Le mercredi 23 mai 2007, de 18h00 à 19h30 au CAPE, Centre d'Accueil de la Presse Etrangère.Pour ce neuvième « débats asie », animé par S. Malibeaux, (RFI / Asia Presse) et G. Delamotte, K. Watanabe a exposé et discuté son point de vue sur les principaux partenaires et enjeux japonais d’actualité.
Après un exposé des trois principaux défis auxquels le Japon doit faire face - la péninsule coréenne,
la question taïwanaise, la montée des nationalismes, de nombreuses questions ont ensuite été débattues : sur le rôle de Shinzô Abe dans l’amélioration des relations sino-japonaises, sur la crainte japonaise de voir Washington et Pékin devenir trop proches, sur le rôle stabilisateur des Etats-Unis dans la région, sur les réserves en dollars détenues par la Chine, sur le nationalisme de Shinzô Abe, sur la possibilité d’une arme nucléaire japonaise, sur la volonté du Japon de s’intégrer à l’Asie de l’Est ou au contraire de s’en démarquer ; enfin sur l’aide que pourrait accorder Tokyo à la Corée du Nord.
L’enjeu de ce débat était d’exposer un point de vue japonais sur les principaux enjeux de l’Asie orientale contemporaine.
L’Asie orientale doit désormais composer avec l’émergence de nouveaux acteurs aux ambitions non seulement régionales mais aussi mondiales, ce qui change la donne stratégique. Jusque la fin des années 90, l’Asie orientale ne comptait que trois acteurs principaux : la Chine, les Etats-Unis et le Japon. Il faut compter aujourd’hui avec l’Inde, l’ASEAN, la Russie, et aussi avec le multilatéralisme, par exemple l’APEC. Quelle est la place du Japon dans cette région en plein bouleversement au centre de l’échiquier mondial ?
Le Japon fait face à trois défis :
- La péninsule coréenne : En cas d’unification des deux Corée, quelles en seraient les conséquences pour le Japon. Le Japon est le plus concerné par la menace nord-coréenne. Si les pourparlers à Six aboutissent favorablement, et quoique le Japon n’en soit pas un des acteurs principaux, ce format de négociations pourrait être maintenu pour d’autres questions de sécurité.
- La question taïwanaise : Tokyo s’inquiète de la réaction chinoise en cas de déclaration d’indépendance de Taiwan. Pékin manque en effet de transparence quand à sa politique de défense, entretenant un flou volontaire sur le montant de son budget militaire et sur la qualité de ses armements et de ses installations. L’indépendance de Taiwan est pour l’instant en veilleuse, les Etats- Unis et la Chine voulant éviter de détériorer leurs relations réciproques.
- La montée des nationalismes : En Chine, Japon et Corée les nationalismes s’exacerbent et l’on assiste à un conflit entre nationalisme et internationalisme dans cette région en plein boom économique. Les visites au sanctuaire Yasukuni de M. Koizumi ont fortement contribué au regain de tension entre le Japon et ses voisins. L’extraordinaire croissance de la Chine a permis à Pékin de stabiliser ses relations avec tous les pays présents dans la zone à l’exception du Japon. Les explications sont non seulement historiques mais aussi, idéologiques. Après la défaite de 1945, le Japon a su se reconstruire économiquement et démocratiquement. Or le régime autoritaire chinois cache ces évolutions à son peuple, avec le souhait sous-jacent, à terme, de revenir au mythe de la Chine comme « l’Empire du milieu ». Les récentes visites de Shinzô Abe en Chine et de Wen Jiabao au Japon sont de grandes avancées pour le réchauffement des relations sino-japonaises, vis-à-vis desquelles, hors du dialogue, nous pouvons être optimistes.
De nombreuses questions ont ensuite été débattues :
Sur le rôle de Shinzô Abe dans l’amélioration des relations sinojaponaises :
Le maintien des visites au Yasukuni à l’époque de Koizumi empêchait Hu Jintao de se rapprocher du Japon, quoiqu’il en comprenne l’utilité. Qu’Abe n’ait toujours pas dit s’il irait ou non au sanctuaire Yasukuni, permet à la Chine et au Japon de discuter sans entrave d’enjeux importants tels que l’énergie, l’environnement ou le commerce.
Sur la crainte japonaise de voir Washington et Pékin devenir trop proches :
Aussi longtemps que le Japon sera lié aux Etats-Unis de façon militaire et idéologique, ceux-ci seront obligés de considérer davantage le Japon que la Chine. Cependant, la Chine est le seul pays avec qui les Etats-Unis puissent engager un dialogue sur les questions nucléaires, et avec qui le Japon doit garder de bonnes relations pour des raisons de stabilité en Asie de l’Est, ce que se doivent donc de favoriser.
Sur le rôle stabilisateur des Etats-Unis dans la région :
La paix et la sécurité de l’Asie de l’Est dépendent à 95% des Etats-Unis. La Chine reconnaît l’importance des Etats- Unis et de l’alliance nippo-américaine. Tous les gouvernements de la région veulent rester en rapport amical avec les Etats-Unis, et ce malgré un certain antiaméricanisme observé dans les opinions publiques.
Sur les réserves en dollars détenues par la Chine :
La Chine a déjà commencé à les utiliser en investissements, quoiqu’en infime partie. La façon dont seront dépensés le reste des réserves devra être considérée avec beaucoup d’attention.
Sur le nationalisme de Shinzô Abe :
Abe est un conservateur. Il est né aprèsguerre et a une vision différente des relations sino-japonaises par rapport à ses prédécesseurs. Mais devant l’indéniable réussite de la Chine ces dernières années, Abe a compris qu’il devrait se montrer plus conciliant vis-à-vis de Pékin.
Sur la possibilité d’une arme nucléaire japonaise :
Le Japon a les moyens technologiques pour y parvenir mais cela l’isolerait sur le plan diplomatique. L’alliance nippoaméricaine serait fragilisée et Tokyo se heurterait à la désapprobation des paysmembres du TNP. Le Japon est attaché à ses 3 principes anti-nucléaires « ne pas produire, ne pas posséder et ne pas laisser entrer sur son territoire une arme nucléaire ». De plus une bombe japonaise déstabiliserait la sécurité mondiale car la communauté internationale pourrait difficilement interdire à d’autres pays ce qu’elle a accordé au Japon.
Sur la volonté du Japon de s’intégrer à l’Asie de l’Est ou au contraire de s’en démarquer :
La longue crise économique des années 90 pèse toujours sur le Japon bien qu’il bénéficie d’une excellente image dans le monde, si l’on excepte la Chine et la Corée. La Russie commence à nouer des liens de plus en plus étroits avec le Japon car elle a besoin de son savoir-faire technologique pour se développer, et la Chine sera d’ici 5 ans confrontée à ses problèmes internes qu’elle devra surmonter si elle veut rester dans la course avec le Japon.
Sur l’aide que pourrait accorder Tokyo à la Corée du Nord :
Le Japon fait partie des pourparlers à 6 mais la Corée du Nord ne veut traiter qu’avec les Etats-Unis et la Chine. Si les relations avec Pyongyang se normalisent, le Japon est prêt à donner une importante aide à la Corée du Nord.



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