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Asia Centre - Centre Etudes Asie
Les points de rencontre de l'Asie avec les grands problèmes du monde
Les ONG américaines, vecteur de la démocratie politique en Asie centrale[+]

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°2,  nov.-déc. 2005, pp. 18-19 

 

Synthèse commentée de Michal Meidan d’après:

-   Li Lifan, Liu Jinqian, "L'échiquier stratégique des ONG américaines en Asie centrale", Guoji wenti yanjiu, numéro 6, décembre 2005, pp. 38-41

Cette analyse au sujet du rôle des ONG américaines en Asie centrale, signée par deux chercheurs de l'académie des sciences sociales de Shanghai, fait preuve d'une grande méfiance à l'égard de ces organisations non gouvernementales et d'une incompréhension  fondamentale de leurs nature et objectifs. 

 

L'article part de l'affirmation que les ONG américaines, financées principalement par le gouvernement américain, sont donc des outils de ce dernier dans la promotion active de la démocratie, surtout depuis le 11 septembre 2001. D'après cette analyse, l'activité des ONG dans les différents Etats d'Asie centrale "pose un défi à la stabilité sociale" et aurait même un caractère subversif.

 

Sur 2914 ONG américaines présentes en Asie centrale, 699 sont actives au Kazakhstan, 1010 au Kirghizstan, 595 au Tadjikistan, 138 au Turkménistan et 472 en Ouzbékistan. Ces ONG sont ensuite divisées par les auteurs en quatre catégories: ONG agissant comme forum de discussion, comme réseau de participation en ligne, comme collecteur d'informations (renseignements) et enfin intervenant direct.

 

Dans la première catégorie, les auteurs citent le International Republican Institute (IRI), NDI, Freedom House, Silkroad Foundation, Voice of International. Leurs objectifs seraient d'éduquer et de soutenir la population locale et les hommes politiques dans la voie des réformes politiques, de renforcer la notion de responsabilité des dirigeants vis-à-vis de la population et de promouvoir la démocratie et les droits de l'homme, pour "former une opposition proaméricaine aux gouvernements en place et lui permettre d'occuper une place importante dans les sociétés des Etats d’Asie centrale".

 

La deuxième catégorie inclut des organisations comme IATP et CA Gateway qui offrent des formations et enseignements en ligne, un accès à des informations en temps réel et à une plateforme de discussion. Elles s'adressent principalement aux couches les plus aisées de la société, aux médias, hommes politiques et salariés dans les milieux urbains. Elles offrent également des canaux de communication avec l'étranger et encouragent les échanges sur Internet, suscitant ainsi une "déstabilisation de la conscience identitaire et une plateforme pour la population afin d'exprimer ses griefs contre le gouvernement". 

 

La troisième catégorie concerne les ONG qui collectent des informations, telles que le Open Society Institute, ou le Peace Corps. Ces ONG seraient en contact direct et constant avec l'ambassade des Etats-Unis dans ces pays et par le biais de la collecte d'informations, auraient contribué et encouragé les « révolutions multicolores » dans les Républiques d'Asie centrale.

 

Enfin, dans la dernière catégorie, celle de l'intervention directe, les auteurs évoquent le International Crisis Group, le Albert Einstein Institute, et le Youth Human Rights Group. Ces derniers auraient comme objectif l'enseignement des principes démocratiques et l’incitation à des révolutions pacifiques.

 

Ainsi, pour les auteurs, toutes les ONG américaines sont impliquées dans des processus révolutionnaires et promeuvent le changement de gouvernement dans leurs pays d'activité.

De plus, ces ONG, bien qu'elles se déclarent indépendantes, sont amenées à travailler au service des représentations diplomatiques américaines ou avec celles-ci. Leur insertion dans ces pays devient de plus en plus profonde, et les ONG participent à l'organisation des élections locales, fournissent un soutien légal, surtout en matière des droits de l'homme et interviennent dans l'éducation. Or, au fur et à mesure de leur participation dans la vie sociale, elles recherchent des structures homologues qui leur servent d'interlocuteur local. Ainsi, elles arrivent, d'après Li Lifan et Liu Jinqian, non seulement à déstabiliser la politique de leur pays hôte mais à mettre en place un réseau commun aux Etats de la région qui provoquent également des influences d’un pays à l’autre. Ceci donne lieu par la suite à un effet d'entraînement ("effet de dominos"): en 2003 c'était la révolution "rose" en Géorgie, puis en 2004 la révolution "orange" de l'Ukraine ; en 2005 est venu le tour du Kirghizistan. Or, bien que les conditions dans ces pays soient assez différentes, les auteurs notent certains similitudes: un manque de transparence dans les processus de privatisation aboutissant à l'appropriation des biens par les magnats industriels et les proches des dirigeants, des  monopoles nouvellement crées et une corruption importante touchant l'administration politique à tous les niveaux. Ces tares, relèvent nos auteurs assez lucides sur ce point, ont été publicisées et dénoncées par les ONG.

 

A l'avenir, les ONG pourraient prendre une place plus importante dans la vie politique de ces Etats, y consolider leur présence et transformer une nouvelle fois les systèmes politiques locaux, influer sur les médias et les hommes politiques afin d'en faire "des interlocuteurs" pour l'Ouest, à partir de systèmes normatifs communs. Certains analystes (non cités par les auteurs) estimeraient que ceci ferait également partie de la diplomatie américaine dans le secteur énergétique…

 

Un autre scénario est envisageable : les ONG américaines joueraient un rôle indirect dans la transformation politique de ces pays: en y encourageant l’arrivée de capitaux et technologies en provenance du Japon et d'autres "nouvelles démocraties" (comme l’Ukraine et la Géorgie). Tout en restant dans les coulisses, elles promouvraient le processus de démocratisation dans la région.

 

Quelle que soit l’hypothèse, les auteurs estiment que les Etats-Unis ne renonceront pas à cet outil important que sont les ONG en Asie centrale. Leur objectif ultime serait d'affaiblir l'emprise russe sur la région, mais aussi d’en écarter l'influence européenne…

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