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Après la défaite du camp présidentiel aux législatives de décembre, le pouvoir revient vers les partis[+]

Extrait de China Analysis – Les Nouvelles de Chine n°2,  nov.-déc. 2005, pp. 22-23

   

Synthèse commentée de Hubert Kilian d’après:

- Shih Chengfeng  «Le parti se soumet-il ? Il garde ses distances ! » Lienhebao (United Daily News), 16 janvier 2006. pages éditoriales.

- Chen Chaojian  « Les quatre dilemmes du PDP » Zhongguoshibao (China Times) 16 janvier 2006. pages éditoriales.

- Ju Haiyuan « Passez la main Monsieur le Président ! » Zhongguoshibao (China Times) 19 janvier 2006. pages éditoriales.

Les élections combinées[1] qui ont eu lieu à Taiwan le 3 décembre 2005 ont été témoins d’une large défaite pour le Parti Démocrate Progressiste. Cette défaite, unanimement qualifiée de cinglante par la presse taiwanaise, a provoqué un séisme politique dans les rangs de la majorité présidentielle, entraînant ainsi une crise de confiance, un large remaniement gouvernemental avec la nomination au poste de Premier Ministre de Su Tsheng-chang[2] et l’organisation d’élections primaires au sein du parti. Cette élection primaire[3] a fait l’objet de nombreuses analyses soulignant les dysfonctionnements d’une majorité dominée par Chen Shuibian et l’exercice politique d’un pouvoir mal encadré par une pratique constitutionnelle hésitante. 

 

Dans le premier article, Shih Chengfeng donne d’abord une explication du faible taux de participation qui selon lui s’explique par le désintérêt de la base pour ces élections primaires. Ce désintérêt a été renforcé par l'absence de bus mis à la disposition des militants pour les amener à Taipei, affaiblissant ainsi la capacité de mobilisation des factions. Shih Chengfeng remarque en outre que le parti avait cependant connu une hausse d'adhésions liée à une politique de distribution de postes dans l’appareil d’Etat aux nouveaux adhérents. C’est aussi de cette manière que You Shyh-kun a pu s’attacher le contrôle du Comité Central - en distribuant les ressources et autres avantages au Parti.

 

Shih Chengfeng et Chen Chaojian s’attachent ensuite à décrire la guerre d’alliances stratégiques à laquelle les factions se sont livrées. Selon leur analyse, le comportement de la faction de la Nouvelle Vague (Xinchaoliuxi) a représenté un facteur critique dans cette élection et a pu être utilisé de manière très efficace par Yu Shyi-kun grâce à l’alliance stratégique formée avec la faction de Su Tsheng-chang et orienté autour de la nomination de Su au poste de Premier ministre. Ces deux factions ont forgé une alliance forte, soutenant la candidature de Yu Shyi-kun et l’idée d’une collaboration avec le Président Chen Shuibian, tout en tentant d’affaiblir l’alliance entre Hsieh Chang-ting, le Premier Ministre sortant et Lu Hsiu-lien, la Vice-présidente de la République de Chine et Présidente intérimaire du Parti, et ce dans la perspective des élections présidentielles de 2008. Selon Shih Chengfeng, il est possible que Yu Shyi-kun cherche à l’avenir à dominer ces deux factions afin d’éviter que celles-ci ne prennent une importance trop décisive. La plus grande leçon à tirer de cette élection primaire, selon Shih Chengfeng, est qu’elle a été menée par Yu Shyi-kun uniquement avec la force des factions de Su et de la Nouvelle Vague, le seul risque auquel était exposé Yu Shyi-kun étant de passer pour une marionnette de Chen Shuibian.

 

Tsai Tong-rong le principal rival de Yu Shyi-kun, a pu bénéficier du soutien de la faction pour l’Etat Providence (Fuliguo lianxian) et du soutien des hommes de Hsieh Chang-ting et de Lu Hsiu-lien rassemblés au sein de la "mainstream faction" (zhuliu lianmeng), et d’autre factions marginales dans le parti comme l’alliance verte (luse youyi lianmeng). Cependant, la discipline de vote n’a pas été aussi rigide que prévue et cela représente, selon les auteurs, une indication très claire de la nature de l’opposition à la faction de la Nouvelle Vague. Si l’on se réfère par ailleurs aux débats télévisés organisés avant ces élections[4], Tsai Tong-rong n’a pas fait preuve d’une opposition trop forte au Président Chen Shuibian, réclamant seulement une amélioration de la communication entre les membres du gouvernement et le Parti.

