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Asia Centre - Centre Etudes Asie
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"Perspectives japonaises sur les Crises de l'énergie", Débat Asie avec M. Tadakatsu Sano, ancien Vice-Ministre aux affaires internationales, METI, of Counsel, Jones Day [présentation + compte-rendu]

 M. Tadakatsu Sano, ancien Vice-Ministre aux affaires internationales, METI, of Counsel, Jones DayLe mardi 30 mai 2006 au CAPE, Centre d'Accueil de la Presse Etrangère. 

Rencontre animée par M. Meidan et A. Rodier (Le Figaro).

La reprise de l’économie japonaise, l’impact de la hausse du prix du pétrole sur celle-ci et les relations extérieures du Japon ont d’abord guidé l’introduction de cette rencontre. Le débat s’est ensuite orienté sur l’Asia Cooperation Dialogue Energy Forum ; sur les aspects sécuritaires liés à l’énergie, sur la rencontre de Bo Xilai avec Toshihiro Nikai pour un accord de pourparlers à haut niveau sur l’énergie ; sur l’OSC dont M. Sano considère qu’elle fait partie de la stratégie globale de la Chine, sur le nucléaire au Japon et enfin sur l’efficacité énergétique de la Chine et les énergies propres.

M. Tadakatsu Sano s’est tout d’abord exprimé sur le sujet en abordant trois grandes questions :

 

La reprise de l’économie japonaise dont il affirme qu’elle est réelle et qu’elle n’a pas provoqué d’effet inflationniste malgré le coût élevé du pétrole. M. Sano indique tout d’abord que l’abandon de la politique du taux d’intérêt zéro est imminent. Le Japon va commencer à augmenter son taux d’intérêt, avec pour conséquence de réduire la différence qu’il a avec celui des Etats-Unis. Une tendance qui, selon M. Sano, s’accentuera dans les années à venir. En conséquence, le Yen a connu une appréciation au mois d’avril 2006. M. Sano revient ensuite sur la bulle économique du Japon, qui s’est traduite par un surinvestissement destiné à empêcher l’appréciation du yen par rapport au dollar après les Accords du Plazza. Une politique monétaire austère a été mise en place afin de remédier à cette situation, ce qui a abouti à l’éclatement de la bulle économique japonaise en 1992. Suite à cet épisode, il y a eu au Japon une sorte de remise en question des stratégies aussi bien macroéconomiques que microéconomiques alors en vigueur. Selon M. Sano, le processus de la globalisation économique ainsi que la crise financière asiatique de 1997 ont eu un fort impact déflationniste sur le Japon, avec pour effet d’empêcher la restructuration financière et la restructuration des entreprises. L’Uruguay round de 1994, plus encore que le Doha round de 2001, a eu des conséquences importantes sur le Japon, lequel a dû mettre en place un certain nombre de réformes dans les années 1990. Par conséquent, le modèle de développement économique du Japon est aujourd’hui passé d’une politique économique libérale, en vigueur depuis 1945 et longtemps préconisée par le LDP, à une politique monétariste (« libertarian economic policy »).

 

L’impact de la hausse du prix du pétrole sur l’économie japonaise : M. Sano estime que le prix du pétrole restera élevé. Les principales compagnies pétrolières n’augmenteront pas leur quota de production et elles n’ont pas réussi à trouver de nouvelles réserves de pétrole. L’émergence de grands pays consommateurs d’énergie tels la Chine ou l’Inde pose également un problème à cet égard. M. Sano cite l’exemple de la Chine dont 80% de l’énergie provient encore du charbon mais qui importera de plus en plus d’énergie en provenance non seulement des pays du Golfe mais aussi des pays asiatiques. Selon M. Sano, la différence entre le prix du gaz naturel et le prix du pétrole sera de plus en plus ténue. M. Sano considère que le gaz naturel peut être une meilleure alternative au pétrole que les énergies renouvelables qui ne sont pas encore vraiment au point et qui restent plutôt marginales. M. Sano estime que le gaz liquide présente quant à lui des facilités de transport non négligeables. M. Sano affirme d’autre part que l’on peut remplacer le diesel, très pollueur. Il cite l’exemple du Japon, où des constructeurs automobiles comme Toyota ou Honda ont mis au point des véhicules hybrides. M. Sano exprime également son intérêt pour le DME (Diméthyl Ether), qui peut être aussi une alternative au diesel.

