliorer ses ratios. Elle doit émettre de nouvelles actions.

 

Or la soif en capitaux de Minsheng est grande. Sa capitalisation a grimpé de plus de 20% en 2005, contre 50% les années précédentes. Ses capitaux nets représentent 22,5 milliards de yuans, parmi lesquels on compte 13,5 milliards de yuans de capitaux durs auxquels il faut ajouter 279,4 milliards de yuans de capital-risque. Une augmentation de 10% signifie 800 millions d’actions émises ce qui, au prix actuel de 3,6 yuans l’action représente 2,9 milliards de yuans.  En ajoutant 1,6 milliards de créances subordonnées, on obtient un ratio d’environ 6% de fonds propres durs et un ratio de fonds propres qui dépasse les 9%. Mais ces résultats ne peuvent suffire à combler que deux ans de demande en capitaux.

 

Cette soif de capitaux contraint donc Minsheng à faire appel à des investisseurs étrangers. Ce que craint Caijing, c’est que l’actionnariat chinois ne se disperse de plus en plus, laissant à un étranger la possibilité de devenir le plus gros investisseur de la banque. Le magazine évalue à sept le nombre d’étrangers intéressés par Minsheng, le plus motivé semblant être le singapourien Temasek. Face à ce risque, les investisseurs nationaux ne peuvent rien faire : s’ils tentent par quelque moyen que ce soit de s’opposer à l’achat d’actions Minsheng par les étrangers, la banque risque de manquer de capitaux et les actionnaires actuels n’obtiendront pas les profits escomptés.

 

Actuellement le système financier chinois a trop besoin d’investisseurs étrangers pour renforcer les barrières à l’entrée. Reste qu’un certain « patriotisme économique » semble se développer dans les milieux économiques et financiers chinois.



[1] « Over the Great Wall », The Economist, 05/11/05.
[2] Soit « Guanyu shangshi gongsi guquanfenzhigaige sheji waiziguanli youguanwenti de tongzji ».
[3] Cet article a été analysé dans le numéro précédent de China Analysis : « Réforme de Baogang, le J’accuse de Shan Weijian », China Analysis, n°1, septembre-octobre 2005.
[4] Sur le plan de transfert des actions, voir « Réforme de Baogang, le J’accuse de Shan Weijian », op. cit.
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