 

Quant au rôle de Wong Chin-chu, selon Shih Chengfeng, il reste finalement assez obscur et seuls les membres de la faction de la Nouvelle vague doivent probablement en avoir une idée claire. Selon Chen Chaojian, si l’on se réfère au nombre de voix qu’elle a obtenu, on peut effectivement penser qu’elle a essayé de diluer les efforts de Tsai Tong-rong de recueillir le plus de voix possible. Finalement, les analyses des deux auteurs se rejoignent pour considérer que la faction de la Grande Justice (Zhengyi lianxian) a permis de maintenir l’influence de Chen Shuibian sur le parti, tandis que la faction de la Nouvelle Vague a fait preuve d’une certaine force de rassemblement. A l’inverse, la faction pour l’Etat Providence (Fuliguo lianxian) n’a pas fait preuve d’une très grande mobilisation. Ce qui pousse les deux auteurs à conclure à une opposition plus faible que prévue au Président Chen Shuibian et de prévoir une future guerre entre Su et Yu dans la perspective des présidentielles de 2008.

 

Les trois articles s’interrogent ensuite de manière semblable sur la question des rapports de pouvoir entre le Président, le gouvernement et le Parti. Shih Chengfeng estime de manière très cohérente que la pratique constitutionnelle taiwanaise se cherche encore, mais que dans le cadre d’un système présidentiel tel qu’il est pratiqué à Taiwan, il est indispensable selon lui, que le parti et le gouvernement conservent une distance nécessaire afin d’éviter une dégradation des rapports entre le Parlement et le gouvernement. Il écarte de ce fait, la possibilité d’un fonctionnement inspiré du modèle britannique de cabinet.

 

Ju Haiyuan s’inscrit à l’inverse dans cette logique constitutionnelle d’inspiration britannique en critiquant la trop lourde influence du Président sur le gouvernement et le parti. Selon l’auteur, Chen Shuibian répéterait la même erreur constitutionnelle de son prédécesseur, Lee Tenghui, qui avait monopolisé la politique de défense, la diplomatie et la politique continentale sans aucune limite, cédant à la tentation d’une centralisation du pouvoir - qu’aucun texte constitutionnel ne limite clairement. Ju Haiyuan considère que la tache la plus urgente à laquelle doit s’atteler Yu Shyi-kun est de débarrasser le parti de l’influence présidentielle tout en conservant de bonnes relations avec celui-ci. Il considère comme nécessaire que le processus de décision redevienne collectif et conforme à l’esprit démocratique et que le parti redevienne un parti de gouvernement. Si les trois entités, la présidence, le gouvernement et le parti continuent d’être soumises à un seul homme et de fonctionner de manière non démocratique, le parti multipliera les échecs électoraux. Selon l’auteur, Chen Shuibian doit laisser le parti reprendre le pouvoir qui lui revient et lui permettre de gouverner par l’intermédiaire du gouvernement.

 

Enfin, Chen Chaojian estime indispensable pour Yu Shyi-kun de réformer le fonctionnement interne du parti, mais juge décisif la définition de nouvelles relations entre la présidence, le gouvernement et le Parti. Cette réforme devrait se bâtir autour des trois lois (yanguang san fa) qui sont la discipline interne au parti, les règles relatives à la gestion des fonds publics et l’établissement de règles de gouvernement honnête. Selon l’auteur, la question de la dilution des factions représente un élément clé dans la perspective de reconstruction d'un soutien continu et de long terme à Chen Shuibian. Son approche diffère dans la mesure où il n’envisage pas de lecture constitutionnelle de la crise actuelle.

 

Les scrutins municipaux et législatifs prévus pour 2006 et 2007 constitueront la véritable épreuve pour Yu Shyi-kun. Un échec le forcerait à partir très tôt, conformément à la tradition en vigueur au parti, laissant ainsi la question de la nouvelle direction du PDP entière.



[1] Les élections combinées du 3 décembre 2005 avaient pour objet d’élire 23 chefs de comtés et maires des municipalités relevant de la province, 901 conseillers et 319 maires de petites communes relevant des comtés. Le KMT a obtenu 50.96% des suffrages contre 41.95% pour le DPP. Le KMT et ses alliés ont remporté 17 villes et comtés dont celui du Grand Taipei, dirigé depuis 16 ans par le DPP.
[2] Su Tsheng-chang avait lui-même démissionné de la Présidence du PDP qu’il occupait depuis janvier 2005 à la suite de cette défaite électorale.
[3] Trois candidats étaient en compétition pour ces primaires: You Shyh-kun, Tsai Tong-rong et Wong Jin-zhu. Le taux de participation s’est élevé à 19.96%, soit 46 649 adhérents sur les 230 000 autorisé à voter. Le PDP compte 530 000 membres. You Shyh-kun, l’homme du Président, s’est imposé avec 25 397 voix, 16 846 allant au très indépendantiste Tsai Tong-rong et 4 406 à Wong Jin-zhu. Son mentor, Lin Yi-hsiung, figure historique du Parti a ensuite annoncé son départ du parti, provoquant un nouveau drame : ”Former DPP chairman leaves party” Taipei Times, 25 Janvier 2006. Lin Yi-hsiung est, après Shih Ming-teh et Hsu Hsin-liang, également figures historiques des luttes de la première heure, le troisième ancien Président a quitté le Parti. 
[4] ”DPP candidates spar in debate” Taipei Times, 08 janvier 2006. 
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