 

Les relations extérieures du Japon pour lesquelles il tient à relever les points positifs face à un bilan de M. Koizumi sévèrement critiqué. Tout d’abord, le Japon a su renforcer son alliance stratégique avec les Etats-Unis. Par ailleurs, le Japon continue de poursuivre une stratégie de partenariats économiques et commerciaux avec les pays asiatiques. Cependant, M. Sano note que la Chine est avance sur le Japon dans ce domaine, avec notamment l’accord de libre-échange ASEAN+Chine. Le Japon n’a pas encore su établir de solides partenariats commerciaux avec des pays comme la Thaïlande ou la Malaisie, alors que vers le mois d’octobre/novembre 2005 il était prévu de signer des accords allant dans ce sens. Mais M. Sano affirme qu’un résultat concret pourrait aboutir dans les six mois à venir. D’autre part, M. Sano évoque la question sensible des visites de M. Koizumi au temple de Yasukuni, qui attisent chaque année la colère de la Chine et de la Corée du Sud. M. Sano estime qu’il est nécessaire de rétablir des relations saines avec ces deux pays et que le prochain Premier ministre japonais devra relever le défi.

 

Plusieurs points ont ensuite été soulevés lors du débat :

 

Sur l’Asia Cooperation Dialogue Energy Forum : M. Sano estime qu’il s’agit d’un bon point de départ pour un échange de vues sur les questions énergétiques. Seuls le Japon et la Corée du Sud font partie de l’Agence Internationale de l’Energie et c’est en cela que ces deux pays, en particulier le Japon, peuvent partager leurs connaissances dans ce domaine. M. Sano pense que les pays asiatiques cherchent également à s’assurer des réserves suffisantes d’énergie dans la région.

 

Sur les aspects sécuritaires liés à l’énergie : Selon M. Sano, ce n’est pas parce que les pays d’Asie sont devenus des importateurs net de pétrole qu’ils se trouvent dans une situation de vulnérabilité. M. Sano se montre plutôt optimiste quant à cette question et insiste sur le fait que les risques sécuritaires ont toujours existé et que les pays concernés sont tout à fait capables de coopérer pour surmonter ce type d’obstacle.

 

Sur la rencontre Bo Xilai (ministre chinois du commerce) avec Toshihiro Nikai (ministre japonais du commerce) : M. Sano précise que Toshihiro Nikai est certainement celui qui souhaite le plus une amélioration des relations politiques entre le Japon et la Chine. M. Sano indique que les deux ministres se sont mis d’accord pour organiser des pourparlers à haut niveau sur les questions énergétiques.

 

Sur le Groupe de Coopération de Shanghai : M. Sano considère que ce type de forum international fait partie de la stratégie globale de la Chine, comme l’est. pour le secteur privé, le forum de Bo’ao.

 

Sur le nucléaire au Japon : M. Sano indique que le Japon possède à l’heure actuelle 53 sites nucléaires, auxquels il faut ajouter 3 sites en construction. L’énergie nucléaire représente le tiers de l’énergie totale du Japon, proportion qui selon lui n’augmentera pas de manière significative dans les années à venir.

 

Sur l’efficacité énergétique de la Chine : M. Sano considère qu’elle risque fort bien d’augmenter ses capacités de production d’énergie nucléaire mais qu’elle gagnerait à utiliser des énergies propres telles le DME ou encore le GTL (gaz liquéfié).

 

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